CHAPITRE XII
CnOVANCES CITTÉn AIRES l»E L UL'MAA'ITÉ.
En contemplant les formes innombrables que la pensée philosophique a revêtues depuis l’origine des teins, nous avons constaté un grand fait : c’est qu’au fond de toutes les conceptions individuelles, sur Dieu et Tunivers, se retrouvent toujours les mêmes vérités fondainentules, et les mêmes croyances primitives et élémentaires. Nous nous sommes convaincus, qu’au milieu des perpétuelles oscillations de la raison individuelle, il existe un fond commun de vérités générales, qui sont le point do départ de toute philosophie et le rendez-vous nécessaire de toute conception solitaire, sous peine d’errer d'abyme en abyme jusqu’au goxiiTre ténébreux du doute absolu.
Le mil nous a apparu avec ce caractère d’immutabilité, de permanence et d’universalité, qui le distingue essentiellement des opinions fugitives et passagères de la raison de l’homme isolé. Nous savons maintenant à quel signe il faut reconnoltre le vrai. Nous savons aussi quel est le caractère ineffaçable du saint. Au milieu des innombrables superstitions, qui se sont mêlées an culte de la divinité, nous avons aperçu des dogmes uniformes, une
ÉlÉ.VëNK DË PfllLOSOPBlE.
loi morale perpélucllemenl la même, un culle toujours sacré pour l’homme, alors même qu’égaré par les visions trompeuses de sou esprit, ou de son cœur, il demandolt le pardon, la grâce et le salut, à des divinités sourdes, qui avoient usurpé l'hommage de son être , corrompu ses désirs, et trompé ses espérances.
I.e t;mtet lesaewt, se sont présentés à nous, au milieu des formes innoixthrahles de l’individualisme de la pensée, de la prière, de la crainte, de l’espérance, de l’adoti tioii et de l’amour, comme la loi du monde moral , comme l’éternel besoin de l’humanité, comme l’élément nécessaire à la vie des intelligences, comme le centre autour duquel gravitent h jamais les êtres faits k l’image de:llieu.
Or, de même que les croTajncea 'et fteéàîai; &
neotes 4e l’hunaanité, nous oa» ,&U .doaneitfe la erefa ^ vra* <;«l(«s «O coup 4’«eil aur la' littéralure des nations qui ont successivement passé sur 1a scène du monde, nous fera connoitre'en quoi consiste lé. én> visage sous ses divers aspects. ■ ■
Le beau type immortel des œuvres de' l’honÙBft,' qui selon Platon, m’c«{ que lu splendeur du vrai, ou poür parler plus philosophiquement , qui nesl que le vrai eànnu parla pensée, et senti par l’amour, nous offre en l’envisageant dans sa manifestation sociale, deux choses essentiellement distinctes et essentiellement unies. i° Des élé.mens identiquement les mêmes, le même principe de vie, la même essence radicale; a“ des formes aussi va-
riées, aussi diverses,' que le sont les conceptions de chaque nation et de chaque intelligence.
C’est-à-dire , qu’en- littérature , comme en religion , comme en philosophie, comme en tout, nous retrouvons
ÉtKMËNS DE PIlll.OKurillE.
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les deux ordres qui eonslilucut la loi des esprits : l’ordre de foi; cl l’ordre de liberté, de progrès, de mouvement ou de conception. Ainsi le beau envisagé dans sa production sociale, ou dans sa manifestation au sein de l'humanilé,' est comme l’immanité elle- même, perpétuellement un, dans sa perpétuelle variété.
L’Orient nous présente le beau revêtu de formes proportionnées à son spiritualisme, b sa foi, et même à ses erreurs. ,
Sa littérature, sa poésie, comme sa philosophie , sont empreintes d’un caractère qui offre quelque chose de gigantesque et do pyramidal, 'foiilefois , sous ces formes colossales, le beau dans l’antique Orient, est radicalement le même dans son essence que dans toutes les autres littératures ; parce que, malgré les déviations intellectuelles et morales, qui apparoissent dans cette haute antiquité, on retrouve les mêmes vérités fondamentales , la même foi primitive, la même conscience, le même sentiment du vrat cl du beau, et par conséquent les mêmes inspirations poétiques, littéraires, philosophiques, etc.
La littérature occidentale, è partir des siècles de Periclès et d’Auguste, nous présente d’un côté, des traits frappans de similitude, avec la littérature de l’antique Orient, dont elle ne fut qu’un rejeton abâtardi; et de l’autre, un caractère particulier, qui constitue son individualisme personnel.
Ce qu’il y a de commun entré la littérature de l’Occident et la littérature orientale , c’est sa foi aux mêmes vérités, c’est sa croyance aux mêmes dogmes religieux et sociaux , dont la littérature est toujours l’expression. Ce qu’elle a de propre, d’individuel, de personnel, c’est son
sensualisme , son caractère égoïste , sophistique, analytique, païen, en un mot; car le paganisme ne fut, que l’amoindrissement des vérités antiques, que le sensualisme do la conscience , de la foi et do l’amour ; que la déification des passions de l’homme charnel. De Ib , la physionomie sensuelle imprimée, b la poésie, b la philosophie , b l’éloquence , b la littérature et aux arts , chez ces peuples tant vantés de la Grèce et de Rome.
Ajoutons, que les langues essentiellement synthétiques de l’Orient , se prêloient merveilleusement b mie littérature spiritualiste , immense , gigantesque d’audace et de majesté; tandis que les langues analytiques de l’Occident s’accommodoient davantage d’une littérature sensuelle, descriptive, abâtardie dans le fond comme dans la forme.
Le christianisme en se levant sur.l’ univers, eut une révolution immense à opérer. Il trouva le monde enseveli dans la boue d’un abject épicurisme. lient à purger les traditions primitives des erreurs, dont les avait souillées vingt siècles de paganisme ; il lui fallut rétablir dans la conscience humaine l’empire des lois éternelles de l’ordre que le long règne du paganisme y avoit presque effacées. Et pendant qu’il faisoil l’Europe b son image, les littératures grecque et latine , réveillées de leur tombe , par le mouvement que le christianisme opéroit dans les intelligences, devinrent le type du beau littéraire, chez des nations qui ne comprirent pas' assez, que toute vérité étant un article du symbole catholique , le catholicisme , et le catholicisme seul, devoit , désormais, devenir le foyer de la littérature et de l’art.
De magnifiques efforts furent tentés , il est vrai , pendant le moyen âge, pour l’émancipation de la littérature
a58 ' HLÉMENS DE rillLOSUPflIE.
calholique ; les monumeos poétiques et littéraires , et les chefs-d’œuvre de cette époque, attestent le travail immense du catholicisme sur l’esprit humain.
Mais le siècle de Louis XIV et le siècle de Voltaire, parurent. Faits sons le rapport littéraire, comme sous tant d’autres rapports , à l’image des siècles de la Grèce et de Rome idolâtre , ils arrêtèrent le mouvement progressif, et firent reculer, peut-être, la littérature et les arts.
Nous dirons bientôt, la mission nouvelle que le catholicisme doit se donner , et comment , sOus la double influence de sa foi complète , et de la science redevenue croyante, le beau revêtira sa forme déflnitive , dans le cycle du tems, et dans son progrès sans bornes vers l’infini.