PRÉFACE
Celle grande conclusion, est l’unique objet de notre travail. En voici le plan : nous divisons ces Elemens de philosophie en cinq parties.
La première, expose rapidement les divers systèmes de philosophie , selon l’ordre de leur apparition chronologique dans le monde intellectuel.
La seconde, considère le point de départ, et • le rendez-vous commun de ces innombrables systèmes , sans tenir compte des époques auxquelles ils appartiennent; et elle essaie d’en saisir et d’en déterminer les analogies.
La troisième , est consacrée à établir le fondement de la certitude , la base , le crilerium de la vérité.
La quatrième , présente un ensemble succinct des croyances uniformes , permanentes et universelles de l’humanité, sur Dieu et la création.
Enfin la cinquième, offre une application de notre méthode de philosophie, au catholicisme envisagé; i" comme étant identique par son fondement , à la base meme de la raison ; 2" comme étant le principe générateur de la science et de la liberté; des beaux arts et de la gloire ; de la civilisation et de l’agriculture ; de l’industrie et de la prospérité , même matérielle , du genre humain.
Voilà le cercle que nous avons essayé de parcourir ; puissions-nous n’èlrc pas demeuré trop au-dessous de cette lâche immense!
pni:F-»CE.
Poissions-nous avoir offert à la jeunesse catholique, et à celle quia tant besoin de le devenir, un livre digne de ses méditations , et nous cire associé aux magnifiques espérances ; cl aux glorieuses destinées que lui promettent, la foi cl la science, unies à la vertu !
Mais, puisse surtout la divine Marie, à qui nous avons dédié cet ouvrage, bénir l’auteur d’un livre, écrit, pour le triomphe de cette vérité infinie, qui daigna se revêtir de notre humanité, dans son sein virginal !
El si un rire voUairien tomboit sur ces lignes , expression d’un sentiment dont nous sommes lier; nous dirions à l’homme de peu de foi , que le moment n’est pas éloigné , où la philosophie ellemême comprendra , que la Vierge par excellence , est la seconde gloire de l’humanité rccon-r quisc, le type de la femme régénérée, la reine de ' la civilisation et des arts; la beauté , la candeur, l’innocence, la grâce et l’amoui', sous leur forme secondaire , la plus pure , la plus resplendissante et la plus complète , dans la cité de Dieu.
Paris, 8 srplcmluc i853.
IU.ÉMENS
DE
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PROLKGOMÈIVES.
§ I. Objet de la Philosophie.
La philo.spphio suppose des notions premières : elle n’a pas pour but de nous procurer les élémens de la raison, mais de fîxcr notre attention sur les lois qui régissent la raison humaine, et de substituer h la connois^ance implicite de ces lois, une vue nette , claire et explicite de ces mêmes lois (i).
Après avoir reconnu ces lois, nous examinerons quel rang la philosophie occupe dans la classification des con- “ noissanccs humaines.
§ II. Base de la raison.
Le langage humain se renferme nécessairement dans l’une ou l’autre de ces deux catégories: la vérité on l’erreur (2).
(1) \ous sommes r.ii 8 onnahIcs, nous raisonnons, nous connoissous une série de vérilés inaoinbr.<bles, avant de philosopher.
(2) Esirait d un .Sommaire des connoissanccs hum.aincs de M. (icr-
KLEMENH DE PRILOSOPMIE.
Qu’est- ce que la vérité ? Ce à quoi adhère chaque intelligence, indépendamment de l’adhésion des antres hommes sur le même objet; ou ce à quoi adhère la généralité des hommes. Dire que la vérité est ce que rintclligence individuelle croit être la vérité, c’est consacrer toutes les erreurs. Nous appellerons donc vérité, ce h quoi la généralité des hommes adhère partout et toujours.
§ III. Ordre de foi, ordre de conception.
La vérité étant ce que noos venons de dire, il est manifeste qu’il y a des vérités incontestables et des vérités contestables ou des opinions. Les vérités incontestables sont celles que la généralité des hommes admet. Elles conslilncnt Vordre de foi (i).
L’effort de la raison de l’homme, pour comprendre ce qu’il croit, constitue Vordre de conception. L’ordre de conception est contestable ; donc il doit Être subordonné •h l’ordre de foi. L’ordre de foi existe par la soumission des auforités individuelles h l’autorité générale; l’ordre de conception ne subsiste que par la seule liberté des raisons individuelles.
L’ordre de foi est la base et la règle de l’ordre de conception. Il en est la base; car point d’explication possible d’une chose sans la connoltre; il en est la règle , car toute
bel... Voiries pièces jastilicalives de t’ouvrage inlitiilè ; Progrès de la révolution, etc.
(i) Nous n'entendons pas senlemrnt par ordre de foi, les croyances religieuses perpèlnelles et nniverselles de l'hamanité, mais ce qu’it y a de permanent, d’immuable, dans tes croyances de l’humanité, envisagées sous tous les aspects.
KLÉMEMS DF. PHILOSOPUIE.
explicatiou ijiii contredit , ou qui renverse l’ordre de foi , est nécessairement fausse. Ainsi , toute explication opposée , même en un seul point , à l’ordre de foi , est une erreur; plus, au contraire, une conception se rapproche de l’ordre de foi, plus elle se rapproche de la vérité .
En un mot, une théorie philosophique est d’autant plus vraie, qu’elle rend raison d’un plus grand nombre de vérités de l’ordre de foi. Qu’elle contredise une seule vérité de l’ordre de foi, cela suflit pour être convaincu du vice de cette théorie.
Mais tonte conception ou explication individuelle reste contestable, jusqu’à ce qu’elle ait reçu l’empreinte infaillible de la raison universelle. Ainsi , toute conception doit partir de l’ordre de foi, ou du sens commun, et elle doit y revenir, sous peine d’errer d’abîme en abîme, jusqu’au doute absolu.
Dans l’ordre de foi seul, se trouve la raison infaillible; l’ordre de concrpiion seul ne donne jamais qu’une raison faillible.
L’homme a deux besoins également nécessaires à sa nature : i° croire aux vérités universelles et communes; a® exercer l’activité de son esprit sur ce qu’il croit. Là, est la loi de l’intelligence, celle de ses développcmens et de sa perfectibilité (i). On rcconnolt une loi, à son caractère de permanence et d’universalité.
La combinaison do ces ordres , constitue le monde des intelligences, comme la combinaison de la force d’attracliôn et de la force centrifuge , constitue le monde des
(■) Croire et comprendre, voilà la loi do toute inlclligenrc créée.
4 klémens de piiii.o.sopniE.
corps. D’où il suit, i° que la |)crfeclion de l’esprit exige riiaruionic de ccs deux ordres.
•A° Que l’histoire de l’esprit liumain constate ce que nous venons de dire;
3° Que tous les désordres de l’esprit, résultent de deux causes ; la première, de l’oppression de l’ordre de foi; la deuxième, de celle de l’ordre de conception ;
4" Que CCS deux états sont passagers, comme contraires h la nature de l’esprit humain : on sort de l’un, par un simple développement, et de l’aulre , par un excès de destruction.
§ IV. Ccs deux ordres embrassent toutes tes sciences.
Quant ù la religion, elle renferme i° des croyances générales, 2 ° une infinité de systèmes qui cherchent à expliquer ces croyances.
Sans devoirs communs, ni société, ni morale ; et sans liberté individuelle, ni morale, ni société.
Les sciences physiques se composent des notions communes, des faits constatés par l’expérience, et des progrès que l’activité individuelle leur fait faire.
Les arts, ne sont que la manifestation du beau. Le beau, comme le vrai, rentre dansl’ordre de loi. L’activité individuelle n’en est que le développement progressif (i).
(i) On dit le goût général, le goût individnel, en matière Klte'rurc.
F.LÉ.MENS DF. PtlILOSOPIIir.
§ Y- Classification des conuoissanccs liumauies.
Dieu et In création, les rapports de Dieu avec la création, et des créatures entre elles, voilà l’objet des connoissanccs bumaines. Voilà aussi ce qui constitue fondamentalement l’ordre de foi. L’ordre de conception explique l’ordre de foi, et ses explications doivent s’étendre de plus en plus, jusqu’à une explication aussi complète que le permettent les bornes de l’esprit humain. Tel est l’objet de la mélapliysique. Il est un genre de connoissances pour ainsi dire instrumentales, c’est la connoissance des langues. L’étude deslangucs, apprend à connoîlre l’histoire de l’humanité, celle des traditions et des opinions des peuples; leur filiation et leurs migrations; leur origine, leurs mélanges, etc. , etc. Sous le rapport grammatical, les langues appartiennent à l’ordre de foi ou de transmission ; sons le rapport philosophique , elles appartiennent à l’ordre d’explication.
Les mathématiques forment la transition des sciences intellectuelles et morales aux sciences physiques.
Les sciences physiques embrassent les phénomènes astronomiques , terrestres , chiniiqucs.
La physiologie traite des phénomènes vitaux.
Il est facile de classer toutes les sciences d'après ce que nous venons de dire.
Maintenant, nous pouvons répondre à cette question : Qu’est-ce que la philosophie? Considérée dans sa généralité absolue, elle seroit l’ordre entier des conceptions hninaines, ou l’explication complète des choses.
Une semblable explication est clairement impossible.
laÉHENS DE PIIILUSOPniE.
La philosophie ne peut donc embrasser que les sommités de chaque science; elle ne peut être que la science des généralités. Elle est, dans un sens rigoureux, la science des sciences, ou, comme le dit saint Thomas, la science reine et maîtresse des autres sciences : Aliarum prineeps vel domina.
§ VI' Division du cours de Philosophie.
Une philosophie proprement dite, seroit un vaste ensemble d’explications, qui concorderoient de tous points avec l’ordre de foi.
Cette philosophie n’existe pas. 11 n’existe, dans l’histoire de l’huinaiiilé, que des essais partiels, que des systèmes divers, que des spéculations plus ou moins étendues sur l’immense objet de la philosophie : ces théories innombrables méritent d’être connues, et peuvent aider à la réalisation d’une théorie plus complète.
La philosophie embrasse donc :
1 ” Une partie historique, 2 ' une partie théorique.
§ VII. Introduction à l’histoire de la philosophie.
Examinons 1 ° les résultats que l’on doit chercher à obtenir en étudiant l'histoire de la philosophie. 2 ° Les diverses manières d’envisager l’histoire de la philosophie.
5° Les diverses espèces de faits que l’on doit principalement remarquer dans cette histoire.
4° Quelles en sont les principales époques ?
Les résultats de I histoire de la philosophie sont relatifs, les uns, h l’ordre de foi, les autres, à l’ordre de conception.
BLÉMEMS DE PHILOSOPBIE.
Par rapport à l’ordre do foi, l’Iiistoire de la philosophie fournit les.résultats suivons ;
l'Rien de certain: plus de doctrines communes, lorsqu’on se sépare do cet ordre, a* Philosophies les plus .élevées dans les écoles qui ont conservé le plus de vérités traditionnelles. 5 ° Dans tout système erronné on retrouve quelques vérités traditionnelles.
L’histoire de la philosophie, par rapport h l'ordre de conception, fait connottre la prodigieuse diversité des conceptions humaines, et les formes innombrables do la pensée dans l’histoire de l’esprit humain (i).
a° Elle donne la clef de l’histoire des diverses sciences.
5 * Elle détermine l’état de la société.
Quelles sont les diverses manières d’envisager l’his toire de la philosophie? On peut l’envisager de deux manières :
1° D’une manière purement chronologique; c’est celle que nous suivrons d’abord.
2° D’une manière critique ou logique, c’est-à-dire , en considérant le point de départ et le rendez-vnus commun des divers systèmes de philosophie, sans tenir compte de l’ordre de leur apparition chronologique dans le monde de la pensée.
Quelles sont les diverses espèces de faits que l'on doit principalement remarquer dans l’histoire de la philosophie?
1° Les faits individuels, ou les systèmes de tel ou tel philosophe.
(i) Elle csl h lii pensev , cc que l’cludc de» tliveiscf liliér«(urc.i ml i rexpression du beau.
KI.ÉMEKS DÉ rllILOSOrillE
2 ° Les épreuves, ou rnction de lel système ou de telle école. 3° Les époques.
Quelles sont les principales époques de l’histoire de la philosophie? Nous en distinguons cinq. i° La philosophie orientale, qui embrasse les systèmes indiens, chinois, persans, égyptiens, tous les systèmes philosophiques cou nus, jusqu’à la philosophie grecque. 2 ” La philosophie grecque, qui commence à Thalès, et va jusqu’à l’établissement du christianisme. 3° La philosophie gréco-orientale, qui commence au christlaulsuic , et finit à l’inondation des Barbares. 4^ La philosophie du moyen - âge , qui commence au huitième siècle, et va jusqu’au quatorzième. 3° La phisosophie moderne qui se divise en trois écoles principales : celle de Bacon, de Descartes et de Leibnitz, et qui comprend toute la période qui s’étend depuis Bacon jusqu’à nos jours.
Nous allons étudier les divers systèmes de philosophie, suivant l’ordre des époques auxquelles ils appartiennent.
ELEMENT, I>E PHILOSOPHIE
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