CHAPITRE
MF. I. \ r.llÉ ATIOX I»E l/VXlVEnS.
La création de l’univers par la puissance de l’étre iiiliui, est un article du symbole de l'humanité, et tous les siècles redisent ces paroles, qui ouvrent le livre des révélations; Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre. Que retrouvons-nous en cflet, dans l’histoire du genre
ÉLÉMKNS DE riULnsoriiiE. iti;'
liuuiaiti ? Deux choses clairement disliucles , suvoir ; 1° le fait uuivcrsel, permanent, et inaltérable, de la croyance de la création de l’iinivers, par l’être infini ; 2° une foule do systèmes, enfantés par les écoles philosophiques, pour expliquer l’acte immense de la création ; d’innombrables spéculations scientifiques ou philosophiques, pour comprendre comment, le fini est sorti de l’infini ; le relatif de l’absolu; le multiple de l’unité; c’csl-hdire, que nous apercevons distinctement, l’ordre de foi, conservant, impérissable dans lo conscience humaine, la croyance de la création de l’univers; et Vordre scientifique, essayant d’expliquer, avec plus ou moins de succès, la réalisation des choses. D’un côté en un mol, l’ordre immuable des croyances; et de l’autre, l’ordre variable des conceptions individuelles.
Remarquons , i° que ces innombrables spéculations philosophiques, supposent le fait qu’elles cherchent h expliquer; comme le multiple suppose l’unité, le relatif l’ab solu, le variable, l’invariable. ii° Que toutes ces spéculations philosophiques, pour expliquer la réalisation des choses, se résolvent nécessairement, dans le panthéisme, ou dans le scepticisme ; d’où il résulte qu’il faut admettre le fait social, le fait immense de la création de l’univers, cru cl atlcsté par le genre humain, ou se déclarer panthéiste ou sceptique; car il est de fait, que le scepticisme ou le panthéisme, avec leurs innombrables métamorphoses, SC retrouvent au fond de tous les systèmes des écoles de philosophie individuelle, qui ont essayé jusqu'h ce jour, d’expliquer la création de l’iinivers. Parcourons maintenant, les monumens de la tradition
ÉLÉUENS DE PniLOSOFIIlE.
universelle, qui proclament cet article du symbole des intelligences : • Dieu a créé l'univers » .
Que la création de l’univers, par la puissance de l’être infini, soit consignée dans la Bible, personne n’en doute. Près de quarante siècles, lisent avec transport, ces pages immortelles, où le législateur des Hébreux, peint, plutôt qu’il ne raconte, avec tant de niagniQccncc et tant de sublimité, l’acte immense de la création.
* Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre.... »
a Que la lumière soit, et la lumière fut... Il fit le soleil, » la lune... et les étoiles (i).»
Moïse, Job, David, Salomon, Isaïe, tous les prophètes, ont célébré à -l’envi, la puissance du Dieu créateur; et le langage humain n’ofTre rien qui puisse être comparé è l’éclat, à la pompe, è la magniHcence des images dont ils se servent, pour peindre les merveilles accablantes de celte création, h laquelle on diroit qu’ils ont assisté ( 2 ).
« Oîi étois-tu quand je fondois la terre? dit le Seigneur » dans Job ; parle, si tu le sais (3) ? Qui en a mesuré l’é- » tendue ? qui a passé sur elle le niveau ? • Sur quoi sont appuyées scs bases? Qui a posé la pierre qni sert d’angle l’univers?
On cileroit des milliers de passages (4), qui expriment.
(1) In piïneillio creavil Dens cœlnin et lerram. Gen. i. — Fiat lux. ht. — Et furît stellas.
(2) Dixil , et r.-icta sunl... MamlaTÎt et creata sunt. Psal. 5s. 9. (5) libi eras quando ponebam fundamenta terræ? Job. 38, /|. —
Super qiiu bases illias solidalæ siinl? Ibid.
(/() L’acle de la erfaliou est rappelé presque à ehaque verset de la Pible.
É|,EMF.KS DF. PHII.OSOPDIE. iCl)
avec une éloquence inimaginable, la création du monde.
On retrouve en cent endroits des Védas, et de leurs commentaires, l’idée d’un Dieu, créateur et conservateur de l'univers.
Les Indiens, n’adoroient primitivement qu’un Dieu, et reconnoissoient une seule cause intelligente, qui avait formé le monde.
« Les Indiens, les Arabes, lesTartarcs, les Persans et les « Chinois (dit ^^'illiams Jhotics ) (i), reconnoissenl uni- • versellement, la puissance suprême d’un esprit qui a » tout créé, et qui conserve tout. Dans aucnne langue,
> excepté l’hébreu, on ne trouve des prières plus sublimes » à l’être des êtres , des expositions pins magniGques de
> ses attributs, de plus belles descriptions de ses œuvres » visibles, que dans l’arabe, le persan, et le sanskrit • .
On lit dons l’alphabet tibétain : « Dieu existant par » lui-même, a tout créé.
Le dogme de la création de l’univers, est consigné en mille endroits des King, livres religieux de la Chine, ainsi que dans le Tao-te-Kini^, composé par Lao-Tsé.
a La raison primordiale est la mère de l’univers, dit » Lao-Tsé » . ^
L’ancien Orient tout entier, a toujours cru au dogme de la création des choses.
Le Ttcnd-a F esta, est plein de passages qui proclament un Dieu créateur, et conservateur de l’univers (2).
• La religion primitive de la Perse, dit un auteur périt San, cité pnrMalcomc, fut une ferme croyance dans un
{i)Rechcr. asiat., loin. 4 , p- iS5.
(a) première partie., p. u5.
1^^ • ÉLKMENS UE PIIILOSOPUIE.
» Dieu suprùlue, qui a fail le monde par sa puipsance, el » qui le gouverne par sa sagesse » .
Les Egyptiens oppeloicnt le Dieu suprême Knef; ils le rcprêsenloienl avec un œur sortant de sa bouche, pour rappeler, qu’il avoit créé l’univers par sa parole; et ce symbole de la puissance créatrice, se retrouve dans les hiéroglyphes indiens et chinois.
Le dogme de la création des choses, par un Dieu su prêinc, tout-puissant, fut toujours reconnu en Grèce. Il ii’y a pas un poète, pas un philosophe, pas un livre, chez ce peuple léger, où cette croyance ne soit clairement exprimée.
Les philosophes pythagoriciens reconnoissoient un Dieu éternel, immuable, gui a tout créé. Dieu est le père de l'univers: cette locution, se retrouve sans cesse, dans la littérature grecque. La croyance de la création est consignée dans les ouvrages d’Aristote. « Dieu, dit-il, est la « seule cause, le seul principe de toutes choses. Roi et • seigneur de toutes choses, rien ne l’égale en puissance» , dit Soloii.
Dieu a créé toutes choses, d’après Cicéron (i).
Quis ille rex omnium, dit Proclift, gui omnia ex se produxit ?
B Quel homme est assez insensé, dit Maxime de Ma- » daure, pour douter qu’il existe un Dieu suprême, père » de tout ce gui est?
(i) Gounit uDioia Dens. Cicsn. , De iiniv. a3 — Islæ suiit gcnc l'alinncB cœli et lorræ. Gen. l,t \. — lloiniuein gcncrtilum esse h su- |ir<iiio Dco. De legib. i, ri)|>. y. — llouiim.in ex niliilo ad essentiain prodiixil Iléus. Dtieicii.
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ÉLÉMENT DE PtlILOSOPDIE.
t Purloul, ajoute Maxime do T JT, les hommes confessent » qu’il y a im Dieu, père et roi de toutes choses».
« Selon Orphée, l’univers a été produit par Zéus. A » l’origine tout étoit en lui, l’étendue éthérée et son élé » vatioii lumineuse: la mer, la terre, l’océan, l’abyme du » ïartare, les lleuves, tous les dieux et toutes les déesses » immortelles, tout ce qui est né, et tout ce qui doit » naître: tout étoit renfermé dans le sein du Dieu su- » |)rême». Il nous reste quelques vers do Linus, contemporain d’Orphée. 11 reconnoissoit, qu’il fut un tems, où tous les êtres prirent naissance. Homère a célébré un Dieu, père des dieux et des hommes, qui a créé la terre, le ciel, la mer, et tous les astres qui couronnent le ciel (i) ( 2 ).
Hésiode, après avoir parlé des dieux célestes et terrestres, nés dès le commencement, et qui engendrèrcul ensuite d'autres dieux, célèbre le Dieu suprême, père des dieux et des hommes.
«Dans la vérité, dit Sophocle, il n’y a qu’un Dieu qui a » fait le ciel et la terre, la mer azurée, et les vents impé- » tueux» .
Les poètes latins, comme les poètes grecs, proclament à l’envi, le dogme traditionnel de la création (3).
(1) ùaTigp aviîpwv ts Sswjts. Hom. cit. ab Eusèbe... Prteparnt. évnng., lib. i3, cap. i3.
(slQuoniam videbocœlos tnos. Opera digiloruni tnoi’am, liin.im cl Stella» quæ ta ranünsti. Psal. 8, 4-
(3) Ab Jovü principiuiu , Jovi» omiiia plcna. Eccl. 5. — Divüiu palcr atquc bomiiiuin.£'/iilfV/. io,v. 1-19. — Magiicpatcr divûia.PeasE, Snl. 5. — Quas(a(|u.as) iilc crcalor alquc opifex rci uiii crrlosub jure cocrcct, Lucain, — .Siinul isla, mandi coiiditor, posait Ocus. Senec,
ÛI.ÉIIEMS OÜ PHILOSOPHIE.
Ija
Ovide peint le Dieu créateur, rcrum, démê-
lant le chaos, h l'origine dn monde. Senèque l’appelle le père des dieux, salorDeorum, Perse et Lucain se servent des mêmes paroles. Nous pourrions multiplier sans fin, les citations puisées dans les auteurs profanes ; mais qu’est-il besoin d’ajouter de nouveaux témoignages h ceux que nous avons rappelés ?
Quand toutes les générations, passées, présentes et futures, viendruient nous dire, en passant devant nous; telle est notre foi; en serions-nous plus assurés? La création de l’univers, par un être infini, éternel, tout-puissant, est donc un dogme social. Il faut nier l’existence de l’humanité, ou croire son témoignage , quand elle nous déclare qu’elle a perpétuellement, universellement, et uniformément cru, h la création des choses, par un être éternellement un, éternellement tout -puissant, éternellement infini.
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