CHAPITRE III
uF. L'ORimr. ne foi.
§ 1. Sa nature.
Avant de prouver d’une manière plus directe, s’ilest possible eucore, que l’autorité de la raison générale, constitue le critérium inébranlable de la vérité, et otTre la seule base philosophique, sur laquelle puisse s’élever une théorie véritablement catholique de l’esprit humain ; considérons un moment, la nature et la nécessité de l’ordre de foi,, cèmme l’élément primitif do la raison humaine.
L’ordre de foi, dans le langage philosophique, n’est pas seulement l’ordre théologique , ou l’ordre des croyances religieuses, universellement, perpétuellement, uniformément crues par le genre humain; nous entendons, par l’ordre de foi en générai, ce qu’il y a d’uniforme, d’immuable, de permanent, de véritablement un, dans la cous-
ÉLËMENS DE rHILOSOPBIE.
cience du genre humain, envisagée sous lous ses aspects. Ainsi, l’ordre de foi, est pour le vrai philosophe, la substance de l’esprit humain, l’élément nécessaire h sa vie; la condition indispensable de son existence, de sa durée, de ses développemens. En un mot, ce qu’il y a de permanent, d’inaltérable, d’immuable dans l’esprit humain, voilà ce que nous entendons par l’ordre de /b(.
§11. Nécessite absolue de l'ordre de foi.
Rejeter ce qu’il y a de permanent, d’universel, d’immuable dans la conscience humaine, c’est abjurer toute idée, toute vérité; car, la vérité n’est rien, ou elle 'est ce qn’il y a d’universel, de permanent, d’inaltérable dans l’humanité. Donc l’ordre de foi est d’une absolue nécessité. Si l’ordre de foi étoit une chimère; c’est-à-dire, si ce qu’il a de permanent et d’immuable dans la conscience universelle pouvoit être une erreur, alors il faudroit soutenir, que l’unité, que l’immutabilité, que la perpétuité dans les pensées et dans les croyances, loin d’être le caractère du vrai, sont le signe de l’erreur; et alors quel moyen d’échapper au scepticisme ?
Il y a dans toute science, un ordre de vérités, de notions ou de faits, immuables et permanents, qui constitue la partie certaine et invariable de la science, et un ordre de développemens et d’explications, qui constitue la partie variable.
Dans la religion, la théologie qui embrasse les croyances, constitue l’ordre de foi, et la philosophie, cherche à les pénétrer, à les expliquer. Dans les arts, il y a des notions communes, inaltérables et permanentes, qui se retrouvent partout cl toujours. Dans toute science, il y. a des no-
ÉLÉMEKS DE FHILO.SUPIIIE.
lions premières, communes et universelles, qui forment la base de la science, et qn’il faut admettre sur l’autorité du sens-commun et sur la foi do l’nnivers.
11 en est de même, de tous les arts de l’industrie, de tout ce qui est, en un mot, l’objet de l’activité du moi humain. Partout, toujours, on retrouve des notions premières, communes, fondamentales et sociales, dont le sens commun seul est l’arbitre, le père et le juge; et partout aussi, l’activité du moi individuel,' exerçant sa force sur ces notions communes; donc, l’ordre de foi, est d’une nécessité absolue.
§ III. Raison |<bilosopliiqnc de l'ordre de foi , comme base de I.i raison bomaine.
Il n’y a d’invariable, de nécessaire, d’absolu, que la raison infinie; parce que, elle seule, est la plénitude de la vérité. Tout ce qui n’est pas elle est fini, faillible par conséquent; donc, point de certitude absolue que dans la raison infinie. Cette raison infinie, est la pensée substantielle et personnelle de Dieu, son Verbe, raison éternelle, pleine, complète et absolue de Dieu même.
La raison humaine, n’est qn’un écoulement, qu’une participation de la raison divine ; c’est eHc , qui reflète dans l’univers, la lumière incréée, la raison suprême, absolue, immuable, infinie. Mais , la reproduit-elle, par l’innombrable variété des opinions ou des conceptions individuelles, ou par ce qu’il y a d’universel, de permanent et d’inaltérable dans ses croyances? Lebon sens dit à tous, que l’unké, que l’universalité, que la perpétuité, sont les caractères essentiels du vrai. C’est donc, par son
ÙLtMENS ()E PIIILUHUPIUE.
adhésion à la raison humaine, ou à ce qu’il y a d’iuallérable, dp permanent dans ses croyances, que la raison de l’individu participe à la raison infinie.
De plus, il n’y a dans la conscience humaine, que deux notions radicalement distinctes; celle de l’infini, de l’absolu, du nécessaire; cl celle du fini, du relatif, du contingent.
La certitude absolue, n’est pas, ne peut pas être, dans les opinions changeantes, variables des individus; donc, ou elle n’est nulle part, ou elle se trouve dans ce qu’il y a d’universellement, de perpétuellement, d’uniformément un, dans la conscience du genre humain.
§ IV. Point il objeclioiis pof^ibles coiilrc l’ordre do foi, envisagé comme b.isc de la raison humaine.
Ou l’ordre de foi engendre seul la certitude, ou c’est l’ordre do conception; ou (a certitude n’est nulle part. Point de milien assignable, entre cette triple supposition.
Si l’ordre de foi, ou ce qu’il y a de pe.rmauent dans la conscience humaine, peut être un principe d’erreur, nul moyen dës-lors, d’échapper au scepticisme; à moins que le privilège de l’infaillibilité, que l’on refuse b la conscience humaine, considérée dans la loi de son immutabilité et de son universalité permanente, ne soit l’attribut exclusif de la raison particulière. Mais, ou le bons sens n’est qu’un mot, ou il est absurde d’accorder h la raison individuelle, l’infaillibilité que l’on refuse b la conscience universelle; puisque la raison de l’individu ne se forme, ne vil, et ne se développe qii’b l’aide de cette raison.
.. ,Donc, si la foi universelle, ou la raison commune n’est
KLÉMBKS DE HllLOSOPHIE.
pas intaiilible, n’est pas ia base et la règle do toute raison; la raison individuelle non plus, n’est pas, ne sauroit être infaillible. Et alors le scepticisme devient la loi de l’univers.
Il faut admettre l’ordre de foi, comme base necessaire de toute raison, ou se déclarer sceptique; mais Je scepticisme est la maladie ia plus profonde d’un être intelligent; c’est la folie de l’intelligence poussée h sou dernier excès. — Point doue d’objections possibles contre l’ordre de foi, envisagé comme base nécessaire de toute raison. En un mot: dire que la raison humaine manque de base, c’est être sceptique; soutenir que ce qu’il y a de permanent dans la conscience humaine, n’est pas la base de la raison, c’est être fou: accorder b la raison de l’homme seul, ce que l’on refuse à la raison de l’univers, c’est franchir la barrière même de la folie : donc, il n’est qu’une démence extrême, qui puisse contester celte proposition, savoir; qu’il n’y a point d’objections possibles, contre l’ordre >lc foi envisagé comme base de la raison.
§ V. Cfli’^cïères de l’ordre de foi.
L’ordre de foi, forme la subslance de Tespril humain. Comme la subslance infinie, dont il n’est que la manifestation, il est immuable, absolu, permanent, universel.
Ainsi, tout ce qui est invariable, absolu, universel, dans la conscience humaine, forme l’ordre de foi. Tout ce qui varie, tout ce qui change, est de l’ordre de science, de conception, d’explication; de l’ordre contestable par conséquent Les notions communes à chaque science, forment la partie invariable de celte science; elle travail de l’acli-
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vilé individuelle sur ces notions et par ces notions en forme la partie variable.
Attribuer h Tordre de foi, les caractères de Tordre variable, c’est Tanéaiitir, et vice versâ. Et la confusion des deux ordres, est la source de Terreur. Toute erreur en eflet, découle, on de la négation propre à chaque ordre, ou de la prédominance tyrannique d’un ordre sur l’autre; ou de la rupture de leur harmonie nécessaire, pour les considérer dans une indépendance absolue. Ajoutons à ces réflexions, que Tordre de foi, embrassant Tinnomitrable série des croyances humaines, dans ce qu’elles ont de permonent et d’immuable, il n’y a point de raison pour l’homme, s’il ne part de quelque point de ces croyances qui forment sa propre raison. Donc, la négation de Tordre de foi, équivaut à la négation de toute vérité, ou au scepticisme absolu.
Les notions du fini et de l’infini, appartiennent à la conscience du genre humain. Depuis 6o siècles il ne vit que sur ces deux idées premières; il ne fait que les éftborer, dans le vaste domaine de l’intelligence; or, en niant Tordre de foi, ces deux notions s’évanouissent radicalement. Donc, encore un coup; ou cet ordre est la base de la raison humaine, ou elle doit renoncer h jamais, àl’espérance de posséder certainement la vérité.
Il ne reste donc pour l’homme, hors de Tordre de foi, qu’un abyme, que la nuit d’un doute infini.
ÉLKMEKS T>8 FHILOtOrHIS.