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CHAPITRE V

I>E L'HOMME , SA FORMATION, INNOCENCE PRIMITIVE, SA CIILTF. SA UCCRADATION ORIGINELLE, TRANSMISSION DE CETTE FAL’TE ANTIQIE.

$ I. Réflexious préliminaires. .

La création de l’hoimiie , fait à l’image de Dieu, apré.s la formation de l’univers ; l’état d’innocence oü il fut créé, le lieu de délices où il fut mis, pour éprouver sa foi et son amour ; sa chute, la dégradation morale qui en fut la suite, la transmission de cette faute; ce sont là, autant d’articles du symbole de la foi catholique. Mais ces croyances, qui servent de fondement au christianisme, sont aussi des points universellement et perpétuellement admis par le genre humain.

Au milieu des innombrables systèmes, enfantés par une raison ténébreuse, pour expliquer l’homme, sa formation, son état normal, sa dégradation, l’état de corruption native qu’il offre universellement, dans sa condition présente; l’impuissance où il est de reconquérir, par ses seules forces, la loi de son progrès dans le vrai et dans le bien, on reirouve néanmoins des vestiges ineffaçables des croyances catholiques sur cet cire fait h l’i mage de Dieu ; et en constatant ce qu’il y a d’uniforme et de permanent, dans la conscience universelle, on reste convaincu, que le genre humain, n’a jamais en qu’une

ÉLÉUENS DE PHILOSOFIIIE

même foi, qu’une même doctrine, sur la nature, comme sur les destinées de l’homme.

Kecueillons donc, avec respect, les enseignemens delà tradition , sur la science de l’homme, roi de la création.

§ II. Création de l’homme , innocence primitive.

Tous les siècles ont admiré cette parole sublime du Dieu créateur : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance ( i ) . Et il est dit ensuite du premier homme, qu'il engendra à son image et à sa ressemblance (2).

Dans Vu 7 iilé de son moi individuel, l’homme est comme Dieu, mais dans un degré nécessairement limité : Puissance, intelligence, amour.

Le corps de l’homme est formé de terre ; et son âme est un souille de Dieu. Dieu répand sur son visage, un rayon de sa vie.

Écoutons le sage : « Dieu a formé l’homme du limon 1 de la terre ; à son image il l’a créé. Il a tiré de lui un > aide semblable à lui. Il leur a donné le jugement cl la «parole. Il a créé au-dedans d’eux, la science de l’esprit;

(1) Faciamus homincm ad imagiiicm cl BÎmililuclinem uoftram. Genet. i , 26.

(2) Vixit aulcm Adam i 3 o, cl gcuuit ad imagincm cl aimilitudi-

iicui suam. Id.i, 27. Kurmavit igilur Dominus Ueas homincm de limo tcriæ, cl inspiravil in facicm cjiis spiraculiim vilai. Gen. 2, 7. Maiius tuæ fcccrnnt me cl plasmaTcruiit me lulum in circnila. Job, 10, S. Mcraculo quud aïeul lulum fecens me. Id.g. Nonne siciil lac rnuUisti me ? cl »iciil caacum me cu>sgnla«li ? Id. 10. Pelle cl cariti- |m» vcsiisii me: osaibus cl pcrTis compegisii inc ? /d. 1 1 . ^

ÉlÉMENÜ DF. rniLOSOPlIIF..

»il a rempli leur cœur d’intelligence; il leur a du'nhé la

• connoissance du bien et du mal » (i).

t II a mis son œil sur leur cœur, il leur a donné la > science et la loi de vie en héritage ; il a fait avec eux » un testament éternel, et il leur a enseigné sa justice êt » sa vérité. »

I L’œil de l’homme a contemplé la magnilicencc de sa

• gloire, son oreille a entendu la mojesté de la voix du

• Très-Haut.... Il lui a été dit : Abstiens-toi de toute ini-

• quité. »

L’état primitif de l’homme a été l’état d'innocence. Placé dans iin séjour de délices , avant sa chute, il pouvoit se développer, par un progrès sans bornes assignables, dans le vrai et dans le bien ( 2 ). Ainsi, l’homme est

(i) Ueas creavit de terra liumiiiem, et sccuadiiat imagincm «uam (ecil illnin. EccUtiatt. a*, i, et scq.

5 . Creavit ex ipso adjolorioui ûmilc sibi: cuusiliuin et liiiguam, et oculos et aurcs, et cor dédit cxcogil.aodi, cl disciplina iutellcclûs replcvit illos.

6 . Crearil illis scientiani spirihis: sensu impicvit ror illuruui, et inala ctbona osteudit illis.

7. Posnilocniam suum super corda illorum... oslciidere illis magnalia operum suorum.

8. Ut nomen sauclilicalioniscollaudenl: et gloriari iu mirabilibus suis; ut niagnalia ciiarrciit operum ejus.

9. Addidit illis discipliuam, et iegem rilæ hæredilavit illos.

10. Tcstamcutuni æternuui constituit cuin illis, et justitiam, et judicia sua oslendit illis.

11. Et niagnalia honoris ejus vidit oculus illorum, et bonorcin ïoeis auclieruut aurcs illorum, et dixil illis: allcndile ab omniiuiquo.

Maiius tuæ feeerunl me cl pinsmavcruiit me. Psal. 1 18. ->ô. (a)Tulil ergô Doininus Deus homiiiein, cl posuil eum in paradiso Tulnplatis. (ien.. 2. i. 5 .

KIÆWEN.S DE PHILOSOPHIE.

tait à rimagc de Dieu : il est à la lois, esprit et corps. En lui, £C retrouvent tous les éléniens du fini; et la tradition toute entière, nous rcpré.sentc l’homme comme un abrégé de 1 univers. L’innocence primitive, et le bonheur qui a environné le bercemi du genre humain, sont un dogme de l’Eghsc catholique, et aussi un lait attesté par toutes les traditions (i).

•• L’Jndc, l’Égypte, les écoles de Pythagorc, de Platon, de Socrate, aussi bien que les traditions conservées dans la littérature orientale, et dans la littérature de l’Europe, sont unanimes sur la création de l’homme h l’image de la divmilé; cl .«ur l’élat d’innocence cl de bonheur, qui précéda sa dégradation et. sa chute.

- La création du monde et celle de l’homme, sont racontées dans les vers orphiques, dans Hésiode, dans les

poèlesgrccs, surtout dans Ovide (Métamorphoses), presque

danslesmémes termes que dans la Bible. Le chaos, le calaclisme, d’où est sorti l’univers; la formation de l’homme; son corps tiré de la terre; son âme, souffle, rayon de la divinité ; l’étal d’innocence, les anges ou les dieux conversant avec les premiers humains; l’.âgc d’or chanté par les poètes; ce sont là, des points reconnus par toutes les

(i) Maiincn (Uisloiy of Induslan) a prouvé que l’Iiistoirc d'Ailiuii el d’Kvc, Icllo que Moïse la raconte, est confirmée par* les inonuniciis el par la Iradilion des Indiens. Le inèiiie auleor nous apprend que le nom même d'Adam éloit connu des Perses, des Indiens et de tous les anciens peuples de l'Orient

D'après le V evdida-Snde , Mesclii.-! et .Mcscbiaiie , ou le premier l.omnie et la première femme, éloienl d’abord purs et soumis 'a Ormuid, leur auteur.

laÉMEN.S DF, PHII.OSOPIIIR.

traditions , et l’univers parle à cet égard, comme Moïse et comme rilglise (i).

« On lit dans les King, ou livres sacrés des Chinois, «que dans l’état du premier ciel (ou l’état d’innocence), «l’hoinme étoit uni au dedans h la souveraine raison, et

• qu’au dehors, il pratiquoit toutes les œuvres de la jusy tice. Le cœur se réjouissoit dans la vérité. 11 n’y avoit

• en lui, aucun mélange de fausseté... Alors les quatre

• saisons de l’année, suivoient un ordre réglé sans confu-

• sion... Rien ne nuisoit à l’homme, et l’homme ne nui-

• soith rien... Une harmonie universelle régnoit dans » toute la nature. »

§ 111. Chute de l’homme , sa dégradation , transmission de sa faute, péché originel. ^

Le péché lui-méme, et la manière dont il est entré dans le monde, est le sujet d’une tradition non moins antique, ni moins générale; et le dogme terrible de la chute de notre premier père, de la corruption de la nature humaine, du funeste héritage de cette dégradation, se retrouve partout, et partout, est un des fondemens de la religion universelle.

Le tableau profond que Moïse nous a laissé de la chute de nos premiers parens; les lamentables paroles

(i) l,a:s mémoires des PP. Jésuites sur la Chine, les recherches do M. Ahi'l Réiiiiisal... ; les travaux de rAlleiiiagno savante sur l'Inde j ceux des Sociétés asiatiques ; la littérature orientale, qui dévoile de jour en jour ses richesses; offrent aux défenseurs do catholicisme, des preuves inébranlables de l’uniformité, de l'umvcrsalité et de la perpétuité des croyances de l'antique Orient, sur l'état d’innocence on l'iiomme fut, créé.

élémens de ebilosophie.

dont il se sert, pour peindre la dégradation du premier homme, et les châtimens qni en sont la juste punition, embrassent évidemment l'humanité toute entière. Ce triste héritage d’ignorance, de corruption, d’asservissement au corps; voilà ce qui nous est transmis à notre entrée dans la vie (i). Nous naissons esclaves de la chair ; et nous sommes placés par le fait do notre dégradation native, sous l’humiliante servitude de l’erreur et du mal. Soumis à la cruelle tyrannie des sens ; à jamais incapable de se replacer, par ses seules forces, sous la loi de vie et d’amour, en vertu de laquelle, il pouvoit se développer par un progrès sans terme; l’homme est condamné, à fouiller dans les ténèbres, pour y chercher une ombre éphémère de l’infini qu’il a perdu. De là, ses angoisses éternelles (2); de là, la nuit de ses innombrables

(1) VocaTÎtqae Doniinna Adam, et dixit ci : ubi ex? Gen., 3 , y.

’io. Qui ait ; vocem toam aodivi in paradiso, et timui , co quàd

nudns essem, et abscondi me.

16. Mulleri qnoquc diût : maltiplicaboæmmnastuas, ut conrep tua tuos : in dolorc paries filios , et sub viri potcstale eris, et ipse dominabilnr lui.

17. Adœ Tcrb dixit ; maledicta terra in opère tuo : in laboribas comedex ex câ cunctis dicbiis vilæ tuæ.

18. Spinas et tribulos germinabit tibi, et comedes faerbam terrs.

In sudore vullûs lui vcsceris pane, donec revertaris in lerram de

quft sumplus es : quia pulvis es et in pulverem revertvris.

(2) Éconlons les lamentables gémissemens de riiniiianilé déchue cl prenant racine dans le mal :

Job. 3 . S. Pereat dies in qut natns sum, et nox in quâ dictum est : conceptus est homo.

4. Dies illc Torlatur in tenebras ; non rcqalral cum Deus desuper , et lion illusti'i tur lamine.

ÉLÉMBNS DE PHILOSOPHIE- 1K7

systèmes; de là, la cité du mal, véritable cofer de cette vie, oii l’homme dégradé, traîne dans le bagne du doute, le boulet et la chaîne de ses espérances éternellement trompées (i).

Ce fait social, delà dégradation humaine, est aussi ancien que le monde ; aussi étendu que l’univers.

D’après la doctrine des Perses, Arimane fut jaloux du bonheur du premier homme, et de la première femme.

Il les aborda sous la forme d’une couleuvre, leur présenta des fruits, et leur persuada qu’il étoit l’auteur do l’homme, des animaux, des plantes, et de ce bel univers qu’ils habitoient. Ils le crurent, et dès-lors, Arimane fut leur maître ; leur nature fut corrompue; et celte corruption infecta toute leur postérité ( 2 ). Le péché, dit Zoroastre, a été produit par l'êlre caché dans te crime, ou par Arimane. 11 y a selon les Perses, des souillures que l’homme apporte en naissant.

Confucius après avoir dit que la raison est un présent du ciel, ajoute : « La concupiscence l’a déréglée, et il »s’y est mêlé plusieurs impuretés. Suivant les Ring, «l’homme s’étant révolté contre le ciel, le système de » l’univers fut dérangé, et l’harmonie générale troublée ; les » maux et les crimes innondèrent la face de la terre. >

i I . Qn»rc uoo ia voUâ inortaus suni ? egrateus cz atero , non stztim perii ?

Id. 7. 1. MilUia eat TÎta liominis saper terram , cl sirut (lies mercenarii clics ejus.

(1) Srnsus enim, et cogitatio hamani corclis , in'malam prôna . suiit ab aJolescentià sua. Cm., 8 , 31.

la ioiquUalibus conceplus sum cl in pcccatis coacepit me mater iiica. Psal, 5 o, 6.

(2) y endidu Sude , p,g. ôo 5 , /piS.

ÉI.ÙMENS DE PniEOSOPlUF..

« Tons ces maux sont venus, dit le livre Ly-ki, parce » que l’homme méprisa le souverain empire; il voulut dis- • puter du vrai et du faux, et ces disputes bannirent la «raison éternelle. Il regarda ensuite les objets terrestres, «et les aima trop : de là, naquirent les passions. Voilà la «source primitive de tous les crimes; et ce fut pour les « punir, que le ciel envoya tous les maux. •

La mère de notre chair, ou la femme au serpent, est célèbre dans les traditions mexicaines, qui la représentent déchue de son premier état de bonheur et d’innocence. Maurice, prouve que la doctrine du péché originel étoit enseignée par les druides.

Cicéron, forcé de reconnoître quelque chose de divin, dans l’homme si dégradé et si malheureux, l’appelle : une âme en ruine (i ),

L’école de Pythagore enseignoit que l’âme étoit ensevelie dans le corps, comme dans un tombeau, en punition de quelque péché.

Platon avoit la même opinion...

Les grandes erreurs de l’esprit humain, sur les deux principes, sur la métempsycose; les fables païennes sur la manière dont le mal est entré dans le monde; sur les combats de géants ; et les spéculations philosophiques de l’Inde, pour expliquer le mal, se rattachent à des souvenirs traditionnels sur la chute de l’homme, sur sa dé-

(i) Homo non ol à maire , sed ut à novercâ natnrâ editos est in TÎtam. Corpore niido, cl fragili, et infirmo : animo autem anxio ad moleatias; humili ad timorés; molli ad labores; prono ad libidines in qno tamen inest, tanqnam obrntus quidam divinns ignis ingenii cl mentis. De Rei'ubl. lib. ii.

ÉLÉMENS DE PHILOSOPHIE. I 8g

gradation primitive, et sur la transmission de cette corruption originelle.

Mais la croyance de cette corruption' do toute la race humaine, se trouve clairement liée h deux faits aussi anciens que le monde, et aussi étendus que runivcrs. Le premier ,est l’usage des purifications, des immersions, des pratiques expiatrices, employées chez tous les peuples, h la naissance des enfans : le second, est celui des sacrifices expiatoires.

De toute antiquité, les Sabins puriHoient les enfans nouveau-nés, en les faisant passer parle feu... persuadés que sans cela ils mourroicnt (i).

Les Egyptiens, les Perses, les Grecs et les Romains, avoient des rites purificateurs employés h la naissance des enfaus. Ces derniers, appeloicnt cette cérémonie lustricus, b cause do l’eau lustrale qu’on répandoit sur le nouveau né. Les Grecs l’appeloient anp/itdromia , parce qu’on couroit autour des dieux lares, en tenant le nouveau né entre les bras. On sait que la circoncision judaïque a été pratiquée dans toutes les familles sémitiques.

Dans l’Inde, le brame après avoir plongé trois fois dans de l’eau de rivière le nouveau né, s’écrie : «ô Dieu > pur, unique. Invisible, éternel et parfait, nous t’offrons «cet enfant issu d’une tribu sainte, et purifié avec do » l’eau. »

Les Tibétains ont aussi de pareilles expiations.

Le sixième livre de l’Enéide, semble n’étre qu’une bril-

(i) Le l)a|itênic est comiMiiii à toutes les anciennes nations ile l’Orient. Voi.T. , llisl. gcn.

r ^ b, GoogU-

igu ÉLÉMBNS DE PHILOMPHIË.

lante exposition, de la doctrine antique sur la dégrada tion originelle. Il représente dans un état de soulTrance, les enfans moissonnés à la mamelle, et poussant de longs et douloureux gémissemens, dans le séjour des ombres (i).

Nous avons dit en second lieu, que l’usage universel des sacrifices, prouve invinciblement que le dogme de la chute de l’homme, et de la transmission originelle de sa chute, ne s’est jamais eflacé de la mémoire du genre humain. En effet, toujours, il a cru qu’il étoit comptable h la divinité d’une dette immense; toujours, il a cherché à apaiser la justice divine, par des sacrifices, et par des sacrifices sanglans. A quoi bon tant de .sang offert à Dieu par l’homme déchu, s’il n’avoit pas cru qu’il devoit une satisfaction li la divinité, et qu’il étoit pour elle un objet do colère? De là, ces innombrables sacrifices; de là, cette croyance universelle de la réversibilité des mérites; de là, cette croyance absolument générale, dusalut par le sang; delà, même, ces sacrifices humains, comme s’ils eussent été plus propres à appaiser la justice divine. La chute de l’homme, sa dégradation originelle, la transmission de sa faute, sont donc des articles du symbole universel, comme ils le sont de celui de l’Église catholique.

(i) Continoo autlilac voccs, vagitus cl iogens, lafaDluDiquc ani-aiæ flentes, iu liuiiae primo;

Qaos dnlcis vitæ exsorto et ab nbere raptos, .

Abstulit aira dica, et funcre mersit acerbo. >

Enéide , lib. 6 , v. 4a6.

Cui non ritére parentes. Eel.

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élémens de philosopuie.

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