Eaux stagnantes, amassées : plaisir, contentement
C’était là le seul symbolisme usité à la seconde époque du Yih-king, comme on le voit par l’usage qui était fait de ce livre.
La manière dont on consultait le Yih pour connaître le sort d’une entreprise nous est décrite plusieurs fois dans le Tso Tchouen de Tso k’iu-ming, commentaire du Tchun Isiou ou Annales de Lou 1 attribuées a Confucius.
Or, on n’y découvre point de trace d’une division du second texte correspondant à chaque ligne des hexagrammes ni de cette conception que les lignes représentaient une à une, chacune des phrases du second texte divisé en six parties. Nous y voyons, en outre, qu’il existait alors un livre de divination par hexagrammes très différent du nôtre.
En voici un exemple pris aux annales de l’an XV du Kong Hi de Lou, au 3e mois (643).
1 Rédigées sous forme de simples éphémérides.
« Le Pe de Ts’in était résolu à attaquer l’état de Tsin. On consulta le sort par le moyen de la plante sacrée; la réponse donnée par le devin fut favorable (c’était) : « traversez le fleuve, les chars du Heou sont défaits. » La réponse à la demande d’explication concernant le sens de ces mots fut : « Il y a très bon augure; il y aura trois défaites et la capture du prince de Tsin. La recherche du diagramme a fait rencontrer Ku (18); il y est dit : « mille chars prennent trois fois la fuite; outre 1 les trois défaites on prend le valeureux renard ». Or le renard en Ku , c’est le prince. Le trigramme inférieur de Ku est le « vent », le supérieur est « montagne ». L’année en est à l’automne, nous détruisons ses biens et prenons ses ressources, ce pourquoi nous triomphons; si les fruits et les ressources sont enlevés, que n’osonsnous pas attendre? »
Un peu plus loin, il est rappelé que le Kong Kien de Tsin consulta le sort relativement au mariage de sa fille avec le Pe de Tsin. Le devin lui dit : « Mauvais augure! Voici l’interprétation de la figure désignée par le sort : « L’homme immole l’agneau et il ne coule point de sang; la jeune fille présente sa corbeille, mais il n’y a point d’offrande. Les voisins de l’Ouest nous accablent de reproches (ou demandes) et l’on ne peut y répondre (satisfaire).
Kvei-mei allant à kvei EErEE ~ ZE est comme le manque d’amitié,
d’assistance. Le rapport de li 7 __ à ken __ — est le même que celui
de ken à li; c’est le tonnerre, c’est le feu. Ying-tsin perd la sœur aînée; le char perd son essieu; le feu bride son drapeau; il n’est pas bon de mettre l’armée en campagne, il y aura défaite à Tsong-kieu; etc. »
On voit ici comment on procède et ce qu’on cherche. Par le jet des baguettes on trouve le nombre ou l’indication d’un koua et l’une des explications de la section; alors, d’après la phrase qui s’y trouve on augure du résultat du projet en vue. De la première phrase « mille chars, etc. » on présage trois défaites et la capture du prince ennemi.
Tchi yû, outre, en surplus de.
A la seconde consultation, « le sang qui ne coule pas, la corbeille vide » sont de mauvais signes; « les reproches qu’on ne peut rejeter, l’essieu brisé » et le reste ont la même signification.
Mais que les lignes figurent cela, c’est ce dont il n’est nullement question; les trigrammes seuls sont pris en considération. Ce passage suggère en outre une remarque importante. Les passages cités comme fournissant les pronostics et pris au livre de divination, ne se trouvent qu’en partie dans notre Yih-king et ce qui s’y trouve même n’est pas sous le même koua ou n’est point exprimé d’une manière identique.
Ailleurs nous trouvons une consultation du Yih de Icheou; ce qui est bien le nôtre. C’est en l’an 672, la 22e année du Kong Tchwang. Le Heou de Tchin consulte les devins de Tcheou sur l’avenir du jeune King-tchong ; la
plante sacrée désigne le Koua Kwan (20) == = puis pi (13) =r-= et le devin
cite le § 4 du Koua 20 « regarder la gloire d’un état, étant l’hôte d’un roi ».
Puis il cherche la portée de l’horoscope. Il remarque que le Koua Kwan représente, par ses deux trigrammes, le vent au-dessus de la terre; pi représente de même le ciel sur la terre et par l’introduction de Kwan en p’i, les montagnes; il en conclut que l’enfant aura les biens des montagnes, il brillera de l’éclat du ciel. Dans ces conditions il demeurera sur la terre; c’est pourquoi il est dit : il verra l’éclat du royaume, heureux hôte du roi. En venant à la cour, on déploie les richesses, les étendards.
Enrichis de joyaux et de soie précieuse, produits admirables du ciel et de la terre, c’est pourquoi il est dit : « il sera l’hôte heureux du souverain ». Enfin il remarque que le mot « regarder » indique l’avenir, et le vent au-dessus de la terre, la possession d’un état étranger.
Comme on le voit, il n’est question que d’hexagrammes et de trigrammes, et nullement des lignes isolées figurant, chacune, un ou plusieurs objets constamment variés.
On se demandera, sans doute, comment l’intelligence du Yih a pu se perdre et une interprétation touchant à l’absurde se substituer au sens très simple et rationnel qu’il renfermait. Les historiens chinois et le Yih-king lui-même nous l’apprennent sans le savoir.
Nous devons des renseignements précieux sur l’historique du Yih-king à M. de Lacouperie, qui les a très savamment exposés dans l’ouvrage cité plus haut. Nous pouvons y renvoyer les lecteurs en ajoutant les remarques suivantes qui seules ont de l’importance pour notre cause.
Les textes de Lopi et du Hi-tze cités par le savant sinologue nous retracent suffisamment les fastes du Yih-king et me donnent, j’ose l’affirmer, complètement raison. Que nos lecteurs en jugent : Le Yih se développa, fleurit, dit l’auteur du Hi-tze (II, 11), aux derniers temps de la dynastie Yin , quand la vertu achevée de Tcheou fut mise à l’épreuve et que les rapports de Wen-Wang avec Sheou devinrent mauvais; ce que les commentaires modernes expliquent en rappelant que Wen-Wang 1 fut mis en prison par le tyran Sheou, le dernier des Yin.
L’historien des Songs, rapporteur soigneux des traductions antiques, fait des vicissitudes du Yih-king le récit suivant.
Après avoir dit qu’au temps de Fohi les kouas furent doublés (formés en hexagrammes) et expliqués par lui pour entrer dans l'usage commun, mais que ses explications n’ont point été transmises, qu’après cela les deux divisions du Yih et l’explication des figures furent complétées, Lopi ajoute : « Mais en cet âge elles ne furent point approfondies. Lorsque Wen-Wang eut été mis en prison à Yu-li, il en fit usage pour la divination, il introduisit en grand nombre et frauduleusement (comme un rat) les mots indiquant les pronostics; il altéra les nombres y afférents, pour fixer et régler le jeu des baguettes divinatoires, afin que ceux qui s’en serviraient pussent en tirer des pronostics. Après cela les explications commencèrent à être commentées. C'est pourquoi on l’appelle le Yih de Tcheou ou plutôt les changements faits par Tcheou. »
Certes il ne peut y avoir rien de plus clair et de plus explicite que ces paroles, et si j’avais voulu les inventer pour les besoins de ma thèse, je n’aurais su mieux trouver.
Ainsi les hexagrammes avaient été créés, les deux textes essentiels avaient
1 Prince de Tcheou dont le fils Wuh-Wang vainquit Sheou et monta sur le trône du prince dépossédé.
élé composés longtemps avant qu’on s’avisât de les faire servir à la divination. Mais ils étaient peu étudiés ; aussi Wen-Wang put aisément les altérer, y ajouter les termes auguraux et les faire servir à l'art magique pour lequel ils n’étaient faits ni peu, ni point. C’est exactement la supposition que j’avais formulée dans une première étude avant d’avoir fait l’attention voulue au texte de Lopi.
L’empereur Kang-hi avait un pressentiment de la vérité quand il disait au P. Visdelou : « peut-être que nos pères n’avaient point ces sorts en vue. »
Nous pouvons ainsi nous faire une idée exacte de l’œuvre de Wen-Wang et du remaniement qu’il fit subir au Yih-king.
Chaque section contenait un certain nombre de phrases et de maximes réunies sous un même chef, et ayant pour point de ralliement le mot qui faisait l’objet de la section et ses significations ou emplois divers. Il divisa cet ensemble en six ou sept parties, attribuant à chacune une valeur divinatoire qu’il exprima par un des termes consacrés à cet usage. En sorte que quand on avait tiré le numéro de la section et de la partie, on trouvait une sorte de réponse avec un pronostic.
Il ajouta, en outre, des phrases de sa façon et modifia certains termes, très peu avantageusement.
Le tout fut-il l’œuvre de Wen-Wang seul ? lui seul a-t-il mis le texte du Yih-king dans l’état où nous le voyons? C’est ce que nous ne saurions dire et qui nous parait peu probable. Et tout cas, il fut l’initiateur du système et. son fils Tcheou Kong, le perfectionna. Mais à l’époque décrite par le Tso Tc/touen, comme il a élé vu plus haut, l’opération n’était pas encore entièrement terminée. Il n’y est parlé, par exemple, que des hexagrammes et des trigrammes, mais nullement des lignes séparées. Il n’y est jamais dit que telle ligne isolée figure telle ou telle chose.
D’autres faits historiques viennent confirmer la relation du Lou-sse. Le Shuh-king décrit, d’une manière aussi claire que précise et détaillée, les instruments de divination dont on usait alors, et les symboles indiquant les décisions du sort. (Voir L. V, sect. IV, 20-24.) Ces symboles sont au nombre de sept. Cinq sont donnés par la forme des lignes que l’encre ou la couleur traçait, après que l’écaille de la tortue avait élé brûlée; les deux
autres l’étaient par les dispositions des baguettes sacrées, jetées d’une certaine manière. On y retrouve des mots employés au Yih-king, mais dans une acception différente. Donc, à cette époque, c’est-à-dire à la fin du XIIe siècle A. C. le Yih ne servait pas encore à la divination. D’autre part, les auteurs chinois et, avant eux, le Tcheou-li mentionnent deux autres méthodes et livres de divination appelés Lien-shang et Kvei-fchang. L’un paraît avoir appartenu à la dynastie des Hia (2205-1 76G), l’autre aux Shang-Yin (1766-1122). On voit d’ici le mobile qui poussa Wen-Wang à corrompre le texte du Yihking et à le transformer en livre de magie; il voulut donner à sa dynastie un traité et un système propres, des rites particuliers, car c était l’ambition de toutes les dynasties nouvelles, et pour cela, il ne trouva rien de mieux que de faire servir le Yih-king à ses desseins ; c’était le plus simple et le plus aisé. La prison lui créa des loisirs pour cela. Quand son fils Wuh- Wang monta sur le trône impérial, le livre des Tcheous devint le formulaire de l’empereur. Son frère Tcheou-Kong compléta son œuvre. Tous deux appliquèrent à leur manuel transformé les expressions des anciens temps ( tchàny , hvei ) et en multiplièrent le nombre.
Dès lors, le Yih-king interpolé changea de nature, et c’est ce nouvel usage d’un texte, qui n’était point fait pour cela, qui l’a rendu si bizarre et si obscur et a dérouté tous les interprètes.
Pour rendre au Yih-king sa forme primitive, il faut en retrancher tout ce qui ne cadre pas avec le fond essentiel, tout ce qui exprime des pronostics, et rechercher dans le texte antique les sentences, les énonciations qui pouvaient servir, dans les pensée de ses auteurs, aux usages généraux.
C’est ce que nous avons tâché de faire ici en traduisant purement et simplement le texte tel qu’il est, dégagé des formules de l’art occulte que nous réléguerons dans des parenthèses.
Voici, comme conclusion et conséquence dernière, de quoi se compose le Yih-king original :
Chacune de ses 64 sections contient : 1° un hexagramme (formé de deux trigrammes superposés et généralement significatif) qui en est la hase et l’objet, hexagramme (ou koua) accompagné d’un caractère chinois ordinaire qui en donne la valeur et le sens; 2° deux textes successifs, dont l’un forme
un seul ensemble d’observations, l'autre est divisé en différentes parties variant de nombre à l’origine \ mais comptant aujourd'hui six membres, comme l'hexagramme compte six lignes.
Ces deux textes ont pour objet et pour but de présenter une ou plusieurs réflexions relatives aux divers sens du mol désigné par le koua, à sa valeur philosophique, morale, politique, ou de donner des exemples de son emploi dans le langage; en un mot, nous y trouvons des remarques lexicologiques, politiques, philosophiques, etc.
C’est comme un répertoire des pensées qui préoccupent le sage ; des notes écrites sur le carnet d'un lettré, penseur et politique.
Fréquemment les réflexions et sentences sont, comme dans le Slnh-king, précédées d’une expression allégorique, d'une allusion plus ou moins obscure et lointaine qui constitue, en même temps, un exemple d'un des cas d’emploi du terme commenté.
Chacun de ces points sera expliqué en son lieu.
3° Un double, ou plutôt un triple commentaire, le premier traitant du premier texte ou des réflexions générales; le second indiquant la composition de i'hexagramme, les trigrammes et leur symbolisme; le troisième expliquant successivement chacune des six parties actuelles du second texte.
Comme ce troisième commentaire répète, en général, chaque membre du second texte en y ajoutant seulement quelque explication ou réflexion, je me contenterai de joindre ces dernières au texte en les distinguant de celui-ci. On pourra de la sorte éviter de constantes répétitions.
i Cela est prouvé par le texte lui-même. En effet, la division en six parties de toutes les sections est souvent tellement factice que son introduction tardive ne peut faire aucun doute; souvent elle n’a pas de raison d’être. Son auteur a dû, en maints cas, répéter jusqu’à trois fois la même idée, pour obtenir le chiffre voulu. Cp. Section XX, § 3, o, 6. Voir mon opuscule : Le texte originaire du Yih-Mng, etc.) Notons en outre que, d’après les traditions chinoises elles-mêmes, Wen-Wang, en remaniant et interpolant le Yih, en a altéré les nombres. Ces observations répondront suffisamment à ceux qui voudraient objecter que le nombre constant des six parties de chaque section prouve que cette division existait à l’origine et que les kouas étaient expliqués ligne par ligne, dès la première rédaction du livre. Plus d’une fois des sentences sont coupées en deux et leurs membres séparés par une autre.
Ces trois commentaires seront désignés par les mots : Com. F, If; Symbolisme.
Com. seul indiquera globalement les commentaires chinois plus récents que j’invoquerai à l’appui de mes observations.
Les « ailes » 6 et 7 du Yih semblant avoir conservé le souvenir de la nature première de l’ouvrage, sont également reproduites ici et placées à la fin.
Le Yih-king a été traduit quatre fois en Europe, par le P. Regis \ les Rév. Mac. Clatchie - et Legge 1 2 3, et, partiellement, par M. Philastre 4. Mais comme ils s'en sont tenus au livre altéré de Wen-Wang et aux commentaires chinois subséquents, ils sont entièrement en dehors de notre terrain.
Les lettrés chinois ont rivalisé de zèle dans l’explication des mystères du Yih; ils ont fourni aux curieux plus de 1,400 essais d’élucidation, nécessairement infructueux à cause de leur vice radical et originaire. Nul ne peut penser à les explorer tous. Heureusement, leur contenu essentiel a été résumé dans différentes collections, qui forment en quelque sorte des éditions cum notis variorum et dont la connaissance suffît amplement à celui qui veut avoir une idée complète de leur valeur et des secours qu’ils peuvent fournir au traducteur.
Nous nous sommes servi spécialement, outre le commentaire de Tchou-hi et la paraphrase impériale, des ouvrages suivants :
— Wu king tching ivei -, avec double paraphrase.
— Kai tze yuen tchong ling bien peu wu king.
— Yih-king ta tsiuen hoei i kiai et Tcheou-Yih-pi-tchi-neng-kiai.
Nous n’avons point cherché au delà parce que ces innombrables
1 P. Regis. Yi-king. Àntiquissimus sinarum liber, etc.
2 A Translation of the Confucian Yi-king, etc. Shanghaï, 1874.
3 Sacred books of the East. Vol. XVI.
4 Annales du Musée Guimet, t. VIII. Nous nous plaisons à rendre hommage à l’érudition de ces savants ; mais ils se sont contentés de traduire le texte métamorphosé avec les commentaires analogues, sans chercher au delà.
commentaires ne font que se répéter ou ne disent que des choses insignifiantes.
On trouvera encore dans le Yih-king, tel que nous le présentons ici, quelques passages obscurs ou d'interprétation difficile; pour quelques autres, on ne voit pas bien le motif qui les a fait mettre à la place où ils se trouvent. On ne doit point s’étonner de les rencontrer dans un livre aussi ancien, qui a subi tant de remaniements. 11 doit s'y trouver, en effet, des lacunes et des altérations, comme aussi des interpolations qui ont rendu le texte incohérent ou inintelligible. On verra, toutefois, que cela se réduit, en somme, à peu de chose.
Ces préliminaires suffiront amplement, je pense, pour faire connaître la vraie nature du Yih-king et la méthode suivie dans cette traduction. Les sinologues pourront aisément constater que nous n’avons guère fait autre chose que de rendre le sens des phrases chinoises tel qu’il se présente à l'esprit, dès qu'on reste en dehors de ces préoccupations d’art divinatoire, étrangères, comme l'atteste Lo-pi, à la première rédaction du livre.
Un fait analogue à l’oubli du sens du Yih-king montrera comment, en Chine, la valeur d’un monument antique a pu s'effacer du souvenir du peuple.
Les textes du Yih-king sont généralement précédés de l'explication de deux tableaux formés par les dix chiffres fondamentaux, disposés d'une façon mystique, en apparence, et sur lesquels les commentateurs ont épuisé toutes les ressources de leur imagination. On leur a attribué une origine surnaturelle. Deux animaux mystérieux, un dragon et une tortue, les ont apportés, tracés sur leurs dos, aux souverains Fo-hi et Yao. Leur signification doit être cherchée dans les profondeurs de l'ontologie. Les deux principes y sont représentés : le principe actif par les nombres impairs, le passif par les nombres pairs; les différents nombres représentent leurs combinaisons. « Le principe de tout nombre est renfermé dans un Yin et un Yang, la forme du Yang est ronde; les objets ronds que l’on traverse donnent un; ceux que l’on contourne, donnent trois. Le Yin est carré; traversé, il donne un; contourné, il donne quatre; le Yang, ajouté à un, donne trois, etc., etc. » (Voir Yih-hio-ki-nieng, P. I.)
Or, l’un de ces deux tableaux a déjà été reconnu comme un simple jeu d’arithmétique. Le second, resté inexpliqué, est absolument la même chose, comme on va le voir :
ooo
Il s’agitjout simplement d’additionner le 5 central avec les chiffres les plus[rapprochés et l’on obtient les nombres les plus éloignés dans la même direction :
Et c’est un problème aussi simple qui a été transformé en une tablette mystérieuse, contenant des secrets insondables de philosophie, révélés du ciel.
Il en est de même du Yih-king; de l’aveu de tous les sinologues, les Chinois en ont perdu le vrai sens.
Puissions-nous avoir trouvé la clef de ces énigmes qui composent l’antique recueil dont le caractère altéré au XIIe siècle de l’ère ancienne, est resté si longtemps méconnu.
Nous osons l’espérer parce que cette explication n’est, en somme, que la reproduction simple et naturelle du texte que le fondateur de la dynastie des Tcheous a transformé et rendu méconnaissable.
Mais pour que nos lecteurs non sinologues puissent mieux en saisir l’esprit, nous devrons ajouter ici les notions fondamentales de la philosophie chinoise, dont quelques principes régnent dans tout le Yih-king, comme ils constituent encore la hase des systèmes de tous les penseurs chinois qui se sont écartés des anciennes croyances nationales. Nous ne ferons, en effet, en ceci, que résumer pour ainsi dire le Tcheng-meng de Tchang-tze, le Tai-kih-lù, le T’ong-shou de Tcheou-tze, le Hoang-kih de Shao-tze, le Sing-ming , du Sing-li-tsing-Y et autres ouvrages philosophiques de la même école, qui se répètent le plus souvent et ne diffèrent entre eux que par des principes accessoires.
Voici ce résumé :
« Au commencement était le principe suprême ou principe sans origine
(ta kih ou kih puh kih ); invisible, insaisissable et plongé pour ainsi dire dans l’abîme, il se révèle par ses deux énergies 1 immanentes. Ces énergies sont non point le principe actif et le principe passif, comme on dit généralement, mais le principe actif spontané, initiateur et le principe réceptif, actif par réaction. Les Chinois assimilent leur mode d’activité dans la production à celui du père et de la mère 2.
Ces deux principes isolés ne produiraient rien; mais s’étant mis en contact et se combinant, ils engendrèrent l’homme et toutes les choses d’ici-bas.
D’abord, ils formèrent le ciel et la terre, les deux grands agents directs de l’univers en qui se sont comme incarnés les deux principes originaires et qui les représentent. C’est parleur intermédiaire que tout a été produit.
Aussi le ciel et la terre sont-ils également appelés le père et la mère des hommes et de toutes choses.
L’action combinée de ces deux agents universels est soumise à des lois constantes et perpétuelles; elles se manifestent dans l’ordre régulier du mouvement des astres, de la succession des temps et des saisons, comme aussi dans l’ordre moral dont la beauté révèle le caractère naturel et nécessaire 3.
C’est par l’action dominatrice du ciel et la correspondance soumise de la terre, comme par la stabilité de leurs lois, que tout s’engendre, se développe, s’affermit, se perfectionne et atteint sa fin dans le monde. Pour que les êtres parcourent heureusement ces quatre stades de leur existence, il faut qu’il y ait action constante et ferme, initiative maîtresse, d’un côté; de l’autre, soumission constante et inébranlable; en outre, harmonie, droiture, justice de part et d’autre.
La nature est bonne en elle-même, celle de l’homme l’est également. Son cœur est essentiellement bon; il naît tel, il reste tel jusqu’à ce qu’entrainé par l’impression que font sur lui les choses extérieures, il se laisse détourner de la voie droite. Il doit donc contenir son cœur dans cet état qu’on appelle le
1 Un seul être ayant deux formes substantielles, tel est le premier principe (Tcheng- Meng, ch. II). Ces deux principes ont quelque analogie avec la forme et la matière des scholastiques. Le principe suprême n’est pas mentionné au Yih.
2 Le K’ien est père, le Kven est mère, premiers mots de Ssi-ming du Tchang-tze.
3 Cf. ma Siuo-llio traduite complètement pour la première fois, p. 27 et passim.
milieu Tchony , ou plutôt l’intérieur, où il se domine lui-même et ne se laisse pas vinculer, traîner à la remorque des appétitions extérieures.
Ainsi, fermeté constante dans l’action, stabilité, soumission et respect, union, harmonie, droiture et justice, paix intérieure, répression des passions, milieu, sont les principales vertus que la nature, que les principes originaires de toutes choses observent et enseignent par leur exemple et qui constituent les fondements de la morale. C’est leur ensemble qui forme ce que le Yihking appelle les sentiments du ciel et de la terre.
Pour se maintenir en cette fermeté et soumission constante, pour dominer sans cesse ses désirs et conserver la paix intérieure comme l’harmonie universelle, l'homme doit régler non seulement son intérieur, mais aussi ses actes extérieurs, son maintien, tous ses mouvements. De là, la nécessité, l’importance des rites qui règlent non seulement les actes du culte et des vertus, mais aussi tout ce qui tient aux convenances, à la civilité, à tout acte qui se fait par et dans le corps humain, regards, marche, gestes, etc. Le ciel (cf. Siao-Hio, p. 128) comprend le principe actif spontané ’, la lumière, les astres et aussi les esprits. Il est constamment supérieur à la terre. Le ciel en sa partie matérielle est noirâtre; la terre, toujours soumise et inférieure, est par essence de couleur jaune -. Elle est comme la jupe du vêtement dont le ciel forme la taille. Le ciel donne à chaque homme sa part de destinée qu’il peut perdre par ses fautes, comme le Shuh-king le répète constamment. Les maux terrestres frappent le coupable; mais celui-ci peut, en se corrigeant, faire revenir pour lui la fortune et le bonheur. Le ciel change ainsi ses décrets1 2 3 * 5.
1 Le principe actif spontané règne depuis le printemps jusqu’à l’automne; à l’automne il s'affaiblit sous l’action du principe réceptif qui l’arrête et finit par triompher au solstice d’hiver avec la gelée et la mort apparente de la nature. Peu après le principe actif reprend son action et la germination se prépare. (Comp., entre autres textes, l’Encyclopédie Ku sse Kiony-lin, f° 1.)
2 Les anciens Chinois la croyaient carrée. Le Li-Khi proteste contre cette thèse impossible pour ce motif que « la terre est sans limite, tandis que tout objet carré a des bornes. » (Voir le Li-Khi, f° 8.) Mais Shao-tze dit encore au Hoang-Kih, ch. II, 4 : « La terre est carrée, c’est pourquoi en délimitant les terrains on les a distribués en carrés. »
3 II est faux qu’il y ait deux décrets célestes, l’un réglant les biens et les maux physiques
et l’autre, ceux de l’ordre moral : les uns et les autres dépendent d'un seul et même prin-
cipe, dit le Sing-miiig.
LE YIH-KLNG.
Les sujets, les notions que l'auteur a choisies pour en faire la matière de son livre et l'objet de ses observations, devront être sans doute celles qui lui paraissaient avoir le plus d’importance. Dans Tétât actuel de l’ouvrage, ces sujets sont dispersés sans ordre, ni méthode. Des thèmes analogues sont séparés et placés très loin l'un de l'autre, d'autres qui n’ont point de rapports entre eux sont réunis. Nous croyons donc devoir présenter un tableau de ces idées rangées d’après l’ordre que comporte leur nature et sous quatre chefs.
1. Philosophie naturelle. Principe actif (1). Principe réceptif (2). Pénétration mutuelle, développement (3, 11). Croissance (35). Education, développement de la nature intelligente (4).
2. Etat social. Autorité nécessaire (6, 7). Soumission des inférieurs (15). Bienveillance, bonté et justice des chefs (17, 23). Soin des intérêts du peuple (58). Augmentation de la population favorisée (45). Qualité des lois (60). Excellence du mariage (31, 53, 54). Sacrifices (50). Fonctions (19). Entretien de la famille (9, 26, 27, 37). Désordre (25). Arrangement, disposition sage (56). Utilité du puits dans la cité (48).
3. Règles de conduite. Incertitude de l’éclat, des’grandeurs (22, 30, 36). Succès et insuccès (63, 64). Dignité (16). Décorum (20). Vie retirée (33). Supériorité (28,62). Procès à éviter (6, 43). Conduite à tenir dans l'éléva* tion et l'abaissement (41, 42, 46, 47), dans l’abondance et la richesse (55, 59). Force et grandeur (14, 34). Opposition (38).
4. Vertus à pratiquer. Milieu à garder (61). Union et concorde (8). Douceur et bienveillance (17, 57, 58). Prudence, prévoyance (10, 18). Constance, fermeté, noble hardiesse (5, 32, 39, 52). Amitié, dévouement (29, 40). Correction, amendement, restauration (24, 49).
On retrouvera, à la table des matières, ces divers sujets mis dans Tordre du livre.
Note. — On trouvera à la fin de cet ouvrage, dans deux appendices successifs, des extraits des commentaires qui justifient, par des exemples nombreux, notre manière de comprendre les expressions chinoises. Nous les avons réunies en ce lieu pour ne point surcharger notre traduction de notes encombrantes qui augmenteraient la difficulté de la lecture du texte. Ceux de nos lecteurs qui voudront comparer la version avec les exemples justificatifs devront recourir à l’appendice I, indiqué par le mot abrégé (App.).
Comme il est très difficile de distinguer les termes divinatoires : « heureux, mauvais, pas de regret, etc. » des jugements moraux formulés par les mêmes termes, nous traduirons généralement ces expressions sans nous prononcer sur leur nature. C’est, du reste, sans aucune importance.
Nous avons, pour le même motif, conservé la division du second texte en six paragraphes, à chaque section, bien que souvent deux ou plusieurs même doivent être réunis et ne forment qu’une même explication ou citation. Nous l’indiquerons généralement en son lieu.
Pour terminer ces préliminaires, assez longs déjà, il nous reste à examiner une question qui ne manque pas d’importance. On se demandera, sans doute, quel rapport il y a entre les figures linéaires et les mots chinois qu’elles représentent. Nous ne pouvons mieux répondre à celte question qu’en mettant sous les yeux de nos lecteurs un tableau des hexagrammes avec la signification des deux trigrammes qui les composent et leur relation avec les termes chinois dont ils semblent être la représentation figurée. Cette correspondance échappe quelquefois à la vue, mais généralement on peut la déterminer avec une certaine précision. Mais, pour comprendre ce tableau, on doit se rappeler la signification des trigrammes tels qu’ils sont donnés page 19.
K oua I. K’ten,
principe actif . . . .
— r -.= principe actif par essence: ciel ; souverain.
principe actif r i r ’
— II. Kwun,
principe réceptif principe réceptif
= principe réceptif, terre.
— III. Tchùn, obstacle, arrêt . = tonnerre arrêté par l’eau, obstacle.
7 7 tonnerre r 7
Koda IV. Meng, croissance, intelligence non développée — ontagne = montagne arrêtant
1 1 eau courante
eau.
V c~ i •. eau, danser . . ...
— V. Su, danger, arrêt -,.incipe actif = principe arrête, danger.
— VI. Sang, procès, recours au prince danger = danger près du Prince* »
la cour, procès.
— VII. Sse, chef, supérieur; troupe, — 1 ncipe récepnl' terre
r r ’ eau du ciel, de source
= eau entrant en terre, union.
\'in „ • eau courante, source
— >111 . F i, concorde, union -
terre
— IX. Si no tchuh, petit développement ^ = vent élevé, ne produisant que peu d’effet.
X, < , ci principe actif „ , .
. Li, marcher, Ion 1er - — = force opérant au-dessus.
? eau stagnante r
— XI. T’ ai, pénétration pi — Ie second se portant naturellement en haut, pénètre le premier.
— XII P’ei, opposition, fermé pr/n‘° pe récepTTf = Pr'nc,Pe réceptif tenu en dessous, enfermé.
— XIII. long, union feu Cc'eeleste — ce feu pénètre le ciel, y est uni au principe actif.
— XIV. Ta, grandeur ^ = le feu au haut du ciel symbolise la grandeur suprême.
— XV. K'ien, respect, modestie, bienveillance lerre = grandeur s’abaissant ; don-
ceur, bonté s’élevant ; l’un et l’autre s’accordant.
— XVI. Yüt puissance, majesté, satisfaction = tonnerre sur la terre, en
sortant; terreur et grandeur, majesté.
— XVII. Süi, soumission, fidélité ,eau stagnante, joie |a force sous i’eau indique sou-
tonnerre, mouvement 7 1
mission ; l’eau stagnante, tranquilité, mouvement tranquille, satisfaction.
— XVIII. Kù, trouble, soucis; délibération moilla^ne = ]e Vent sous la montagne
produit agitation, trouble.
— XIX. Lin, autorité — — = la terre s’élevant au-dessus de l’eau stagnante,
eau stagnante °
représente l’homme en dignité.
LE YlH-KliNG.
Koua XX. Kaèn, apparence extérieure, regard, maintien = vent se manifestant au-dessus, en dehors.
— XXI. Shih hàk, mordre, langage méchant = ce qui brûle et fait mal;
langue méchante comparée à la flamme.
— XXII. Pi, éclat, rayon ; orner feu éc]air = feu s’échappant d’une montagne, éclat.
— XXIII. Poh, opprimer, etc. moma^-ne = mont pesant sur la terre, oppression.
— XXIV. Fuh, retour, réparation, correction tonnerre = tonnerre sous terre, répression.
— XXV. Wû Wang , non caché, apparent, sincère = tonnerre se manifestant
dans le ciel.
— XXVI. Ta Ichuh, grand entretien, répression, accumulation ciei 'prmcip^âctif = Pr‘n"
cipe actif formant les montagnes, accumulation.
— XXVII. /, entretenir, soutenir —
7 7 tonnerre
— XXVIII. T à Eouô, grande transgression, défaut -au^tnant° = le vent soulevant l’eau, la fait grandement sortir de son lit (ta Kouo).
— XXIX. Tsah K’àn, danger
caverne, danger, (k’àn) caverne, danger, (k’àn)
= danger suprême.
- XXX. Li, éclat éclair, éclat partom.
— XXXI. Bien, concorder;
harmonie.
harmonie
eau stagnante, satisfaction, complaisance montagne, repos, tranquilité
concorde,
— XXXII. Hang, constance, fermeté, activité continuelle -on-nene’ fo^e, puissance |g
37 vent, docilité
puissance servie par la docilité a une action forte et continuelle ?
— XXXIII. T’ iin, retraite, obscurité = un mont élevé dans le ciel, lieu de
mont 7
retraite, de vie obscure.
— XXXIV. Ta tchuâng, grande force tonperre’ force = force soutenant la force.
** D ciel, principe fort
Koux XXXV. Ts’in, avancer, grandir, s’élever
ciel
montagne
= montagne s’élevant dans le ciel.
— XXXVI. Mïng-i, lumière faiblissante = lumière des astres baissant, entrant sous terre.
— XXXVII. Kia, famille — = vent s’élevant du feu.
feu
• • fgij
— XXXVIII. Kuèi, opposé; contraire, discorde — = opposition.
— XXXIX. Kim; difficulté, danger, courage caverne’ (lailger. = mont dangereux.
• # • tonnerre •
— XL. Kieh, délivrer, échapper, disperser p[uie ■ = pluie après tonnerre, délivrance
— XLI. Sun, diminuer, abaisser, réprimer mouUgne ■ = mont pesant sur l’eau.
7 7 ' eau stagnante r
— XLII. Yih, augmenter, grandir Ncnt - = tonnerre augmentant par le vent.
7 o 7 o tnnnftrrp. & '
tonnerre
— X LIII. Kital, diviser, disperser, eau divisée en branches ^ = eau se divisant dans l’atmosphère.
— XLIV. K’cü, épouser, unir, rencontrer = vent pénétrant le ciel, uni aux forces célestes; le faible uni au fort.
v,,r r ■ . • . ,• eau stagnante , . . . ,
— XLV. Isui, reunion, agrégation — ~r = faux reunies, agregees sur la terre.
— XLVI. Shàng, monter, s’élever = arbre s’élevant de la terre.
arbre
— XLVII. Kuân, détresse, dureté °au\^ia"sée- = péril, détresse dans les eaux.
— XLV1II. Tsing, puits
péril
eau courante, source
pénétration
= puits.
— XLIX. Koh, changer, se contrarier; cuir ^ = se contrarier, le feu change l’eau.
— L. Ting, chaudron ~ = bois brûlant et chauffant le chaudron.
bois
• tonnerre, (tchan)
- Ll. Tchan, tonnerre, effroi neh,„| •
— LU. Kân, ferme, droit
montagne, (kan) montagne, (kan)
Kola LUI. Tsién, avancement, progrès, s’élever peu à peu une montagne.
vent
montagne
= vent soulevé sur
UV Kuei, marier ■ lon---'-- — p“1Sl.!,ance- çes jeux termes caractérisent l’homme
,j1 ’ • > eau stagnante doci lté. ulaisir
eau stagnante docilité, plaisir
et la femme.
— LV. Fang, abondance, richesse, éclat ■onf^r- = symbole d’éclat.
LVI. Là, étranger, passager = éclair brillant un instant dans le désert.
— LVI1. Sun, douceur, flexibilité
, sun, même sens
sun, id.
- LVlll. Tù i, réjouir
— LIX. Huân, abondance débordant '^u^uiantè00 = t‘au débordante.
— LX. isieh, réglés, lois „
’ o ’ eau stagnante
— LXI. Tchông, milieu, juste milieu, droiture; le milieu est représenté par la ligure
qui a deux lignes coupées au milieu — —
tonnerre — ^ #
— LXII. Sicià Kuô, petit défaut, dépasser peu — — Excès en ce qui est
petit. Les petites lignes sont au deçà et au delà des grandes et les dépassent en nombre.
i v 1 1 1 ts . • . - i .eau courante
— LXIII. Ki tsi, traversée achevée -f