CHAPITRE XVII
LE CATnOMCIS.ME EST LE PRINCIPE GÉNÉRATEUR DE LA SCIENCE.
§ I. Réficiions prélimiuaircs.
Toute philosophie qui port du moi individuel, aboutit comme nous l’avons vu, au panthéisme logique ou au scepticisme. Toute philosophie individuelle est donc destructive de la science. En effet, si elle procède par voie de synthèse, le panthéisme logique est son terme inévitable ; si elle procède analytiquement, le brutisme le plus complet est le terme où aboutissent scs stériles efforts.
Mais le panthéisme logique et le sensualisme , ne sont qu’un scepticisme déguisé; pourquoi? parce que, quelque effort que fasse le moi solitaire pour discerner, si les notions soit intellectuelles, soit sensibles ou corporelles, qui le constituent, ont une réalité objective, ou ne sont que des formes vides d’un entendement, qui lui-méme, n’a rien de réel; le scepticisme dès lors, est l’abime où il doit se plonger. Point donc de science possible, parla philosophie individuelle ; aussi, dans tout système scienlilique, formulé en dehors de la loi de l’esprit humain, que révèle le catholicisme seul, l’œil effrayé découvre un germe de
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KLKMENS UE PHII.OROPRIE.
scepticisme, qui aboutiroil inévitablement, à la réalisation du chaos dans le monde scientifique, si en vertu de la loi qui préside à la conservation et au développement des êtres, les intelligences ne se rctrempoient dans la foi. Partez au contraire du principe que nous avons donné pour base à la philosopiiie, et qui est le même qne le principe du catholicisme ; dès lors, vous savez ce que c’est que la science; vous connoissez son principe générateur, ot vous pouvez en suivre les développemens.
^ II. Notion catholique <lc la science.
Qu’est-ce que la science entendue dons sa notion catholique ou anti- sceptique ?
La science prise dans son acception catholique, est, l’explication perpétuellement progressive de tout ce qui constitue l’ordre immuable dons le moi humain; c’est-àdire, l’explication aussi complète que le permettent les limites assignées ici -bas à l’intelligence humaine, de tout ce qu’embrasse la foi de l’univers. L’objet de la science est l’être sans limite ou l’infini, et l’être limité ou la création; le lien qui unit l’infini et le fini, est un autre élément de la science. Deux choses sont nécessaires pour progresser Aans la science, i° Croire anx notions primitives, universelles et permanentes de Dieu et de l’univers, 2° Exercer l’activité de son moi, sur ce double objet de toute science, et sur les rapports qui résultent nécessairement de leur simultanéité ou de leur co-existence.
Mais, croire aux notions permansntes, universelles et immuables de fliumanité, c’est être catholique ; prendre
JI.KMF.NS IIF FIIILOSOI’IHF.
ces notions pour point de départ de la science, et pour terme de ses recherches; c’est s’elTorcer de passer de la foi à la vue; c’est aller selon ces mots si philosophiques de nos livres saints, de clarté en clarté, de force en force, et de vie en vie (i), c’est se conformer h la loi de son progrès dans le vrai et dans le bien; c’qst être catholique en un mot. C’est donc par le catholicisme seul, que nous connoissons la véritable notion de la science.
§ TIT. Action des traditions primitives sur la science avant J.-C.
L’homme au sortir des mains du créateur, h raison de l’état normal où il fut créé, et h cause de ses communications plus fréquentes et plus intimes avec la divinité, dut pénétrer très-avant dans In connoissancc de Dieu et de la nature. De là, dut résulter pour lui une science et une intuition profondes. Mais la chute du premier homme et la dégradation de sa race, durent amener une corruption d’autant plus grande à ce premier âge, qu’héritiers des vastes débris de la science primitive, les enfants des hommes, abusant pour le mal, d’une force clTrayante, et d’un savoir gigantesque, réalisèrent des crimes inouïs, et placés hors des limites connues de l’humaine perversité. Ces aperçus sont d’accord, avec les traditions bibliques et universelles.
Depuis les temps diluviens, jusqu’à la naissance de l’église, on voit se manifester un mouvement scientifique,
(i) ibuni (io virtatc iu virlutcm; à clarilalc in cl.iritatcin. Qui bibiml me aJliuc silîcnt.
XLKMEHS DF. PBILOSOPHIE.
en dehors des traditions ^)riinitives sur Dieu et la création, et dont rclTtt nécessaire, fut d’enfanter des erreurs et des crimes,proportionnés aux aberrations de l’esprit humain.
Le peuple juif, gardien des antiques traditions, entra peu dans l’ordre do développement et de science. Constitué pour être le type matériel de l’église éternelle, il n’eut d’autre mission que de veiller sur la fui de runivers, dont les sacrées archives étoient placées dans ses mains. Toutefois, l’agricullure, le commerce, l’architecture, l’étude de la nature, la musique, la poésie et la danse, jetèrent un vif éclat parmi les enfans d’Abraham (i). Le temple de Salomon, les rites, les pompes du culte, la majesté du sacerdoce lévitique, surpassèrent en niagnilicencc tout ce que l’anliquilé profane eut jamais de plus grand. Fort de sa foi, on ne trouve point chez le peuple juif, de spéculation philosophique sur Dieu et l’univers, ni de théorie scientifique; parce que vivant de ses traditions, et riche de la parole de son Dieu, il no connut ni les tourmens du doute, ni les tempêtes de l’erreur.
L’Inde trop peu connue encore pour être bien jugée, a donné le jour h des théories scientifiques tantôt panthéistes, tantôt dualistes ou matérialistes, dont l'inlluenco sur la vie des nations indiennes, dut être immense: et qui durent mettre de colossales erreurs, il la place des primitives traditions.
L’Egypte au temps de Moyse, paroit avoir été déjà avancée dans la culture des arts. Sa civilisation brillante, h cette haute antiquité, a été, sans aucun doute, la vague
(1) I.a poi^sic, 1.1 musique, la danse fumil des arts reiigiem cliea tes llcltrriix ; des .iris tiês dé*elop|'cs par coiiscqiieul.
puissante, qui a porté les germes de la science, dans tout l’Orient; parce que riche de traditions, l’Egypte les réalisa plus' vite, et mieux que les autres nations, dans scs doctrines, dans son commerce, dans son agriculture, dans sa science et dans scs arts.
l.a science eu Grèce, la philosophie, la religion, l’industrie et lesorts, SC rapetissèrent, à l’égal du sensualisme, qui envahit peu è peu, chez ces enfans de la civilisation, leurs constitutions, leurs croyances, leurs mœurs et leurs lois.
En général, pondant toute la période qui précède l’èrc chrétienne, et à partir de l’amoindrissement des traditions, la science s’abâtardit, se scusualisa, dans le vrai, dans lu saint, dans le juste, dans l’utile et dans le beau; parce que cette période, ne fut que l’enfance de l'humanité, snâ démentis mundi eramus scrvientcs (i).
§ IV. Action du calLolicisiiic sur la science depuis J.-C. justiii’.à nous.
Le cbristiuiiisme naissant, cul à combattre les grandes perturbations inlclloctuellcs, dont le monde paycii ii’étoil qu’une image réalisée. Il trouva le monde de la science tout imprégné de sensualisme et de scepticisme. Les erreurs de l’antique Orient, réveillées par la philosophie d’Alexandrie, furent pour la foi catholique, l’objet d’une lutte non moins terrible. Elle eut à vaincre le panthéisme, le sensualisme et le ' scepticisme. La guerre commencée par le christianisme contre ces vieilles erreurs, se prolonge depuis i8 siècles. Suivons rapidement le mouvement régénérateur qu’il a imprimé à l’humanité, depuis Jésus-Christ
(i)Gfl/nt. , 4, 5.
LLt'.MENN UE lUlILÜ.SUPlIlE. 2--
jusqu’à nous; cl nous comprendrons ce que le monde scientifique lui doit de rcconnoissance.
Personne ne songe à contester la victoire du christianisme sur le paganisme, sur les superstitions idolatriques; et il est plus clair que le jour, que le catholicisme a réveillé en .Europe, et partout où son action s’est fait sentir, la foi des antiques traditions sur Dieu et l’univers. Le panthéisme idéaliste, théurgique et dualiste de l’école d’Alexandrie , expira, malgré les elTorts de Porphyre, de Jamblique et de Julien l’apostat, pour le ressusciter. Le doute sceptique, qui pénétroit la philosophie grecque, vers la fin de ces républiques fameuses, et qui, sc combinant avec les spéculations gréco orientales de la philosophie alexandrine, enfanta les grandes hérésies des (5 premiers siècles de l’église, fut vaincu pareillement. Le moyen âge nous présente une période entière, visiblement imprégnée de foi. Aussi, c’est pendant le moyen âge que l’on aperçoit un immense efTort, ponr catholiciser la politique, la science et les arts. Ce mouvement régénérateur s’arrête, à dater du protestantisme; et le sensualisme anglais, l’idéalisme allemand, et le ratiouaiisnie français, tentent de nouveau de ressusciter le panthéisme, le matérialisme et le scepticisme de la philosophie orientale et de la philosophie grecque. Un vaste mouvement de science anti-catholique sc fait sentir: le sièclcde Louis XIV lui-même, semble conspirer contre le catholicisme, en consacrant le despotisme et la servitude en politique, le paganisme dans les arts et dans la littérature, le rigorisme junsénien en morale. La science se fait athée au i8* siècle, c’est lë règne du sensualisme dans le vrai, comme dans le beau; une époque de dégénéralion profonde. Le 19' siècle sc lève, elle sen-
KLÉMENS DE PniLOSOPniE.
siKiiiïimc est vaincu 'i son tour. Le spiritualisme renaît dans le monde do la philosophie, dans celui de la science, et dans celui de l’art. Toutes les théories spiritualistes sur le t'ral, sur le beau, sur Vatile, sur le saint, sont essayées tour h tour; mais toutes sont impuissantes à réaliser le progrès dans le vrai, dans le saint, dans l’utile, et dans, le beau,
L’Europe civilisée par lo foi, a maintenant un instinct profond, de la complète impuissance de toutes les théories essayées jusqu’à ce jour, et le spiritualisme gravite évidemment vers les traditions du catholicisme. Les hautes intelligences, comprennent avec une sorte d’évidence, que l’Europe dégoûtée h jamais, du paganisme dans l’art, du despotisme cl de la servitude dans la polititjue, du protestantisme sceptique dans la religion, ne peut se régénérer complètement, que par la foi et par la science, dont le catholicisme est rélernel foyer. Ainsi le scc|>licisme philosophique a fait son tems; l’idéalisme allemand expire, cl rentre dans le spiritualisme catholique; le sensualisme est relégué dans quelques amphithéâtres, cl nous touchons à une de ces époques grosses d’esj»éi anco et d’avenir pour la science, cl pour la foi.
^ V. Le calliolicismc élèveia la science à sou plus haut degré rtc splendeur.
S’il est démontré par rimposante autorité des faits, que la science anti-catholique, qui depuis /fO siècles, a été placée sous l’action délétère de l’idéalisme, du sensualisme et du scepticisme, est condamnée à recommencer élcrnellemenl sou stérile labour, sans jamais pouvoir con-
ÉLÉMENS DE rilILOSOmiF.
quérir la loi du progrès dans le vrai et dans le bien; si. le calholicisme, au contraire, en bannissant de la cité des intelligences, le sensualisnae, l’idéalisme et le scepticisme, y fait régner la foi; il est aisé de comprendre, que le monde intellectuel, replacé dès lors sous la loi d’un'progrès indéfini, marchera h pas de géant h la conquête d'une science qui l’élèvera, par le catholicisme, h l’apogée de sa splendeur dans le cycle dutcms.Le règne dnsensualisme dansla pensée, dans la littérature et dans l’art est fini; celui du doute sceptique et de l’idéalisme panthéistique, a vu son dernier jour. Nous touchons donc, h une époque do régénération scientifique par le catholicisme. Cor, comme l’activité intellectuelle tend h bannir elle-même, le panthéisme, le sensualisme et le scepticisme du monde scientiflque, parce que le mouvement progressif est dans son essence; il faut nécessairement qu’elle s’exerce sur les élémens de la foi catholique, c’est-h-dirc, qu’il faut, qu’elle entre dans l'ontologie catholique pour y chercher les lois qui régissent la création toute entière. Dès lors, et nécessairement, le catholicisme devient le principe Jjénérateur de la science. Répondant pleinement, et parfaitement, h toutes les pensées comme h tous les besoins de l’humanité, sa mission, sera d’élever la science h son plus haut point de splendeur.
ÉLKMEKS UE l'ilILOSOrniE.