AN A COLE
Voilà un an que je suis sage.
\ ETTE. naïvement.
Vous n'êtes sage que depuis un an ?
ANATOLE
Vous trouvez que ce n'est pas suffisant ?
YETTE, souriant.
11 y a des yens qui sont sages toute leur vie.
ANATOLE
Les Chartreux !
Les Chartreux'/ (Le regardant avec intérêt.) Oh ! VOUS
êtes tout bouleversé !
ANATOLE
Ça va se passer !
YETTE .
Attendez... j'ai là des sels... dans mon petit sac...
Elle ouvre son petit sac qu'eUe avail posé sur la labln ANATOLE.
Non, non... c'est inutile... Ça va se passer !
YETTE. à part, toul en cherchant dans sou sac
Infortuné jeune homme ! <J>uelleaventure !... (Haut.) Tenez, respirez ça!...
Kilo lui fait respirer un flacon de sels ANATOLE.
Merci... (Il respire, tout en appuyant sa tète sur la poitrine
de Yette.) Vous avez du cœur !
YETTE, très empressée.
Oh ! c'est tout naturel!... Voir un être qui soufre !
36 YETTE
■ ANATOLE, la regardant.
Vous seriez une gentille garde-malade !
YETTE.
Vous trouvez ?
ANATOLE, qui a pris Ja main de Yette.
Vous avez la peau très douce.
YETTE, retirant sa main, très gênée.
Quand j'étais petite, figurez-vous que je voulais me faire sœur de charité !
ANATOLE, amusé.
Non?... Ce que c'est que la vie tout de même, on veut se faire sœur de charité et on devient...
YETTE, le regardant naïvement.
Quoi ?
ANATOLE, gêné du regard de Yette.
Mais... Enfin, vous avez bien fait de renoncer...
YETTE, avec un geste vague.
Oh!...
ANATOLE
Vous êtes trop jolie !
YETTE, se récriant.
Oh!
ANATOLE
Vous avez des yeux délicieux et un sourire...
YETTE, voulant détourner la conversation.
Ça va mieux, n'est-ce pas ?
ANATOLE, un peu troublé.
Oui, oui...
YETTE.
Ça se voit du reste !... Vous voilà tout rouge !
YETTE o7
ANATOLE
C'est la nature qui se rebiffe !
YETTE.
Vous dites?
ANATOLE, se montant jusqu'à la Tin de la *cèn».
Je dis... ie dis qu'en ce moment, je devrais faire du footing, du foot-ball, du golf et du polo!
YETTE, ahurie.
Hein ?
ANATOLE
Mais va te faire fiche, ici, ce n'est pas possible !
YETTE, un peu effrayée de l'allure d'Anatole, à part.
Qu'est-ce qui lui prend, maintenant?
ANATOLE, avec force.
Mademoiselle Pont-Durand!
YETTE.
Non, pas Pont-Durand... Durand-Pont...
ANATOLE
Qu'importe... (Déclamant.) Que le Pont soit derrière ou qu'il soit par-devant!... (Avec force.) Savez-vous bien que vous êtes exquise ?
YETTE, souriant
Moins que Marguerite.
ANATOLE, vivement.
Ce n'est pas la même chose. Et puis, laissons Marguerite.
YETTE.
Gomment! Vous l'adorez?
ANATOLE, vivement.
Je l'adore... je l'adore... c'est évident... mais
38 YETTE
c'est un amour tout spirituel... la bête n'y est pour rien !
YETTE.
La bête ?
ANATOLE, tirant de sa poche le pantalon de Marguerite et s'en servant- comme d'un mouchoir.
Oui! Sapristi, que j'ai chaud !
YETTE, poussant un cri.
Ah ! qu'est-ce que c'est que ça ?
ANATOLE, «'apercevant qu'il tient le pantalon, à part.
Nom de nom !
Un pantalon de femme ?
ANATOLE, vivement.
C'est à ma sœur !... Elle ma chargé de le déposer
chez sa lingère... (Jetant le pantalon dans la malle.) Mais
ne nous occupons pas de ma sœur et de son pantalon.
YETTE.
Revenons à Marguerite !
ANATOLE, se montant de plus en plus.
Oui! j'ai juré de lui obéir pendant un mois... elle m'a ordonné de vous aimer...
YETTE.
Mais tout à l'heure, vous m'avez demandé...
ANATOLE
Je ne sais pas ce que je vous ai demandé tout à l'heure, mais je sais bien ce que je vais vous demander maintenant!
11 veut la prendre par la taille.
YETTE 39
YETT B, se défendant.
Monsieur... monsieur... (s'arrêtant, et tout à coup.) Ah ! mon Dieu, j'ai oublié votre nom !
ANATOLE
Anatole Lejubier !
YETTE, suppliante.
Monsieur Lejubier !
ANATOLE
Non! Anatole ! Appelez-moi Anatole !
YETTE.
Jamais !
ANATOLE
Je vous déplais donc ?
YETTE.
Je n'ai pas dit ça!
ANATOLE, lui saisissant la taille.
Eh bien alors !... Yette! Ma petite Yette... Un baiser !
YETTE, se défendant.
Laissez-moi !...
ANATOLE
Et pas sur la joue, pas sur la joue!
YETTE, même jeu.
Je vous en supplie !
ANATOLE
Sur les lèvres 1
Il l'embrasse de force. Telle s'abandonne. A ce moment, la porte du fond s'ouvre, et madame Durand-Pont paraît.
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