CHAPITRE PREMIER
DE DIEi;.
5 I. De l’Être (1).
Le plus ancien des livres, définit Dieu, par ces paroles étonnantes de pompe , de sublimité et de grandeur : je suis celui qui suis. Celui qui est m’a envoyé vers vous (a).
L’idée de l’étre universel et absolu , est au fond de toutes les langues : toutes les langues nomment l'éire; tous les mots, de toutes les langues parlées depuis l’origine des
(i) Nous ii’étaleroiis point un luxe d’iiudition usurpée, en eiilassant une multitude de notes an bas de chaque page de la partie traditionnelle de ctt ouvrage. Nous avons puisé nos citations dans les 3”el 4'*ol. de l'Essai sur l’indifférence; .‘i peu d’exceptions près, Nous aurons soin cependant, de reproduire quelques-uns des passages do iros livres saints, qui établissent les vérités de la tradition universelle.
Ego ÿuiii i]ui suni. Exod. 5. 4- *
Ego suni. Ego sum ipse. hnic 43. lo. 1 1 .
ÉLKMliNü DU PDILOSOPllIE.
tcuis, répclenl sans repos et sans fin , le nom de l'être absolu, de celui qui est, de fêtre par excellence.
Le livre des Védas, définit Dieu comme Moïse: « Bram, «disent les Védas, est Cêtrepar excellence, l’être absolu, » éternel, »
L’idée de l'être absolu , infini , est le fond de la philosophie indienne comme nous l’avons vu.
Les livres King qui contiennent la religion de la Chine, disent de l’être suprême, qu’il est tsée-yeou; l'être existant por lui-même : toa-yeou, l'être tout être.
On lit dans le tao-te-Kîng , composé par Lao-tse, Coo ans avant Jésus-Christ:
«Avant le chaos qui a précédé la naissance du ciel et de »la lene, un seul être existoit, immense et silencieux, im- «muable et toujours agissant, sans jamais s’altérer.»
Thalès définit l’être absolu : < ce qui n'a ni commen- » cernent ni fin. »
Platon le définit comme le législateur des Hébreux, voici ses paroles : « On ne peut dire de l’éternelle essence, elle » a été, elle sera; elle est, voilà son nom. »
On lisoit dans le temple de Sais, cette inscription étonnante : < Je suis tout ce qui a été , ce qui est , et ce qui » sera ; nul mortel ne soulèvera jamais mon voile » .
A l’entrée du temple de Delphes, on lisoit aussi ce mot : n, tu es.
En général les anciens appelèrent Dieu to ov , ipsum esse, celui qui est, l’être absolu en un mot.
ELKMENS nG rillLUSdPIIIE
$ II. Unité (le Dieu, ses autres attributs.
t Je crois en Dieu , le père tout-puissant, créateur du » ciel et de la terre. • Voilà le i" article du symbole de toutes les nations.
L’existence d’un Dieu , cause suprême , principe et lin de toutes choses , a été crue et enseignée , si clairement et si constamment par l’antiquité toute entière ; tous les peuples la proclament avec une si parfaite unanimité, (|u’il semble impossible de ne pas reconnoitre, dans cet accord, la voix même de la nature. Ainsi parle le docte Huet (i).
Nonsavons citéles Védas, sur la nature de l’être absolu; écoutons encore ce livre, qui, avec ses commentaires, forme les livres sacrés de l’Inde (a).
« Dieu, cet être unique, n’a aucune connexion avec la » matière, il se connott lui seul. Ce Dieu est si grand, qu’on B ne sauroit s’en former une juste idée, il est appelé l’ianeffable, l’infini, l’incompréhensible.»
L’unité de Dieu se retrouve dans tout l’Orient. Les Ti- \
l^etains reconnoissent un Dien suprême et unique. < Dieu B existant par lui- même a tout créé.»
Que l’unité de Dieu soit clairement établie, dans l’ancien et le nouveau Testament, personne ne songera même à le contester; et ilseroit superflu de citer les innombrables passages, qui proclament l'unité de l’être infini (3).
Les Chinois adorent l’Être suprême, sous les noms de
(1) Æliictanæ qacsliones.... I.ib. 2. cl cap. I. p. 97.
(2) Voyei le» Rechcrclie» aiiatiqocs. Tom. VIII.
( 5 ) La Gcni’sc s’ouvre par ces paiolc» sublimes; Iii i>rincipio crciivit Oeuf rcttutii (rrrani..
ÉIÉIRENS DE PHILOSOPHIE.
Charif^-ly, de Hoang-iien, de Kien et de Tien... qui veulent dire le ciel, on le maître du ciel. « Tou-yeou, l’étre » tout être est un, simple, immuable, bon, miséricordieux,
• puissant, juste et sage; il a tout fait, il a soin de tout,
• il punit et récompense tout. •
Tao est la raison primordiale, l’intelligence qui a créé le monde, (i)
t La raison primordiale peut être exprimée par des pa-
• rôles. .. On peut lui donner un nom, mais elle est inéf-
> fable, a
L’unité de Dieu et la croyance de scs autres attributs, sont clairement exprimées dans les livres des Perses...
• Selon Zoroastre, Dieu existoit de toute éternité, et
• étoit comme l’infini du temps et de l’espace, > ( 2 )
Les Perses admettoient un Dieu supérieur à Ormnzd et à Arimane; ce Dieu est l’éternel, le grand Dieu. (3)
• Selon les Égyptiens, dit Jambliqiic, le premier des
> dieux a existé seul, avant tous les êtres. Il est la source
• de toute intelligence et de tout intelligible; il est le pre- » mierprincipe, se suffisant h soi-même; Incompréhensible, » le père de toutes les essences. »
Les philosophes, les législateurs , les historiens, les poètes grecs, ont tous reconnu un Dieu suprême, inliiii, père des hommes et des dieux. Thalès admettait un être éternel; Anaximandre son disciple, regàrdoit l’infini comme le principe de toutes choses. Anaxagoras recounoîl un premier principe nettement distinct de la matière.
(i) Lcllrcs éililianlcs, Tom. ai, p. 179.
(a) 7 A'nd-a-Vcsl.i. P. 3 "o, éd. de Paris.
(3) OfitytiTTo; Oio;. Xenoph. ('•yr. lib. F.
igiiizeo by ' lOOgle
élémens de pbilo.soprie.
Pythagoreenseigiioit l’unité de Dieu. La suprême tno' nade, lu monade infinie, source de tous les êtres, est célèbre dans la philosophie pythagoricienne.
Héraclile rcconuoU une raison infinie, à laquelle participent toutes les intelligences créées.
Empédocle admit un principe actif, principe éternel, l’éternelle monade,
Xénophane, fondateur de l’école d’Élée, essaya de prouver l’unité do Dieu par ce raisonnement : < Dieu est le » plus parfait et le meilleur, donc il est un. »
Parménide son disciple, croyoit à Vanité absolue de l’être infîui.
Zénon reconnut un Dieu, dans l’unité absolue, il nia l’existence des dieux de la fable.
Socrate, n’est que l’écho de la tradition primitive sur l’unité de Dieu, et sur ses autres attributs, de puissance, de sagesse, de bonté, etc... Ce sage fut moins on philosophe spéculatif, qu’un ami de l’humanité. Il fit tous ses efforts pour ramener ses concitoyens h la crainte de Dieu, à la pratique de la vertu, et on sait qu’il mourut victime de sa foi à l’unité de Dieu, et h l’immortalité de l’âme.
Nous avons rappelé la magnifique définition de l’être infini, donnée par Platon, le plus grand des philesophcs grecs.
Dieu existe par lui même, selon ce philosophe... un trouve souvent dans les lettres de Platon cette locution singulière : Dieu aidant, si Dieu le veut. Mes lettres sérieuses , écrivoit Platon à Denys de Syracuse , commencent par ce mot : Dieu ; et les autres, par ceux-ci : les dieux.
ÛlÉME.XS DH PHILOSOPHIE.
Aristote n’a pas moins fidèlement recueilli la tradition antique sur la divinité.
a Incorporel, indivisible, immuable; Dieu possède en lui- »même une vie et une éternité perpétuelles; on lui donne > dilTérens noms quoiqu’il soit un... il est de Vèurnité è » VéicrntU, o Dieu dit Sccundus, est le bien e.xistant par lui-même... un esprit immortel qui pénètre tout.
« Cicéron représente l’être absolu, comme la raison
■ souveraine... comment le concevoir, dit-il, si on ne le » conçoit éternel, comme une pure intelligence qui connoit
■ tout, et qui meut tout (i ) ? »
Dieu, scion Pline, est l’être infini, père de tous les êtres ( 2 ).
La secte des Stoïciens, reconnoit un Dieu unique, qui gouverne tout par sa providence. Dieu est intelligence , science, ordre, raison (3).
Tous les philosophes de l’école Gréco-Orientale, ont également admis un Dieu unique, cause et fin de toutes choses... c’est la doctrine de Porphyre, de Proclus, de Janiblique... Cclse l’appelle le grand Dieu.
Selon Maxime, deTyr; a partout, les hommes confes-
■ sent qu’il y a un Dieu, le père et le Roi de toutes choses...
■ Et plusieurs-dieux, qui sont les fils du Dieu suprême...
■ La créance des dieux, et principalement, de celui qui
■ préside à toutes choses, est commune à tout le genre
■ humain. »
L’upité de Dieu, pendant le règne du paganisme, ne
( 1 ) De tegibu!- lib. I. Passitn.
(aï Oeum summum, illud quijquid est summum. Hist. nal. lib.
a. cap. 5. /
(5) Manuel d’Epictêlc. Lib. 11. p. 1 13.
ÉLÉHENS UE PIlII.OSUPillE. I 5()
fut pas seulement reconnue par les écoles de philosophie; elle étoit célébrée dans les fêtes publique^. La mémoire s’en conserva dans les poètes, qui furent à la fois, les mo- ' ralistes et les théologiens' de l’antiquité profane; et qûe tout le monde lisoit.
Les vers d’Orphée, sont des hymnes remplis des louanges de l’Être éternel... Ce poète, proclama l’unité de Dieu, qu’il définit presque dans les même termes que S, Jean (i). tZcus, le pi-emier et le dernier, le commen- » cernent et le milieu... De qui toutes choses tirent leur
• origine. (2). >
Les poèmes homériques, sont pleins, comme les vers Orphiques, de la croyance d’un Dieu suprême, d’un Dieu un. Homère célèbre « Un Dieu très-grand , très- » glorieux , très-sage , père des hommes et des dieux ;
> qui le reconnoissent pour leur souverain , et qui le
• prient... Ses décrets sont irrévocables, il les cache aux
> dieux mêmes. »
Hésiode, proclame le Dieu suprême, père des dienx et des hommes, et le plus grand des dieux. Selon Pinéare, les dieux et les hommes ont une même origine. <Ho- >iiore premièrement Dieu, dit Phocylide, et ensuite tes
> parens. »
Démoslhèiies distingue le Dieu suprême des autres dieux. Eschyle, Sophocle, Euripide, rappellent sans cesse un Dieu infiniment élevé au-dessus des dieux, père trèsparfait, tout-puissant.
(1) ArUlolc cite ce pauafçe si remarquable; il le cite, comme étant tiré des hampes d'Orphée.
(a) F.go tum » cl w Principium ctfiuia. apoc- 1. 8.
iGo
ELEME^ti DE PniLOSOPRIE.
cil y a dans le ciel nn grand Dieu, dit Spohocle, qui » voit tout, et qui gouverne tout. »
« Dans la vérité, dit ailleurs le même poète, il n’y a I qu’un Dieu, qui a fait le ciel, la terre et la mer azurée. » Le docte Huet, cite un grand nombre de passages, où les anciens enseignent, que Dieu est incorporel, immatériel, parfait, très-beau, infini, immense, éternel, im- -mortcl, un, ineffable, inconnu, etc...
On voit dans les poètes latins, comme dons les poètes grecs, un Dieu unique, père des dieux et des hommes; éternel, tout-puissant, qui a créé le monde, et qui le gouverne (:). Quel romain pouvoit ignorer ce Dieu très-bon et très-grand, dont le nom étoit écrit sur tant de monumeus ? Les ouvrages des anciens, parlent sans cesse de Dieu, d'une manière absolue. « Ce que Dieu a ré- • résolu de faire, l’homme ne peut l’empêcher, dit Héro- » dote. »
« Vous ne devez point quitter la vie sans l’ordre de celui »qui vous l’a donnée; de peur de paroitre abandonner le 1 poste que Dieu vous a assigné, dit Cicéron. Qu’est-ce i que la nature, si ce n’est Dieu, reprend Sénèque ? > Ainsi, rien de plus immuable, de plus constant, de plus universel que la foi à’aa seul Dieu, père de l’univers. 11 faut nier le genre humain lui-même, ou confesser que telle a été partout et toujours sa croyance.
Quant aux peuples, que les Grecs et les Romains appe-
(i) Ab Jove principiom.... Jovis omnia plena. Firg. Ecl. S.'v. 6o. Divûm Pater alquc homiiiùm rei.
Cœlo lonaiilem, crcdiilimus JoTcm rrgnarc. Hors. od... lib. 3. Nil mnjas generatar ipso, Id.
Dlgitlzed
ÉLÉMENS DE PHILOSOPHIE. lUl
loicnl barbares; nous savons, parle témoignage de Platon, de Cicéron, de Plutarque, qu’ils croyoient tous h l’existence de la divinité.
• Qui ne loueroit, dit Œilien, la sagesse des barbares ; • aucun d’eux, ne tomba jamais dans l’athéisme.
Les Gaulois adoroienl le souverain être, sous le nom à’Utsus, mot, qui dans leur langue, comme hœsar en langue étrus(|iie, signifie Dieu.,..
TlutU, étoit le nom du Dieu suprême chez les peuples Celtes (i).
Les Gaulois et les Germains, au rapport de Tacite, reconnoissoient un Dieu suprême, re^natoi* omnium cft'us(2). Ils lui rendoient un cidtc nu fond des forêts; et lui donnoient le nom de père.
Les anciens Bretons adoroient le créateur de l’univers sous le nom de HU.
Nous pourrions cutasser des milliers de témoignages, qui prouvent clairement, qu’en aucun tems, qu’en aucun lieu, la foi d’un Dieu tout-puissant, créateur et conservateur de l’univers, ne cessa de vibrer dans la conscience du genre humain; mais quand, ranimant la poussière de toutes les générations éteintes, nous les appellerions en témoignage, en serions-nous plus assurés? L’unité de Dieu, ses attributs d’infinité, d’immensité, d’omniprésence, de toute puissance, etc..- s’établissent donc invinciblemcnt par l’imposante autorité des traditions du genre humain.
(i) Jehovali, Jovi», Zens, Theos, Tao, Theulalfcs, Deus, etc, etc. L'analogie de Ions ees noms est frappante.
(a) Tacil. de Mur. Gertnan.
r.LÉMEN» DE PIIlI.OSOFniE.
^111. Pluralilc des personnes ilivines. TriuUc.
L’unité de relie infini a été reconnue universellement cl toujours. Pour nier ce fait, il faut nier l’existence du genre humain lui-mcinc. Ainsi, la foi d’un cire un, immense , infini, loul-puissanl; tel est, avons-nous dit, le premier article du symbole de l’univers. Un être infini, une substance une, dc/’unû«la plus absolue, voilà ce que l’on retrouve au fond de la conscience humaine, cl ce que proclame la parole de tous les siècles. Un être infini, cl des propriétés inhérentes à l’clre infini; c’est là ce que croit, ce qu’a toujours cru le genre humain. L’Lglisc catholique, dont le symbole n’est que le symbole universel, dans sa forme complète et définitive ,cro\\, que dans l’iinilé indivisible de la substance infinie, existent trois personnes divines, réellement distinctes, et personnellement réalisées; elle croit que ces trois propriétés personncUemenl subsistantes dans l’élre infini, sont : le père on la puissance, le fils ou l’intelligence, l’esprit ou l’amour. Unité de l’être, trinité de personnes; unité dans la Irinité, et trinité dans runitd; tel est le dogme fondamental du catholicisme.
Nous ne présenterons pas ici, les preuves tAco/og-t'çacs de celle croyance de l’Église : il faudroit citer mille passages des livres saints ; faire entendre la voix de la tradition toute entière ; celle des sacrés conciles, et des pontifes romains, à qui a été confiée la garde du dépôt immortel de la foi. Nous établirons seulement, que la foi du dogme de la trinité, ou de la triade divine, loin de répugner à la conscience du genre humain, trouve dans le témoignage universel lui-même, les plus étonnantes sympathies.
ÉLÉNBNS IlE l'Ilir.OSOPHIE. 1 Gj
Le peu que nous connoissons de lu liltéraliirc indienne, nous présente un spiritualisme colossal, et des idées étonnantes sur l’être infini. L’Inde reconnoît un Dieu suprême, l’être infini, l’être par excellence; Brama est son nom. C ommccréatcur l’être primordial des Indous, est .Bruma; comme conservateur il s’appelle Wichsnou; comme destructeur et rénovateur des formes du monde sensible, il se nomme Sira ou Siva... Qui a pu conserver dans l’Inde, ces notions étonnantes, si ce n’est la tradition primitive? L’Inde admet une triade en Dieu, une triade dans le monde créé h l’image de Dieu, et u se triade dans l’homme abrégé de l’univers ; la triade, ou la trinité, en tout et partout.
Une connoissance plus complète de la littérature sanskrite, nous apportera, sans aucun doute, de plus abondantcslumières, sur les croyances fondamentales de l’Inde, véritable foyer de l’activité philosophique.
Dans le mémoire sur la vie et les opinions de Lao-Tsé, publié par M. Abel Rémusat, on trouve des passages frappons des croyances chinoises sur Dieu, et notamment sur le dogme de la trinité.
«Avant le chaos, dit Lao-Tsé, un être seul existnit...
• j’ignore son nom, mais je le désigne par le mot de rai- >6on... On peut donner un nom à la raison primordiale;
• sans nom, c’est le principe du ciel et delà terre. Avec
• uiinom, c’est la mère de l’univers .. » Cette raison revêtue d’un nom, ne ressemble pas mal, à la parole, au Verbe, par lequel tout a été créé.
«La raison, continue Lao-Tsé, a produit un. an a pro-
• duit deux, deux a produit trois, trois a produit toutes
• choses... Celui que vous regardez, et que vous ne voyez
i:l.ÉMEK.S DE l>HlLOSOPRIE.
ir.'i
» passe iiouimc I, celui que vous écoulez el que vous n’enteii- » liez passe nomme HI. Celui que voire main cherclre et I qu’elle ne peut pas saisir se nomme WEI. (^e sont trois «cires, qu’on ne peut comprendre, et qui confondus, n’en » font qu’un. Celui qui est au-dessus n’est pas plus brillant, I celui qui est au-dessous n’est pas plus obscur.»
M. Kémusat remarque que ces trois signes : I, III, WEI, sont étrangers à la langue chinoise, et il prouve que le nom I, HI, WEI, est identiquement le même que celui de Jéhovah.
La trinité paroil n’avoir pas été inconnue aux habitnns du Tibet. Très unum in cssenliâ; tuilgalissimum est T ibetanorum effatum ( i ) .
Le Zend-a-Vesla, parle d’un cire infini, principe de tous les êtres, qui n’cxisle qu’en lui.... Son nom est le lems sans bornes, ou l’éternel. De ce premier être, sont sortis, en vertu de la parole créatrice, deux êtres originairement bons : Ormuzd et Arimane. D’après les livres Zends, Sozios, issu d’une vierge, délivrera les hommes delà tyrannie d’Arimane, chef du mal; et il jugera les hommes du haut de l’empyrée (2).
L’ancienne Égypte, croyoit à l’existence d’un premier être, dont la parole a créé l’univers... Elle paroit avoir reconnu deux principes : le premier actif, et parfait; le second passif et imparfait.
Dieu, selon Pythagore, est représenté par l’unité, monas, qui est elle-même son principe; et tous les êtres dé-
(i) Alphabet libclaiu. Tom. I. Piæf. p. 28.
(ï) Mitliraa, csl triple. On rclronve dans ce triple Milbras, de» vestiges delà trinilà de Platon et de la nôtre. Cette remarque est de Diderot.
KLÉMIiNS DE PHILOSOEUtE.
coulent de l’éternelic monade. L’éternelle monade produit la dyade et la triade... Lu triade comprend le commencement, le milieu et la fin de toutes choses.
Platon a reconnu en Dieu une sorte de trinitc. Selon ^ce philosophe, il y a trinitédons le monde comme en Dieu.
Le logos, le verbe de Platon, correspond dans son système inét.iphysiquc, au Verbe infini, image vivante et personnelle de la substance infinie.
»Le tems, dit Platon, qui embrasse le passé, le présent, l’avenir, n’est qu’une image mobile de l’infini, on de l’éternité. » Platon, au rapport d’Origène, parle ainsi de la trinité (dans son épltre à Hermèdes et à Corisque). € Vous priez le Dieu de l’univers, l’auteur de tout ce qui » est et de tout ce qui sera. Vous priez son père et son s Seigneur, que nous connoltrons tous clairement, au- » tant qu’il est possible aux hommes, si nous nous adon- » nons è la véritable philosophie » .
« Le père , dit encore Platon , embrasse tout ce qui * existe: le fils est borné aux seuls êtres intelligens, et » l’esprit aux seuls élus. »
Dieu est lumière, intelligence et force, dit Secundm.
La philosophie nèo- platonicienne ou alexandrine, admet une triade en Dieu, Écoutons Plotin, Porphyre, Jamblique. « L’un est la racine de toutes choses : l’im est «Dieu; l'intelligence est Y unité dérivée; f intelligence » est la dualité, c’est Dieu à son second degré. En un » mot, r«n en se contemplant, produit l’intelligence : l’in- » tclligcnce, en se contemplant, produit la pensée; la pen- » sée, en se contemplant, produit le monde : et le monde, » la pensée, l’intelligence et l’unité; tout cela est éter-
lOÜ ÉLÉMENS t)E PIIILONOPIIIE.
» nel. » <^uc signifie cet adage lutin : Numéro Deus imparc, gaudct ?
Le nombre trois est mystérieux chez tous les peuples. Trois fois ’^rand, trois fois saint ; ces locutions sont communes h tontes les langues. Ter sanclus, ter magnas, etc. Le positif, le comparatif, le superlatif, sont les trois degrés de comparaison, et cette terminologie est universelle. La trinité est au fond de toutes les langues : Je, tu, il; nous, vous, eux. Le nombre trois, mesure le tems, passé, présent, futur; il mesure aussi l’espace : hauteur, largeur, profendeur. Commencement, milieu et fin; cette catégorie embrasse tout être, comme toute action. Cause, moyen, effet; cette catégorie mesure toute opération l'ntcllectucUs, sociale, littéraire, industrielle, elc. hepêrc, la mère, l’enfant, constituent l'unité sociale. 11 y a unité et trinité dans la famille. Voilh des faits incontestables, tjui joints aux croyances de l'univers, et h la foi de l’Église surla trinité, établissent invinciblement, que le dogme de l’imité dans la trinité et de la trinité dans runité, loin de répugner h la raison générale, est nu contraire, un autre article du symbole universel. •