‹ ÿleméns de philosophie catholiqueChapitre 2 sur 77 · PRI^FACE · texte numérisé non relu

PRI^FACE

la Iil)crlc, ne rêvent pour les peuples, qu'une irrémédiable servitude.

L’encyclique leur apprend que si la charité doit s’étendre à tous les hommes , quelles que soient leurs opinions, pour les envelopper tous dans un amour grand comme l’humanilé ; il n’y a point d’alliance possible de doctrines, avec ceux dont les théories insensées ne réaliseront jamais que le doute et l’anarchie dans le monde des intelligences ; et dans le monde politique, qu’une pesante tyrannie, qu'une effroyable et sanglante servitude. Elle leur fait connoître , que les conseils de la sagesse humaine, ne sont pas toujours les conseils de la sagesse divine; et que l’application immédiate de ces conseils, aux affaires de ce monde, porteroit le trouble et la confusion , dans,lcs institutions que le tems n’a point usées, et qui, debout au milieu des peuples , protègent la civilisation , contre le fléau d’une propagande d’anarchie, mille fois plus à craindre, pour l’Europe et pourla chrétienté, que ne le sei’oit une autre inondation de barbares.

Mais l’encyclique, en couvrant de sa puissante égide les institutions politiques de l’Europe, ne livre point les multitudes à la merci du despotisme ni aux caprices de l’arbitraire. Elle déclare solennellement qu’il y a sur la terre un juge suprême des doctrines dont il faut nourrir l’intelligence des peuples ; et elle fl('lrit de nouveau, certaines opinions de ré-

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volte, dont les dernières co''séquences seroienl le protestantisme en religion, comme elles seroicnt la tyrannie et la servitude en politique (i).

Et qu’on ne s’imagine pas que l’encyclique soit hostile au progrès de la science. Nous croyons fermement, qu’elle a fait pour le triomphe de la vé- *

( I ) Nous sommes persuadé' qu’on ne sauroit adhérer pleinement à l'encyclique, sans abjurer par-là même, toute opinion restricthe de l'autorité suprême du vicaire de Jésus- Christ ; et nous croyons que tout partisan de l’analyse cartésienne ne sauroit souscrire sincèrement à l’encyclique, sans renoncer, par-là même, au principe sceptique de la raison privée. Aussi , la soumission pleine et entière de l’épiscopat et du clergé français à l’encyclique de Grégoire XVI, prouve d’une manière éclatante que les opinions de quelques prélats de cour, ne sont point, n’ont jamais été leurs opinions.

Mais un fait curieux, c’est que des professeurs de la célèbre université de Cambridge, disoient dernièrement à un écrivain honorablement connu dans le monde littéraire, que les points de dissidence entre l’église anglicane et l’église romaine, s’effaçoient chaque jour, de plus en plus de leur esprit, et que bientôt il n’y auroit pas un seul homme vraiment éclairé dans les universités d’Angleterre, qui ne comprit la nécessité radicale d’un pouvoir enseignant, visible, central, un cl définitif en matière de religion. Les hommes les plus éclairés de l’Allemagne protestante font le même aveu, et tout annonce que la science, devenue consciencieuse, de votlairienne et de sceptique qu’elle éloit naguère, ne lardera pas à devenir romaine.

PBËPICE.

ritable philosophie, plus que ne pensent, ou que ne désirent peut-être , ceux qui ne veulent pas comprendre que si la vérité est immuable parce qu’elle est éternelle , elle suppose , elle provoque par cela seul qu’elle est infinie dans sa source, un développement progressif et sans terme , dans les intelligences créées à son image, et placées ici-bas pour l 'aimer.

L'encyclique porte un coup mortel à la philosophie sceptique des derniers siècles ; elle frappe au cœur l’analyse individuelle, qui s’efforce de déduire logiquement l'absolu du relatif, le nécessaire du contingent, l’infini du fini, l'être enfin du néant. Elle tue le cartésianisme père du doute moderne, et elle déclare solennellement, qu’il n’est pas possible de connoître Dieu sans Dieu , qui seul communique à la raison de l’homme la notion de son être infini, et celle de scs attributs; non par les modifications solitaires et insaisissables du moi individuel; mais par la parole sociale^ par le verbe humain, l'imitation permanente, ici-bas, du Verbe infini. Ac fieri non posse , ut sine Deo Deum discarnus , qui per verbum docet homines scire Deum.

Ainsi, loin de porter le découragement dans l’ame des écrivains qui depuis plus de dix ans, travaillent en France, à’I’organisation catholique de la science, et qui y travaillent par une philosophie

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rnÉFACE.

anli-sccplique , le ponlife suprême , à l’exemple de scs immorlcls prédécesseurs , Léon XII et Pic VIII, semble les protéger par l’cricyclique même, contre les insinuations de quelques écrivains, prévenus ou blessés , qui s’efforcent chaque jour de persuader à leurs lecteurs, que l’encyclique enveloppe dans une même réprobation , les opinions politiques de f Avenir , cl les doctrines d’une philosophie à qui Rome est bien loin d’avoir rcfqsé ses suffrages et ses cncouragefticns.

Aussi, éclairé par les enscignemens du vicaire de Jésus-Christ, l’un des plus illustres écrivains des lems modernes comprendra , nous en sommes convaincu, qu’il doit sa plume puissante, non aux intérêts divers des passions politiques , mais à la cause de l’église, rjui est celle de l’humanité (i).

(i) L’Jmi Je lalieligion a censuré sévcrcnicnl, il ya quelques jours , une préface placée en létc du livre des Pe'leriiis JPotoHflM, préface dont M. de Montalcmbcrl est l’aulcur. l/amilté qui nousunit au Iraducicurdu livrcdcs Pèlerins, nous fait un devoir de déclarer, que celte, préface, nousparoît empreinte d’une indignation trop amère. M. de Montalcmbcrt l'a écrite sous les inspirations d’une imagination brûlante: il n’a point pris conseil de scs amis pour la publier; il est donc seul responsable de ce qu’il a écrit. Mais nous croyons, que son âme si douce et si aimante,' démentira toujours, le courroux littéraire des pages élo(iucnlc5 de la préface du livre des Pélfrins.

PREFACK.

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Dégoûte, par les hautes leçons du -chef suprême dd l’épiscopat, d’une action politique, qui n’est point dans la vocation de son génie, il emploiera désormais toutes les forces de son intelligence, à préparer dans le silence de la retraite , une philosophie vraiment sociale , une théorie calholi(iue de l’esprit humain. Il renouera la chaîne de ses destinées intellectuelles , interrompue un moment, par des espérances que son cœur croyoit réalisables, mais auxquelles manqueront long-tems encore,. et peut-être toujours ici-bas, et les hommes et les évenemens. Redevenu par les écrits qui compléteront sa carrière sacerdotale et littéraire , le défenseur de l’église catholique , dont il avoit cru servir la cause , par des désirs trompés , il lui sera donné, nous en avons la ferme espérance, avant de rendre à Dieu une âme enrichie des dons les plus excellens, d’avoir puissamment contribué à faire cesser au dix-neuvième siècle , le divorce fatal de la science et de la foi. Nourris alors, des doctrines dont il sera l’éloquent apôtre , les innombrables enfans prodigues des dons de l’intelligence, quitteront les déserts ravagés d’une philosophie sceptique, où, loin de la vérité, ils mangèrent si lo g-terns, à la sueur de leur front, le pain noir de l’erreur et les glands amers des passions; et ramenés à l’humilité de la foi, par la science devenue croyante, ils goûteront le repos et la paix que donne

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