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CHAPITRE IX

CBOYA1VCE8 SOCIALES DE L'CNIVERS.

§ I. l’Homme est né pour vivre en société.

Que* l’homme soit né pour vivre en société, c’est ce qu’établissent à la fois, et les croyances du genre humain; et le fait permanent de son existence même (i). Le fait social de la parole , que l’homme n’a pas inventée , établit invinciblement que l’état do sociabilité est l’état normal et nécessaire de l’existence , de la conservation, et du développement de la race humaine ; car le monde a commencé par une première langue, comme par une première famille (2).

(i) Non est bonum homioem esse solum. Gen., a, 18.

Très isii lilii siint Noc : et ab bis disseminatum est oranc genns hmnanum super universam lcrram. Gen,, 9, ig.

Meliu.s est erg6 duos esse simul qo&m nnum : habent cnim emo- Inmcnlnm socielalis suæ. Eecl., 4 < g-

Si unuB cccidcrit , ab altero fulcictur: væ soli ; quia qnum ceciderit, non babel sublcvantcm se. Mulierquam dedisli mihi soaam. Gen., 5 .

(a) Erat autem terra labii noiiis, et scrmonum corumdcm.

Consiliam et linguam... et cor dédit vxcogitanüi... disciplinâ intcUcclûs rcpicvit illos.. Eccli. 17, i 5 .

KLÉMENS DE PIIIL08UPBIE. ao3

11 est de fait, que les traditions de tout l’univers sur l’origine des sociétés, sont conformes aux traditions mosaïques ; et l’homme n’a pas commencé comme l’orangoutang. Non , il n’a pas préludé à l’état social , en disputant aux bûtes des forêts , une immonde pâture ; et le roman stupide qui place le berceau de l’huinanité sous la protection des bêtes féroces , n’est que le rêve insensé do quelques êtres h face humaine ,qne la dignité de leur nature fatigue, et qui tressaillent d’espérance pour l’animalité.

§ II. Croyance universelle à une loi morale descendue du ciel.

La proposition qui fait l’objet de ce paragraphe, est si incontestable, qu’il semble superflu d’entasser ici les témoignages traditionnels, qui établissent invinciblement, que tous les peuples , sons exception , ont en les mêmes principes do justice , et les mêmes notions du bien et du mal ; toutefois , jetons un coup d’œil rapide sur cette importante vérité do fait.

Les traditions catholiques , enseignent que le premier homme reçut de son créateur, nne loi morale et religieuse, qui devoit régler son esprit, son cœur, et ses œuvres.... On citeroit des milliers do textes , tirés des livres saints , qui établissent celte vérité capitale (i),

())Defructu vero ligni , quud e«t in medio par.idisi , præcepil nobis Deus ne comoderemua cl no tangcrcinus illud, ne forte raoriamnr. Gen., 3 , 3 .

Eo quod obedicrit Abraham voci mcæ ; cl cuatodlcrit præccpla cl mandata mca, cl cærcmoniaa, Icgrsque servaverit. Gcn., 26, 5 .

Lcgcm vilæ liærcdilavit illos... Tcslamcnlum ælcruum conalitnit cum illis... Justiliam cl disriplinam oslendit illis. Eccli. ly, y, 8, etc.

Vojci le Psaume 118.

2CK4 if.tMENS l>F. P1III.USUPIIIE.

('elle loi de vie , devoit êlrc transmise , et fut en effet li’ansmise d’âge en âge îi toute sa postérité; et gardien fidèle de ce dépôt sacré, le genre liiimain n’eu a pas perdu la mémoire un seul jour de sa vie.

L’Église calholique reconnoit trois révélations de la loi divine. La première, faite aux premiers humains, et dont le souvenir s’est conservé impérissable dans loiitrunivers. La seconde , faite au peuple hébreu , et consignée par Moïse, dans un livre, que le peuple juif, garde sans altération, depuis plus de trois mille ans.

La troisième, qui n’a été que le complément des deux premières, faite par Jésus-Christ lui-méme, qui n’est point venu, comme il nous l’apprend, détruire la loi antique; mois la remplir, la compléter, la perfectionner.

Le peu que nous connoissons de la littérature sanskrite, fait foi , que la loi primitive , est le fond de la morale indienne, et forme la base de la conscience dans cette portion de la grande famille. Les livres sacrés de l’Inde , et leurs commentaires, parlent de la loi divine, de la justice, du bien et du mal moral, des devoirs envers la divinité, et envers ses semblables , en termes, que l’on croiroit tirés des livres bibliques.

L’Inde , la Chine , la Perse , l’Égypte , tout l’antique Orient, offrent, avant la promulgation évangélique, une frappante uniformité de croyances sur la loi morale, règle des pensées et des actions humaines , et fondement de l’ordre social.

Beatiqai amhnlaut m lege tuâ. Domine.— Scrutabor legem toam. — A Icgc toâ non dcclinavi. — Legem taam non sum oblitus. — Legem taam dilexi. — DUsipaveruut legem tnam. — Lex tua medilatio mca est. Psal. ii8.

i'LïMEN.S de PHILO.SOrlIIE.

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On relronvc partout les mêmes principes de justice, la même conscience en un mot.

« Tous les hommes, comme Haton l’observe , avouent » tju’on doit être bon ; et si l’on demande ce que c’est » qu’être bon, il n’est personne qui ne réponde : c’est être » juste, tempérant, inébranlable dans la vertu, etc. »

La philosophie elle-même convient de l’universalité de la loi morale : «Jetez les yeux, dit Rousseau, sur toutes >> les nations du monde, parcourez toutes les histoires;

» parmi tant de cultes inhumains et bizarres, parmi cette

• prodigieuse diversité de mœurs et de caractères, vous » trouverez partout les mêmes idées de justice et d’hon- » nêteté; partout les mêmes principes de morale, partout > les mêmes notions du bien et du mal.

» En célébrant les débauches de Jupiter, on admiroit » la continence de Xénocratc; la chaste Lucrèce adoroit » l’impudique Vénus... la sainte voix de la nature se l’ai- » soit respecter des hommes (i). »

(i) Voltaire parle comme Rousseau sur runivcrsalilO et la perpétuité de la loi morale.

it Partout j'ai vu qu'on rcspcctoil sou père et sa mère, qu’on se ■ croyoit obligé de tenir sa promesse : qu’on «voit de la pitié, pour » les innocens opprimés... bcs rites changent chez tous les peuples ,

• la morale seule ne change pas. »

Le respect du la divinité, la prière, l'olTraiidc, le sncrilicc ; le respect des pareus , la sainteté fies sermens, l’admiration de la vertu, de la chasteté , de la tempérance, du désinléressement, (ont de tous les siècles, comme de tous les peuples... Jaiiiai.s le vol, l’impiété, l’adultère, l’hoinicide, ta h.aiuc, la vengeance, le sacrilège, et tous les autres désordres moraux, n’ont été confondus avec la vertu et l’innocence; et le Décalogue e.st la loi morale de I hunianité.

lllmenn de philosophie.

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écoutons Phocylide qui vivoil environ six siècles nvant Jésus-Clirist.

«Honore premièrement Dieu, et ensuite tes parens...

• Ne repousse point le pauvre. Ne rends point de jugeinens » injustes. Conserve lo chasteté (i); sois bienveillant envers ■ tous les hommes; n’iise point de mesures trompeuses; s que la balance n'incline d'aucun côté ; ne te parjure » point... Ne dérobe point les semences , c’est un crime » exécrable ; paye à l'ouvrier son salaire , et n’afflige > point le pauvre; veille sur la langue; ne révèle point P le secret qui t’est confié... Donne tout de suite au meni diant. et ne le remets point au lendemain. Sois le con-

• ductenr de l’aveugle.. Tends la main h celui q'ui tombe...

• Es-tu riche? Partage avec l’indigent; rends-lui ce que » Dieu l’a donné, et ne fais point de différence entre l’étran- » ger et le concitoyen. »

Ne croiroit-on pas entendre Moïse lui-même , promulguant la loi morale, révélée de nouveau , au sommet du Sinaï ?

Et il est do fait, que tous les préceptes du Décalogue, se retrouvent dansloutes les littératures, comme dans la conscience de tous les peuples. La littérature orientale , la littérature grecque, la litléralurc latine, offrent h cet égard une éclatante uniformité, avec les croyances du catholicisme, sur la loi morale... Ce fait est inébranlable au doute, et peut s’établir avec une incontestable universalité.

(i) It est beau de conicrver «on corps chaste, de garder une virginité incurruptible, et de se réjouir toujours dans des pensées pures.

Nauiiauu. , Sentenc,..

Virginibus non gauilcl Venui.*, Àdag. Ântiq,

KLKMEHS de l-HIlOSOPniE.

lor

^ 111 . La loi morale a été regardée partout comme la base de l'ordre social , comme la source de la justice et du droit.

Tous les monumens de la tradition prouvent également, que la loi divine est le fondement dcrordit; social, la source de la justice et du droit.

Ce point de la croyance universelle sc trouve consigné en mille endroits de la Bible. La loi morale donnée aux premiers humains, fut le fondement de la société patriarchale. Quand les familles sorties des douze enfans de Jacob, furent constituées en corps de nation; une loi civile , rituelle, politique et religieuse, fut donnée de Dieu meme, au législateur des Hébreux.

La loi divine, promulguée au sommet du Sinaï, fut la charte constitutive du peuple fij’uralif. Dieu le gouverna d’abord par scs oracles, et par son sacerdoce, dépositaire de sa parole et interprète de sa loi.

Âu temps de Samuel, les vieillards d’isracl, demandent un Roi (i). Ce saint prophète expose h leurs yeux les inconvéniens de cette forme de société , et leur dit la tyrannie dont ils seront plus d’une fois la victime, en subissant la loi de l’arbitraire, et des caprices

(i) I Jieg. 8 , 5 . Dixcriintqiic ci coustituc nobis regem. — | 5 . Dixii alitera Dominus ad Saiiiuclein : .ludi vocem populi... non cniin te abjecerunl, sed me, ne regnem super cos. — ii. Et ait Saniiicl ; hoc eril jus regis : filios vesiros lollel et ponet in curribus suis. — 14. Agros qiioquc vesiros, cl rinças cloliïcia opliina tollcl, et dabit servis suis. — 17 Greges quoque vestros addeciniabit, vosqiic erilis ci servi. — 18. Elclamaliilis in die illâ, à facie regis vcslri, qnem clegislis vobis , et non exandirt vos Dominas in die illà, quia pelistis vobis regem.

Kl.tMF.SS DK PlIltOSOPHIE.

de leurs rois, qui, à l’exemple des rois de la gentilité, iii- Icrpréteront trop souvent, la loi de justice, au gré de leur ambition; et transformeront ainsi la force et le despotisme en droit.

La plupart des règnes des rois d’Israël et de Jiida, présentent l’accomplissement littéral de cette prophétie de Samuel.

Toutefois, la loi divine, la loi de justice n’en demenrn pas moins la loi première, la loi fondamentale, la loi régulatrice des actes du souverain , et de l’obéissance dçs sujets. Et le livre oè se trouvent toutes les vérités, dit expressément, que le prophète Samuel, après l’élection de Sniil, lut nu peuple la loi qui devoit le régir, et qu’il la plaça dans le sanctuaire (i). Quelque temps après, Saül, l'élu (lu peuple et l'oint du Seigneur, n’en perd pas moins, le droit de régner sur Israël, parce qu’il a violé le commandement de son Dieu (2).

L’Esprit saint, au livre des Rois, rappelle souvent, que les mauvais princes de Juda et d’Israël, furent les violateurs de la loi divine, et que loin de régner /aa?- elle et pour elle, ils n’écoutèrent trop souvent, que les passions déréglées de leurs cœurs. Leurs vices, et les actes tyranniques de leurs règnes, sont toujours présentés comme la violation de la loi de justice et de vérité C’est par moi

{i) Locnluscsl aiiloni Samuul ad popnium li'Heru ri'gni, cl scrip- «it in libra, ol reposuil corani Domino.

( 9 ) l’ro eo <|uod abjt'ci.'li funuonem Doniini, abjccit If Doniinn? ne fis rcx. / it«ÿ. i5, 23.

Sfidil Doininus rcgnoni Isi .ici k te liodie, et tr.nlidil illnd, pioximo ' tno metiori le. Ibid. j8.

ÉLÉMEN.S IJB PHILOSOPHIE.

que régnent les rois, est-il dit au livre des Proverbes (i). Cette doctrine sur le fondement de l’ordre social, est encore, et sera toujours la base de tout gouvernement.

L’église catholique enseigne par sa tradition, et par ses pontifes, que toute puissance vient de Jésus-Christ roi des rois, seigneur des seigneurs (2) ; qu’il existe deux puissances, la puissance temporelle, et la puissance spirituelle; que ces deux puissances, sont dislincles, mais non indépendantes; que tout pouvoir découle de Dieu ; et que le ministre de ce pouvoir, soit qu’il soit collectif, comme dans la république, ou qu’il soit un et héréditaire comme dans l’état monarchique, ne peut jamais l’exercer que dans la dépendance de la loi divine de justice, barrière éternelle contre le despotisme , et l’anarchie...

L’église enseigne au souverain, quel qu’il soit, que l’arbitraire n’est jamais permis, et que son droit de commander, n’est sacré et inviolable qu’aussi long-temps que la loi divine de justice est sacrée pour lui... Elle enseigne aux peuples, que la loi divine, charte, de leurs droits véritables, comme de leurs devoirs, les lie au pouvoir, aussi longtemps, qu’il est lui-même sujet de la loi divine de justice, palladium éternel de la puissance de la liberté !

(1) Per me rrges rognant , et legum coniJitorcs just,i dcccrniint. Prov., 8, i 5 . — Id. 16. Per me pi'lncipcn imperant, et potentes de cernunt juslitiam. Quoniam quum eseetis rainistri regni illias, non rcclè jadicastis, iicc custodistis legein jusliliæ...

(3) Dixit itaque ci Pilatus : Krgo rex es la ? Respondit Jesns i.Tn dicis, qaia rex sum ego. 18, 37. DaU eslmihi ornais potestas,

in coelo et in terra .. Mattd., 38, i 3 . — Rex regain. Dominas domiuantium. y^/ioc , ig, 16.

Vojex 1.1 Bulle Unnm Sanctam.

ÉLËMENS UE PHILOSOPHIE.

La inamissible, impérissable, éternelle, n’est

que le règne de la loi divine de justice, dont l’église catholique est l’interprète inruillible, pour tout peuple soumis à son autorité. Toute nation placée en dehors de l’action spirituelle de l’église , perpétuelle interprète de la justice et du droit, se trouve vis-h-vis du pouvoir temporel qui la régit, dans les mêmes conditions, que celles où étoient placées les nations de la terre avant l’établissement du christianisme. La justice sociale, conservée impérissable, au moins dans ce qu’elle a de primordial et de nécessaire à l’existence de toute société, est entr’elle, et le souverain, quel qu’il soit, la charte première, la source unique, la règle vivante de l’obéissance et du droit, (i).

L’Église, comme le genre humain, n’a jamais cru an dogme de la légitimité ou du droit de régner sur un peuple, entendu en ce sens; qu’à quelque degré qu’un souverain l’écrase et l’opprime, ni son droit ne s’altère, ni l’obligation d’obéir ne disparoSt.

Mais l’église à toujours repoussé, avec une juste horreur, le dogme athée de la souveraineté du peuple entendu en ce sens, qu’un peuple n’a pas besoin d’avoir raison, pour valider ses actes; et quele droit et la justice, sont là, où se trouve la force brute, la force matérielle. Elle n’a point approuvé non plus, la doctrine de la résistance active contre l’injuste

(i)Lcs nations chrétienucs ont, dans lo tribu n»t suprême de l’Église, un moyen sûr, facile, infaillible, do connoîlre et de discerner ce qui est juste et vrai, socialement. L'absence d’une autorité enseignante, chez les nations idolâtres, chez les sectes protestantes et incrédules, explique la cause des révolutions, plus fréquentes et plus terribles dans leur sein...

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