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ou de Ffrlande: chez elle livrognerie est un défaut héréditaire. ST fallut rechercher le pourquoi de ce mal si général et si déplorable, on n'aurait que l'embarras du choix entre plusieurs explications. D'abord il faudrait remarquer que ce goût des Américains pour les boissons fortes est un héritage de leurs ancètres, les Anglais. De plus, on comprend que l'usage des liqueurs soit considéré comme un excilant indispensable pour des hommes qui sont toujours en mouvement, qui ont Fesprit préoccupé et qui travaillent souvent au delà de leurs forces. St à cerlaines heures du jour ils entrent dans un bar pour absorber rapidement un où plusieurs coklails, ils se disent à euxmêmes, pour se justifier, que cel alcool leur est nécessaire, qu'il va être comme un coup de fouel salutaire pour leur cerveau el tout leur organisme, et que, grâce à ce stimulant, ils pourront arriver à bout de leur tâche. Leur Lort, c'est de recourir à ce remède quand le travail est achevé, c'est d'aller passer de longues heures dans leur cercle, le soir après le repas, et de chercher dans l'ivresse un délassement des faligues de Lx journée. Si Jen crois ce qui m'a été répété bien souvent par des témoins dignes de foi, c'est là le péché mignon de beaucoup Américains qui appartiennent aux plus hautes classes de la société et qui ne se jugent pas déshonorés parce que, deux ou trois fois par semaine, 11 sont ramenés chez eux à peu près ivres morts par les domesliques du cercle.
Enfin, ce qui, à mon avis, constitue la meilleure des circonstances alténuantes au profit des Américains, c'est la mauvaise qualité des boissons qu'ils absorbent.
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LES DÉFAUTS 283 la pratique de la vie, ils ne prennent à leurs repas que de l'eau glacée, qui est détestable pour Festomac el sans principes fortifiants; aussi, pour faciliter la digesion, sont-ils presque obligés de se rabattre sur des alcools falsifiés, tels que le whisky ou Ie vin, sorte d'eau-de-vie de grains assez semblable, pour Fâcreté, à nos marcs de cidre. Toutes ces liqueurs, absorbées souvent à haute dose, leur brûlent les entrailles comme un puissant corrosif, détraquant leur système nerveux, el les conduisant parfois jusqu'au deliriunm tremens. De si fâcheux effets ne se manifestent pas chez tous: on à cependant le droit de répéter le vers de La Fon- {ane :
Ils ne mouraent pas ous, mais tous étaient frappés.
Les riches aussi bien que les pauvres, les gens instruits aussi bien que les illettrés, les femmes aussi bien que les hommes, Loute lt nation pratique, à des degrés divers, le culte cher à Bacchus.
Il faut même avoucr que cette pluie de Fivrognerie n'épargne pas plus les catholiques que Ies protestants: c'est bien plus une question de race qu'une question de religion. Les Français elles Faliens qui sont établis l-bas échappent assez généralement ee Méau, à cause de leur sobriété originelle; les Allemands présentent déjà une moindre force de résistance: mais, chez les Irlandais, on peut dire que 1e mal est pour eux une seconde nature. S'il faut en croire es méchantes langues, el surtout les protestants, 1es prêtres trlandais n'ont aucune horreur pour leur liqueur nationale, els en permettent l'usage avec une indulgence sans limites,
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‘émoin ce discours d'un curé irlandais à ses ouailles :
« Mes chers amis, Je ne veux pas être un censeur Lrop rigide de votre conduite, je n'ai pas l'intention de forcer la note ni d'outrer la doctrine. Je ne suis pas opposé à l'usage du petit verre. Je n'en condamne que l'abus. En pareille matière 11 faut tenir compte de nos mœurs, el avoir égard à la faiblesse humaine. Notre pays est brumeux, et en vous levant avec la perspective d'une journée de dur travail, rien de plus naturel que de prendre un verre de gin ou de whisky. Après votre déjeuner, qui n'est pas, hélas! toujours fort substantiel, je ne vois pas l'ombre d'un inconvénient à ce que vous preniez un autre verre de whisky. A onze heures, au moment où Îles riches Anglais dégustent leur apéritif, il y aurait injustice à vous refuser un troisième verre.
« Pour rien au monde, je ne voudrais dénoncer comme un abus l'habitude que nous tenons des ancêtres de finir le diner par un verre de Ia liqueur nationale. Après le thé de cinq heures, prenez encore un verre de whisky, et de même, ecla va sans dire, après votre souper. Au moment de vous mettre au Hit, quand vous avez dit vos prières, peut-on voir du mal à ce que vous preniez pour vous chdormir un dernier verre de whisky? Mais, de grâce, n'avez pas toute la journée le verre à la main!»
Je n'ai pas entendu moi-même cette Jolie allocution; je serais même porté à croire qu'elle à été inventée de toutes pièces par la malignité de quelque chroniqueur anglais. Mais ce que je puis certifier, c'est que, dans cerlaines paroisses des États-Unis, les conscils du brave prêtre irlandais ne seraient pas une salire, mais
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au contraire une exhorlalion pleine de sagesse, el encore risquerait-1l de ne pas être obéi par un bon nombre de ses paroissiens :
L'abus des liqueurs fortes est donc indéniable chez le peuple américain. Une chose le prouve mieux que toutes les histoires fantaisistes qu'on pourrait raconter à ce sujet, c'est la multiplicité des sociétés de tempérance qui pullulent sur tout 1e territoire. Le féau lait partout des ravages: aussi at-on essavé de le conjurer à out prix, el partant de ce principe qu'il est plus facile de s'abstenir de loute liqueur forte que d'en user modérément, on à prèché partout Finterdiction des boissons fermentées. De là sont nées les sociétés de tempérance. Elles sont protégées par la loi, cncourauées par les grands industriels et les commereants, el réglées dans leur fonctionnement par des pasteurs protestants où des prêtres catholiques.
Le cardinal Gibbons ct Mé Treland se sont faits les apôtres chaleureux de la Tempérance, et, chaque fois qu'ils prennent la parole devant des assemblées populaires , ils ne manquent pas de s'élever contre le vice nalional, On dit même que Farchevèque de Saint- ’aul, joignant l'exemple au précepte, s'est engagé publiquement à ne boire ni vin ni liqueur, et qu'il a obtenu le même serment de ses prêtres. Ce sermeni s'appelle le pledge. Il est rare qu'une mission donnée dans une paroisse catholique par les religieux paulistes ne se termine pas par un engagement solennel de la part des fidèles à s'abstenir de toute boisson fermentée. Je me souviens qu'assistant un Jour à un sermon de clôture prêché par un Pauliste, dans une église du Connecticut, je reçus comme tout le monde un petit
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