‹ ÿleméns de philosophie catholiqueChapitre 62 sur 77 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

l.G CATHOLICISME EST LL FRISCIPE CÉKÉnATSl R DE L'AGHICDLTrRE.

^ I. Consiüéralions sur la propriété.

Pour se former une idée juste et précise de la pro^ priété , il faut partir du fait social de la dégradation et de la chute de l’homme, d’où naquirent l’égoïsme, la haine, la spoliation, le vice et l’erreur. Sans la chute originelle de l’homme , la terre eût été le domarine , possédé eq commun , dans une paix éternelle , par la grande famille. Depuis l’introduction du mal dans le monde , la terre est devenue une proie , que l'homme dispute ù l’homme ; que le plus fort possède souveut en opprimant le plus foible ; et la propriété à son origine , u’offre d'ordinaire que le triomphe sanglant du crime , sur l’innocence ou la foiblesse.

Le premier qui défricha un champ, acquit le droit de le posséder; mais la cupidité troubla souvent la paisible

LLbMENS DE PHIlOSOPniE.

jouissance d’une terre arrosée par des sueurs; de l^ , les disputes, les haines, les spoliations....

Souvent des familles patriarchales, et nomades, se virent réduites à mettre en commun leurs forces morales et physiques, pour se défendre contre une injuste aggression; si le sort couronnoit leur courage, elles jouissoient en paix du fruit de leurs travaux , et cultivoient sans crainte , le champ qu’elles avoient conquis , ou que le partage leur avoit adjugé. Quand les familles devinrent des peuples , elles s’unirent pour défendre le territoire conquis par elles, ou possédé en commmn. L’hérédité transmit d’âge en âge le champ du père aux enfans; et la propriété s’affermit.

Nous dirons l’influence de grandes erreurs , sur la propriété , et les transformations que lui a fait subir le christianisme.

Les premières familles après le déluge , vécurent de la vie nomade. La chasse , la pêche , l’usage des fruits , le lait et la chair des troupeaux , furent les bases de la nourriture des restaurateurs du monde , après cette grande catastrophe. Dans cet état de société , l’agriculture fut à son état d’enfance. Le caractère des familles nomades, leurs courses, leur vie précaire, leurs continuelles migrations , leurs querelles sans cesse renaissantes ne leur permirent qu’un très foible développement en matière d’agriculture.

KLÉUEN!) DE PUILOSOPIIIE.

r»oy

§ II. Origine de l’agriciilliirr.

L’agriculture acommoncé avec le genre humain; elle fui imposée h l’homme coupable, comme un chAliment (i). Elle devint, après sa chute, une punition et une nécessité. Et comme cet art, se lie h l’invention des métaux , h i’usago d’une foule d’instrumens; qu’il suppose une multitude de découvertes et d’observations, que la longue expérience des siècles auroit pu seule amener ; il faut chercher l’origine de l’agriculture , daus les communications des premiers humains avec les esprits supérieurs, ou dans les débris d’une science primitive, transmise par Âdam, aux enfans qui sortirent de lui.

Toutefois, ou ne pourroit que se perdre dans de vaines conjectures , sur l’état de l’agriculture dans le monde , avant les lems diluviens. Pendant les premiers siècles , qui suivirent cette grande ruine, la vie des familles patriarchales , suppose peu de progrès dans l’art do l’agriculture, leur existeucc même, y mettant un obstacle presque invincible ; mais avec la naissance des empires on aperçoit celle de l’agriculture.

Les familles nomades , réunies on corps de nations , se partagèrent le territoire conquis , et passant de la vie

(i) 6«it., 3 , 17. Malcdicla terra in op«*iTi luo; iu laboribus (.omccics ex eâ cuDClid diebus vitæ luæ.

18. SpinaA et tribulos gcrmiitniiit libi , cl comedrs licrbaiii Icrriiu.

<9. lu «udorc vultù.4 (ui YCftrcrb pnur.

3lO ÉLÉMENS DE rlIlLOSOrHIB.

vagabonde cl précaire, à la vie de la cité, elles iiourrirciil des tronpeoux ol cultivèrent des champs. Les périodiques inondations du Nil , et la fertilité que rouloicnt ses eaux , permirent de recueillir en Égypte , d’immenses quantités de froment, qui joint au blé africain, sulllrent presque à la nourriture du monde ancien.

L’agriculture cependant, ne fut que dans son germe , pendant toute la période qui s’écoule depuis l’origine des tems , jusqu’au moment oii le christianisme eut conquis et régénéré l’Europe.

§ 111. Influence des erreurs partielles de l’esprit humain sur l’agriculture.

Le panthéisme , anéantissant toute activité individuelle , et réalisant un quiétisme moral et social, auroit pour conséquence nécessaire l’extinction de l’agriculture et des arts; cl nul doute, que cette elTrayaule erreur n’ait arrêté dans l’antique Orient, l’essor de l’agriculture et de l’industrie.

Le dualisme, plaçant dans la matière le principe du mal, a pour conséquence directe, l’exlinclion de l’agriculture. A quoi bon développer le règne végétal, dont les produits ne seroient jamais, dans ce ténébreux système , que les dons d’un implacable ennemi ?

L’épicurisme, ne laissant subsister que le sentiment de la volupté, éteindroit subitement les forces morales et physiques de la nation qu’il auroit subjuguée, et anéantiroit inévitablement l’amour du travail, l’agriculture par conséquent.

LiC paganisme, scnsualisant d’une part, l’esprit et le coeur

éléme;vs de puiLOSoruiE.

(le riioiuaic , et alToiblissant de l’autre , les notions du juste et de l’injuste: doublant, (|ui plus est, In fureur des jouissances, de l’égoïsme , de In haine de l’homme pour l'homme , tuant l’esprit de charité et d'association , dut rendre l’agriculture presque impossible. D'un autre C(>té, le droit des gens étant détruit par le paganisme , le droit de propriété n’est plus que la force, et le travail des champs n’a plus ni paix, ni sécurité, ni protection, ni espérances. Il est donc évident que ces grandes erreurs ont du arrêter, et ont arreté en effet, plus ou moins, les progrès de l’agriculture, partout où elles exercèrent leur fatale inllucncc. Ajoutons que l’agriculture , étant le développement du règne végétal, toute théorie sur Dicuctrnnivcrs.qui brise rharmonic du monde des sens, avec le monde des intelligences, porto le trouble dans le monde corporel , et en arrête le développement. Or, en dehors des notions que le catholicisme nous donne sur Dieu et sur la création, nous no trouvons que l’idéalisme , que le sensualisme , que le doute , triple tombeau de toute vérité comme de tout progrès.

Point donc do progrès possible dans l’art de l’agriculture, hors du catholicisme, qui nous donne, et nous donne seul, la notion véritable do rindni, du fini et du lien qui leur sert d’union.

§ IV. Influence du catholicisme sur l'ai;ricullurc, depuis l’élahlissement de l’église ju.s<|u’à nos jours.

Contemplons un moment le catholicisme en action sur l’Curopc et par l’Europe, sur le reste de l’univers. L’église a été incoulcstablcoicut le principe civilisateur de rEuropc.

ËLLUkNb DE l-IULOMIËUIE-

Le paganisme, IcfaUilismc, répicurtsnie et la barbarie qui <5loit le produit nécessaire de ces monstrueuses erreurs , furent vaincus par le catholicisme. C’est lui, qui replaça la loi morale dans la conscience humaine en la promulguant do nouveau , avec une imposante et douce autorité. 11 tun l’égoïsme partout où il s'établit, rapprocha l’homme de riiomme, plaça sous son égide, sa propriété et sa vie; et, sentinelle vigilante, veilla .h la garde de la famille, do la cité et du territoire. Le catholicisme fonda le droit des gens, brisa les barrières nationales, et déclara une guerre h mort , h ce forouche amour de la patrie , qui nourrissant une liaioc implacable contre tout ce qui I ui étoit étranger, rendoit la conquête si meurlrièie, que des provinces en Europe, ont conservé pendant plus do dix siècles, la trace brûlante des torrens païens et musulmans.

Les ordres monastiques , qui forment l’avant-gardc de la civilisation catholique, furent en Occident , le type do la régénération de l’agriculture; des provinces, des royaumes entiers furent défrichés par des moines. Ce sont les moines qui plantèrent les vignes d’Italie, d’Espagne, des Gaules; qui desséchèrent nos marais, qui nourrirent et conservèrent pendant tant do siècles, ces forêts majestueuses , source de sécurité^ pour les peuples , et de richesses pour l’agriculture ; que les sauvages policés du dernier siècle ont anéanties, et que les doctrines du catholicisme et les bras des moines, pourroient seuls relever.

Les missionnaires catholi(|ues , ont créé l’agriculture dans le nouveau monde. Ainsi, le pain matériel, comme le pain de rintelligence, sont donnés aux nations civilisées, ]>ar les ministres et par les adorateurs de celui qui est appelé dans nos livi es saints le froment des élus.

DE fHILOSOPlllE.

Cil.)

Toutefois , Tacliou du catholicisme sur l'agriculture , comme sur tous les arts , a été comprimée jusqu’à nos jours, parce que d’une part, le catholicisme a eu à lutter et lutte encore contre les erreurs antiques qui exercent plus ou moins d’influence sur le monde civilisé: et parce que de l’autre, il ii’a dévelojipé dircclement que sa force, par l’établissement de l’ordi’e de foi , dans le monde des intelligences. D’autres destinées se révèlent pour lui , et nous allons dire l’influence qu’il est appelé à exercer sur l’agriculture.

§ Y. Influence du catholicisuio complet sur l’agriculture.

Le triomphe complet du catholicisme sur riiuinanilé, l’élèverolt au plus haut degré d’iutelligence et d’amour; et la notion de l’infini et du fini , se développant autant que le permettent les bornes de l’esprit humain , les arts alteindroient leur' perfectibilité terrestre la plus gronde. L’agriculture, sous l’action d’une science et d’im.ainour grands comme le monde, parviendroit à l’apogée de ses développemens; la terre donneroit ses trésors, avec une immense abondance; la science miiltiplicroit ses produits, et la charité diminuant le travail, l’humanité régénérée ,|)ar le catholicisme, niarcheroit, dans le transport de l’amour , a des destinées immortelles , et jouiroit ici-bas comme par surcroit, des richesses de l’agriculture pleinement développée.

Pour réaliser ce rêve de la foi et de l’espérance , que faut-il ? une seule chose savoir : le triomphe du catholicisme sur riiuropc; parce que l’Europe imprégnée de sa vie, cnlralncroil bientôt dans sa sphère morale, le genre

élémens de rnii.osoriiiE.

liumaiD toul entier. Alors l’esprit de sacrifice cl de dévouement, se combinant avec la science et avec la charité, l’esprit monastique se ranimeroil dans le monde ; et se plaçant à la tête de la civilisation, les moines devenus de nouveau les bienfaiteurs et les pères du genre humain , lui procureroient, comme par surcroît, la plus grande somme de prospérité matérielle, dont il pût jouir ici-bas. Alors aussi, le deuil, les larmes, la guerre, la famine , tous ces (lénux que le crime cl l’erreur ont enfantés, scroicnl chassés vers rablmc; le gouffre des révolutions scroit fermé; les glaives se changeroient en socs de charrue, cl les lances en faux (■); la terre deviendroit un jardin dcdélicos, cl le droit de cité, acquis h tous scs habitans, pcrmcllroil à la grande famille de s’asseoir h l’ombre d’une paix encore inconnue : jusqu’au jour, ofi l’homme de crime, se révélant nu monde, l’église préparée pour scs derniers combats, s’élèveroil, en chantant le cantique d’une victoire éternelle, ou séjour de l’immortalité.

Il est donc prouvé que le catholicisme est le principegénérateur de l’agriculture.

(l) Conllabanl gladios fuos in vomcrcj, cl laiicc-vs suas in falccs.. ncc cxcrccbnntur idtiii ad prælium. Isaïe, i, 4.

HJT ( .1 K I' , ’)'

IciLÉMENS DE PHILOSOrniC.

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