Y AH VA BEN 'ADÎ
même, depuis le T"'« siècle jusqu'au 9"'«, époque où il alla s'établir à Bagdad (l). Le lieu de uaissauce lit doue de Yaliyâ ben 'Adî un jacobite (2) ou monopbysite, c'est-à-dire un partisan de l'unité de nature dans la personne du Christ.
11 s'en faut ensuite que n^us ayons sur son caractère, sur sa vie, sur ses travaux, autant de renseignements que nous pourrions le désirer. Peu d'écrivains ont moins parlé d'eux mêmes dans leurs ouvrages; aussi, eu coordonnant les brèves indications éparses dans les biographes arabes, on peut à peine tracer une esquisse sommaire. Cependant, l'élégance et la pureté de son style, dont nous pouvons juger par les écrits qui restent de lui, le savoir universel que lui reconnaissent les contemporains les plus émincnts, témoignent de la solidité et de l'étendue de ses études.
Nous savons seulement qu'il alla à Bagdad pour se mettre à l'école des deux maîtres les plus réputés de l'époque : Aboû Bichr Mattâ et al-Farâbî (^3). Le premier, ncstorieu, également célèbre comme médecin et philosophe, a traduit et commenté en syriaque ou en arabe presque toute l'ccuvre d'Aristote; le second, surnommé l'Aristote des Arabes, « le plus grand philosophe que l'islamisme ait jamais possédé » (4), peut être considéré comme le véritable fondateur de l'aristotélisme parmi les disciples du Qorân.
Bientôt l'élève remplaçait les maîtres. Aboû Bichr Mattâ mourait en 940 (5); al-Farâbî avait, depuis longtemps déjà, quitté Bagdad, de façon définitive, pour entreprendre un voyage d'études en Syrie et en Egypte, et se fixer ensuite à la cour du Sultan d'Alep, Séif-ed-Daoula, le protecteur des lettres. Pendant trente ans, Yal.iyâ va exercer une véritable royauté intellectuelle; les savants de la nouvelle
(1) AssÉMANi, Bibl or., T. II, pp. 213—216.
(2) Fihrist, p. 264 ; Aboû-l-Faraj, p. 297.
(3) Fihrist, p. 264 ; Qiftî, p. 361 ; 0.îaïbi a I, p. 235.
(4) BkN KlIAI.LlKAN, II, p. 112.
(5) Osaïbi'a, II, p. 135.
génération, musulmans ou chrétiens, se forment i\ son école : 'Isa ben Zar'a, Hasan ben Souâr, Aboii Soléiman Sijistânî, 'Isa, le fils du vizir 'Alî-1-Jarrâl.i, pour ne citer que quelques noms, se glorifient d'avoir été ses élèves (1 ).
Il semble n'avoir eu, dans la suite, d'autre résidence que la capitale des Khalifes; nasîl Bagdad « habitant de Bagdad » est une épithète que nous trouvons souvent accolée à son nom, et sa vie, comme celle de beaucoup d'autres savants, dut s'écouler dans une uniformité complète, parmi les livres, et sans autres émotions que celle que donne une véritable passion pour l'étude.
Une effervescence comparable à celle qui plus tard s'empara de l'Europe à l'époque de la Renaissance, régnait alors dans le monde musulman. Les lettres grecques qui avaient fait jadis la conquête de l'empire romain, qui devaient, après la conquête de Constantinople, faire la conquête de l'Europe occidentale, civilisaient, depuis deux siècles, l'empire arabe. Les Khalifes Abbassides al-Mansoûr (754—775), ar-Rachîd (786—809), al-Mamoûn (813—833), amis des belles-lettres et des arts, avaient attiré à leur cour les savants chrétiens, des Nestoriens surtout, médecins, philosophes, traducteurs, et avaient mis les musulmans à leur école. Tout esprit éclairé étudiait, traduisait, commentait Aristote. On peut dire que traducteur et philosophe étaient des titres souvent inséparables, comme à l'époque de la Renaissance, humaniste et imprimeur.
(1) Les deux premiers, chrétiens, sont bien connues comme traducteurs et philosophes. Cf. pour B. Zar'a : Fihrist, p. 264 ; Qiftî, p. 245; OsAïni'A, I, p. 235. — pour B. Souâr : Fihrist, p. 265: Qiftî, p. 164-, OsAÏBi A, I, p. 322. — pour 'Is ïi, le fils du vizir : Qiftî, pp. 39, 245. — pour A. S. Sijistânî : Fihrist, p. 264; OsAïurA, I, pp. 9, 186, 321 ; II, p. 135. C'est d'un récit de Ben 'Âdî à Sijistânî que dérive l'histoire de la célèbre vision d' Aristote qu'al-Mamoûn eut en songe, à la suite de laquelle il envoya une mission chez les Grecs pour s'instruire de leurs sciences et rapporter leurs ouvrages. Oçaïbi'a, I, 186.
60 YAHYÂ BEN "ADÎ.
Yahyâ ben "Adî fut un des ouvriers les plus féconds de ce mouvement intellectuel. Sa puissance de travail extraordinaire faisait l'admiration de tous. Un jour Ben Nadîm, l'auteur du Fihrtst, le rencontra dans la boutique d'un libraire, et lui reprocha amicalement cette fièvre de transcrire et de composer. « Pourquoi vous étonner de ma patience, lui répondit Yahyâ. J'ai fait deux copies du commentaire de Tabarî que j'ai portées «aux rois des frontières»; mes transcriptions de traités de théologie sont innombrables, et je ne les connais plus moi-même; je transcris, dans un jour et une nuit, une centaine de pages, ou peu s'en faut» (1).
Il ii'est pas étonnant qu'il se fût ainsi créé une importante bibliothèque dont nous connaissons en partie le catalogue, grâce au Fihrlst (2). On y voyait les Catégories d'Aristote, dans la traduction d'Ishaq ben Honéin, avec le Commentaire d'Alexandre d'Aphrodisias; le traité de V Auscultation plujsi'iue traduit par Ibrahim ben Silt et le Commentaire de Thâbit ben Qorra; le Traité de Vâme commenté par Macidore, en syriaque; V Histoire des animaux dans la traduction de Ben al-Baîrîq avec l'Abrégé de Nicolas; la Métaphysique d'Aristote divisée suivant les lettres de l'alphabet grec; et, parmi les ouvrages de Platon : le Livre des analogies; {Kitâh-al-mounâsahdt) [o)] le Livre des lois adressé à Criton (4), le Sophiste. Il y avait encore la Lettre
(1) Fihrist, p. 264: Qiftî, p. 361; Oçaïbi'a, I, p. 235. AboC-l-Faraj, p. 297, dit : « cent pages et même j^lus ».
(2) pp. 2.50—252.
(3) Fihrist, p. 246. Nous indiquons ù titre de simple renseignement riiypothèse émise par A. Miller dans ses notes sur le Fihrist, l). 111 : < es ist vielleiclit der Dialog KoCavloç )] Titol ôçOÔTtjToç ùvo- /uûTwv ». Une identification que ne peut s'appuyer que sur une vague concordance entre le titre d'un ouvrage, d'une leçon d'ailleurs douteuse, et la matière d'un autre ouvrage est fort aléatoire.
(4) Fihrist, ]). 246. On ne peut pas traduire autrement v }Lx5
,j.vv^^\^\ ^ cj^j^^ of'^ C^^-^; ^- tJKAi^, Jahiâ, p. 2, écrit : Die
de Tlicopliraste à Démocrite pour établir Vexisience du Créateur (1); les livres d'Alexandre d'Aphrodisias (2).
platoniscJien Bialoge Kratons, Timaios, Erasistratos (V), Sophistes, etc. Le Fihrist qni a énumcré le Criton, ^\>^i (= ^Is^-sl), quelques lignes plus liaut ne nous dit pas que Val.iyâ en ait fait une copie. Le même Graf traduit le groupe de lettres ,y^L*i^ii-«j par les deux mots Erasistratos (?), Sophistes (Casiri avait déjà dit Mnesistratiis). Mais ainsi que le fait remarquer A. MiiixEn, op. cit., p. 111, nous nous trouvons en face d'une mauvaise transcription de ^y-vk<«...3a,AO.
(1) Fihrist, p. 254. Le texte porte : ^]\ à^xW^^j . . . ^y^^\=j.i\i> ç3l>oJ\ Ol^'i ,^9 .^y"':^^^-^-»?.'^ • ^- Cl'i^^F, P- 2, traduit : « Brief des Diâphratis(?) an Democratos». — ^^yw^L^sb.) Biaphartîs {^y^^\3^iVi^ JDiâqartîs dans B. al-Qiftî, édit. Lippert, p. 181), est une appellation qui ne correspond à aucun philosophe grec connu, (^uaut à ^^y^A>\yÂ.^i Dimgrâtîs, que B. Abî Osaïbi'a nous dit originaire d'Abdère, I, p. 33, nul doute qu'il s'agit de Démocrite. On trouve ce nom diversement orthographié : ^y«^L.\J>^-o-^.>, ,j-u,L^ .i.«;i, l>\^JL«i. Le même B. Abî Osaïbi'a nous apprend, I, p. C9, que l'on attribue à Théophrasle j j-w.k.**jv9jlj, un Traité sur limité de Dieu adressé à Démocrite, ^.^z^^xW ^i ^\y.L^> ^J\ ^jU$ <*.J\ Jys.^'^ ^J\ J-:^^'^. Nul doute que c'est bien le même ouvrage qu'avait transcrit Ben 'Adî. Ainsi, ^j^-^l3j.àbi serait dérivé de ^j^k^y-i^j (que l'on trouve écrit j j<v^k-co J^^-jJ') par des altérations successives qui ont amené plus tard B. al-Qiftî à inventer un personnage : « Diâphartis était un philosophe grec qui vivait du teuqjs d'Aristote, il a écrit sur les clioses divines, 0^-v-*^^\ ; Yahyâ ben 'Adî en fait mention », p. 181.
(2) Texte du Fihrist, p. 254 : ,^^xS.]\ ^^ à<) U^ — ^j^yk^>^ji{j\ ^v^fi j^ es-^^"^- ^^^' <^j\,s- <!■ Âthaphroditos] j'ai lu ses livres dans une copie de Yahyâ ben 'Adî ». L'orthographe de ce nom propre est très variable avec les Mss. « C'était, dit encore B. al-Qiftî, un philosophe grec; Yahyâ ben 'Adî nous apprend qu'il composa un Livre sur les météores qui est un commentaire du traité d'Aristote Sur Varcen-ciel », p. 59. Dans les notes sur le Fihrist, p. 117, A. Mlllkr ajoute : «Wir kenncn nur einen Theophronius unter den Schiilern des Aristoteles, keinen Theophroditus (?) ». Il nous semble impossible que ce nom soit la transcription d'un mot grec, commençant par Théo. Il y aurait ^\J, comme dans ^^^Ja.*^ J^lJ" Théophraste; i r^3j>3^J" Théodore; ^^U" Théon, etc. Mais ^^ yLp jys{j\ , ou ^^Ja^>^^àlJ'\ a trop
02 YAHVÂ BEN ^ADÎ.
Et cette liste est loin d'être compU'te; nous avons vu par exemple, clans l'examen du manuscrit P de la Biblioth("'(iue Nationale, que Yal.iyâ avait encore transcrit VOrgu- Hon d'Aristote et Ylsagoge de Porphyre.
Copiste infatigable, il était encore un bibliophile passionné, toujours à l'affût d'occasions d'enrichir sa bibliothèque qu'il ouvrait généreusement à ses amis et à ses élèves.
h'J'^tliique de Porphyre en douze livres, dans le manuscrit autographe du traducteur Isl.iaq ben l.Ionéin fut une de ses acquisitions les plus heureuses (1). Le traducteur chrétien Ibrahim ben 'A bd- Allah laissait à sa mort tout le Commentaire de l'Auscultation jiliysùiue et le Livre des Premiers Awdi/fiqiirs ou de la Démonstration d'Alexandre d'Aphrodisias. On les offrit à Yahyâ pour cent vingt dinars. Notre philosophe ne disposait pas toujours d'une telle somme (2). Il se mit en quête de la trouver et y parvint non sans peine. ^Mais quand il se présenta, croyant entrer en ))Ossession des précieux ouvrages, ils avaient été vendus, avec plusieurs autres, à un homme du Khorasân pour la somme de BOOO dinars (3). Dans cette même circonstance il eut encore le regret de voir brûler la Sophistique^ la liliétorique, la Poétique d'Alexandre dans la traduction d'Ishaq, dont il avait vainement cherché, du vivant d'Ibrahim, à faire l'acquisition pour la somme de cinquante dinars (4),
de ressemblance giapliique avec ^^*v^i^3 J^ \ pour y voir autre cliose (prune altération du nom d'Alexandj-e cV Apltrodimif^.
(1) Fihrist, p. 252; Qiktî, p. 42. G. Giuf a lu : ^J,:L\ «Die Erkliirung- des Bûches al-'iiilâ'' (Zuriickgezogenlieit V) », Le livre de la solitude. Jahîâ, p. 2. Si cette leçon était bonne nous verrions plutôt dans ce traité le -niol à:Toyj,ç T(ù^' i^xjjv/oji', De l'ahstinence ; mais il n'est pas douteux qu'il faut lire, et c'est l'orthographe du Fihrist et de B. al-Qiftî, ^^Uài-I €akh1âq», vui-urs, terme courant pour traduire Ethique.
(2) Le dinar, pièce d'or, pesait environ 4 gr. 414.
(3) Fihrist, p. 253 ; Qiftî, p. 64 ; Osaïri'a, I, p. 69.
(4) FUirist, p. 249: Qifxî, p. 54; Osaïbi'a, I, p. 70.
et il fut inconsolable de cet acte de vandalisme. Ces détails nous paraissent, et ils le sont en réalité, assez insignifiants. S'ils nous ont été conservés par les historiens, c'est, sans doute, parce que cette vie d'étude ne fut jamais troublée par des événements de plus d'importance.
Les Chrétiens étaient nombreux à la cour des Khalifes, en qualité de médecins, de secrétaires, d'administrateurs des impôts. Au début d'un de ses petits traités (1), Yaliyâ mentionne un secrétaire chrétien « dont la sagesse dans les conseils inspirait toute confiance », attaché à la personne du vizir 'Alî ben 'Isa l-Jarrâh. Dans sa préface au TraiU de Morale de Ben 'Adî, l'éditeur du Caire nous dit que ce chrétien si estimé n'est autre que Yabyâ lui-même (2). Nous ignorons sur quels documents s'appuie cette assertion; mais elle semble assez peu justifiée, à s'en tenir au seul texte du traité; c'est seulement par un ami que Yal.iyâ a connu la discussion dans laquelle le vizir voulait faire appel à la sagesse de ce secrétaire; or, il n'est pas dans les habitudes de Yahyâ de parler, sous le couvert de l'anonymat, des faits où il a été directement mis en cause.
Quoi qu'il en soit, Ben 'Adî était à Bagdad un personnage considérable qui paraissait dans ce que nous appellerions aujourd'hui les réceptions officielles. Un jour de l'une de ces réceptions à la cour du vizir, Yahyâ se trouva là avec plusieurs théologiens musulmans (3). « Abordez donc quelque sujet de discussion avec Yahyâ ben 'Adî qui est le prince des philosophes», dit le vizir aux théologiens. Mais Ben 'Adî s'excusa; et comme le vizir étonné lui en demandait la raison, « C'est, répondit-il, que nous n'avons pas la même doctrine et ne parlons pas le même langage; or, je ne voudrais pas ressembler à Hichâm al-Joubâî qui, dans son
(1) N° 5 dans notre édition des Fetits traités apologétiques.
(3) j.^J\ ^J.a\ ^^yt) ^sV^ des gens qui étudient le .SToW?»!, c.-à-d. la parole révélée.
64 YAHYA BEN 'ADÎ.
livre de YEjamen^ s'est donné le ridicule de faire une mauvaise réfutation d'Aristote auquel il n'a rien compris, à en juger par les opinions étranges qu'il lui j)réte ». Cette franchise n'était peut-être pas exempte d'une pointe de malice ; en tout cas, elle ne déplut pas au rizir qui se montra même très satisfait de la réponse (1).
S'il faut en croire Ben Abî Osaïbi'a, notre philosophe aurait encore exercé la profession de médecin (2). La précision avec laquelle il parle de certaines maladies dénote en effet, nous aurons occasion de le signaler dans la suite, des connaissances médicales. Toutefois, comme dans la liste de ses ouvrages nous ne trouvons aucun traité de médecine, aucune traduction de médecins grecs, nous sommes en droit de conclure que, s'il avait étudié la médecine, Yaliyâ exerça peu cet art, et probablement même, y renonça-t-il tout à fait pour s'adonner à des travaux })lus en rapport avec ses goûts, ou que lui im])osaient les circonstances. C'est ainsi qu'il devint le défenseur du Christianisme contre les attaques des Musulmans.
Il était bien difficile que les deux religions fussent en contact perpétuel, sans susciter des échanges de vue, des discussions, des polémiques. Notre philosophe se fit donc apologiste. Telle est l'origine de ces traités, parfois brefs comme un article de journal, qui paraissent la réponse à ([uelque objection entendue au courant dune conversation, parfois travaux volumineux, où le dogme chrétien est exposé avec ampleur, tandis qu'au fur et à mesure se présentent les objections qu'accompagnent les réfutations les mieux appropriées.
Estimé de tous comme traducteur et philosophe, entouré d'amis ou de disciples dont quelques-uns ont eu leur heure de célébrité, vénéré par les Chrétiens à l'égal d'un Père
(1) QiFTî, p. 40.
(2) Yahyâ est nommé I, p. 235, dans le chapitre dixième qui est consacré aux niérlecins de F Iraq, de la Mésopotamie et de Diar liékîr.
de l'Eglise, Yal.iyâ ben 'Adî parvint à une heureuse vieillesse, puisrju'il vécut jusqu'à quatre vingt une années solaires. Il mourut à Bagdad, le jeudi 21 de Dhoû-1-qa'da de l'an 364 de rilégire, le 13 Août 1285 de l'ère d'Alexandre, 974 de l'ère chrétienne (1).
Il fut enterré dans l'église de Saint Thomas, dans le quartier de Daqîq, et son disciple Ben Zar'a grava sur sa tombe cette épitaphe d'une noble fierté qu'il s'était composée de son vivant :
« Bien souvent un homme mort reste vivant grâce à la « science, tandis qu'un homme vivant est déjà mort par « suite d'une ignorance honteuse ;
« Recherchez donc la science pour obtenir l'immortalité ; « n'attachez aucun prix à une vie ignorante » (2).
(1) QiFTÎ, p. 364; Osaïbi'a, I, p. 285; Aeol-l-Faraj, p. 297. Les deux premiers historiens font remarquer que, d'après certains auteurs, Yal.iyfi serait mort un an pins tôt, 363/973.
(2) OsAÏni'A, I, p. 235 ; vers du mètre Vliaflf :
^S. ^ ^X-Q^ OVx) y>^ f^SJyt'^ * IX:». ^st)\i Jl^
IX^.^} (J~C-4-^ i^\ ^^■^^^ l^J-aiJ '^ * iS^ià- \^]U.J ^S 'fj^\ \5Xisl9
ŒUVRES DE YAHYÀ BEX 'ADL
On peut répartir en trois groupes les œuvres de Yal.iyâ bon 'Adî :
1° Ses Traités elirétiens d'apologie.
2" Ses Traités pliilosopli'ujiies.
3° Ses Traductions.
Chose digne de remarque, les traités chrétiens, sur lesquels les auteurs musulmans ont gardé un silence complet, soit par dédain, soit dans un esprit d'hostilité, sont parvenus jusqu'à nous, tandis qu'il ne nous reste à peu près rien des œuvres philosophiques et des traductions, dont ces mêmes auteurs nous ont laissé des listes fort détaillées.
Ce sort dififerent fait aux œuvres de Ben 'Adî ne doit pas nous surprendre. En Orient, comme en Occident, ce sont les moines des monastères qui ont été les copistes les i)lus actifs des manuscrits, surtout des manuscrits chrétiens, et c'est à eux seuls que nous devons la conservation des monuments des anciennes littératures chrétiennes orientales, arabe, arménienne, syriaque. Mais précisément, le choix de ces copistes s'adressait, de préférence, à des ouvrages d'un caractère particulier, aux écrits qui leur fournissaient leurs lectures quotidiennes : livres saints et canons des conciles, histoire ecclésiastique et ouvrages des Pères, vies des Saints et traités de théologie.
'l'IJAl'l l-:S CIIlîK'I'IKNS DAPOI.OCIK. 67
Telle est la raison, pour la(iiielle les traités de Yal.iyâ consacrés à la défense du Christianisme furent préservés de l'oubli et de la destruction. Ils conservaient toujours une utilité immédiate, et leur lecture présentait, d'ailleurs, moins de difficulté que les œuvres purement philosophiques du môme auteur.
Il en a été de ces dernières comme de presque toute la littérature arabe de la même époque. Elle était immense, comme nous le prouve le FiJirisf de Mohammed en-Nadîm ; mais elle u"a pas survécu aux grandes catastrophes qui frappèrent les bibliothèques de Bagdad, (destruction par les Mongols, au XIIP siècle, et par Tamerlan^ au XV''), et il ne nous en reste que des débris (1).