CHAPITRE XIX
LE CATHOLICISME EST LE PBISCIPE GÉnÉRATF.CK DES BEADV-ARTS.
§ l. Notion catholique du licau.
Considéré dans sa source, le beau est la splendeur de l’être infini, son Verbe, son image, sa forme; splendor golria; et figura subslantiœ cju3{i) . El, sous ce rapport, le beau est infini, insaisissable par conséquent. Echo de la tradition , Platon appelle le beau, la splendeur du vrai. Infini dans son type qui est le Verbe divin, le beau est
(l) Hcbr. , I, i5.
ÜQa É!.KMEN.S UE HIILOtiüFIIIE.
fini dans sa inaniruslatioii, cl scs formes sont inépuisables. Le Verbe incarné , réalisant l’union de l’infini et du fini au plus haut degré , offre le type créé le plus excellent et le plus complet du beau; et voilli pourquoi le fils do Marie est appelé le plus beau des enfans des hommes ; et c’est pourquoi aussi , le mystère de l’Eucharistie est le mystère de la beauté par excellence : Quid pulchrum ejus, nisi frumentum eleciorum et vinum germinans virgincjî(i)? est-il dit au livre immortel. Ce mystère réunit au plus haut point, la vérité et l’amour, sans lesquels, le beau ne sauroit ni exister ni être conçu.
Le beau est le type des arts ; et comme le beau , dans sa manifestation progressive , tend à revêtir des formes toujours plus excellentes , les arts , doivent réaliser dans l’humanité, un progrès toujours grandissant.
Telle est la notion catholique du beau.
§ II. Tbeories anli-callioliques du beau.
Toutes les erreurs partielles de l’esprit humain sur l'infini et sur le fini, ont dû enfanter, et ont enfanté de fait, des erreurs correspondantes sur la notion et sur le sentiment du beau ; et l’art, placé sous l’influence de ces erreurs, a dû en porter l’empreinte plus ou moins marquée, selon qu’elles pénétrèrent davantage la constitution, la littérature, les mœurs et les lois des peuples qu’elles avolcnt subjugués.
L’altération de l’art, suivit partout et toujours, celle du beau, qui, elle-même , ne fut qu’une conséquence nécessaire et logique de celledu vraf. Âiasi,lepaathéismeindien, dut enfanter, et enfanta en efl'et , une littérature gigan-
(i) Zrrc/i., 9, 17.
ÉLÉMENS DF. PIIILOSOrlIir..
lesqiic, qui, idcnlifitint l’infini cl le fini, vu se perdre dniis les nbtincs impénétrables d’un idéalisme absolu... Dèslors, plus de progrès possible dans l’art, parce que la notion du vrai en se panthéisanl, rend impossible la manifestalion progressive des formes inépuisables du beau.
Placé sous l’influence du dualisme , l’art brise l’unilé du beau comme celle du vrai’, et alors, on retrouve dans les formes réalisées du beau , un fatalisme cruel , implacable, ennemi éternel de la splendeur du vrai; point donc d’unité , point de beauté , point de vie , point de progrès dans l’art, placé sous l’influence du dualisme.
Le matérialisme a scnsualisé la notion du beau comme celle du vrai, et l’imité, la beauté, la vie, le progrès dans l’art, sont devenus impossibles à jamais...
Le paganisme, mélange de vérités antiques, de fatalisme ol de sensualisme , a exercé sur l’art , une influence correspondante h ces perturbations; et toutes les théories anti-calholiqucssuric beau, ont eu pour résultat d’altérer, soit l’unilé de l’art , soit le p rogrès. De même que les classi quos allèrent la notion du progrès en se rcnferinanl exclu sivement dans les lois d’une unité arbilraireet lyrannùfuc; de même aussi, les romantiques, brisent l’unitéen voulant réaliser un progrès sans unité. Le clacissismc est le matérialisme, le fatalisme dans rart;lc romantisme se résout dans un véritable illuminisme, cl aboutit au scepticisme de l’art.
5 111. De.i arts, considérés avant Jésus-Clirisl.
L’art, dans l’antique Orient , plus voisin des traditions primitives, en ressentit plus directement et plus puissamment l’influence. Le beau s’y produisit sous des formes
a^l tLKMEXS DE PHILOSOmiE.
pyramidales, el dégénéra en un panthéisme qu’il est dif- ' ficile encore de bien cnractériser.
L’art, cliez les notions policées de la Grèce et de Rome, s’amincit , et quittant les formes grandioses de l’antique Orient , il en revêtit de sensuelles, de fatalistes , de sceptiques; parce que le sensualisme, le fatalisme et le scepticisme , pénétrèrent les croyances el les mœurs , et par conséquent, les arts de ces nations corrompues. Il y eut donc altération profonde du beau, et loin d’étre la splendeur du vrai, le beau, chez ces nations tant vantées, ne fut en général, que l’apothéose de l’erreur et du crime.
§ IV, De l’influcncc duchiisliaiiisinc sur les arts, depuis Jésus Cbrist jusrju'à nous.
Le christianisme, en manifestant è l’univers la nature cl les attributs de l’être infini, devoit opérer, el opéra en effet une révolution dans l’esprit humain. L’ensemble de ses dogmes, expression complète des lois de l’infini el du fini, dut ramener dans la conscience humaine, la notion du vrai, et par conséquent la notion catholique du beau. Mais, de même que le christianisme eut à soutenir une lutte longue el terrible, contre les grandes erreurs qui avoieul altéré au sein de l’humanité, les vérités universelles; une longue période dut s’écouler, avant qu’il parvint è substituer la théorie catholique du beau, aux théories bâtardes qui s’étoienl introduites dans le monde des arts.
El comme le teins qui s’csl passé depuis la naissance de l’église jusqu'il nos jours, a été spécialement consacré b établir sa législation sur le monde civilisé : son
ÉlÉME^S DE rlllLOSOPIIIE.
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action dans les arts, a été nécefsaircment incomplète. I)'(in autre côté, les traditions païennes sur le beau, toutes vivantes encore, parmi nous, n’ont cessé d’opposer, nu triomphe du beau calholii/ue dons les arts, une résistance, qui, pour le bonheur do l’humanité, semble toucher à son terme. Toutefois , l'observateur saisit irrésistiblement depuis la naissance de l’église, son action sur le monde des arts. . .
L’éloquence, la poésie, la peinture, la musique, l’architecture catholiques, quoique imprégnées, jusqu’à nos jours d’une sève païenne, révélent des formes inconnues aux siècles du paganisme.
Nos églises gothiques, n’ont rien eu fait d'architecture religieuse, qui puisse leur être comparé, et le panthéon idolâtre, et le minaret, et la mosquée,, s’éclipsent, en face do la majestueuse grandeur de nos chefs-d’œuvre du moyen âge (i).
Il en est ainsi dul^eau, considéré sous tous ses aspects. Mais jusqu’à ce que le catholicisme complet, ait chassé du monde des arts, les formes impures du paganisme; le beau ne revêtira qu’imparfailemcnt scs formes les plus resplendissantes et les plus divines, dans la cité du temps.
§ Y. De l'mllucnce du calholicisnic pteinement développe, sur les arts.
Supposons que le catholicisme complet, parvienne à pénétrer le genre humain de sa foi, de sa science cl de
(i) Nus inagniriques cathédrales gothiques, la cloche et l’orgue, sont trois créations du géuic religieux du moyeu âge, qui étonnent l’admiration elle même.
•Mjd ÉLÉMEN8 DE PniLOSOPUIE.
soD amour; alors une r^ivolution immense sera accomplie dans les arts.
La splendeur du vrai s’épanchant sans mesure et sans fin du sein du catholicisme, toutes les formes païennes, fatalistes, sensuelles et corrompues du beau, qui étoient venu s’asseoir dans le temple de réternollc ren
treront dans le néant : toutes les hérésies sur le beau dispal'oltront, comme disparoissent, les hérésies sur le vrai; l’éloquence catholique revêtira des formes qui lui sont inconnues; la poésie et la musique, feront entendre des accens, que l’oreille de l’homme n’a point entendus. Enfin, les arts accompliront pleinement sur la terre, la mission qui leur est imposée; eu manifestant, autant que le comportent les limites étroites de l’espace et du temps , , foules les formes que le beau pouvoit revêtir, pendant le jour de cette vio, foiblo crépuscule de la vie éternelle (i).
Ainsi, principe générateur de la science et de la liberté, le catholicisme l’est encore du beau considéré dans les arts...
(i) CV'sl .-«lors que cet oracle d'Isaïc s'accomplir» pleincubcul : <i Ambulabuul geales iii luniinc (uo , et reges in splcnjore orlûr • lui.» Isnïc, Co, 3.
ÉLÉMENS l>E PUILOSOPIIIE.
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CHAPITRH XX.
LE CATHOLICISME EST LE PBINCIPB CÉNÉBATEI'R PE LA CLOIBB.
§ [. Notion catholique de la gloire.
Pour bien établir la proposition qui fait l'objet de ce chapitre, essayons d’abord de nous former une idée nette et précise do la gloire, conçue catholiquement.
Une foule d’hommes qui sentent palpiter leur cœur, au seul nom de lu gloire, s’imaginant que le catholicisme tue dans une ame ces sentimens magnanimes , principe de tout héroïsme et de toute grandeur, éprouvent pour scs dogmes et ses lois, une répugnance d’autant plus profonde, que le sentiment de la gloire est plus vif eu eux.
Ce préjugé funeste retient dans l’incrédulité des âmes ardentes et généreuses, qui n’ont besoin pour croire et pour pratiquer, que de coiiiprendrc , que le catholicisme est le foyer de la vraie gloire, comme il l’est de la science, de la liberté et des beaux arts.
Mais, qu’est-cc que la gloire?
La gloire, dans sa notion catholique est, dans un être, intelligent et libre, le triomphe de l’esprit sur la chair . de la vérité sur l’erreur. lîlle est le sacrifice complet, généreux , magnanime , de l’individu h la société ; elle est
iIlÙUEK.S nF. ■•iltLO.SOPIIIE.
dans un individu ou dans un peuple, une cclatanlc uianifeslalion de la vérilé et de lu charité, dont le catholicisme est lu source infinie ; et sous ce rapport, la gloire s'identifie avec la vertu.
Toute gloire, en effet, que la vertu nepcutni ambitionner, ni poursuivre , ni avouer , n’est que la dépravation de ce sentiment , qui fait vibrer les âmes élevées; car, il n’y n point de crimes ni de forfaits g/oriCKæ ; et l’héroïsme de la vertu, n’est que la gloire, parvenue h l’apogée de sa puissance.
Toute vertu sublime s’identifie avec la gloire. La pauvreté, la chasteté, l’iiumilité, la charité parfaites, réalisent l’héroïsme de 1» vertu , et sont une des gloires les plus pures du catholicisme.
La gloire des arts, des sciences, du génie, des lettres, des armes, etc.... supposent le dévouement, le sacrifice, l’immolation de l’homme, au triomphe de la vérité, de la beauté et de l’amour infinis. Une gloire acquise sans dévouement est un vol; et si la société présente, paie une gloire usurpée, la société éternelle ne ratifiera jamais cette solde d’injustice.
§ II. De lu gloire, avant la venue de J.-C.
Tout ce que les hommes ont fait de généreux, de grand, d’éclulant, d'héroïque, avant, comme après J. G. pour le triomphe de l’ordre et de la liberté, pour le progrès du vrai et du Sien dans l’humanité, n été glorieux pour ceux qui furent les instrumens de ces œuvres.
Presque toujours avant le dogme accompli, des glorieuses humiliations du divin rédempteur, il faut chcrclicr la source des actions héroïques, dans un vü égoïsme. Cet
ÉLÉ.VEiNS t)E PHILOSOPniE.
implacable amour de soi, se retrouve partout, explique tout, souille tout, chez les nations que le paganisme avoit corrompues.
La gloire dans le monde ancien, fut partent et sans cesse imprégnée des erreurs qui altérèrent les vérités tradi tionnelles; parce que tous les égaremens de l’esprit humain que nous découvrons, dans la période qui précédé l’éta- * blissement du christianisme, ne furent que les phases diverses de l’égoïsme, ou de l’individualisme, tantôt panthéiste, tantôt sensuel, tantôt fataliste, tantôt sceptique: point donc, de véritable gloire sous l’influence de ces erreurs, mères de tous les crimes.
5 III. Action du catholicisme .sur le sentiment de la gloire.
Le christianisme a ressuscité dans le cœur de l’homme, le sentiment de la vraie gloire, comme il en a replacé la notion dans sa conscience; et c’est un fait éclatant comme la lumière, que les nations catholiques ont conquis, depuis i8 siècles, tous les genres de gloire. La gloire de lo vertu, celle du génie et des lettres, de la science et des arts, la gloire de la charité et de la miséricorde, le triomphe glorieux de l’esprit sur la chair, de la pauvreté sur les richesses, sont depuis près de deux mille ans,, le patrimoine exclusif des nations civilisées par le Christ.
Le christianisme, en gravant dans le cœur de l’homme le sentiment de la vraie liberté, lui enseigne, à ne jamais courber sa tête, sous le joug de lo force seule; rien donc, do plus favorable que le christianisme au développement et à la manifestation de lo vraie gloire.
ULtMEXS DE pniLOSOrniE.
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Il est de l'ait aussi, <|uc les nations cliréliennes, sont d’autant plus Aères, d’autant plus grandes, d’autant plus impressionnables au sentiment de la gloire, que le christianisme est plus vivant en elles.
Et plus les nations chrétiennes s’éloignent du catholicisme, dans leur foi, dans leur législation et dans leurs mœurs; plus la notion et le sentiment de la vraie gloire s’allèrent en elles, pour faire place :» l’égoïsme individuel, ou à un farouche amour de la patrie, subversif de cette charité universelle, qui n’a d’auire patrie que le monde, d’autre élément que l’humanilé toute entière, et que Jésus- Christ a enseignée à l’univers du haut du gibet glorieux où il daigna mourir pour le régénérer.
§ IV. Le catliolicisme pleinement développe dans un peuple et dans le genre humain , exhausseroil pleinement le sentiment de la vraie gloire.
Le triomphe complet du catholicisme sur un peuple, scroitia manifestation sociale de sa foi, de sa science et de sacharité.Or,le peuple, au sein duquel, se manifesteroient complètement, la foi, la science et la charité du catholicisme, seroit le peuple le plus fort que le monde eût encore contemplé sur cette terre de passage. Il seroit aussi celui au sein duquel vibreroit plus fortement le sentiment de la gloire; un tel peuple, se trouveroit nécessairement placé en tête de la civilisation.
Que la France , par e.xemplc , soit un jour pénétrée xle la foi , de la lumière cl de l’amour du catholicisme . développé.s en elle par la science cl par la charité ; un demi-siècle ne s’écotileroit pas , avant que l’Europe en-
ÉLÉMENS UE EHII.OKUPniC. 3u I
liùre, n’eûl élé cnlrniiiéc de lu sphère de son génie cutholiquc. Et sa foi , sa science et sa charité , se coiuiuiiniquaut à toutes les nations de la vieille Europe , le mouvement régénérateur qu’elle lui auroit imprimé , réngiroit infailliblement, et bientôt, sur le genre humain tout entier.
Une croisade catholique de l’Europe au dix -neuvième siècle , porteroit sa gloire au plus haut point de grandeur que l’imagination puisse se représenter (i).
Le monde a vu au moyen âge, l’Europe se lever toute entière, pour refouler la barbarie dans ses déserts brûlons et ravagés; et rien, dans les annales des siècles, n’a encore égalé ce prodige de gloire. L’Europe alors obéissoit au principe de foi. Si l’Europe, régénérée un jour par la foi, par la science et par la charité , dont le catholicisme est rinc,xtinguible foyer, épanche sur le
(i) Uuu propagande de vérilablc civilisation catholique, seroil le hieiirait le plus grand pour l'humanité. Au fond de la propagande rcvolutionuairesc retrouve l'instinct confus de ce que la foi, la scieuru et la charité catholique peuvent seule} réaliser. Mais la propagande républicaine , qui, sépai éc du catholicisme, n’est plus, ne peut pins être qu'une irrémédiable anarchie, dcviendroii pour l'Europe et pour le genre humain , le plus terrible flc'au , qui eût jamais ravagé le monde moral, si maîtresse de la France, elle parvenoit à réaliser scs théories; car, pour qu'il y ait émancipation des peuples dans la lihcrlé, il faut qn'il y ait eu eux progrès ascendant dans la fu'; parce que dans le inoude moral comme dans lo monde physic|uc, l’ordre résulte de la simultanéité et de l’harmonie de l.a force d'atlractiou,qui est la Jol dans le monde des intelligences: et do la force d'c.\pansioii, qui est la liberté, la conception dans les intelligences. Et nouscroyons ferracmciit, qu’il inixl catholicisar le monde, avant de le républicniiiscr.
ÊLKMtWS DE FIIILOSOrniE.
genre humain sa lumière et sa vie , l’humanilé atteindra, ici bas, son plus ^aiit degré de splendeur, de félicité et de gloire; et alors s’accompliront ces paroles du prophète Isaïe ;
Declinabo super eam , quasi fluvium pacte , et quasi torrentem inundanlem gloriam genliutn, quam sugetis (i).