‹ Yayâ ben Adî, un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 2 sur 25 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

r()rtho<^Tapli(' pleine d'abréviations rendrait la lecture impossible sans rintelligence préalable du texte. Quel helléniste entreprendrait de publier et de traduire, pour la première fois, uu pareil Aristote sans éprouver une certaine appréhension?

Telle est précisément la difticulté avec la(|uelle .sont aux prises ceux qui exhument des bibliothèques les manuscrits orientaux. Les langues sémitiques, l'éthiopien excepté, ont un système graphique qui, dans l'usage courant, n'écrit pas les voyelles; les points qui distinguent certaines lettres, sont fréquemment omis par la négligence des copistes. Il faut donc faire quelquefois cinq, six, dix hypothèses, en s'éclairant du contexte, pour déterminer la véritable lecture d'un mot et sa signification dans la phrase.

Quand il s'agit de Ben 'Adî, la difticulté s'accroît encore de la subtilité de la pensée, du vocabulaire très spécial du langage philosophique, de l'incorrection des manuscrits pour la partie la plus intéressante de l'œuvre, sinon la plus importante.

Notre premier soin a été tout d'abord de nous assurer du texte que nous avons transcrit en collationnant les divers manuscrits des bibliothèques d'Europe qui sont tous passés entre nos mains. L'édition en était même commencée en 1914 à l'Imprimerie Catholique de Beyrouth, pour le Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium de M. J.B. Chabot; les Turcs ont saccagé l'imprimerie pendant la guerre et notre travail a été détruit. Nous eu avions fait.

10 YAIjVÂ BKX 'ADÎ.

pour notre iisno-e, une tradiietion franeaise qui représente plus (l'un millier de pages. Elle a sing-ulièrement clarifié }M>iir nous la pensée de Yahyâ, car une traduction exacte est déjà le meilleur des commentaires.

Apres ces travaux préparatoires qui nous avaient occujîé trois ou quatre ans et que nous avons dû laisser dormir pendant toute la durée de la guerre, nous avons entrepris la rédaction de cette étude. De brèves notices empruntées aux historiens arabes nous ont permis d'esquisser une biorjraphle sommaire; V examen des manuscrits, et quelquefois la critique de ce que d'autres eu ont écrit avant nous, a demandé certains développements ; enfin les grandes divisions, la philosophie de Ben 'Adî, l'unité de Dieu et ses attributs, la Trinité, V Incarnation, la place de Yahyâ dans la Philosophie arabe sont sorties comme d'elles-mêmes de l'œuvre de notre auteur.

Dans l'exposé de la doctrine nous avons cherché à être très positif, apportant des faits et des textes précis, peu ou point de considérations générales, qui s'accommodent à tous les sujets, nous défiant des rapprochements hasardés. On verra que nous procédons par larges citations. Quand un auteur est totalement inconnu, la meilleure manière de le produire pour la première fois en i)ublic, n'est-elle pas de lui céder la parole le plus possible, en ne lui fournissant, suivant rex])ression de Montaigne, que le «mince filet» qui doit diriger sa conversation?

AVANT- PROPOS. Il

Pour conclure, nous ferons nôtre une phrase par laquelle le i*. Mandonnet termine son avant- propos à Sigei' de Brabanf, et où nous n'avons qu'à changer le nom du personnage : «Malgré les im- « perfections de ce travail, que nul mieux que nous «ne peut se dissimuler, nous espérons cependant «avoir abouti à des résultats assez étendus et assez «précis pour que la vie et l'œuvre de Yahyâ ben «'Adî puissent prendre avec sécurité la place qui «leur revient dans l'histoire de la philosophie du «moyen-age.» (1)

Nous tenons à exprimer notre vive gratitude à M. F. PiCAVET, pour la direction aussi éclairée que bienveillante dont il nous a honoré au cours de ce travail, et qui a bien voulu examiner notre manuscrit à la fin d'une année scolaire, quand sa santé fort éprouvée exigeait impérieusement le repos.

Nos remerciements vont encore à M. L'abbé E. TissERANT, bibliothécaire adjoint à la Vaticane, qui nous a fourni, avec beaucoup de complaisaiice, certaines précisions sur les manuscrits de Rome; à M. L. Massignon qui nous . a aidé à traduire quelques titres de traités philosophiques. (2)

(l) P. Mandonnet 0. P. Siger de Brahant et Vaverro'isme latin au XI Ile siècle, p. X.

(2) Mon frère, professeur d'arabe et de syriaque à l'Institut Catholique de Paris, m'a prêté une très utile collaboration dans la correction des épreuves.

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