‹ ÿleméns de philosophie catholiqueChapitre 32 sur 77 · PROMESSE , ATTENTE UNIVERSELLE D'UN SAUVEUR , D UN RÉDEMPTEUR · texte numérisé non relu

PROMESSE , ATTENTE UNIVERSELLE D'UN SAUVEUR , D UN RÉDEMPTEUR

La promesse et l’attente d’un rédempteur , qui devoil se revêtir de notre humanité pour détruire le péché, et racheter le genre humain , voilà le fond des traditions bibliques , et la pensée dominante des livres saints (i).

Les premiers chapitres de la Genèse, proclament la venue future de celui qui doit être le désiré des collines éternelles, et l’attente du genre humain. La Bible est grosse de cette grande espérance ; et attendu, ou venu , le Messie, remplit chaque page, chaque ligne, du livre des révélations (2).

(1) Iiiimicitias ponam iater le et mtilierem.... ipta eoHterel capui

Utum Gen., 3 , i 5 . Beuedicam bcncdiccntibus te.... in te beuedicciilur nnÎTcraæ cognationes terræ. Id. , 12 , 3 , 4 - Non aurcrclur sceptrum de Juda : et dm de femorc cjus, donec vi'niatqui mitiendus est} et ipse erit expectatio genlium. Id. 4 g , 10. Salutarc laura cxpeclabo. Domine, 18. Donec venirct desideriiun collium

ælcrnorum... Id., 4 g, 2.6.

Prophetam de gente luà... Suscitabit tibi Dominiis. ,, ipaum audics. Dealer., 18, i 5 .

V idebo ilium aed non modo ; inluebor ilium aed non propè : Orielur Stella ex Jacob. Namer., 24, 17.

Scio cnim quôd redemptor meus vivil. Job. , 19, 26. — In carne meâ videbo Deum meum./d. , 19, 26.

Exultabo in Dco Jesu mco... Habac... 3, 18.

(2) David, Salomon , Uaïc, tous les prophètes, 11 ont pas laissé

ÉlGMENS UE rniLOSOPHIE.

L’allonle d’un sauveur, d’un réparalciir, d’un régénérateur divin, d’ui] céleste médiateur, est aussi un article du symbole de l’humanilé.... Les traditions universelles, parlent ii ce sujet, comme la Bible. Llles en sont l’immortel écho.

Selon la doctrine des Indiens, JVishnou comme fils de l’essence divine, s’incarne pour délivrer le monde du péché. Le sauveur de l’homme déchu, prend dans sou incarnation, le nom dec/irt'sna. Fondés sur une ancienne tradition, les Arabes attendoient également un libérateur qui devoit sauver les peuples. Les livres King, font mention d’un personnage mystérieux, ministre du Chang-ty; c’est l’homme saint, le grand-saint.

« 11 cxisloit avant le ciel et la terre... quoique si grand,

» il a néanmoins une nature humaine semblable h la nôtre.

» Il sera attendu comme l’auteur d’une loi sainte, qui fera » le bonheur du monde.... il est appelé le ciel-homme » on l’homme-ciel.... Tien-gien sera V homme-dieu.... il • sera parmi les hommes, et ils ne le connoîtront pas....

» frappe^ le saint, déchirez-lc de fouets; mettez le voleur » en liberté... Celui qui se chargera des ordures du monde,

S) deviendra le seigneur, le maître des sacrifices.... Celui » qui portera les malheurs du monde, sera le maître de » l’univers ( 1 ).

une seule circonstance de la rie, des souffrances, de la mort, et des travauT du Messie, sans la célébrer avec une élo(|ucncc qui est audessus de l'admiration même. L’établissement de l’Eglise, ses conquêtes, sa gloire à travers les siècles ; son triompbe sur l'bumanité ,. son éternelle dilatation dans le sein de Dieu ; tout cela se trouve dans le livre des livres.

(1) Mémoires des PP. Jésailes de la Chine.

iLKMENS DE PHILOSOPHIE.

» Coiifucius, disoit que le saint ouroil tout pouvoir au » ciel et sur la terre.... après avoir plusieurs fois rappelé » ce saint homme qui doit venir, il ajoute : que tous les • hommes se soumettront h lui, l’honoreront et l’aime- » ront, et qu’on pourra le comparer au ciel (è Dieu).»

Le ministre Phi consulta Confucius et lui dit: N’êles vous pas un saint homme ? Confucius lui répondit que sa mémoire ne lui rappeloit personne qui fût digne de ce nom; puis il ajouta: c Moi Khieoii, j’ai entendu dire, » que dans les contrées occidentales, il y avoit, ou il y » auroit un saint homme qui, sans parler, inspireroit une » foi spontanée ; qui produiroit naturellement un océan » d’actions méritoires.... Moi Khicou j’ai entendu dire que » c’étoit Ih, le véritable saint, s

Le pèi-e Intorcelta rapporte aussi dans sa Vie de Confucius, que ce philosophe parloit d’un saint, qui existoit, ou qui devoit exister dans rOm’rfent. Cetleparole extraordinaire, setromc consignée, dit M.Abcl llémiisat, dans plusieurs livres chinois.

L’idolâtrie toute entière, n’étoit qu’une corruption du dogme de 1a médiation; et elle prouve invinciblement la vérité de ce dogme, lié, d’une manière inséparable, à celui de la dégradation de notre nature; comme la multitude des remèdes ridicules et impuissans prouve la réalité des maladies qui nous ullligent, et le besoin senti d’un remède elTicace (i).

La prophétie de Balaam, selon d’Herbelol, étoit fort répandue dans l'Orient (s).

( i) îpse cril cxpcctalio ponlinin. ^9» if>. — In rum g' iitcK spcrabiint. /înm. i 5 , ta.

(a) Orictur rx Jnroh. iV'/m. 2.'^, 17. v

il.^MEItS DE PHILOSOPHIE.

Les Egyptiens, au témoignage de Ramsay, admettoient un seul Dieu, et un Dieu mitoyen semblable auMithrasdes » Perses. L’idée d’un esprit préposé parla divinité suprême,

> pour être le chef et le conducteur de tous les esprits, est . très ancienne. Les docteurs hébreux croyoient que l’âme . du Messie , ovoit été créée dès le commencement du . monde, et préposée h tous les ordres des intelligences. »

Le libérateur du genre humain, ce docteur que les Perses atlendoient, est appelé Sozios(i), dans les livres Zends. Les démons, est-il dit, dans le rcndtdrt, seront vaincus et foulés aux pieds, par celui qui est né de la source, par Sozios, que le Zend-a-vesta représente comme issu d’une vierge... «Il délivrera les hommes, de la tyrannie d Arimanc, prince des démons; et vainqueur de la mort, et juge du monde, il réveillera les morts par la puissance d’Ormuzd, ils se relèveront dons leurs corps, et désormais immortels, Sozios les jugera du haut de l’empyrée. • Platon, dans le banquet, dit: «que l’amour a été cn- , gendré avant tous les autres dieux; il participe à la na- » turc de Dieu et à celle des hommes; il est comme le » centre d’union, et le liên universel de toutes choses....

„ il estle médecin des hommes, et quand il les aura guéris,

» le genre humain jouira du plushaut degré debonheur...

> C’est ce dieu qui donne la paix au genre humain.... il » est le saui'cur par excellence.... Gloire des dieux et des » hommes, et leur chef très-beau (2) et très-bon, nous dc- » vonsle suivre toujours, et le célébrer dans nos hymnes. • Parlant ailleurs des sacrifices, des purifications, du culte divin ; nul, dit-il, ne nous enseignera quel est le véritable.

(i) Ou Sosioftch.

(a) Speciosus formft præ fiUîfi homiuuna» Psnl» 4Ai

KLÉMENS DE PHIEOSOPRIE. MJ5

si Dieu lui même n’est son guide.... 11 croyoit qu’un envoyé do Dieu pourroit seul réformer les mœurs des hom* mes: il appelle dieu, est envoyé céleste.

On voit, par le dialogue de Socrate et d’Alcibiade, que l’attente d’un docteur, d’un réformateur divin, étoit universelle.

« Au commencement de ce discours, invoquons le dieu » sauveur, afin que par un enseignement extraordinaire et > merveilleux, il nous sauve, en nous instruisant de la » doctrine véritable.

• Comment, dit l’abbé Fouchcr, les peuples ont-ils été » conduits à l’idée d’un Dieu qui s’incarne, qui natt comme » nous ? l’accord de tant de nations inconnues, prouve » que toutes avoient puisé à une source commune, c’est- * b-dire, dans la religion primitive, dont la mémoire a bien » pu s’altérer, mais non se perdre tout-à fait.

Les Druides honoroient la vierge qui devoit être mère; ils dressolent des autels, f^irgini pariturœ.

Le docte Huet prouve, que toutes les nations croyoient quele divin régénérateur deThumanité déchue, devoit naître d’une vierge. P'id. quœst. alnet. lib. 2 . i5....

A mesure que la plénitude des temps approchoit, une

lumière extraordinaire se répandoit dans le monde

Cicéron célèbre, avec une grande magnificence de langage, la loi universelle qui doit bientôt régir toute la lerre(i). \irgile rappelant les anciens oracles, chante le retour de la vierge, la naissance du grand ordre....

( 1 ) Mcc crit alla Icx Kouiæ, alia AlLeiii», alia nanc, alia poslliàc; sed et omiics genles et umui tciupere, niia Icx , et sempitcriia , et immortalis coiiliiiclût ; iiausquc crit communis quasi magister et imperalor omnium Deus. Cic., de Rcpubl. ; lib. 3, apnd Lact.

,g6 VlKMENS »E pniLOSOPIIIE.

. L’enl'aiU divin, qui doit régner sur le monde pacifié,

» recevra pour premiers préseiis, de simples fruits de la » terre, et le serpent expirera près de sou berceau (i). »

Un demi -siècle après. Tacite cl Snelonc, nous inontrenl tous les peuples, les yeux fixés sur la Judée; d ou, disent ils, une antique et constante tradition annonçoit que devoit sortir, en ce temps là, le dominateur du monde.»

Les mages qui visitèrent le Sauveur, offrent une nouvelle prouve de la tradition, qui ayoil préparé le monde h sa venue. La même tradition exisloit dans le Nouveau- Monde. Dans les peintures mexicaines, la femme au serpent, appelée aussi, la femme de notre chair, est toujours mise en rapport avec Un grand serpent. Selon M. Humboldt, une ancienne prophétie, faisoit espérer aux Mexicains, une réforme bienfaisante dans les cérémonies religieuses; elle leur promclloil, que les sacrifices humains, fcroienl place aux offrandes innocentes des moissons.

L’effusion du sang, le saliU par le sang, est un dogmo de l’univers entier. .. toute la terre a reconnu, dans l’effusion du sang, une vertu, ou au moins un type curatif. De là CCS sacrifices sanglons, de là, les sacrifices humains.

« Aucune nation, dit M. de Maislrc, n’a douté qu’il n’y » eût dans l’effusion du sang, une vertu expiatoire... 1 his- » loire sur ce point, ne présente pas une seule dissonnance g dans l’univers.

<On croyoil, comme on a toujours cru, comme on

(i) Magnus ab iiilegro sæculonim nascilar ordo.

Jam redit cl viigo, icdcunl saliirnia régna :

Jam iiora jirogciiic», cœlo dcmiUiliir alto...

llle Deûm TÎtam accipicl...

Pacalumquc regel orbem... occidel cl scrpeiis. .- Yir.o., Eclog,, 4-

iijizgd bïjCIooglc

tLtMÜWS UK KIIILUSOPIIIK.

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• croira loujours, que l’innocent , pouvoit payer pour le

• coupable >.

Or, comment le genre humain auroit-il cherché, dans ces sacrifîccs sanglans , et dans l'immolation de tant de victimes humaines, un moyen d’apaiser la divinité, si une antique tradition , ne lui avoit parlé de celui qui devoit venir, dans le milieu des temps, mettre fin par son grand sacrifice, h tous les sacrifices figuratifs,' et payer sur une croix, la rançon de l’humanité ?

C’en est assez, pour établir invinciblement, que la promesse et l’attente du rédempteur, du divin restaurateur de l’humanité décline, sont un dogme universel.

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