‹ Yayâ ben Adî, un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 19 sur 25 · II. f · texte numérisé non relu

II. f

L'unité de genre, comme Vanimal, cav c'est une notion applicable au même titre à plusieurs espèces telles que l'homme, le cheval, l'âne (1).

Umiiié dans l'esju'ce^ par exemple Vhomme qui embrasse plusieurs individus comme Zéid, 'Anir, Khfdid (2).

Uunité dans la relation; la relation reste une, bien que les choses entre lesquelles elle existe se multiplient. Telle est la relation du double à la moitié que nous voyons entre deux et un, quatre et deux, deux cents et cent, deux mille et mille, etc. D'autres fois, la relation est Une, par suite d'une certaine similitude entre les choses : telle, la relation entre la source et les rivières qui la prolongent et celle qui existe entre le souffle animal qui est dans le cœur et celui qui est dans les artères (3).

L'unité dans l'indivisibilité (4) qui n'a pas de parties, et ne se divise pas à la façon des quantités; tels sont l'unité considérée abstractivement le point, le commencement du mouvement, le présent (5).

L'unité dans le continu, comme un seul corps, une seule surface, un seul lieu, un seul temps, et, en un mot, toutes les quantités continues qui ont en acte une ou plusieurs limites par lesquelles elles sont séparées de toutes autres quantités. Un corps n'est un que s'il a en acte des limites qui le distinguent des autres corps ; de même la superficie, la ligne, le lieu. Quant au temps, il n'est réellement un que si l'on se représente la partie dont il s'agit comme

(1) A, f. 4"; H, f. 8\ — Cf. Aristote : këysTcci â' tv xal ùv rà yévoç tv âiacpsQOV tuTç VTio^tiasrais âic((foocûi- . . . olov ïjtnoç avd-Qionoç xvvùv sv ri 8ti navra fft5«, Métaph. L. IV, C. VI, T. II, p. 519. . (2) A, f. 5; H, f. 8^

(4) Cf. Aristote : XéySTCd, â' ev ?] to cfvvf/tç ?) rà àSiaïQtrov }} ihv ù lùyoç ù ctvTÔç. Nat. ausciilt., L. I. C. II, T. II, p. 249.

132 YAHYA BEN 'ADÎ.

ayant en acte deux limites qui la distinguent de toutes autres parties du temps (1).

Uunité dans la définition. La chose dont il s'agit n'a qu'une seule définition pour exprimer sa nature. Ainsi, l'homme est toujours défini : vivant, raisonnable, mortel (2). Cette unité dans la définition convient aux termes tout à fait synonymes, par exemple à insân (^JJlwJl) et à hachar (^-»^^) qui tous deux signifient liomme^ à himâr (^l^) et à 'ir (j-r^s) qui tous deux signifient âne (3).

Après avoir ainsi examiné ce qu'est l'unité en elle-même, Ben 'Adî considère ensuite ses modes d'existence; il y en a six qui s'opposent deux à deux : unité en acte ou unité en puissance (4), unité dans le sujet ou unité dans la définition, unité dans la substance ou unité dans l'accident (5).

Un exemple de l'un en acte est, si l'on veut, la ligne qui relie les deux points formant ses extrémités (0). L'eau et le vin contenus dans deux vases séparés sont un en puissance puisqu'ils peuvent être mélangés ensemble dans un même vase et devenir ainsi un seul corps dont les extrémités seront distinctes en acte de tous autres corps (7).

Le soleil est un dans le sujet parce qu'à lui seul convient la définition de soleil. Un exemple tout à fait sem-

(4) tan yào tô fV xcd âvvûuit xcd fvjilt/ti'u. Auisïote, Nat. auscult. L. I. C. IL T. IL p. 250.

(5) H, f. 9. — Cf. Aristote : 'iv Xéytrai rù /.itr xcctù <TV(ii3tj3ijxvç, TÔ ai xad-'avrô. Mctaph. L. IV, C. YI, T. IL p. 518.

(6) G. Ghaf traduit : « Zwei diakriti.sclie Piinkte (iibor eineni arabischen Buclistabcn) : les deu.\ points diacnti(iues (qui sont sur une seule lettre arabe) ». Jahiâ p. 20. Les Mss. de Paris, du Vatican et de Munich ont lo luêuie texte alAlil^fi 1.^a ^-vJCki-o ;ls:\^^J\ ki.l$

(7) IL f. 10.

8A THÉOLOGIE. — TKAITÉ DE L'IMIÉ. 133

blable serait Zéid, car c'est un seul sujet auquel on ne saurait appliquer des définitions multiples, comme on le fait au bleu, à l'étendue, à la chaleur, dont les définitions sont aussi diverses que la nature (1). C'est en ce sens que l'homme et le rieur sont un, parce que ces deux termes, quoique présentant deux significations tout à fait différentes, se trouvent dans un seul et même sujet (2).

A l'un dans le sujet est opposé l'un par définition; la définition est une, par exemple, celle de l'homme; mais elle convient également à des sujets multiples : comme Zéid, 'Abd-Allah, Khâlid qui sont des individus de l'humanité (3).

L'un par essence est, si l'on veut, un seul corps, une seule surface, une seule ligne, car chacune de ces choses est une de sa nature et non par un accident quelconque. Yahyâ nous donne un exemple typique de l'un par accident; c'est une armée, un camp, un troupeau : les essences qui se trouvent dans chacun de ces groupes sont nombreuses et variées ; la désignation d'un ne convient à l'ensemble que par quelque chose d'accidentel qui leur survient, comme d'être réunis dans un seul endroit, sous le commandement d'un seul chef ou la conduite d'un seul berger. De même encore, le nègre, l'ébène, la poix et le corbeau, malgré la différence de leur nature sont un dans le noir qui est un accident de leur essence (4).

Il faut remarquer, en outre, que chaque division de l'unité, chacun des ses modes trouve son application dans le principe de pluralité. Tout ce qui est dit de l'un pourra être dit de l'autre : à l'unité dans le genre correspond la

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pluralité des genres, comme vivant^ filante, minéral, quantité, qualité, choses multiples qui sont des genres; ù l'un par définition correspond la pluralité de définitions diverses, par exemple celles de Thommc, du cheval, du taureau, ou plus justement les définitions contenues dans Socrate, comme celles d'être blanc, d'avoir le nez aquilin, les yeux bleus, car il s'agit ici de choses et de définitions diverses existant dans un seul et même sujet (1). Et l'on pourrait faire un parallèle semblable avec les diverses catégories de l'unité.

Cette analyse des différents concepts de l'unité amène Yahyâ à examiner s'il en est quelqu'un qui convienne à la cause première. Elle ne comporte pas l'unité du genre ou de l'espèce, parce que les genres et les espèces pour exister d'une manière substantielle ont besoin d'individus qui, dès lors, sont causes de la réalisation des genres ou des espèces : la cause première serait donc causée (2).

Elle ne cctmporte pas davantage l'unité de relation, parce que la relation est un accident entre les êtres qui sont en relation, et elle n'existe pas sans une substance à laquelle elle se rattache. Or, ce qui,- pour exister, a besoin d'une cause distincte de lui-même est causé (3). Il est impossible également que la cause première soit une à la manière du continu. Car, ainsi que l'a démontré Aristote, dans son huitième livre de V Auscultation pltijsique, la cause première ne peut être ni corps, ni plan, ni ligne, ni lieu, ni temps puisque toutes ces choses sont accidentelles (4).

Elle n'est pas non plus une à la façon de l'indivisible. Indivisible s'entend de deux manières : l'une comportant l'exclusion de la division comme la couleur, le goût et, eu un mot, les qualités et tous les accidents en dehors de la

(1) H, lï. 10^— ir-.

quantité; l'autre s'entend de choses qui, indivisibles ellesmêmes, sont le principe de ce qui se divise, comme le nombre « un », le point, l'instant, le commencement du mouvement, qui n'ont d'être et d'existence que dans cela même dont ils sont le commencement. Ainsi le nombre un, s'il est multiplié, devient pluriel, le point, s'il est mis en mouvement forme la ligne, le temps résulte de l'instant (1). Tous ces indivisibles sont des accidents, ils ont, par conséquent, besoin d'une cause (2).

La seule unité qui puisse s'appliquer à Dieu est donc l'unité par définition, c'est-à-dire que la définition ou les termes qui s'appliquent à la cause première sont « un » (3). Dieu n'a qu'une seule définition, et cette définition ne s'applique qu'à lui, car la définition qui est une ne peut s'appliquer qu'à une seule essence (4).

Si maintenant nous considérons les modes de l'unité, nous ne saurions appliquer à Dieu l'unité potentielle. Toute puissance, en effet, est puissance relativement à quelque acte et a besoin, pour passer en acte, d'une cause qui l'y fasse passer. En conséquence, la première cause serait causée. Il faut donc qu'elle soit en acte, puisqu'il n'y a pas d'état intermédiaire entre l'acte et la puissance (5).

De plus, l'unité de Dieu doit être substantielle et ne saurait être accidentelle, car, dans ce cas, ce serait une unité fortuite (6).

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