CHAPITRE PRELIMINAIRE
L'Aristott-lisme dans la lutte contre le Cliristianisme, dans l'apologie, dans les hérésies, — Les liéréti(|nes Nestoriens deviennent les maîtres des Arabes. — Coup d'œil sur les traductions arabes d'Aristote, et sur le caractère de la philosophie arabe. — Les confessions chrétiennes dans l'empire ^Musulman au X« siècle.
Pour comprendre Yal.iyâ ben 'Adî et l'apprécier à sou mérite, il faut se souvenir qu'il écrivait au X*^ siècle, avant Avicenne, al-Gazalî et Averroès, qu'il continuait l'œuvre des Syriens, traducteurs ou interprètes d'Aristote, et qu'il prépare la venue des grands scolastiques du moyen-âge en appliquant les doctrines péripatéticiennes à l'explication du dogme chrétien. On s'aperçoit alors que son œuvre est un trait d'union nécessaire entre la philosophie grecque et ses (îommentateurs occidentaux.
C'est sur le prolongement de V Ecole d'Alexandrie qu'il faut chercher le ])oint de jonction entre l'aristotélisme et la i)hiIosophie arabe. Les savants qui ont étudié cette école, ont montré comment elle s'est éloignée bientôt de Platon, et par quelles étapes successives Aristote, considéré d'abord comme logicien, a fini par déposséder, à peu prés entièrement, son rival (1).
(1) Rbnan, De philosophia peripatelica apud Syros, p. 8.
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Amraonius Saccas, le maître de Longin, d'Hércnnius, d'Origène, de Plotin, s'efforce de démontrer l'harmonie du syst('me de Platon et d'Aristote ; il y mêle le système de Pythagore, des éléments de Christianisme, et ce qu'il connaît des doctrines de l'Orient. Avec Porphyre, le disciple et l'éditeur de Plotin, l'évolution est terminée ; la philosophie a pris, pour dix siècles, une orientation aristotélicienne; et c'est à bon droit que le moyen-âge a considéré Porphyre comme V Introducteur nécessaire à l'encyclopédie philosophique (1).
On a dit que la philosophie alexandrine fut une perpétuelle réaction contre le Christianisme (2). Les })artisans
(1) Cf. Renan, Averrohs et Vaverro'isme, p. 92.
(2) « Ce ne fut que lorsque le Christianisme eut fait entrer l'esprit humain dans une fermentation puissante, dont le résultat définitif devait être l'anéantissement du pîiganisme, sous tous ses rapports, que le paganisme ému se concentra en lui-même, se chargea de tout son passé et entreprit, en se mettant en opposition flngrante avec le Christianisme, de résoudre la grande question de la réconciliation de l'humanité avec la Divinité. Il ne suffit plus de se rattacher à l'ancienne philosophie, platonicienne ou aristotélique ; le résultat était connu, l'insuccès constaté ... On inventa donc une pliilosoiiMe qui, pour répondre au cjiractère du Christianisme, se proclamant la religion absolue, embrasserait à la fois tous les systèmes antérieurs, pythagoricien, stoïcien, aristotélicien, de telle façon qu'elle en réconciliât entre elles les idées hostiles, les antithèses immémoriales. A cette fin, elle appela l'allégorie à son secours, elle fit un amalgame de stricte spéculation et de pures imaginations. Elle s'associa les éléments orientaux, qui devaient lui prêter le caractère fies mystères religieux . . . Cette philosophie reçut le nom de néoplatonisme, parce que son principal représentant, Plotin, avait surtout des sympathies pour Platon, et qu'il en adopta les idées, le mouvement, TéLin enthousiaste. Ainsi le néoplatonisme est la négation du Christianisme. » — Wortek, article Néoplatonisme, dans le Dictionnaire encyclojoédicpie de Théologie de Wetzer, traduit de l'allemand par GoscHLER, T. XVI, p. 45.
« Le moment le plus curieux, sinon le plus glorieux pour cette histoire (de l'école d'Alexandrie) fut celui où la philosophie étant sur le trône avec Julien l'Apostat 361—363, l'école d'Alexandrie
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(le cette opinion auraient pu examiner s'il y avait là une cause dans la préférence donnée à Aristotc. Mais, lors même que l'on refuserait d'admettre que la lutte contre le Christianisme ait été une cause dans le renouveau de la philosophie aristotélicienne, il faut bien convenir que les objections à la religion nouvelle procédèrent souvent des doctrines du Stagyrite. Il suftit, pour s'en convaincre, d'examiner dans Origéne, dans Eusébe, ou dans Saint Augustin, les fragments qu'ils nous ont conservés des écrits de leurs adversaires.
C'est que lAristotélisine offre un système complet qui, sous certains aspects, peut être considéré comme la forme la plus parfaite de l'antichristianisme spéculatif. Le chef de l'école augustinienne au moyen-Age, Gilles de Rome, a développé cette opinion dans son fameux ouvrage : De errorihus pliïlosoplionim Aristotelis, Averroïs, Avicennae. 11 ramène aux points suivants quelques-unes des antinomies entre Aristote et le Christianisme : « Le mouvement et le monde n'ont pas eu de commencement; le temps est éternel ; le soleil a toujours été la cause de la génération et de la production des choses inférieures ; la génération et la corruption des corps n'ont pas commencé et ne finiront jamais ; dans tout composé, il ne peut y avoir qu'une forme substantielle ; on ne peut admettre ni un premier homme ni une première femme ; la résurrection des corps est impossible ». (1)
La valeur polémique d'un pareil système, « invention ténébreuse de démons », au dire de l'aristotélicien Saint
fut appelée ù jouer un rôle actif dans la restauration des vieilles croyances (ju'il s'agissait à la fois de faire revivre pour le peuple et de rendre acceptables aux e.sprits par un système. » II. IMarion, article Alexandrie {Ecole philosophique d'), dans La Grande Encyclopédie, T. 2, j). 128. — Le D'' Parodi exprime la même opinion à l'article Néo-platonisme : Op. cit., T. 24, p. 940. Voir encore JFatter, Histoire de l'Ecole d'Alexandrie. T. I, p. 290. (1) Ermoni, Jean Damuscène, i)p. 1—3.