CHAPITRE III
nu MONDE MATÉRIEL, S.V FORMATION.
La plus ancienne cosmogonie, celle de Moïse, nous représente l’univers, produit au commencement des tems , par la puissance et par la parole, du Dieu créateur. Moïse semble distinguer, deux états divers dans la création, l'Ia création totale, subite, spontanée de l’univers; in prinr.lpio creavit Deus ccelum et terrant.
ÉLÉMEXS DE PHILOSOPHIE. IjS
a° Puis , il nous présente la terre que nous habitons , comme une vaste solitude, déserte et ravagée (i).
Il peint ensuite, avec une pompe que rien n’égalera jamais, la puissance et la parole du très-haut, tirant un nouvel univers, de ce chaos primitif, et du milieu de cet immense abyme, au sein duquel flottoit la terre.
11 nous fait assister à ces époques, ou à ces jours de la formation du monde, dont Dieu veut faire le séjour de la grande famille humaine.
La puissance divine, se manifeste d’abord ; in principio creavit Veus cœlum et terram.
Mais l’flcil ne voit encore, qu’un chaos ténébreux, La parole infinie, dispose, arrange, coordonne les êtres matériels , et nous apercevons les terres , les masses solides, les montagnes , les mers , les abymes , etc. Le monde végétal s’offre ensuite à nos regards. Ici, l’ordre et la vie, se manifestent davantage; enfin, les êtres sentans et vivans, sont produits, par le concours simultané de la puissance, de l’intelligence, et do l’amour, dont l’action est ici plus sensible ( 2 ).
L’homme est le complément de l’œuvre divine; nous parlerons plus bas, de sa création spéciale.
Celte cosmogonie, est-elle contraire aux traditions universelles , sur la formation de l’univers matériel? Choque-t-elle les observations, et les faits constatés par la
(1) Terra autem crat iaaiiis et vacua, et tenebræ erant super faciom abyssi; et spirilus Dci ferebatur «uper aqiias. Ge/i., i, 5 .
(2) I.a Irinitc apparoît dans l’acte iinincnsc de la nri^alioii ; les trots personnes divines s'y révèlenl. 1° La puissance inlinic, 2° la parole créatrice, 5 ° l'esprit on l’amour qui vivifie la création.
ÉLÉMKiNS Ui: P111LUSOPH11-.
science ? En euvisngeunl dans leur cnscinblu , les traditions du genre humain , on reste convaincu , qu'il n’y a jamais eu dans l’univers d’autre croyance, sur la formation des êtres, que celle dont les livres mosaïques nous présentent l’admirable résumé; et la science moderne, après avoir exploré, dans toutes ses parties, le grand livre de la nature, a été forcée de convenir, que ce livre parle partout comme le Pentateuque. Venons h quelques citations.
La formation des êtres , telle qu'elle est exposée dans les Védas, n’est évidemment qu’une altération du récit mosaïque. Selon ce livre, si célèbre dans l’Inde; la création s’opère par la parole. Elle est une manifestation de Dieu. Les époques ou les jours de la création, dans les Védas, correspondent comme dans les livres mosaïques, i“ aux êtres les plus bas, ou aux êtres inorganiques; 2° aux êtres seiitans cl vivons; puis aux êtres parlons (i). Les - spéculations de la philosophie indienne, sur lacréalion, ont évidemment pour point de départ, les traditions primitives sur la création des choses, par le Verbe, ou par la parole du tout-puissant (2).
Les plus anciennes traditions, nous représentent celle nuit ténébreuse, cette profonde solitude, ce chaos aqueux, qui ont précédé la formation des êtres, et l’organisation des choses.
Le Zend-a-Fesia, livre sacré des Perses, n’est comme les Védas, qu’une corruption des traditions primitives sur
, (i) première parlii!, p.
( 2 ) f^oir Hccliorches .isialiq lom. 8; le C.illioliqiie du liarou d Uksleiii , /in.ssim.
Êd by ^)OgIe
tLtMENS UE l’BiLOSOEMIE.
lii lornialioii du iiioudo tnalériel. .On y relrouro l’infini qui a précédé la crénlion. La parole créatrice est représentée par Ormiizd, qui tire l’iinivcrs du chaos (1).
Selon les doctrines indiennes, le inonde a subi plusieurs grandes catastrophes, ou cataclisnies ; et l’histoire de l’origine des choses, telle qu’elle est écrite dans les Védas et dans leurs commentaires, oflre h chaque page, de nombreux points do contact avec les traditions bibliques.
La Grèce n’est pas moins conforme , en ce point , aux traditions des juifs, à celles de l’Inde, de In Chine, et du reste de l’univers. Ses philosophes et ses poètes, nous parlent de ce chaos ténébreux, qui a précédé la formation du monde.
Thalès, fondateur de l’école ionienne, fait sortir tous les êtres d’un chaos aqueux. « Une force divine, dit-il, pé- • nétroit l’eau élémentaire et primordiale, et lui imprimoit » le mouvement » .
Les poètes latins quand ils parlent de la création des choses, en parlent aussi comme les échos de la tradition universelle. On diroit que Virgile avoit lu la Bible; car, il suit, pour ainsi dire, l’ordre mosaïque des jours de la création (2). Ovide peint le Dieu créateur, démêlant le chaos h l’origine du monde, et sa poésie sur cet acte prodigieux, n’est encore qu’un souvenir vivant de la tradition ( 5 ).
{i) P'oir première partie, p. a5.
(a) Principio cœlnm .ic terras, c.impo» que liqueiites;
Lucoiilemquc glubuin lanse tataniaque astra... Spirilus inlùa alil, totatiique infusa per artus. .. Mens agitat moleui.
Intlè homiuum pccnduinquc genos. Géorg.
(3) I.cs premiers cliapiires des Mélainorplio.ses d’Ovide, semtilrni èlre une traduction des premiers chapitres de la Genèse.
I7C ÉltMENS DE PHILOSOPHIE.
Le paganisme, qui alléra toutes les vérités en y mêlant ses impures fables, conserva toujours dos traces visibles et frappantes, de l’histoire de la Genèse. On en retrouve le souvenir, dans les traditions de l’Amérique, et dans tout 1 univers, è toutes les époques de l’existence du genre humain ( 1 ),