CHAPITRE IV
ne MONDE ANGÉI.IQL'E... DES DONS ET DES MAUVAIS ANGES.. .DE LEinS MINISTÈRES DANSEE GOEVERXESIENT DE MO.NDE.
La foi catholique enseigne qu’il existe un monde d’êtres intcliigens, supérieurs è l’homme, et inférieurs à Dieu, qui les a créés. Ce monde se subdivise en deux grandes séries, ou en deux mondes : le monde des bons anges, des bons génies; et celui des anges tombés, des génies mauvais. Ici, comme dans l’humanité, se retrouvent les deux cités. La lutte antique des bons et des mauvais angesest un autre point de la croyance catholique. Nous allons interroger les monumens de la tradition, sur l’existence et sur les destinées du monde angélique ; sur les ministères divers, des bons et des mauvais génies; et établir par l’imposante autorité du témoignage universel, que cette croyance est un dogme de l’humanité.
(1) La géologie moderne a prouvé matériellement la vérité du récit inosaïqae, sur lu formation de runiver». Voir le» ouvrages de MM. Cuvier, Doloniieu, Saussure, etc.: et surtout le discours préliininairc de M. Cuvier, dans scs Recherches sur les ussemens fossiles des quadrupèdes.
KLtME>S DE i’H.LOSüi'niE.
Il est parlé, des milliers de fois, des bons anges dans les livres saints (i).
Leur existence, leur multitude innombrable, leurs hiérarchies diverses, leurs ministères dans la conduite de l’univers; la mission qu’ils remplissent auprès derhomme, tout ce qui les caractérise en un mot, s’y retrouve presqu’îi chaque page. Les mauvais anges y sont désignés en mille endroits sous les noms divers d’anges rebelles, d’anges pervers, de Satan, d’esprits mauvais, corrompus, etc. ; et il faut nier la foi catholique toute entière, ou rcconnottrc que l’existence des bons et des mauvais anges, est un des articles du symbole de THglisc.
Dépositaires de l’antique tradition , confirmée par l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres, les saints Pères, nous enseignent que Dieu se sert du ministère des anges, pour le gouvernement de l’univers. Ils président h toutes les choses visibles , aux astres, ;i la terre, et îi ses productions; au feu, aux vents, è la mer, aux fleuves, aux fontaines, aux cires vivans. Ils présentent à Dieu les prières des hommes. Associés b la vaste administration du monde, ils ne dédaignent aucune des fonctions que leur coufie le Tout-Puissant. Ainsi parlent tous les pères de l’i'iglise grecque et de l’Église latine (2).
(i)Soaslc!i noms divers il’aiiges, «J’arcliaugi's, de cliéiubiiis, de séraplilns, etc. ... d’esprits, de puissances ndiuiiiisli anles uii gouvernantes sous l’cmpirv du TrÈs-tlauli i
Nonne omnes sont adniinistralorii spiritus. lleb. 1, i/j.
(a) Doectur Dcuni omnia dispcnsarc sanclorutn angelorum
utendo niinistgrio. TIteodor. quaist. 83 in gen.
Oiimibus rebus angdi præ>idcnt, tam terr.x- et aqinc, quàm aeri eligui... l'is boc ordine perveninnt ad oinni.i atiimalia, ad onim:
I ^8 ÉLÉMENü HE PniI.OSOPHIB.
Ecoutons maintenant Bossuet : (Préface de l'Apocalypse ).
« Quand je vois dans les prophètes et l’Apocalypse, et
> dans l’Evangile même , cet ange des Perses, cet ange
• des Grecs, cet ange des Juifs, l’ange des petits enfans,
• qui en prend la défense devant Dieu, contre ceux qui les
• scandalisent; l’ange des eaux, l’ange du feu, et ainsi des
• autres ; et quand je vois parmi tous ces anges, celui qui
• met sur l’autel le céleste encens delà prière, je recon-
• nois dans ces paroles, une espèce de médiation des saints
> anges. Je vois même le fondement qui a pu donner oc-
• casion aux païens, de distribuer leurs divinités dans les » élémens, et dans les royaumes, pour y présider ; car n tonte erreur est fondée sur quelque vérité dont on » abuse » .
germen , ail ipsa quoqoe astra cœli. Orig'. Iiom. S. in Jerem
Uuaquæqnu rcsviaibilis in hoc inuudo, h'abet angelicam potcala- Icm, silii præpontam, aient aliqnot locis sciiplura ilivina lestalnr. .S./4u^u</<n. quæsi. yg, tora.6.
Subliuiibiia angclis Biibdita cslomnia iiatoia rorpoi'ea, omnis irralionatis vita. Aiigml, de Genes. , lom. 5, lib. 8.
Fidi’liuin orationibns præcaac angclos ab»o1uta auctorilaa rat. S. jimbr.
Con.slitiiit Deusaiigeloa aecondùm climataorbis. — Consliluit ad inancm rrcatucam regriidam. — Solcm ot luuam et terrant, et qoæ iii ii« suni, ut hontinum nsibus iaaorvireDt. 5. Grytosl. Homil. 337.
Sicul inferiorea angeli qui habent formas minus nnÎTcrsalcs, rcguiitiir per supcriorcs, ita omiiia corporalia regnntor per aogrlos. — Et hoc non solùm à sanctis doctoribus ponilur, sed cüam ab omnibus philosophis qui in corporeas substantias posuerunt. S. Chrjsot. ibid.
^^ciunt dæmonas philosoplii; dæmonaa sciunt poclæ; angclosquc Plalo non iirgaTil. TertuU. apolog....
ÉLÊMENS DE PlIlLOSOVniE.
La croyance des bons et des mauvais anges, est un article du symbole de l’univers.
Le savant Huet, a prouvé par une foule de témoignages, tirés des livres indiens, chinois, égyptiens, grecs et romains: que l’antiquité toute entière, a reconnu l’existence d’esprits inférieurs au Dieu suprême, et créés par lui, pour présider h l’ordre de la nature, aux astres, aux élémens, et à la génération des animaux, etc.
(Quest. alnelance, lib. II, chap. IV, p. 136 à i.Sy ).
Les livres indiens parlent d’une multitude d’esprits, ou de vertus célestes, qui président au gouvernement du monde. Cette croyance se retrouve à la Chine. Ou lit dans l’invariable Milieu, traduit par M. Abel Rémusat : « Que les vertus des esprits sont sublimes; que ces esprits • sont répandus comme les flots de l’océan, au-dessus de J) nous, b notre gauche et à notre droite 1 .
Les Perses croyoient b l’existence d’une inflnité d’esprits bons et mauvais. Ils appellent les premiers F eroüers, et les autres Detvs. Toute substance créée et raisonnable, a un Feroücr. Les combats d’Ormuzdct d'Arimane, si célèbres chez les Perses, ne sont qu’un souvenir de la lutte des anges fidèles, avec les anges révoltés. Les Chinois reconnoissent mémo l'existence des anges gardiens.
Le monde, selon Thalès et Pythagore, est plein de ces substances spirituelles. .
Platon parle d’un prince d’une nature malfaisante, préposé b ces esprits chassés par les dieux; et tombés du ciel, dit Plutarque.
La chute des mauvais anges se retrouve dans la mythologie païenne. Les combats des Titans, n’en sont
qu’un souvenir corrompu. « Ah ! si c’étoil uu mauvais
KI.EVEN8 DE PHILOSOrHIE.
Dglinic, qui m'cul trompé, sous la forme d’iiii Dieu, dit «Oreste, dans le quatrième acte d’Electre, d’Euripide. » Il est parlé dans Eschyle, du dieu des Perses, ou de la divinité particulière qui les protégeoit (i).
Ménandre attribue b chaque homme, un génie qui lui est donné au moment de sa naissance, pour le conduire. Tout homme, riche ou pauvre, bon ou méchant, a un démon, dit Phocylide.
Horace parle des dieux gardiens de Numida : Custodes Numidœ deos.
Suivant Aristote, Dieu gouverne le monde par des ministres placés au dessous de lui, qu’il fait mouvoir et agir. Il est inutile de multiplier davantage les citations. Il est plus clair que le jour, que le genre humain, à toutes les époques de son existence , a perpétuellement et universellement cru b celle d’une multitude innombrable d’esprits bons et mouvais. Cette croyance est le fond de l’idolâtrie : l’Asie, l’Europe, l’Afrique, et le monde entier, nous présentent sur ce point, un caractère de permanence , et d’universalité , b jamais inattaquable au doute.
(i) Suivant les Clialdécns, il y a différentes espèces de démons*; ils sont si nombreux que l’nir en est énlièrcmenl rempli.... Marc, in Dial, de opérât, dtemon...
Spirilnalia nequitim in cœlesliliiis... Epist. ad Eph. 6. n.
Les Arabes appellent le chef des mauvais démons ièo , c’est-àdire le rérraclairc; Sheilan ou Satan, le calomniateur... IVHerbelot, Bibl. orient.
ILEMENS DC rniLOSÜPIllE.
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