‹ ÿleméns de philosophie catholiqueChapitre 8 sur 77 · IIISTOIKE DE LA. PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

IIISTOIKE DE LA. PHILOSOPHIE

prmirre (Epotiuc.

piiiLOsoniiK nniE\T.\i.K.

§ I. Philosophie de l’Inde.

En commençant l’étmlc de la philosophie indienne, remarquons d’abord que cette élude offre de grandes dillicullés. i” Parce qu'elle procède par intuition, par voie de synthèse, a" Parce que la littérature et la langue sanskriles sont encore inconnues. 3° A cause du caractère profondément symbolique de la philosophie de l’Inde. 4" A cause de la rareté desinonumens qui nous restent de celte haute antiquité.

Les sources de nos connoissances sur l’Inde, sont: i°lcs récits des Grecs et des Romains; a” les vies des Indous ; 5° les monumens proprement dits, les restes des temples. ,

Les plus anciens de tous les livres sanskrits sont : les yédas, ou livres canoniques; les Pouranns, qui renferment la co.smogonic et la théogonie des Indiens. On en compte dix-huit qui traitent de la prononciation, de la grammaire, de la prosodie, de l’astronomie, et de l’cxpli-

lO ËLÉHEII.S DE PHILOKOPIIIE.

cation des passages difficiles "^des f^èdas ; les Angas ou yédangas, au nombre de six ; les Oupa-F édàs, qui traitent de la médeiine, de la musique, de l’art militaire, de , l’architecture et des arts mécaniques; Les grands poèmes épiques et historiques de Ramayan, et le Mahabarat ou grand Baralha , en dix-huit chants, qui racontent la guerre allumée dans la race des enfans de la lune , entre les héros des deux familles appelées les Kourous et les Pandous.

A la période des poètes épiques succède celle des législateurs. Le plus ancien code des Indous est le Manava d'Anna sastra, c’est-à-dire le recueil sacré des lois de Manou (i). Après les législateurs, on peut placer les philosophes. Les livres philosophiques de l’Inde sont : les deux Kyaya,\ts àenxMinxansa, les deux Sankia. Enfin viennent les apologues, dont l’histoire se rattache au nom de Vichnou. Sarga.

L’étude des temples et des monumens d’architcclnrc qui restent de l’Inde, peut aussi fournir quelques lumières sur l’histoire de la philosophie; car le beaunat que la splendeur du vrai.'

On distingue dons l’histoire de la philosophie indienne six écoles représentées par les systèmes suivans ;

i’ Le Mimansa de Dgémini, qtti se rapproche le plus des Védas, quoiqu’il ait une tendance au panthéisme.

2 ° Le Fédanga, qui s’éloigne beaucoup des Fédas,'vfuie la réalité du monde extérieur.

3” Le Sankia d'yoga-satra de Pantandjali.

(i) Il a cU; traduit tout ciilirr en Aii|{lais , par William .IhoiR’*.

LLÉMEHt) UE PUILOSOrHIE. I I

4“ Le Sankia-Kapila , dont le fond est le panthéisnio matérialiste.

5° Le Nyaya de Gautama, système presque entièrement logique, mais matérialiste dans ses applications.

6“ Le Nyaya de Canada, système intimement lié aux précédées.

Ces six systèmes sont réputés orthodoxes, bien que quelques-uns s’éloignent beaucoup des V édas.

On en compte six autres formellement réputés athées ou hérétiques, qui paroissent se rattacher aux livres de Goudda, qui nous sont encore inconnus.

Les V édas.

Les C édas sont les livres de l'iiide qui représentent l’ordre de foi.

Leur antiquité u été un sujet de contestation. 11 est probable que les Védas ont été écrits quinze cents ans environ avant l’èrc chrétienne. Rien n’est plus obscur, au reste, que la chronologie des Indous.

Les y édas sont un recueil de traditions indiennes d'abord orales, puis rassemblées en quatre livTcs, par Diaza. Le premier Védas s’appelle Bidj-F éda , et con: lient des prières et des hymnes en vers Le deuxième, Yadgenur-F éda, renferme des prières en prose. Le troisième , Sama-F éda , renferme les prières destinées à être chantées. Le quatrième, Krama-Féda, renferme des formules de consécrations d’expiations, d’imprécations, etc.

Nous ne possédons que de très foiblcs fragmens des F édas, dans les langues européennes (i).

(i) La Iradaclion latine des par Aiiquctil du Perron, est très-incoinpicte.

ÉtÉMKKS DK PHII.USOPHIE.

Doctrine des Dédas.

Bram est l’Eternel, l’être par excellence; le monde est son nom, son image, il est l’âme du monde.

D’après Telmans (Manuel de philosophie) , comme créateur, l’être primordial des ludous s’appelle Brama ; comme conservateur, Wichnou ; comme destructeur et rénovateur des formes de la matière , Sha : Ces trois points de vue de la divinité, constituent la trinité des Indous.

La création s’opère, selon les Dédas, par la parole (Valheh). Elle est une manifestation de Dieu , et Dieu non manifesté est (tad) (,il) (loi). La création est la réalisation des idées divines ; Cette doctrine se retrouve dans Platon. Il y a dans la création trois époques principales, correspondantes aux trois ordres d’êtres : i° Hirania- Gerba, qui répond' aux êtres inorganiques; 2° Pradf'éapati, aux êtres organiques ; 3 ° l’époque où fut produite la parole des êtres intelligens (1). La création est. un sacrifice , et ceux que nous offrons sont l’image du grand sacrifice que Dieu fit dès le commencement des tems, en créant l’univers (2). On découvre dans les ’Védas une erreur fondamentale , le panthéisme, et quoique à la rigueur, on puisse expliquer les passages des Védas qui ne distinguent point Dieu, de la création; toutefois , il semble diflicile de ne pas y apercevoir cette gigantesque perturbation de l’esprit humain.

(i) Voyctlc Catholique du baron d'Ekalein.

(a) La philosopliic indienne fc rcprcsciiloil la créalion comme une grande anuihiUtiun de l'eirc inCni...

KLbMKKS DE rHIEOSUPIIIE.

« Brama seul existe, sans nom, sans ligure; le reste n’est (ju’un vain semblant d’existence. »

Selon les edas, l’homme est un Ctrc déchu, qui exph^ sa dégradation par les sacrifices.

Notre corps meurt; mais notre âme est immortelle, métempsycose, passage d’un inonde dans l’autre monde, anges bous et mauvais, qui combattent les uns contre les autres. Tels sont les points fondamentaux de la doctrine des y édas.

§ II. Systèmes de la Pliilosofiliie de l’Indc.

M imansa-Pourva ou Purva.

Le Mimansa Pourvu a eu Dgémini pour auteur (i ). L’objet du Mimansa est l’interprétation des Fédas. Le Mtmansa Pourvu est relatif aux hommes; le ilî^nrmn Mimansa l’est aux observations religieuses.

Le Mimansa, ayant pour but de connoitre ce qui est réellement obligatoire , il doit s’occuper, avant tout, de la recherche de l’autorité légitime.

Selon Dgémini, la communication verbale surhumaine est seule obligatoire, parce que Dieu seul a droit sur nous. Les Vèdas sont cette communication verbale surhumaine : et tous les préceptes qu’ils enseignent sont obligatoires. Les écrits des sages ne sont cependant pas sans autorité; mais la communication verbale humaine n'est obligatoire , qu’au degré oii on la croit conforme aux Fédas.

Dgémini parle fort longuement dit son, et entre, h cc sujet, dans des considérations d’une haute philosophie. Selon lui, le son n’est pas la vibration de l’air; cette vibra-

(i) Dgémini vivait quinze siècles av.int fère clirélicniin.

tLKMEN.S DE PBILOSÜPHIE.

lion ne lait que l’excitcr. Le son eu lui- inêmc est universel, élcrnel , immuable; c’est Dieu. Sous ce mode, il est iœpariicipable, et est déterminé pour cbacuii de nous, par une limite exprimée par les mots ou par des signes.

L'Acasa est comme le Verbe divin ; ainsi que le F ateh des Vidas (le vox des latins), il est l’énergie créatrice; la parole, la forme infinie se réalisant, se limitant, se

manifestant sous un mode fini, et l’univers est créé...

Voilà à peu près ce qu’il y a de philosophie dans le Mimansa Pourra.

Le V edanga.

Le Vedanga est beaucoup plus moderne que le.Miinansa, et s’écarte beaucoup plus que lui de la doctrine des V édas. Son auteur est inconnu.

Selon les V édas. Dieu, avant la création, est dans un sommeil divin ; il produit Spvada, être réel et éternel, manifestation divine nullement illusoire: puis Dieu, par le mouvement de Swada , crée le inonde extérieur. Selon le Vedanga, Dieu ne sort point de son sommeil; seulement , en se contemplant , il rêve , cl produit Maya ( illusion). Maya (illusion) ne produit que des illusions: c’est la fantasmagorie du fantôme.

De Maya émanent les êtres élémentaires, parmi lesquels l’homme, qui rêve h son tour, produit les cinq sens; elles cinq sens rêvent la matière. El ainsi, de rêve on rêve, jusqu’aux extrémités du possible, vaste abîme d’illusions, panthéisme immense, où l'homme disparolt et s’évanouit, coiflme une imperceptible vapeur dans le vague du vide.

KLÉMtlüS DE PUII.O»)PHIE.

Systèmes Sankia.

Nous réiioirous les deux systèmes Sankia. qui no forment au fond, qu'un seul système, bien que Pantandjali soit théiste, et Kapila athée. Le nom de Kapila est célèbre dans rindc, où on en fait un (Ils de Brama : Pantandjali est un être mythologique. Les deux Sankia ont pour hiit , d’apprendre h l’homme à se dégager de la tyrannie du corps, afin qu’ayant expié à la mort scs souillures, il puisse , sans obstacles , s’élancer dans le sein do Dieu (i).

On trouve dans les Sankia vingt -cinq principes, qui, combines avec Icstrois qualités générales de la nature , qui sont ; 1 ° la beauté, y° l’impureté ou passion, 3° l’obscurité; constituent la triple création personnelle, corporelle et intellectuelle.

Leï Indiens poussent très-loin la crédulité sur le degré de puissance qu’ils croyent possible d’atteindre ici-bas : comme de loucher la lune avec les doigts, de monter jusqu’au soleil, h cheval sur un de ses rayons.

Dieu, Mara, le suprême dominateur, dit Pantandjali, est une âme, un esprit distinct des antres âmes. En lui est l’omoi-^cnce, la science absolue; il est le créateur des premiers êtres qui ont un commencement.

Kapila nie qu’il existe un Swada qui gouverne le monde, attendu qu’il n’y a aucune preuve de l’existence de Dieit.

(r)La dégradation primitive de l'iiommc, la doctrine d'expiation, ta traaemigration des âmes, qui 'font partie du symbole de l’Indc, SC lient aux vérités roudamentalcs de la tradition universelle.

|:I.IMENS DE l'IllLÜ.SOPIIIE.

Il rcconiioU l’oxislence d’un être né de In nnlurc, lequel esl rinlclligcnce nbsoliic ; il en fait la source de toutes les exislcnccs. Cet être, cependant, est fini, datant du grand développement de l’univers, et devant finir h la consommation de toutes choses; mais il nie l’existence d’un être infini.

Sjrtlèmes Nyaya V elchiska.

i“ Leurs auteurs. 2 ” Leur antiquité. 5" Leur doctrine.

Le système de philosophie appelé Nyaya (ou raisonnement) a Gautama pour auteur; et le système physique appelé Velchiska a pour auteur Canada.

On peut regarder ces deux systèmes comme deux parties d’un système unique; car leurs rapports sont frappans, à quelques exceptions près. On ignore à quelle époque ils remontent; mais on croit le système de Canada antérieur à celui de Gautama.

Doctrine de Gautama.

La plus grande partie du système de Gautama est consacrée h dévelojipcr les procédés de l’intelligence dans la production et fcnchaînement des idées : la dialectique et le raisonnement en font le principal objet.

Les âmes, selon Gautama, sout multiples; mais la suprême Paramathma est une, éternelle, infiuie, l’âme de toutes les âmes. Elle est une substance, quoiqu’elle soit immatérielle. L’âme, selon Gautama a quatorze qualités : le corps est le siège des sensations. Outre les corps qui sont dans ce nronde, il en existe d’autres dans les autres mondes : corps ignés , aériens , etc. Outre faille spirituelle de chaque individu, Gautama admet

ÉLÉMENS DE PKILOSOPBIE i;

une âme animale, qui est le siège de a douleur el du plaisir.

Doctrine de Canada,

Canada établit six cathégoriès : la substance, la qualité, V action, la communauté, la particularité, V agrégation ou relation intime.

L’eau est éternelle en atomes, passagère eu agrégats... La terre aussi est éternelle en atomes, et passagère en agrégats.

L’or est de la lumière solide, ou rendue solide...

Les corps organiqut'S aériens sont des êtres qui habitent l’atmosphère, et des esprits mauvais.

L’éther est inlini, éternel, un.

Le temps est déduit des notions de promptitude et de lenteur : l’espace est déduit des notions de lieu. Les substances matérielles, selon Canada, furent d’abord atomes, puis agrégats. 11 soutint l’éternité des atomes , et expliqua l’existence des corps , par l’agrégation de ces atomes.

On peut distinguer deux époques dans la philosophie de l’Inde. Dans la première, règne une philosophie dont les Védas sont les seuls monumens. La deuxième, trèspostérieure, comprend les systèmes dont nous avons parlé. Deux grandes idées paraissent dominer simultanément ces deux époques ; l’idée de l'infinie misère de l’homme, celle de l’infinie grandeur de Dieu.

Le ciel venoit d’en rappeler le souvenir au monde par une épouvantable leçon ; et l’époque qui suit le déluge , s’offre h nous , profondément empreinte du sentiment

élèmens i>e philosophie.

de la dégradation humaine, niais aussi de l’espoir qui est laissé h l’homme de recouvrer le rang qu’il occupoil dans l’échelle des êtres. De Ih, ces anciens solitaires, ces sages que l’on aperçoit h l’origine des tems, dans l’Inde, comme partout ailleurs. De là, ces premiers pénitens de l’antiquité, sans cesse en travail pour enfanter le salut du mobde.

Les Bramanes, qui sont comme les descendans de ces premiers anachorètes, altérèrent plus tard , celte idée d’expiation, et après d’inutiles labeurs pour s’alTrabchir de la dégradation native, ils finirent, de lassitude, par se plonger dans la vie des sens.

La chute des anges se retrouve, dans l’Inde, mêlée à des systèmes particuliers sur la délivrance future et la guérison de ces esprits déchus.

La délivrance de l’âme fait le fond des divers systèmes de l’Inde; mais cette doctrine y est dénaturée, car elle consiste dans la connoissance d’une identité absolue de toutes choses, et dans l’absorption de toutes les individualités apparentes dans l’être universel. Le tout existe dans tout. Voilà l’idée qui domine la deuxième époque de la philosophie indienne; mais cette idée éloit déjà renfermée dons les Vidas. Le plus grand problème s’offrit à l’esprit des philosophes indiens : la coexistence du fini et de l’infini L’existence du fini leur parut incompatible avec

celle de l’infini ; il fallut nier l’uiie ou l’autre ; et comme ils étoient frappés de l’existence d’un être infini, ils se précipitèrent dans le panthéisme. Ici , nouvelles dissidences ; les uns n’admirent d’autre existence réelle que celle du «net; d’après les autres, le moi ne fat qu’une modification d’un être divin, extérieur,^ mais sans réalité

ÉLÉMFXS BE PUILOSOPniE.

propre et individuelle De Ih, le j>anlhéisme individua-

liste de Kapila, le panthéisme spiritualiste appelé Fedanga, et le panthéisme matérialiste de Canada.

§ ni. Philosopliie chinoise.

Les livres sacrés de la Chine sont au nombre de cinq : le L’y-Ring, le Chou-King , le Chi-King,‘- le Ly-K’i, le Tchoun-Tsciou ( i ) .

Le L’y King, le premier des cinq King, remonte k Foiilii, fondateur de l’empire chinois, mille ans avant Jésus-Christ.

Le L’y-King est un livre canonique des changeinens ou des principes.

Le Chou-King est un livre des maximes de gouvernement, extrait par Confucitis des grandes annales de la Chine

Le Chi-King est un recueil de trois cents pièces de vers, odes, élégies, épithalamcs, chansons, vaudevilles. On en est encore redevable à Confucius, qui en fît le choix, sur les trois mille pièces de vers rassemblées dans les recueils publics.

Le Ly-Ki, quatrième livre sacré des Chinois, est le mémorial des cérémonies; il renferme de belles maximes de morale, et quelques passages relatifs à la musique. Les cérémonies contenues dans le Ly-Ki, sont au nombre de trois mille. Confucius a dit ; t Celui qui n’étudie pas le » Ly-Ki , ne pourra jamais parvenir è rien. »'

Le Tchoun-Tseiou passe en Chine pour le chef-d’œuvre de Cor)fuciu8, et le modèle des historiens.

(i) On .ippcilc cos cinq livres les King.

HO

LLÉMENS DE PHILOSOPHIE.

Ces livres sont authentiques. Nous trouvons dans les Iving, la foi traditionnelle delà Chine, dans les temps les plus reculés.

Or, la foi des Chinois, est identique, dans ce qu’elle cmlirassc, avec la foi universelle, avant la venue de Jésus- Christ.

Ce qu’il y a de philosophique dans ces livres, offre de frappantes analogies avec les théories égyptiennes et pythagoriciennes.

La philosophie de la Chine peut se diviser en deux époques. Dans la première, comme dans l’Inde, on retrouve d’anciens pénitens, qui, profondément affligés de la dégradation de l’homme, se retirent dons d’affreuses solitudes, pour se livrer à des souffrances expiatoires qui font frémir; espérant réparer leurs fautes, et rentrer en société* avec Dieu.

On rétrouve encore, dès la plus haute antiquité, chez les Chinois, l’idée de la chute originelle liée h celle d’un réparateur. L’image d’un nuage de pluie, d’oii pend celle d’un enfant au milieu d’un sein maternel, signiiie désiré (i).

La philosophie de ces anciens sages étoit une philosophie intuitive , guidée par l’enthousiasme, et non par une froide raison.

Avec Lao-Tsé, commence une nouvelle ère dans la philosophie chinoise.

Ce sage, né plus de six siècles avant J.-C.,paroit avoir été l’un des esprits intuitifs les plus remarquables de l’antiquité. Comme Ëpiménidc et Pythagore chez les Grecs,

(i) Mubcs plaant jaslam. Istûe.

ÉLÉMEN8 DÉ PHILOSOPHIE. 21

Boudda chez les Indiens; c’est un personnage mysl<5rieux.

Lao-Tsé, au témoignage d’un grand nombre d’nuteur.s distingués, étoit pénétré d’un tel respect pour l’antiquité, qu’il s’est appelé, fils de CanüquiU. Lao-Tsé signifie le vieil enfant; ce nom lui fut donné, disent scs disciples, parce qu’il naquit avec les cheveux et les sourcils blancs; sa mère l’ayant porté quatre-vingts ans.

Son but étoit de rétablir la sagesse de la nature, et les mœurs du monde primitif. Objet des persécutions de la cour, il se retira dons la solitude, oii il composa le Tao te Ktng. C’est là, qu’il reçut la visite de Confucius, à qui il reprocha le faste de sa vie.

Doctrine de Imo-Tsc.

Voici le début du Tao-te King : • La raison primor- » diale peut être soumise à la raison, (c’est le logos do «Platon) ou exprimée par des paroles; mais c’est une rai- Bson surnaturelle ; on peut lui donner un nom, mais elle » est inelTable.

» Sans nom, c’estle principe du ciel et de la terre; avec «un nom, c’est la mère de l’univers (i). «Il semble que Lao-Tsé ait eu quelque connoissance de la Trinité.

< La raison, dit il , a produit un, un a produit deux. • deux a produit trois, trois a produit toutes choses.»

Voici un autre passage de Lao-Tsé, qui n’est pas moins frappant : « Celui que vous regardez et que vous ne voyez «pas, se nomme I; celui que vous écoutez, et que vou.s «n’entendez pas, se nomme HI; celui que votre main

(i) Omnia per ipsum fada sunl. Et’aiig. S. Jean.

12 ÉLÉMEHS DE PilUOSOPlIIE.

I cherche, et qu’elle ne peut gaisir, ge nomme fVeï: cc gonl «trois êtres que l’on ne peut comprendre, et qui confon- » dus, n’en font qu’un. Celui qui est au-dessus n’est pas «plus brillant ; celui qui est au-dessous n’est pas plus obs- D cur : c’est une chaîne sans interruption, qui rentre dans » le non êtrè, qu’on appelle forme, sans forme, être indéfi- «nissable. En allant au-devant, on ne lui voit point de • principe; en le suivant, on ne voit rien au-delà. »

M. Abel Rémusat pense, quolel.HI, fi^eî, n’est autre chose que le Jéhovah des Hébreux.

Confucius , appelé en chinois Kiéou , et surnommé Tchong, naquit 55 1 ans avant J.-C. Frappé des désordres et des maux de son pays, il en entreprit la réforme, se fit des disciples, et se mit à parcourir les villes et les campagnes, faisant une véritable mission. Aux persécutions de ceux qu’il vouloil rendre meilleurs, il n’opposa qu’une invincible patience, et il arriva au terme de sa carrière, épuisé de travaux.

il mourut de douleur, de n’avoir pu convertir ses concitoyens. Scs disciples continuèrent à répandre sa réforme, et il fut appelé, après sa mort, le saint, le sage par excellence.

Doctrine de Confucius.

L’antique doctrine dont Confucius eut tant à cœur le rétablissement, fut l’unité de Dieu, son action créatrice, sa providence, l’immatérialité de l’ame, la liberté, dont le bon ouïe mauvais usage, est suivi dechâtimens ou de récompenses.

Confucius rcconnolt l’existence des esprits supérieurs il l’homme, inférieurs à Dieu, appelé en Chinois le Tien.

ÉIKNEVH DE PHILOSOPHIE. , -j3

a Le C hang-7'ien n’exisle pas seul. Il est des 61 res su-

• périeurs h l’homme, qui président aux élémens et à la » nature, en les voyant , on ne les aperçoit pas , en les «entendant on ne les comprend point.... «

Dans la doctrine de Confucius, on doit offrir non-seulement des sacrifices au Chang-Tien et aux esprits, mais encore aux ancêtres.

Les mots Cliang-Ti, Ciel, Tien, sont souvent synonymes , et désignent l’être supérieur 5 tous les êtres.

Selon Confucius, « tous les devoirs de l’homme décoH-

• lent de la loi divine, qu’il appelle le grand Ly. C’est sur «le grand Ly que la société est fondée; c’est le grand Ly «qui lie les hommes entre eux; ôtez le Ly, tout, sur la » terre, n’est plus que trouble et confusion; il n’y a plus « ni rois, ni grands, ni supérieurs, ni inférieurs. «

La morale de Confucius est pleine de maximes excellentes , qui ne sont évidemment qu’un souvenir de la loi divine descendue du ciel. En voici quelques-unes :

1 Qui soupire après ses fautes, et ne se corrige pas, ne » sera jamais sage.

> La première leçon de la sagesse , est de no faire à «personne ce que vous ne voudriez pas qu’on vous » fît. »

Confucius disoit h ses disciples :

«Faites le bien en tout tems, en tout lieu, è toutes « sortes de personnes; faites le bien pour lui-même, et sans » ancun motif d’intérêt propre. Soyez sévère envers vous- «même, quand il s’agira de vos propres défauts, mais in- » diligent pour les défauts des autres. Ne dites jamais do «mal de personne, et ne faites aucun cas du mal qu’on

• pourra dire de vous. >

24 ' ÉLÉMEN8 DE PBIL080PB1E.

Confucias disoit que le saint existoit, ou devoit exister dans l’Occident.

Mong-Tsé est le plus célèbre philosophe de l’école de Confucius; il Tivoit du temps de Platon. Sa doctrine ne dillère de celle de son maître que dans la manière de l’énoncer,

Mong-Tsé disoit : • Réjouir le Tien, c’est protéger tout • l’empire : ce que l’homme ne peut pas faire, le Tien le » fait.

. »Si l’entreprise réussit, cela vient du Tien. »

On rendîi ce philosophe les mêmes honneurs qu’à Confucius, et il est appelé le deuxième saint.

L’ancienne philosophie chinoise plaçoit au sommet de l’échelle des êtres un premier être appelé Tao, être par excellence, qui a en lui-même la raison do son existence. Voici comment les philosophes chinois conçoivent l’origine des choses ;

La raison, Tao, ou le premier être, a produit Tai-Ki, le principe externe , le point générateur de tous les êtres créés; le Tai-Ki est incompréhensible. Tai est le oui, Ki est le non, par où le principe de la création est désigné, comme étant à la fois positif et négatif, esprit et matière, être et limite.

§ IV. Phitosopliic des Perses.

Dans presque tout l’Orient, l’Inde exceptée, on ne trouve pas, à proprement parler, de spéculations philosophiques, mais seulement des systèmes religieux et Ihéologiques.

Les Tibétains, admettent, comme les Indous, un Dieu unique, qui se révèle sous une triple forme. Les Chai-

décns paroissent avoir admis, avec un être unique, une matière incréée. Ils rendoient un culte aux astres, qu’ils supposoient dirigés par des esprits célestes.

La doctrine des Perses est contenue dans le Zend-aattribué h Zoroastre, Ce livre sacré des Perses est authentique, bien qu’il ait subi des interpolations. Zoroastre exista environ six siècles avant Jésus-Christ. Sa réforme eut lieu sous'Darius Hystaspe, peu d’années avant l’avènement de Cyrus au trône des Perses.

Le Zend-a-V esta, traduit par Anquetil du Perron, étoit originairement composé de vingt-et-un livres; un seul nous est parvenu dans son entier, et avec les fragmensdes autres livres ; on le nomme Fendida-sade.

Los livres Zends sont tous canoniques.

Le Boun-de-hcch , qui est la deuxième partie do Zend-ir- Festa, vient, dans l’estime des Perses, après les livres Zends.

Les livres dont nous venons de parler, rcconnoissent un Dieu unique, infini, principe de tons les êtres qui n’existent qu’en lui, que par lui : son nom est le tems sans bornes, Zervané, Akarenè. De ce premier être, sont-sortis, en vertu de la parole créatrice, deux être? originairement bons, Ormuzd et Arimane : celui-ci, jaloux d’Ormuzd, le premier-né du tems sans bornes, se révolte et devient le principe du mal, en tout opposé à Ormuzd, principe du bien. Ormuzd est à la tête d’un nombre infini d’esprits qu’il a créés, et Arimane, è la tête d’un nombre immense d’esprits mauvais : ces deux principes et leurs agens, avec toute la création, sont perpétuellement eu guerre.

La vertu, pour l’homme, consiste à s’associer à l’œuvre

KLtME^N f>E rillLUSOPniE.

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d’Oruluzd, el à luUcr avec lui contre l’empire des U^nèbres, eu obéissant à la loi.

Les âmes, après la mort, seront heureuses ou malheureuses, selon qu’elles auront servi Ormuzd ou Arimane.

Après douze mille ans, ce combat finira par le triomphe d’Ormuzd. Pour le préparer, trois prophètes apparaîtront sur la terre. Soztos, issu d’une vierge, viendra le dernier.

« 11 délivrera les hommes de la tyrannie d’ Arimane :

» vainqueur de la mort et juge des démons, il réveillera les «morts par la puissance d’Ormuzd: ils se relèveront «dans leurs corps, et désormais immortels, Sozios les jii- «gera du haut de l’Empyrée. » •

Alors Arimane sera anéanti, selon les uns; purifié, selon les autres, dans un torrent de métal liquide; il reviendra à la vertu, qui étoit sa nature première.

La doctrine de Zoroastre se lie évidemment aux traditions catholiques, et au fond du système théologique des Perses, on retrouve, comme dans l’Indc, les deux formidables questions de l’origine du mal, et de la coexistence du (Ini et de l’infîni; questions qui, de tous tems, ont le plus obsédé la raison humaine.

§ V. Doctrine des Egyptiens.

Un voile épais couvre encore une partie des doctrines de l’ancienne Egypte. Elles se divisoient en doctrines exotériques, el solériques : les premières, connues du peuple, les secondes, des seuls initiés; et elles se présentent à nous, avec un caractère plutôt religieux que philosophique.

L’ancienne Égypte croyoit è l’existence d’un premier èti-e, éternel, dont la parole a créé le monde, représenté

t.LÜMENS DE PHILnüOPIIIE.

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par un œuf sortant de la bouche de Kneph. Elle paroit avoir connu deux principes, l’un du bien, l’autre du mal ; le premier, actif et parfait, le second, passif et imparfait.

Les Egyptiens ont admis trois états futurs pour les âmes séparées du corps.

1° Un état de lumière et de gloire, o(i les âmes des justes vivent de la vie céleste.

2° Un état de ténèbres et de souffrances , où les âmes ennemies sont séparées du Dieu suprême.

3 “ Enfin, un état intermédiaire d’existence, qu’ils se représentent comme une transmigration.

JDfUjticmc (Ëpoqur.

§ I. Philosophie grecque.

L’ancien monde nous présente deux grands foyers de l’activité individuelle : l’Inde et la Grèce, entre lesquelles la divine Providence plaça le peuple gardien des traditions universelles, et dépositaire de l’ordre de foi (i).

Nous allons jeter un coup - d’œil sur la philosophie grecque.

Les systèmes de Thalès et dePythagore, sont comme la transition de la philosophie, indienne h la philosophie grecque.

Thalès naquit six siècles avant Jésus-Christ; il voyago.i en Égypte, et fonda l’école philosophique d’Ionie.

(i) Crédita suiit illis éloquia Oui. Episl, ad Som.

ÉLÉHEKS DE PHILOSUFIIIE.

11 entreprit, le premier en Grèce, de donner une explication philosophique de l’origine des choses; il prit l’eau pour élément pritnitif, peut-être par respect pour l’ancienne tradition sur l’immense chaos aqueux qui précéda la formation del’ univers (i): mais il reconnaissoitun Dieu, un principe moteur, qui a ordonné la matière inerte de sa nature.

Thalès définissoit Dieu : ce qui n'a ni commencement ni fin.

Anaximandre de Milet, disciple et successeur de Tha • lès, regardoit l’infini comme le principe de toutes choses. Cet infîni engendre et absorbe tout : tout sort de lui, tout y rentre. Ainsi, les mondes qu’il a engendrés se ri>solvcnt en loi, par la dissolution. Les astres sont des dieux.

Anacqimène, son compatriote et son disciple, admet l’air pour premier principe. Cet air est Dieu, il est Infini. L’air en se condensant et en se raréfiant produit tout. Au rapport de saint Augustin , il admettoît des dieux qui éloient nés de l’air.

Anaxagoras naquit 5oo ans avant Jésus-Christ; il est le premier philosophe qu’ Athènes ait vu.

Il admit le premier, entre les philosophes de l’école d’io- Jtie, un principe nettement distinct de la matière. Il nia la création proprement dite, mais supposa une matière informe préexistante à l’action de l’intelligence, qui en a •■iré l’univers. Selon ce philosophe, l’intelligence divine Veille sur l’homme avec une attention particulière; c’est pour lui qu’elle a fait le monde; le ciel est sa patrie.

1') Spiritu» Dei fcrcbalnr »U|)cr aqnat. Genèse, rap. i.

ÉLÉMEN.S DE PHILOSOPHIE.

aa

Aristote reproche ridiculement à Anaxagoras de recourir h la volonté de Dieu, pour l’explication des phénomènes qui luiétoient inconnus.

Il déploroit la foiblessc de la raison humaine. Le théisme si pur d’Anaxagoras porta un coup mortel à l’école d’Ionie, è laquelle Diogène d’Appollonio et Archélaus do Milet, rendirent son premier caractère.

§ II. Ecole italique.

Pythagore naquit Goo ans environ avant Jésus-Christ. 11 visita les' temples les plus célèbres de la Grèce, fit un long séjour en Égypte, et parcourut la Phénicie. On a même pensé qu’il avoit voyagé dans la Haute-Asie, et étoit devenu disciple de Zoroastre. II étoit fort versé dans les mathématiques, et Diogène de Laë'rce, lui attribue l’invention du carré de l’hypothénuse : il établit sa fameuse école b Crotone, et mourut dans une émeute.

Pythagore n’a point laissé d’écrits , mais nous allons exposer la doctrine de son école.

Il fit tout dériver de l’unité divine. C’est Dieîi qui forme toutes les intelligences immortelles; qui est l’origine do toutes choses. Les nombres jouent un grand rôle dans le système de Pythagore. Ils représentent les choses, et sont représentés par elles. Dieu est représenté par l’unité {monas), qui est h elle même son principe, et tous les êtres découlent de la Monade divine, comme tous les nombres de Vanité.

L’éternelle Monade produit la Dyade et la Triade.

La Triade comprend lé commencement, le milieu et la fin de toutes choses. i

Les Pythagoriciens juroient pas la Tétrade, c’étoit leur

liK PHILOSOPHIE.

«cruip-iil par excellence. Selon Pylhagore, les corps célcsles sont mus par des intelligences, et d'après les lois d’une harmonie divine , dont les accords le ravissoient.

Les âmes humaines, que Dieu a produites dès le commencement, sont répandues dans l’air : c’est là, que Dieu les prend, pour les unir aux corps qu’il veut animer.

Dans le système de Pythagorc, la source du beau est aussi celle du bon; et la perfection consiste à être conforme à Dieu, c’est-à-dire vrai et bon.

Le but del’associatlonpylhagoricienneétoitle détachement complet des choses visibles et passagères.'Si l’homme parvienlpendantsa vie,à ce détachement entier; à sa mort, aon âme deviendra Dieu, et jouira d’un bonheur sans lin. Les âmes impures, après la mort, vont dans les demeures ténébreuses de l’enfer.

Les dogmes de la béatitude et des supplices, admis par Pythagore, supposent que la transmigration des âmes, (admise aussi par lui) alTccloit l’âme sensitive, intermédiaire entre l’intelligence et les organes.

La secte des Pythagoriciens ne s’est pas prolongée au delà de l’époque d’Alexandre.

Fabricius nous a conservé le nom de 4^6 philosophes de celle secte, parmi lesquels on compte 5q femmes, dont la plus célèbre fût Théano, femme de Pythagore.

Différences de l'école italique et de l'école ionique.

1 ° L’école pythagoricienne cherche l’effet dans sa cause, et procède par voie de synthèse; l’école de Thalès cherche la cause dans l’effet, et procède par voie d’analyse.

2 ° La première tend, à l’idéalisme, la secoude.au matérialisme, - . .

Digifeeo b

BLKSIENS DE PUILOSOPHIE.

S" L’école italique s’occupe de morale, l’école ionique n’en parle pas.

4° L’école de Pythagore a formé une association, h cause de son spiritualisme élevé; celle d’Ionie n’a eu que des individus.

Iléraclite naquit 5oo ans avant Jésus-Christ. Suivant M. de Gérando , il auroit commencé comme Descaptes, par le doute complet, pour refaire comme lui, tontes ses opinions. Ce sentiment, particulier à M. de Gérando, est contredit par Diogène de Laërce. Selon Héraclitc.

« La raison commune et divine, dont la participation » constitue la raison individuelle, est le critérium de la • vérité. Ce qui est cru universellement est certain. Toute » opinion individuelle est dépourvuè de certitude.

n L’homme demeure dans l’ignorance tant qu’il n’a pas » joui du commerce de la parole. Quand nous n’inteiro- » geons que la raison individuelle, nous tombons dans » l’erreur, » Cette raison divine, à laquelle participent tous les hommes, est, d’après Héraclitc, l'âme du monde. . Cette raison divine, âme du monde, a donné naissance ii tous les êtres. £lle a produit d’abord l’éther , qui en se condensant devient de l’air, puis de l’eau, enfin, -la source de toutes les substances, qui ne sont que les quatre élémens primitifs.

Héraclitc udmcltoit deux mondes, l'un éternel, qui ne produit rien; l’iiutrc visible , dont le premier est l’invisible moteur.

Il disoit que les lois humaiqcs , tirent leur force de cette loi divine qui règle tout à son gré, et qui triomphe de tout.

Ilyppocrate (ut un de scs disciples.

ÉLÉMENS DE PDILOSOPniE.

EtnpédocU d’Agrigenles florissoit environ 45o ans avant Jésus-Christ. 11 a composé un poème sur la nature et les principes des choses, dont il ne nous reste que quelques fragmens. • Ce n’est point aux sens, disoit- il, mais f h la raison, qu’il appartient de connoitre la vérité. >

11 existe dcuxprincipes des choses : la monade ou Dieu, principe actif; et la matière, principe passif. Le principe monade, est un feu intellectuel, tout en sort, tout doit y rentrer.

L’air est plein de bons et de mauvais démons qui administrent les choses terrestres.

11 admet quatre éléinens, qu’il aliégorise sous le nom de Jupiter (le feu), Junon (la terre), Pluton (l’air), Nestis (l’eau).

L’homme a deux âmes, l’une supérieure, l’autre inférieure.

L’âme supérieure est déchue par suite d’une faute primitive, qui est cause de son union avec la matière brute. Sa philosophie est , comme on voit, un mélange de celle de Thalès, de Pythagore et d’Héraclite.

, § III. Ecole d’Eléc.

L’école d’Ëlée se divise en école métaphysicienne , et en école physicienne.

Xénophane, auteur de l’école métaphysicienne, naquit h Colophon, Gty ans avant Jésus-Christ, et vécut près d’un siècle.

Selon lui, les astres n’ont point de réalité : ce ne sont que des nuages enflammés, qui produisent, à nos yeux, l’clFet que nous attribuons aux astres.

Digilized by

Étt.MEN'S l>i: l'HllOSOl’HlK.

Su Doctrine si>ir!lualiste.

Il est un seul Dieu, supérieur aux dieux et aux lioinlues. Ce Dieu est toute intelligence et toute sagesse. Xenophane essaya d’en prouver l’unité par ce raisonneuicnt,: Dieu est le plus parfait et te meilleur, donc., il e.sl un. Mais cet être est-il immatériel ou matériel? Xénophane hésite entre le panthéisme idéaliste auquel abou lit l’école pythagoricicunc, et le panthéisme matérialiste, dernier terme de l’école d’Ionie.

Il tourna en ridicule l’anthropomorphisme, et la mythologie païenne.

Parménide, son disciple, s’empara de l’idée de l’unité universelle, dont son maîire, n’avoit pu déterminer la nature ; et niant la réalité do l’iinivors, il lie reconnut que l’unité indivisible, absolue, îinp .rticipablc de l’élre infini. •

Parménide appuyoit la certitude des objets réels on intellectuels, sur le raisonnement suivant : « tout ce que l’entendement conçoit, est quelque chose; ce quelque chose est réel, dune, ce que l’entendement conçoit existe réellement; donc, ce qui n’est rien, n’est pas conçu. » Ce raisonnement n’est qu’un sophisme.

Zénon d'Elée naquit vers l’an 5oo avant Jésus-Christ. Père de la dialectique, il vint h Athènes, avec Parménide son maître, pour soutenir le système d’Élée, contre le système ionique, et il se servit, avec une grande supériorité, de l’art de disputer. 11 partoit toujours de l’hypothèse de scs adversaires, et en tiroit des conséquences contradictoires; il attaquoit au lieu de se défendre.

ELKMKNS DE PIIILOSOPItlr.

Zi^iioii reconiioissoil un dieu dans {'unité absolue; cl nioit seulement les dieux de la fable. Il nioit aussi In réalité du monde, dont il donne cependant une explication.

5 IV. Kcnle jihysicieiinc d’Klée.

f.eucippe, disciple de Zénon, déserta l’école métaphysicienne, et fonda celle qui est connue sous le nom d’école physicierine d’Elée. Il opposa à la théorie métaphysique de ses prédécesseurs, la théorie matérialiste des atomes, comme plus conforme ît l’expérience. « L’agrégation des atomes, dit-il, forme une infinité de mondes, qui doivent périr par leur dissolution. »

L’âme elle-même , n’est qu’une agrégation d’atômes ronds, d’où résultent la chaleur, le inonvement, la pensée.

Lcucippe croyoit au mouvement de la terre, autour de son axe.

Dctnocriic, né vers l’an embrassa le système de

Lcucippe; il alla en Égypte, en Perse, dans l’Inde.

Sa doctrine comprend : i“ l’explication du monde; 2 ° l’origine de nos connoissances ; 5° la morale. Il essaya de prouver aussi, l’éternité des atomes, du tems, de l’cspaCe et du mouvement.

Matérialiste, Démocritc n’admettoit en morale, que la loi du bien-être, par la tranquillité d’humeur.

Wétrodorc de Ghio fut le plus célèbre disciple de Démocrite. 11 professa un scepticisme absolu; et son livre de la nature, commence par ces mots : « Nous ne savons » rien, nous ne savons pas môme que nous no savons rien. »

> Él.ilMENS DK l'Hli.OSOPlIlt.

5 V. I.Ps Sopliisips.

Lu célèbre dispiilc des philosuplies niélnphysiciens d’Élée, avec les philosophes uialérialisles d’Ionie, ne manqua pas d’agir forlement sur des . esprits aussi légers, et aussi corrompus que les Athéniens. La vérité comme la vertu, ne furent plus qu'un objet de- vaine discussion, sur lequel s’essnyoient les sophistes, et les rhéteurs, non pour en devenir meilleurs , mais pour y chercher un passctems, un aliment au besoin de disputer.

Les sophistes furent tous sceptiques.

Gorgias de Lcnutiiini enscignoit, que rien n’existe, et que rien ne peut se prouver.

Protagoras, fut le premier qui fit payer ses leçons, et qui substitua le nom orgueilleux de sophiste, au titre modeste de philosophe. 11 enscignoit, que tout ce qui peut être alTirmé, peut être nié, et réciproquement.

Prodicus de Céos, rhéteur, plutôt que philosophe, déclamoit sur la vertu, sans se mettre en peine de la pratiquer. Il mourut très-âgé, et fut condamné h boire la ciguë, comme corrupteur de la jeunesse.

Thrasymaque de Chalcédoinc , Paulus d’Agrigenlc, Calliclès, et une foule d’autres, enscignoient qu’il n’y a pour l’homme d’autres règles, que ses appétits; et que le juste et l’injuste, sont des conclusions de la politique. Diagoras de Mélos, nioit qu’il y eût des dieux, cl fut condamné h mort, pour avoir tourné en ridicule les mystères d’Eleusis. Critias d’Athènes, attribuoit la religion à la crainte, et aux inventions de la politique; il ne reconnoissoit aussi d’autre règle de morale, que l’instinct, que l’appétit, et la sensibilité.

CLttlICNS DE PniLOSOPUIE.

liippias d’Eris éloil un discoureur, qui prélcndoil h un savoir universel. Tous ces sophistes se jouoient également de la vérité et de In vertu. C'est autour d’eux cependant, que se pressoit toute la jeunesse d’Athènes, et la Grèce, en proie 5 une philosophie sceptique, alloit succomber, quand le fils du sculpteur Sophronisbe quitta l’atelier de son père pour venir nu secours de sa malheureuse patrie.

§ VI. .Socrate.

Socrate, né b Athènes, 470 ans avant Jésus-Christ, entreprit de ramener scs concitoyens b la vertu et au bonheur. Il SC fil l’ennemi déclaré des sophistes, ces corrupteurs de la jeunesse, et mit tout en œuvre pour leur enlever les jeunes étudions. Il assistoit b leurs leçons, leur adressoit des questions avec le ton et la simplicité d’un ignorant; et, après les avoir conduits de dilficultés en dilficultés, il déployoil toute la puissance de sa dialectique pour les accabler. Une nombreuse jeunesse se pressa bientôt autour de lui pour l’entendre. Son zèle le porloit encore b parcourir les places et les jardins publics pour faire du bien b tous ceux qu’il rencontroit, cl les artisans eux-mêmes n’étoient point oubliés. On sait qu’il mourut victime de la haine des sophistes, qu’il avoit tant de fois confondus.

Socrate s’appliqua b bannir de .ses enseignements toutes ces théories philosophiques de la raison individuelle démenties par la conscience et la raison du genre humain.

BLKMI'XS ne PHILOSOPHIE.

J)oclr!ne de Socrate, exposée par Xénophon, le plus fidèle de ses disciples.

Lnité de Dieu, créateur et conservateur de l’univers... existence des esprits, ou des dieux subalternes, ministres du Dieu souverain... providencedivine, s’étendant à tout, se manifestant souvent par des oracles, par des prodiges, ou par une révélation immédiate...

Existence d’nne loi primordiale, universelle, d’où découlent toutes les lois; l’accomplissement ou la violation de ces lois, suivis de récompenses ou de châtiments certains et éternels...

eConnoitre le bien, disoit-il, et ne le pas faire; le mal, et ne pas l’éviter, c’est une vraie folie. »

«L’homme doit honorer les dieux, être chaste, reconnoissant, respectueux envers ses parents, etc. »

« Les devoirs envers les autres sont tous renfermés dans la justice: envers soi-mème, ils comprennent la prudence, le courage, la tempérance. »

Il enseigna clairement l’immortalité de l’âme.. Pour combattre le scepticisme, il rappeloit les hommes au sens commun, à ces vérités pratiques, universellement admises : c’étoit Ui sa philosophie.

Socrate no s’est jamais jeté dans les spéculations philosophiques, et n’a point bâti de systèmes pour expliquer les choses.

Xénophon, Eschinc , Criton, Simon le cordonnier, conservèrent religieusement la doctrine de leur maître. Ses autres disciples s’en écartèrent tous, plus ou moins, k l’exception de Platon , qui noos l’offre embellie des

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DK PIIILUKOrlIIE.

brillantes spéculations d’une philosophie élevée. Parlons d’ abord des cyniques. .

Anlislhène, né environ vers l’an 5Go, ne s’attacha, comme Socrate, son mailrc, qu’à la morale; mais il nlUcha la venu, en lit parade, et revêtit puhiiquemcnt, le premier, la besace philosophique. Réduire le corps au stricte nécessaire, et se moquer de toutes les bienséances sociales , telle fut la philosophie d’Antisthêne, père des philosophes appelés cyniques.

Le fameux Üiogèiie fut son disciple.

Les philosophes cyniques faisoient assaut de sarcasmes et de bons mots, mais leur orgueil étoll insupportable.

2 ° Les Cyrenaïques.

Aristippe de Cj rêne, disciple de Socrate , s’appliquoit aussi à l’étude de la philosophie morale; mais, bien éloi' gné de la tempérance des cyniques, il plaça la fin de l’iiomme dans les jouissances de cette vie.

ail n’y a ni juste ni injuste; ce qn’on appelle vertu n’est louable qu’autant qu’il procure le plaisir, n Cette dégi-adante doctrine étoil basée sur une théorie analogue des coiiDoissanccs huniaincs. a Rien ne nous est connu que par les sensations ; les sensations ii’onl point de rapport avec la réalité des choses : il n’y a donc rien de certain. »

Théodore de Cyrène plaça comme lui, la lin de notre nature dans le plaisir seul.

Les cyniques embrassèrent un rigorisme bizarre, mais élevé. Les cyrenaïques, au coutraice, se plongèrent dans tous les excès du sensualisme.

KLt^lENS nt PHILOSOPIili:.

5° Les Mé^ariqucs.

Euclydt; de Mégare, disciple de Socralc, reprodnisil, sons une forme nouvelle, le principe de l’école d’Élée. Il rejeta le raisonnement par analogie, et attaqua le principe par ses conséquences. L’école de Mégare en produisit deux ou trois autres qui n’olTrent aucun intérêt. Les systèmes philosophiques de Platon , d’Épicure et d’Aristote, vont nous occuper maintenant.

5 VJl. Platon.

Platon, le plus célèbre des disciples de Socrate , et le plus grand philosophe de la Grèce, naquit h Athènes environ vers l’an l^'bo. II assista pendant sept ans aux leçons de Socrate, et se sentit épris d’amour pour la philosophie. Doué des plus rares talents, il entreprit de grands voyages dans un but purement scientifique. 11 vint eu Italie pour y étudier la philosophie de Pythagore, passa en Afrique pour se perfectionner dans l’étude de la géométrie, et alla en Égypte pour se faire initier aux mystères hermétiques. 11 est probable qu’il y prit connoissance des livres saints, les juifs étant très répandus alors en Égypte. S’il ne pénétra pas dans l’Inde, il en connut probablement les spéculations philosophiques ; et chargé do tant de richesses intellectuelles, il revint à Athènes ouvrir une école de philosophie.

Nous avons de lui treize lettres et cinquante-cinq dialogues.

Platon , au rapport d’Aristote, avoit une double doctrine, l’une secrète, l’autre publique. Dans sa seconde lettre h Denys, il indique énigmatiquement sa doctrine sur

IXÉMENS DE PitlLÜSÜPIME.

In trinilii. Scion Platon , « le père embrasse tout ce qui existe, le fils est borné aux seuls êtres intelligents, et l’esprit aux seuls élus. >

Uoclrine do Platon, D’après Platon, le nécessaire, l’inimuable, l’absolu, Dieu en un mot, est le seul objet de la philosophie. Les sensations ne sauroient nous fouimir l’idée de l’immuable, de rabsolu. Notre entendement possède les notions d’être, de vérité, de beauté, etc. Voilé ce que Platon appelle proprement idées. Ces idées ne sont-elles que les formes de l’entendement de l’homme? Platon ne soulève pas cettte terrible question : il suppose la réalité de ces idées universelles, absolues, immuables.

Ces idées supposent la /éalité d’un être infini, auquel elles appartiennent; clics sont donc réelles ou existantes dans l’être infini.

Platon, nous l’avons vu, admet une triade en Dieu, qu’il définit comme Moïse. Voici ses paroles : « On ne. «peut dire de l’éternelle essence : elle a été, elle sera; telle est, voilh son nom. >

Dieu existe par lui-même. Le monde n’est pas éternel ; car il n’est pas nécessaire, immuable, absolu. Dieu l’a fait , mais de quoi, et comment? Selon Platon, la matière préexistoit à la formation de l’univers. Cette matière agitée, a été ordonnée ; et le monde a été fait. Il a donc son type en Dieu. Il n’est qu’une copie du monde des intelligibles, ou de Dieu même. Il y a trinité dans le monde, comme en Dieu. Le monde est unique comme Dieu, et est, après Dieu, le Dieu le plus heureux. Sa forme est sphérique, le mouvement circulaire étant celui qui lui convient le mieux. « Quand cette image des être intelligibles, cul «commencé h vivre, h se mouvoir. Dieu son père, qui

K1.KMEXS nE PHILOSOPHIE. I

» l’avoit ainsi conçue, s’en réjouit', et, content de son ou-

• vrage, il voulut le rendre encore plus semblable à sou «éternel exemplaire, et lui communiquer sa nature au

• degré où cela étoit possible. » Écoutons encore Platon : a Comme la création ne pouvoit ressembler en tout ii «l’idée éternelle. Dieu fit une image mobile do l’éternité.

» 11 fit le tems , qui produisit tout à coup les jours, les > nuits , les mois, les années, ces parties fugitives de la » vie. »

« Dieu voulant donc créer le tems, d’après sou verbe «cl son intelligence, aussitôt le soleil, la lune, etc., allè- » renl dans l’espace, en mesurer la marche rapide. »

Dieu forma les âmes humaines des reUes de l’âme du monde J il en fixa le nombre, d’après celui des corps célestes, et è chacune d’elles fut assigné un astre, qui l’emporta dans l’espace, comme en char.

Après avoir prodigué à ces âmes ses décrets immuables; pour n’avoir pas à répondre des crimes de l’humanité, il chargea les génies, dieux subalternes, de former des corps mortels, auxquelles ils uniroienl cCs principes immortels. Les hommes, d’après les ordres du Dieu suprême, régneront sur les animaux, et obéiront eux-mémes aux dieux, qui les gouverneront avec toute la sagesse dont ils seront capables. Voilà, selon Platon, l’origine des choses.

Avant sa chute dans un corps, l’âme humaine contemploit en Dieu, les idées divines. Son union avec le corps lui rend presque impossible la notion des idées de l’immuable, de l’infini, de l’absolu; mais comme ,lo monde des corps lui-même, n’est qu’une réalisation extérieure des idées di-

ÛLtMENS DK l'Illl.ÜSUKIIlE.

vines; l’Aine peut retrouver, en le contcniplnnt, ses réminiscences, ou les images de ses idées primitives.

L’intelligence humaine ne doit s’attacher qu’aux idées. Connoître, comme Dieu connolt; voilh le but vers lequel doivent tendre tous ses efforts.

Voilà ce qu’est l’Ame, par rapport au vmt: voyons ce qu’est, dans la doctrine platonicienne, la morale par rapport au bien.

Dieu est le souverain bien, comme il est la vérité souveraine. L’âme doit lui ressembler, en vivant de sa vie, comme en vivant de son intelligence.

De même, que dans le monde intellectuel, l’ordre des choses variables n’a de réalité que par son rapporté l’intelligence absolue ; dans l’ordre moral, les biens passagers, les biens du tems, n’ont quelque réalité, que par leurs rapports avec le bien infini.

Platon appelle biens divins , ceux qui rapprochent l’homme delà divinité; et ce qui constitue la ressemblance avec Dieu, dans l’ordre moral, c’est la vertu.

Dieu a donné aux âmes, en les créant, la loi immuable, la loi souveraine et universelle : la vertu est la conformité des actions à cette loi.

Platon explique le penchant au mal, en admettant trois parties dans l’âme. La plus noble est l’intelligence , et réside dans la tête; la partie infime, en rapport avec les objets sensibles, réside dans le foie; c’est la partie concupiscible et déraisonnable. Enfin , dans la poitrine, réside la partie affective de l’âme , celle du courage , de l’amour, etc.

<■ Les restes de l’âme du monde, dont fut formée l’âme I) humaine, sont deux ou trois fois moins divins. De là.

ÉI.LMF.NS DK PUILÜSUrUIK. 4-^

» celle lendance de cc qui est inférieur en elle, h usurper » le pouvoir, qui n’appartient qu’à la partie supérieure. •

L’Loinnio, image de Dieu, contemple dans sus idées, le Lien qu’il perçoit, et la volonté se conformant à ces idées, produit dans ses actions le bien, qui n’est, comme en Dieu, que le vrai réalisé.

Comme philosophe, le dogme de la métempsycose lui soiirioit.

Mais quand il n’est que l’écho de la tradition, il parle des jugemens de Dieu, des supplices et des récompenses de l’avenir, comme en parleroit un prophète.

L’homme ne vit pas seulement en société avec .Dieu, mais aussi avec ses semblables. Cette société terrestre a sa racine dans la société divine, et dans ses lois.

La vertu sociale de Platon, n’est qü’uno application de sa théorie morale à la société. Platon divise la société comme l’âgie humaine, en trois parties; la première sort de l’ordre intellectuel, et s’adonne à la méditation delà vérité; h elle appartient la force gouvernementale.

La troisième partie est celle des citoyens occupés aux travaux matériels.

La deuxième est intermédiaire ; c’est celle des défenseurs de la société.

Celte admirable idée de la soumission de la force matérielle à la raison, .soumise elle-même h Dieu, se retrouve dans l’Inde, la Chine, l’Égypte, et dans tout l’univers.

Cette loi divine, perpétuellement, universellement expliquée par les familles sacerdotales, fait voir l’influence du sacerdoce sur la civilisation des peuples, et le sacerdoce catholique, envisagé sous cc ra|>port, est la clef de voûte du monde social.

KLÉMEMS IlE HIJLOSOPIIIE.

Dans la société , telle que Platon la concevoit , il n’y a ni despotes, ni esclaves : elle est fondée sur l’obéissance de tous , à la loi divine ; les magistrats et les philosophes ne sont que les premiers sujets de la loi souveraine. L’homme n’obéit donc point à l’homme dans cette société ; et Platon , ne craint pas d’avancer, que là, oîi l’homme seul commande , la société sera en proie à des déchiremens sans fin. Platon avoH compris les véritables conditions de l’ordre social , et de sa perfectibilité , et c’est lui, qui a dit ces belles paroles : <Q niconque ébranle » la loi divine , arrache le fondement même de la so- » ciété. »

Non content de méditer le vrai et le bien , Platon s’arrête^aussi à la contemplation du beau , qu’il définit :

• La splendeur du vrai. »

Classification de nos connoissances dans te sysUme de Platon.

Les élémens de nos connoissances , sont de trois sortes; et correspondent aux sensations, aux notions et aux idées.

].° Les sciences et les arts , dans le système de Platon , n’ont de valeur, qu’autant qu’elles nous élèvent aux idées; comme les biens humains , qui , selon lui , n'ont de valeur, qu’autant qu’ils nous élèvent aux biens divins.

2.” D’autres sciences ou d’autres arts ont rapport aux notions , tels que l’éloquence et la logique , qui n’ont de valeur, qu’autant qu’elles ont le bien pour objet.

Les mathématiques, selon lui, n’ont d’autre utilité que

TLÉMERS DE PHILOSOPHIE.

d’habilucr l’esprit h faire abstraction des pliénonicncs matériels.

5.® La métaphysique occupe le troisième rang , dans la chaîne de nos connoissances. Elle a pour objet le monde des idées ; ainsi , la philosophie est le perfectionnement de In science , clic en est la clef.

Tel est autant que le permettent les limites de ce résumé , le pl’cmier essai de philosophie complète , que présente l’histoire de la philosophie en Europe. Les élémcns du vaste et sublime système de Platon existoient avant lui.

Héraclite lui donnoit son point de départ, dans l’opinion de la fluidité des objets physiques : les nombres de Pylhagore, le inettoicnt sur la voie de sa théorie des idées: mais c’est avec les doctrines orientales , que son système soutiennes rapports les plus nombreux.

Les points de contact de la philosophie de Platon avec celle des Fédas et de Confucius, porteroient à croire, que les doctrines orientales ne lui étoient pas inconnues. Le grand mérite de Platon, est d’avoir saisi dans tous les systèmes antiques , les idées les plus analogues , pour en former un vaste système , plein de beauté et d’harmonie.

L’intuition et la logique, se réunissoient dans Platon, qui fut plus intuitif que les Grecs , et plus logique que les orientaux.

Son stylo est plein de pompe et de sublimité; elles idées les plus métaphysiques, se revêtent dans sa bouche , des expressions figurées les plus brillantes.

Mallcbranche esi, parmi les modernes, celui qui a le pins de ressemblance avec le philosophe grec; au reste.

4G . LI.KMF.NS DE l’IlILOSOPlIIE.

c’cst un i'ait digne de remarque, que les systèmes spiriliialistes sont pleins d’images, de comparaisons et de beautés littéraires; pendant que les systèmes matérialistes, sont froids, desséchés, sans vie.

Pour SC conformer à l’ordre chronologique, il faudroit exposer ici le système d’Aristote , son disciple; nous parlerons toutefois , de celui d'Epicure , pareequo celui d’Aristote , tenant pour ainsi dire le milieu , entre celui de Platon et celui d’Epicure , une fois les deux extrêmes connus , il sera plus facile d’apprécier celui d’Aristote , qui en est comme le terme moyen..

§ VllI. Epicurc.

Epicure naquit h Samos, en l’an 34 1 . Mécontent des leçons de quelques disciples de Platon et d’Aristote, il se mit .h étudier en son particulier, le système de Démocrite. Il ouvrit une école à Lampsaque, puis à Athènes. Il ne nous reste de lui, que son traité de la nature, découvert dans les ruines d'Herculanura.

Système (V Epicure.

Epicure définissoit la philosophie : Yexercice de la raison, dans le but de se procurer une vie heureuse. Il se sépara ainsi, dès le premier pas, de Platon, si spirituel et si élevé. De lîi, les deux théories d’Epicure, l’une sur la raison, l’antre sur le monde physique.

La Canonique d’Epicure, c’est-à-dire le recueil des règles qu’il établit, touchant l’esprit humain, et la valeur ^ de ses opérations, sert comme de prolégomènes à sa philosophie.

tLÉMENS 1>E PHILOSOPHIE, 4^

Platon distinguoit trois choses dans l'intelligence : les sensatjons, les notions, les idées. Épicure n’y voit que les scnsationset les anticipations,

La sensation, impression que font sur l’homme les objets extérieurs, par l’émission de certaines parties des atônies qui les composent, peut être considérée, selon lipiciirc, par rapport h l’objet qui l’excite, et par rapport au sujet qui l’éprouve. Dans le premier cas, elle manifeste l’objet qui la produit, dans le second cas, elle affecte d’un sentiment de plaisir ou de douleur, le sujet qui la reçoit. Eu tant que relative b l’objet extérieur, la sensation est le ci'iterium de la vifrité.

Epicure appelle anticipations certaines notions générales, formées par la fréquente répétition des mêmes sensations. 11 les appelle anticipations, parce que les sensations contiennent les germes de cc»notions, et les renferment comme h l’avance.

La sensation, considérée par rapport aux sentimens de plaisir ou do douleur qu’elle excite, est le critérium non du vrai, mais du bien. Sous ce rapport, elle est le fondement delà morale.

Théorie du monde d'Epicure.

De fausses, de superstitieuses, d’effrayantes notions sur Dieu, sur ràine,sur la vie future empêchent Tâmc de jouir du bonheur.

Epicure par son système, la délivre do toute crainte. Sa théorie , est celle des atomes , renouvelée de Leucippc et de Démocrite. Il admet i° des atomes iulinis en nombre. 2 ° L’espace éternel et infini en étendue. Avec ces deux

48 Kl.tMENS DE PIIILO.SOPIIIC.

élémens , lîpicurc prétend expliquer le système de rmiivers.

11 fait résulter le monde, de Tune des combinaisons possibles, de l’éternel mouvement des atomes dans l’espace.

• La psycologie et la théologie, rentrent dans la physique d’Epicure ; tout est matière dans son système. L’ûme humaine, n’est qu’un élément matériel plus subtile. La mort, n’est que la privation de la sensibilité, l’âme composée d’atômes périt, comme, et avec le corps.

Epicnre conséquent à son système , n’admet point de Dieu unique, do premier moteur, de suprême législateur; mais des Dieux, et il en prouve l’existence par l’universalité des croyances religieuses. Toutefois, comme il fait dériver la preuve de l’existence des Dieux, de Caniieipalion qui n’est rien moins, qu’un critérium de vérité, il ne peut en établir invinciblement l’existence ; aussi, a- 1- il été accusé d’athéisme, par Possidonius et par Cicéron. Epicure ne dit pas de quelle nature sont ces dieux, il donne à entendre que ce sont des agrégations d’atomes ayant la figure humaine. Mais il déclare que l’homme n’a rien h craindre, ni h attendre d’eux. Délivré de toute crainte d’avenir, le disciple d’hpicure n’a , et ne doit avoir d’autre théorie morale, que celle du plaisir.

Elle SC réduit h un simple calcul de volupté.

La théorie sociale d'Epicurc, n’est qu’une application dosa théorie morale. Les hommes vivoientprimitivement dans les bois, ennemis implacables. Fatigués de cette vie de brute, ils se rapprochèrent; inventèrent le langage , firent des pactes sociaux, etc. Ainsi, l’intérêt personnel est le seul fondement de la société, et le pacte qui réalise la so-

ÉLKMENS DE FHILOSUPHIE.

ciété, peut Ctre violé, quand l’iniérêt personnel l’exige.

Telle est la philosophie d’Epicure ; elle part de la sensation, passe par le matérialisme, et l’athéisme, et aboutit à un égoïsme absolu.

L’épicurisme considéré relativement h la morale, a pour antipode , le stoïcisme. Nous en dirons un mot, après avoir exposé le troisième système complet de philosophie grecque, celui d’Aristote.

§ VIII. Aristote.

ylristole.néh Slagyre environ vers l’an 3io, avant Jésus- Christ, fut vingt ans disciple de Platon. Philippe le choisit pour présider è l’éducation de son fds, âgé alors de treize ans. .Aristote a été peut-être , l’homme le plus savant do l'antiquité. Sa philosophie est remarquable par son étendue.

La méthode suivie par Aristote, est la méthode analytique ; il procède toujours du particidicr è l’universel.

Ses écrits sont pleins d’obscurité, parce qu’ils manquent de liaison; parce que son style a une concision extrême; et qu’à l’exemple de Platon, il a voit une double doetrine ; une doctrine usuelle, que chacun pouvoit entendre, et une doctrine secrète, pour ses disciples seuls. La philosophie d’Aristote tient le milieu entre celle de Platon, et celle d’Epicurc.

Platon place l’origine de nos idées dans le monde immuable des intelligences, Epicure dans la seule sensation. Aristote distingue d’abord le fini, et l’inlini; mais il prétend, que tout ce qui est dans l’entendement, vient originairement des sens, c’est h-dire, de l’ordre variable et fini ; et comme rien ne seroit possible, s’il n’y avoit dans l’cn-

JO

ÉLÉMEffA DE PniLOSOPRIE.

lendemont que des sensations, il suppose, qu’au moyen du variable, et du fini, on peut s’élever à l’immuable, h l’infini. Ce milieu pris par Aristote, n’étoit pas tenable, et l’invincible logique le conduisoit au système des sensations.

, Toute sa philosophie, est comprise dans sa logique, sa classification des sciences, et ce qu’il dit de chacune d’elles.

Selon Aristote, la logique est l’instrument nécessaire de toute philosophie ; mais elle n’est qu’uu instrument, et non un élément de cette science. Aristote distingue dans l’intelligence , trois actes, principaux , percevoir , juger, raisonner. Les logiques scholastiques, ont toutes suivi cette division , en y ajoutant la méthode. Suivant Aristote, les perceptions simples , ne sont ni vraies ni fausses*; le jugement formé de deux perceptions simples, peut être vrai ou faux , de même que le raisonnement, formé lui-même, de deux jugemens.

Aristote convient que les perceptions simples, et les premiers principes sont indémontrables; qu’il faut par conséquent , les admettre sans preuves, ou commencer par la fol; mais quels sont les caractères de ces vérités qui exigent sans preuves, notre assentiment? Aristote ne le dit pas. Il range toutes les perceptions simples dans dix cathégories, qui en désignent les qualités. Canada n’en avoit assigné que six.

Enfin, il distingue los cathégoréaies des cathégories (i).

(i) Cathégories d’ Arislole ; la tiilist.mcr, U quanlilé, la qualilc,

l.Lt.MENS UF. PHILOSOPHIE.

La logique d’Arislole fut très développée dans le moyen âge, et c’est l'emploi excessif de la dialectique, dans cette période, qui a donné à l’esprit moderne, des habitudes de raisonnement.

Traité de logique, qui n'est que la logique d’Aristote modifiée.

Toutes les philosophies scholastiques définissent la logique : l'art de trouver la vérité.

Cette définition est fausse, car la logique ayant pour objet, de combiner dans l’esprit, certaines notions, pour en déterminer les rapports, et en tirer les conséquences, il faut que ces notions, matière de tonte opération intellectuelle, soient connues; qu’elles soient admises, par conséquent, avant d’être prouvées; ainsi, la foi, est la base de la logique; ainsi, la logique suppose la vérité, et ne la trouve pas. Il faut, en un mot, que la logique porte de notions certaines, et que les rapports qu’elle établit soient vrais, deux choses antérieures à tout raisonnement, et qui n’ont de garantie , que dans l’ordre de foi. Le raisonnement lui-même, n’est qu’un instrument, rien de plus ; il sert toutes les causes indistinctement, suivant qu’on part de principes vrais ou faux.

La logique est la théorie du raisonnement, les élémens du raisonnement sont les jugemens.et les élémens des ju-

UrcKition, le lieu, le tems, la situation , la possession, l'action, la passion.

Calhégories de Canada ; la substance , la (pialitd , Inaction , le commun, le propre, la relation.

Cathégorémes d’Aristote i le genre, l'espèce, la différence, le pi'oprc, l’acciJent.

élkmëss de pntLosopniE.

getnens sont les idées. L’idée n’a pas d’élément, l’analyse ne sauroit donc aller plus loin.

Cet abrégé de la logique , embrasse donc i ° l’idée, 2° le ^ jugement, 3 ° le raisonnement.

§ IX. De l’idée.

C’est à tort, que la plupart des logiques, traitent ici de la vérité des idées; la logique a pour but unique, d’expliquer le mécanisme cl les règles du raisonnement, abstraction faite de la vérité ou de la fausseté objective de nos idées. Elle considère les idées, sous des rapports logiques, que nous allons énumérer; il en est de même pour le jugement (1).

Les idées sont universelles ou particulières, générales on singulières. Simples, composées ou complexes, abstraites OU concrètes, claires ou obscures, distinctes ou confuses, selon la manière dont sont considérés les êtres qui les représentent.

1° L’idée est universelle, quand elle représente tous les individus d’un genre , ou d’une espèce : tous les hommes i particulière, quelques hommes.

2° L’idée générale ne spécifié point son objet : Cctre, le vrai; singulière, elle le spécifie : le soleil, la terre.

3 ° L’idée est simple, quand son objet est conçu comme simple, le oui et le non. Composée, un arbre, un char;

( 1 ) Il y a dcQi logiqoei ; la logique d alurelle , que l'hom me raisonnable possède plus on moins; cl la logique arliricicllc, qui explique le mécanisme du raisonnement.

On peut raisonner très-logiqueoicul sur do maurais principes. Ainsi la vérité a son point d'appui, ailleurs qnc dans l'art de rai-

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sonner.

KLKMENS DE PniLOSOPIIIE.

l’idée complexe représente à l’esprit, une chose, et quel • qu’une de ses propriétés : soleil ardent, table ronde.

4° L’idée concrète représente un tout actuellement ex istant, tel arbre, tel homme.

L’arbre, C homme, la vertu expriment une idée abstraite, ou généralisée. Je considère abstractivement , c’est-à-dire indépendamment du sujet auquel elle est attachée, l’idée, homme, arbre, vertu.

Abstraire, est une opération de l’esp'rit, qui généralise les images ou les idées.

5® L’idée claire montre son objet tout entier à l’esprit ; l’idée obscure ne le montre qu’en partie ; l’idée distincte, assez pour qu’on puisse le distinguer; l’idée confuse, pas assez.

Les idées exprimées, sont les termes, qui, comme les idées, sont généraux, concrets, abstraits, etc.

Pour rémédier à l’obscurité des idées, on se sert souvent do définitions.

Il y a une définition de mots, et une définition de choses. La définition de mots, est commune, ou privée, selon le sens, usuel , ou particulier, qu’on attache aux mots ; la définition de choses, est oratoire ou philosophique; la définition oratoire décrit; la définition philosophique exprime les attribut constitutifs de la chose définie, et ce qui est propre à cette chose ; elle doit être claire, courte, réciproque. Un cercle est une figure ronde, une figure ronde est un cercle.

§ X. Du jugement.

Le jugement est le rapport perçu entre des idées ou des images. Dieu est éternel', l'homme est intelligent.

ÉLÉMESS DE PHILOSOPHIE.

La propositioa est le jugement énoncé par la parole, ou par récriture. Les propositions comme les jugemens. sont alürmatires ou négatives, singulières ou particulières, générales ou universelles, simples ou composées, conditionnelles ou absolues, disjonctives, contradictoires ou contraires.

Les propriétés absolues des propositions, sont, i° la quantité, 2° la qualité.

La quantité d’trne proposition , est l’extension do son sujet. Sous le rapport de la quantité, une proposition peut être universelle , particulière, singulière, générale ou indéfinie. Tout cercle est rond, voilà une proposition méthaphysiquement universelle. Tous les jeunes gens sont légers , voilà une proposition moralement universelle. Nul fleuve ne remonte vers sa source , voilà une proposition physiquement universelle.

Quelques plantes sont nuisibles , voilà une proposition particulière. Cet homme est avare, voilà une proposition singulière.

Considérées sous le rapport de la qualité, lespropositlons sont affirmatives ou négatives.

L’attribut d’une proposition affirmative, est pris selon toute sa compréhension, et non selon toute son exlcn- . sion.

Pierre est homme; c’est-à-dire que Pierre est tout ce qui constitue un homme, mais non toute l’humanité.

L’attribut d’une proposition négative et pris selon toute son extension, et non selon toute sa compréhension. Pierre TL est pas riche, c’est-à-dire, n’est aucun des individus à qui s’étend l’idée de iHche. Les propriétés relatives des propositions, sont l’opposition, et la conversion.

ÉtÉMEÜS DE rniLO.SOPniE.

Deux propositions peuvent être opposées contrairement et contradictoirement. L'âme est immortelle, l'âme n’est pas immortelle, voilà deux propositions contradictoires.

Tout homme est menteur, nul homme n’est menteur, voilà deux propositions contraires.

L’opposition n’a lieu qu’entre deux propositions qui ont le même sujet et deux attributs incompatibles.

Le cercle est rond.

Le cercle est carré.

Il y a nécessairement opposition entre deux proposition» de même sujet, et de même attribut, dont l’une affirme et l’autre nie.

Pierre est vertueux.

Pierre n’est pas vertueux.

Si les sujets des deux propositions sont différens, il n’y a pas d’opposition possible. Deux propositions affirm.itivcs opposées, sont toujours contraires et non contradictoires.

Ix cercle est carré.

Le cercle est pentagone.

Les contradictoires, sont toujours: l’une affirmative, et l’autre négative.

Les contraires sont: ou affirmatives, ou l’une affirmative, et l’autre négative.

Corollaire... i* 11 n’y a pas de milieu entre les contradictoires. a" Il y a un milieu entre les contraires.

Conversion des propositions.

La conversion des propositions, occupoit une place immense dans la logique, et bien inutilement ; nous n’eu dirons qu’un mot. On appelle conversion d’une proposi-

élÉMEKS DE PHILOSOPHIE.

tion, le changement du sujet en attribut, et de l'attribut en sujet, sans que la proposition cesse d’ôire vraie, si elle l’étoit auparavant. La grande règle de la conversion des propositions, c’est que la proposition doit conserver après la conversion, la quantité et la qualité, qu’elle avoit d’abord : la conversion n’ayant d’autre but, que de rendre plus évidente la vérité ou la fausseté de la proposition. Par la malière d’une proposition, les scholastiques entendent son sujet et son attribut, par la forme, ils entendent la manière dont ces deux termes sont unis ou séparés. La proposition conditionnelle, est celle dont les parties ‘ sont unies, par la particule si, « Si vous n’étes pas les nourriciers des pauvres, vous en êtes les bourreaux. Si la matière peut penser, l’âme humaine peut-être matérielle.»

§ XI. Du raisonnement.

Le raisonnement est une combinaison de deux jugemens ou de deux propositions, d’où l’on déduit un troisième jugement, ou une troisième proposition. Tout raisonnement renferme trois jugemens; les deux termes que l’on compare, s’appellent extrêmes, et le terme auquel on les compare s’appelle moyen-terme. L’extrême qui a la plus grande extension, s’appelle moycur cœtre'me; celui qui en a moins, s’appelle mineur extrême.

La première proposition du raisonnement, renferme le majeur exlrêmecl lemojen terme, et s’appelle majeure: ' la seconde proposition renferme le mineur-extrême, et s’appelle mineure. La comparaison des termes étant faite, ils SC réunissent dans la conclusion. On appelle aussi la majeure et la mineure, pr<!/m‘ssc.ç, ou antécédens , et la conclusion conséifUent.

KLÉHENK DE FHILOSUPIIIE.

Lo syllogisme est le raisonnement énoncé; le voici :

L'homme est intelUgent,

Or, Pierre est homme.

Donc Pierre est intelligent.

Tout ce que nous avons dit des élémens du raisonne' ment se rétrouve dans ce syllogisme.

Les règles des syllogismes sont au nombre de huit chez les anciens (i).

L’école cartésienne de Port-Royal, n’a qu’une règle, la voici : Jl faut qu'une des prémisses renferme la co7iclusion, et que l’autre Cexprimeou la déclare.Toul raisonnement est réductible au syllogisme.On distingue le syllogis me simple, composé de trois propositions; le syllogisme complexe, disjonctif, copulatif et l’cnthymême.

Les meurtriers de César sont tous parricides ou défenseurs de la liberté ; •

Or, ils sont défenseurs de la liberté, donc ils ne sont point parricides.y oWh le syllogisme disjonctif.

iVul ne peut servir Dieu et l'argent ;

Or, Cavare sert l’argent, donc U ne peut pas servir Dieu. C’est là, un syllogisme copulatif. L’enlhymêiue n’est qu’un syllogisme tronqué, dont une proposition reste sousentendue dans l’esprit.

La vertu est aimable , \

Donc la douceur est aimable.

§ XII. Des sophismes.

I” Prouver autre chose que ce qui est en question est un sophisme, qu’ Aristote appelle ignoratio Elenchi. Ce fut celui des novateurs du seizième siècle ; ils attribuèrent à l’Eglise romaine des erreurs, qu’elle avoit con-

(i) Toute» les logiques de l'icole les dcveloiipcnt longuement.

tLÉMENS DE PniLONUPHIB.

damnées. Supposer la vérité de ce qui est en question, c’est la Pétition de principe. 3“ Prouver réciproquement deux propositions l’une par l’autre, c’est ce qu’on appelle un cercle vicieux. Descartes prouve l’existence de Dieu par rinfaillibilité de la raison, et l’infaillibilité do la raison, par la véracité de Dieu : il fait un cercle vicieux. 4° Prendre pour cause, ce qui n’est pas cause, poet hoc, ergo propter hoc : est un sophisme :

La scbolastiqué a donné à l’argumentation, syllogistique, une importance extrême.

Ce genre de dispute, est comme l’escrime de la raison, un jeu de l’esprit, qui ponvoit convenir à l’enfance de la société catholique du moyen âge : mais la raison, par celle méthode, perd souvent en profondeur, ce qu’elle gagne en subtilité sophistique : revenons h Aristote.

La logique dont nous venons de parler, n’est au fond, que celle d’Aristote, qui a régné si long-temps dans l’école. Il ne la regardoit qnc comme une introduction à la philosophie. La philosophie d’Aristote, comprend la classifl cation des sciences, et ce qu’il dit de chacune d’elles : il divise toutes les sciences en deux classes : les sciences théoritiques, et les sciences pratiques; division purement subjective (i).

(i) It J a deux manières générales de classer les sciences ou Us êtres qui en sont l’objet.

1° Selon le rapport que ces êtres ont arec nus racnllés,.ct alors la classification est subjective.

a” Selon l’ordre naturel des objets cnx-mùincs , et sclou les rapports qu’ils ont entr’enx ; et alors la classification est objective.

Classer tons les phénomènes sensibles en cinq cathégorics coi^ respondantes aux cinq sens, est une classification

IjCs classer en trois cathégorics correspondantes aux êtres inor-

i'lKUENS de PUILOSOFBIE.

Les sciences théoritiquet embrassent 1° les sciences purement expérimentâtes, telles que l’histoire naturelle, la psycologie. etc.

Aristote étudin beaucoup l’histoire naturelle ; son histoire des animaux, est son principal titre à notre admiration. La psycologie comprend les livres de l’âme, de la mémoire, des sens, des choses sensibles, des songes, etc. L’âme, scion Aristote, est comme un cinquième élément, elle émane des étoiles, elle est immortelle, nu impérissable ; mais elle ne parott pas devoir conserver après la dissolution du corps, la mémoire et la volonté. 2° Les sciences purement rationnelles, se partagent , en deux grandes branches : la métaphysique et les mathématiques. D’après Aristote, il existe nécessairement une essense immobile et éternelle, entièrement différente de ce qui tombe sous les sens. Elle est inlinic, elle est Dieu.

C’est cette essence éternelle, intelligente qui donne le mouvement à tout, et de toute éternité.

Les sciences pratiques se divisent en trois branches, l’éthique, la politique et l’économie.

Le bonheur de l’homme consiste fondamentalement , selon Aristote, dans la perfection des facultés de fâme; le perfectionnement de scs facultés, c’est la vertu. L’âme se perfectionnera en gardant dans les passions, une juste mesure entre le trop et le trop peu. Ne quid nimis.

ganiques , organiques ci personnels , voità uncclassificalion otyVo tive.

La ClaeaiticatioB objeclire repote tur uu or«lro aotSriear , a«r l'ordro de foi. Mo» tcatation» queUe» qu’elle» «oient , ne nous ditanl rien, sur la nattii'c intime ou objective des êtres qui sont hors de notre moi.

KLBMCNS b£ PIIIL050FIMË.

Le courage en effet , est le milieu entre Tmidace et la crainte ; la tempérance, le milieu entre l’intempérance et l’insensibilité ; la douceur, le milieu entre l’apathie et la colère; la libéralité, le milieu entre la prodigalité et l’avarice; et ainsi des autres.

Politique et économie.

De deux ouvrages qu’ Aristote avoit composés sur la politique, un seul nous est parvenu, savoir, sa Théorie politique, qui n’est que l’application de son système de morale, à la famille et à la société. Le livre politique que nous n’avons pas, contenoit les constitutions de i5o états ; le livre de l’économie ne nous est parvenu que fort mutilé , il est purement relatif aux mœurs, et aux usages de la Grèce. Aristote assigne l’utilité pour règle è la politique, au moyen de laquelle il justifie, la tyrannie et l’esclavage. Tel est, en y joignant salhéorie du beau, dont il place le principe dans l’imitation de la nature, le système philosophique d’Aristote.

Cette philosophie renferme le germe du sensualisme, comme celle de Platon celui de l’idéalisme. Ce germe de matérialisme ne tarda pas à se développer dans l’école péripatéticienne. Aristoxène le musicien, fut ouvertement matérialiste. Straton de Lampsaqne , surnommé le physicien, prétendoit expliquer le monde sans recourir à la puissance divine.

Le platonisme et l’aristotélisme , ne sont que l’expression de cette double tendance, qui avoit déjà produit dans la Grèce, le pythagorisme, et l’école d’Ionie; et sur une plus grande échelle, dans l’Inde, les Mimansa, et les Nyaya. Après avoir rivalisé long-temps avec le sys-

liLÉMF.H.S OE PnU.OSOPHIE. Gl

lème de Platon, l’aristotélisme, transformé en une science de formules, finit parl’emporter dans le moyen âge; plus tard, quoique vaincu par le platonisme, il a encore exercé une grande influence parla logique.

§ XIII. Stoïciens.

Ce fut vers l’an 3oo avant Jésus-Christ, que Zéiion jeta les fondemens d’une école de philosophie célèbre dans l'antiquité. La philosophie de Zénonsc compose de deux parties; l’une relative à l’intelligence, l’autre relative â l’action. Partant de ce principe, qu’il n’y a dans l'intelligence que des sensations, les stoïciens furent conduits à n’admettro dans l’homme et dans le monde que lo-matière. Le principe actif, l’âme du monde, c’est Dieu; feu vivifiant et artificiel : c’est la raison universelle ; la loi de toute la nature. La conséquence de ce panthéisme matérialiste, étoit, que l’univers ne subsiste que par une série nécessaire de causes et d’effets; de là, le destin, la fatalité. Les stoïciens parlent cependant souvent, de la liberté; mais, comme les jansénistes, ils faisoient consister la liberté dans l’immunité de coaction, et non de nécessité. Passons à la morale stoïque. Sous ce rapport, la morale du portique, est en opposition formelle avec l’épicurisme. A l’intérêt, Zénon substitue le devoir. La raison du devoir, est quelque chose d’immuable en soi; c’est la loi du destin, à laquelle il faut conformer toutes ses œuvres, quoiqu’il en coûte.

Tout ce qui n’est pas volontaire, n’est ni bien ni mal ; et tant que je reste dans le devoir, ni la fatigue, ni les tourmens, ni la mort, ne sont pour moi des maux. Epie- ’

UK l‘im.OSOI>|]lK.

l^lc ivsiiaïc en deux mois toute lu morale du portique : Souffre et abstiens toi.

§ XIV. Pyrrlioniens.

Comme les disputes entre les partisans de l’école de Pyihagore et de celle de Thalès, avoient donné naissance à la secte des sophistes; le platonisme, et l’aristotélisme enfantèrent h leur tour, un nouveau scepticisme.

Pyrrhon, qui vivoit 34o ans avant Jésus-Christ, n’a rien écrit, et nous no connoissons sa doctrine, que par les ouvrages de ses disciples. Le scepticisme pyA’honicn est contenu dans les dix motifs d’indécision, qui sont une série d’objections insolubles è la philosophie. Parmi ceux qui se sont occupés de la recherche de la vérité; les uns ont dit, l’avoir trouvée; les autres ne l’ayant pas trouvée, ont soutenu qu’elle n’existoit pas : les troisièmes enfin, continuent leurs recherches. Lien qu’ils doutent de son existence. Le principe fondamental de Pyrrhon, c’est qu’à tout principe, à tout raisonnement, on peut en opposer un autre de poids égal, et de même force, d’où il concluoit, que l’esprit ne doit rien admettre. Le pyrrhonisme avoil pour but de parvenir à la tranquillité de l’âme, par la tranquillité de l’esprit; il se rapprochoit par là, du quiétisme indien. « Ne rien désirer, ne rien allirmer, c’est vivre, dit L’Oupnek’hat; affirmer ou desirer, c’est mourir.»

§ XV. Deniièmc et troisième Académie.

Pyrrhon s’étoit borné à attaquer les systèmes existans; les chefs de la seconde et troisième académie attaquèrent tous les systèmes. Pyrrhon ne combat que le sensualisme, Arcésilas, et Carnéade, combattirent aussi le spiritualisme.

KLÉMEKS DF. MlIlOSOrniE.

Arcésilas de Pitame s’étant fixé à Athènes, y enseigna publiquement le dogme de la catalepsie, ou le doute absolu. Carnéade, successeur d’Arcésilas, au lieu de prétendre avec son maître, qu’il n’y a rien de vrai, se contentoit de dire que la vérité est entourée de tant de nuages , qu’elle est absolument inaccessible à l’inlclligence. Rejetant h la fois, le dogmatisme positif, et le dogmatisme négatif, il leur substitua le probabilisme. « Le vrai ne nous est pas connu, mais seulement le vraisemblable. »

S XVI. De la Philosophie romaine.

Vers le temps dont nous parlons, la philosophie grecque commençoit à être en honneur è Rome. Rome n’eut jamais de philosophie h elle, pas plus que de poésie ; et conformément h l’esprit positif des Romains, les systèmes moraux deZénonet d’Épicure, eurent beaucoup plus de vogue en Italie que les systèmes de Platon et d’Aristote , où prédominoit l’élément spéculatif. Les Romains n’ayant point modifié les systèmes philosophiques qu’ils reçurent des Grecs, il ne nous reste qu’un mot à dire des hommes distingués, qui chez eux, les pratiquèrent, ou les propagèrent.

Cicéron qui avoit fréquenté dans sa jeunesse l’académie, préféra toujours dans les questions morales, les principes austères de Zénon. Scs écrits philosophiques, sont un précieux recueil de discussions intéressantes sur Dieu, sur le souverain bien, surles devoirs moraux, sur la destinée, la divination, les lois, etc. Ils sont en outre, très-importanspour l’histoire delà philosophie. L’épicurisme compta à Rome de nombreux partisans, mais peu d’hommes supérieurs, sous le point de vue philosophique. Lucrèce re-

f>4 ÉLÉUERS DE PHILOSOPHIE.

vêtit des couleurs brillantes de la poésie, le système d’Épicure. •

Sénèque, Epiclète, Arien et Marc-Aurèlo furent stoïciens.

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^roiôtfme (Époque.

§ I. Philosophie greco-oricntale.

Avant de parler de la célèbre école d’Alexandrie, constatons l’état des doctrines philosophiques, dans l’empire romain. A partir du règne des premiers Césars, on voit se manifester dans le monde philosophique, un mouvement, qui a pour objet de ressusciter les anciens systèmes. Le cynisme renouvelé , trouve quelques sectateurs au deuxième .siècle. Le pythagorisme réveillé aussi au commencement de l’ère chrétienne, est adopté par de nombreux enthousiastes, parmi lesquels on distingue le célèbre Apollonius de Tyane, qui fut h la fois, magicien, thaumaturge, prophète, astrologue et demi-dieu. Sous Auguste, il s’étoit formé une nouvelle école platonicienne. Les sectateurs do cette école, comme les sectateurs du pythagorisme, joignirent un vaste syncrétisme h leurs opinions; c’est-h-dire qu’ils essayèrent les uns et les autres, de concilier tous les systèmes.

Cet éclectisme, universel à cette époque dans le monde philosophique, révèle h la fois, un besoin immense de croyances, et l’impuissance radicale dé tous les systèmes connus.

Diaiti/ ■

ÉLÉHE>S DK PlIltOSOPHIE.

Lcscsprlts cloienl affamc^s de foi cl de science, et Dieu, selon l’expression du prophiîlc Anios, nvoit envoyé sur la terre la faim du verbe du Seigneur. Elle fut suivie de la prédication de la bonne nouvelle; et quelques philosophes qui avoient su échapper nu fanatisme d’un mysticisme dévorant, et aux écueils terribles du scepticisme, l’accueillirent avec transport.

La doctrine chrétienne entra facilement dans leur esprit. Ils trouvèrent dans son symbole, toutes les vérités éparses dans les mille systèmes de philosophie, parmi lesquels, leur raison guidée par une autorité infaillible, pouvoit faire un choix. D’une antre part, les vives lumières que le christianisme répandoit sur la nature divine, et sur la création toute entière, satisfaisoient ce besoin d’activité, et de développement inhérent h la nature humaine.

Ce.seroit ici le lieu de parler de la philosophie des Pères; mais remarquons d’abord, que cette philosophie, ne fut sous un rapport, qu’un éclectisme éclairé par la foi : «Ce que j’appelle philosophie, dit Clément d’Alexandrie, » n’est pas tel ou tel système; mais le choix formel de » ce que chacune de ces sectes, a pu dire de vrai, de fa- » vorables aux mœurs, de conforme à la religion. »

Que si la philosophie de Platon, obtint la préférence, elle dut celte prérogative à ses nombreux points de contact avec les idées chrétiennes, et à la distinction qu’elle établit nettement entre l’esprit et la matière.

Remarquons encore, que parmi les Pères, les uns ont loué la philosophie et les autres l’ont Condamnée. Cette contradiction n’est qu’apparente ; tous ont loué l’efiort de l’intelligence pour expliquer les choses; mais tous ont

ÉLÉMERS DE PHILOSOPHIE.

condamné la philosophie, qiiandils la considéroient comme exclusive de la foi. Les Pères latins ont plus censuré la philosophie que les Pères grecs, parce que les premiers, pla cés au centre de rnnité chrétienne, dévoient être plus frappés des contradictions des philosophes, que les Pères grecs, qui plus éloignés du centre de la foi, étoient portés davantage aux spéculations philosophiques. En outre, le génie latin étoit plus positif, plus constituant, plus invariable que le génie grec, essentiellement spéculatif, et plus porté vers la liberté de conception.

A dater des premiers siècles chrétiens, le besoin de croire, alla toujours croissant parmi les philosophes; et ce fut en vain, qu’Ënéridème et plusieurs philosophes • médecins, jusqu’à Sextus, s’elTorcèrcnt de ressusciter le scepticisme, qui ne pouvoit plus convenir à des intelligences affamées de foi, et placées sous l’empire du christianisme grandissant.

Nous avons dit la cause interne de ce syncrétisme universel que les premiers siècles chrétiens offrent à l’ècil observateur. Les causes externes de cette fusion de tous les systèmes furent, i° la réunion de tant de peuples divers dans le vaste empire romain ; s* la jonction opérée entre l’Orient et l’Occident, par les conquêtes d’Alexandre. Rome en réunissant tous les peuples qu’elle avoit conquis, prépara le mélange de toutes leurs croyances. Les conquêtes du vainqueur de l’Asie, avoient préparé, avant celles de Rome, une fusion pareille pour une multitude de peuples ; et Alexandrie qu’il avoit fondée, pour être le centre de son gigantesque empire, devint le théâtre de l’union et du mélange de toutes leurs opi-

nions.

ÉLKMERS DE PHILOSOPHIE.

La fameuse bibliothèque, et la magnificence des Ptolémées, attirèrent à Alexandrie des philosophes grecs de toutes les sectes. L’école judaïq^ie et l’école chrétienne de cette ville, hâtèrent ce vaste syncrétisme, en montrant rharmbnie des idées religieuses de Zoroastre, de Platon, d’Aristote, soit avec les croyances hébraïques, soit avec les eroyance.s plus développées du christianisme.

S. Panthène, Athénagore, Clément d’Alexandrie, qui tinrent successivement la première école de philosophie chrétienne d’Alexandrie, étoient des philosophes convertis h la foi.

$ II. ]Vëo-platonisme ou pliilosopbic orientale d’Aleiantlrie.

Ammpnius Saccas (le porte-faix), chrétien apostat, est regardé comme le fondateur du néo-platonismc ou de l’illuminisme alexandrin. Il fut disciple de S. Panthène. Son syncrétisme se divise en doctrine publique, et en doctrine secrète. Longin, Plotin, Origène, et Hérennius furent ses disciples. Sa philosophie, dernier effort du paganisme croyant, fut hostile au catholicisme : et pour le combattre avec plus de succès, elle se rapprocha le plus possible, des doctrines chrétiennes, qu’elle s’atlribnoit. Les principaux soutiens de l’école philosophique d'Alexandrie, forent Plotin, Porphyre, Jambliquc, Iliéroclès, et Proclus.

Plotin, né eu Égypte en ao5, mourut en 270. Son but philosophique, fut d’allier toutes les doctrines grecques, à toutes les doctrines orientales, et le noyau de son syncrétisme parott avoir été la philosophie do Platon. Il part de l’unité absolue; l’unité c’est ce qui est; rien n’existe sans elle, tout ce qui n’est pas un n’est pas. Dès

KLÉMF.NH OE PÜILOSOPRIE.

le début de la philosophie piolinienne, nous retrouvons l’idée fondamentale du panthéisme indien. • Ce qui nous est commun avec les autres êtres; ce par quoi nous ne sommes (fuun avec eu.v , voilà ce qui est réellement. » Notre individualité, notre moi, n’est rien de réel ; c’est l’illusion des philosophes indous. L’unité envisagée antérieurement à toutes les formes sensibles, est la nuit obscure des P' édas, l’abime ténébreux des Gnostiques.

La philosophie alexandrine admet une trinité. L’un dépourvu de tout attribut, est la racine de toute chose, l’un est Dieu. L’intelligence est l’unité dérivée, l’intelligence est la dualité ; c’est Dieu à son second degré. Eu un mot, r«n en se contemplant, produit l’intelligence; l’intelligence cn'sc contemplant, produit la pensée; la pensée en se contemplant, produit le monde; et le monde, la pensée, l’iiitelligcnce, l’unité, tout cela est éternel.

Le subjectif et l’objectif sont identiques. Il y a deux mondes :1c monde intellectuel elle monde sensible, image du premier: le ciel est intermédiaire. Le monde intellectuel est le séjour des dieux purement intellectuels. Le ciel est habité par des divinités d’un ordre inférieur. Plotin admet trois substances, pour expliquer le monde physique : la forme, la matière et le corps. Tout dans le monde est nécessaire; tous les êtres tendent à la perfection; mais l’âme humaine ne peut y arriver, qu’en se perdant dans C unité par l'extase .L’absorption dans l’unité n’a lieu qu’après de longues transmigrations, qui servent à purifier l’âme. Cependant l’âme peut y parvenir dès ici-bas par la philosophie.

Ce système philosophique obtint une grande faveur.

ÉLÉMEHS DE PHILOSOPHIE. (il)

Les successeurs de Plotiir, jusqu’h Procliis, n’oiil guère l’ail que Je développer.

Porphyre, disciple de Pioliii, avoit eu pour premier niatlre Origènc, 11 s’adonna aussi au mysticisme. Son traité de l’abslinencc de la chair des animaux, suppose une connoissance profonde des mœurs, des croyances, et des institutions religieuses do l’antiquité. Scs travaux philosophiques ont principalement pour but, de montrer 1 ° l’accord de la philosophie de Platon avec celle d’Aristote, d’une part; et de l’autre, avec les docirincs orientales et pythagoriciennes; 2 “ de rattacher toutes cos doctri nés an paganisme, dont il fut un grand défenseur; 5° de combattre le principe fondamental de Plolin, savoir: que le connu n’est pas distinct du connohsant. Cependant, il revint 5 ce principe.

J amblique, disciple de Porphyre, surpassa son maître en réputation, mais non en talens. Avec lui, l’école d’Alexandrie .se précipita de l’illuminisme dans la ihéurgie; c’osl-h-dire dans l’art de s’unir à Dieu, par des pratiques mystérieuses. Il appuietonles ses extravagances de l’autorité des livres hermétiques, dans lesquels il prétend que Pythagore et Platon, ont puisé leur philosophie.

Jamblique eut un grand nombre de disciples, entr’autres, Odésius, qui lui succéda dans l’enseignement.

A l’école de Chrysanlc, disciple d’Odésius, appartint Julien -l’Apostat. Hiéroclès florissoit au commencement du cinquième siècle; il étoit philosophe, syncrétislc, et s’efforçoit de prouver qu’ Aristote cl Platon n’avoienl qu’une même philosophie.

Proclus, né h Constantinople en 4i2> lut l’une des plus

KLÉMEJ^S DE rBlLUSOPIIIK.

grandes gloires de l’école d’Alexandrie, et sou dernier représentant.

Honnnc d’nn vaste savoir, il ne sut cependant pas sc garantir de l’exaltation du mysticisme, ni des extravagances de la théurgie; adorateur de tous les dieux, il se déclara le prêtre de toutes les religions.

M. Cousin l’appelle : l'Aristote du mysticisme d’ Alexandrie, Sa philosophie se divise en trois parties, suivant qu’elle a pour objet, soit l’ensemble des êtres, soit les connoissauces humaines, ou la morale.

Proclus admet, comme Plotin, une unité primordiale, absolue, seule réellement subsistante.

Ainsi tout ce qui existe, n’est qu’une émanation de l’être infini. Les idées n’étant que les types des êtres, les êtres réalisés sont dans le même ordre que leurs types.

11 existe cinq ordres de connoissanccs résultant i" des sensations et des images ; 2 ” des notions ; 3° de l’union de l’absolu et des sensations,' 4° de la contemplation immédiate des idées dans leur essence; 5° de la communication directe avec Dieu même.

La théorie morale de Proclus n’est que la réalisation corélative des cinq degrés de la connoissance. Elle a aussi cinq degrés. Dans le premier, l’âme est dominée par le corps. Dans le second, elle en est encore accablée. Dans le troisième, elle dominede corps en faisant usage de la liberté, mais elle le sent encore. Dans le quatrième, elle, ne sent plus qu’elle seule. Dans le cinquième, elle établit une société non plus d’intelligence, mais d’action avec Dieu. C’est la théurgie. Ainsi, l’illuminisme dans l’ordre intellectuel; la théurgie dans l’ordre moral, telle est la dernière forme du panthéisme alexandrin. ProcLis sontenoil.

EI.EMENS UE EUlLOEUrHU:.

comme Plotin , l’éternité du monde. Il admit une providence qui s’étend à tous les êtres; il reconnut l’exisiencc du mal, qui dans l’ordre physique est un bien selon Dieu ; attendu, que la corruption d’un être, contribue à la production d’un autre être. Dans l'ordre moral, le mal est un désordre imputable aux êtres pensans qui s’écartent librement de la raison.

AvecProclusfinit, & proprement parler, l’école d’Alexandrie. Il eut une foule de disciples , parmi lesquels, on distingue une femme nommée Hispassùs, qui périt victime d’une émeute, h Alexandrie, où elle enseignoit la philosophie.

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(Stuatrime iSpoqur.

nilLOSOPUIE UU MOVEiV'AUE.

Avant d’exposer la philosophie de l’Occident ou du moyen âge, remarquons d’abord, que le mouvement philosophique, qui se manifesta chez les Arabes, ù partir du huitième siècle, ne fut en général, que l’aristotélisme, combiné avec le platonisme et le pythagorisme.

Secondement, que le goût des études anciennes, que l’on vit se ranimer h Constantinople, sous le règne de Léon- le-Philosophe, et sous celui de Constantin Porphyrogénette, ne produisit que quelques dialecticiens habiles, et quelques commentateurs d’Aristote. La philosophie du , moyen âge, comme le moyen âge lui-même, datent de

ÉLÉMENS DE PHILOSOPRIE.

Charlenitigue. Aidé des conseils du célèbre Alcuin, il fonda l’école du palais, et restaura dans toutes les Gaules, les écoles épiscopales et monastiques.

La pénurie, et les foibles ressources des matériaux philosophiques employés par Charlemagne et par Alcuin è la régénération de la philosophie en Occident, furent la cause principale du peu d’activité des intelligences pendant plusieurs siècles.

Les éprits demi-littéraires et demi-philosophiques de S. Mamerl, évêque de Vienne, de Capella, de Boès, de Cassiodore, de S. Isidore, et dellede -le-Vénérable, furent, pendant une longue période, les seuls livres philosophiques connus et étudiés en Occident. Mais, quand la dispute des nominalistes et des réalistes, et les commentaires arabes sur Aristote, ainsi que les autres ouvrages de ce philosophe, vinrent animer les écoles de philosophie alors, l’activité des esprits, devint grande, plus grande même, qu’elle ne l’avoit été, chez les Grecs. La première période qui ouvre cet âge fut très pauvre, en productions philosophiques. Alcuin , qui commence cette nouvelle ère, a laissé des ouvrages théologiques, des livres de poésie, et quelques ouvrages purement philosophiques. Raban-Maure, son disciple, répandit la dialectique en Allemagne: mais vers la dernière moitié du neuvième siècle, il s’éleva en Occident, un philosophe bien supérieur ii tout ce qui l’avoit précédé.

Jean Scott, surnommé Erigène , parce qu’il étoit irlandais d’origine, joignit h la connoissancc du latin et du grec, celle de l’arabe et de l’hébreu; il traduisit les livres attribués ù S. Denis de l’aréopage; Aristote et Platon, lui étoient familiers. Il appelle Platon le plus grand des

ÉLEMKK8 DE pniLOSOPniE.

philosophes du inonde ; et Aristote, le scrutateur le plus subtil de la diversité des choses naturelles. Scot hrigène passa plusieurs années à la cour de Charles-le-Chauve, comme maître de l’école du palais ; et on a de lui, plusieurs ouvrages, entr’autres un livre intitulé; de divisions naturœ.

C’est l’orientalisme et le platonisme, encadrés pour ainsi dire, dans les formes logiques de la philosophie d’Arislote. Comme l’école d’Alexandrie, et comme lu philosophie orientale, Scott Erigèhe part de l’unité première.

« L’unité admise, comme point de départ, quelles » peuvent être les fonctions de la philosophie ? Elle a pour n but, d’expliquer, comment la diversité est sortie de cette » unité radicale. » Dès la première page, on trouve une classification célèbre dans la philosophie indienne. *La » nature qui est incrée et qui crée, c’est Dieu. La nature » qui est créée et qui crée » , c’est l’ensemble des causes primordiales. La nature qui est créée et qui ne crée pas, c’est le monde corporel, au-delà duquel nul progrès, nul développement possibles. La nature qui nest ni créée, ni créante, c’est le retour et la consommation d’une chose, dans le sein d’une unité primitive. Mais rien de réel sons tous ces phénomènes, que Dieu, dont l’intelligence seule, comprend toutes choses, et est toutes choses.

« L’ineffable bonté, dit Erigène, descendant du som- » met de la création, et s'épandant do degrés en degrés, » jusqu’aux dernières limites de l’existence, fait tontes J) choses, subsiste en toutes choses, est toutes choses. » Tout est sorti de celte unité, tout y rentrera un jour, • selon les lois d’un progrès qui spiritualisera toutes chu-

'4 KLÎMEN!) DE PlIlLUSUrUIK.

» $ee. Dons lo retour à l’unilé, le corps se résout daus t le niouvcinent vital, le mouvement vital dans le seuti- » ment, le sentiment dans la raison, la raison dans l’âme, » l'âme dans la science des choses qui sont au dessous de

> Dieu ; la science dans lo sag-essc, qui est la contemplà- » tion intime do la vérité, autant qu'il peut être accordé » à la créature.

• A CO degré, chaque esprit est devenu comme nn astre

> intellectuel, et alors s’accomplit le soir de la création, » le couchant de toutes les intelligences dans ces ténèbres » lumineuses , région des causes, et alors le jour et la • nuit ne seront ^u’un. t

Ce grand système d’erreurs, fut proscrit au treizième siècle par une bulle du pape Honorius III. Il n’en est pas moins, en fait de philosophie, le phénomène le plus singulier, que nous offre le moyen âge.

Le dixième siècle, agité par les secousses politiques, n’offre è l’histoire de la philosophie, aucun nom remarquable, Gcrbert, moine en Âurillac, puis pape sous lo nom de Silvestre II, répandit dans les écoles de Tours, d’Aurillac, et de Sens, les connoissances qu’il avoit acquises à Cordoue et à Séville, dans les mathématiques et dans la philosophie d’Aristote. L’empereur Othon II, qui lui confîa l’éducation de son fils, l’appeloit le philosophe par excellence.

Le onzième siècle, nous offre la fameuse controversie de Lanfranc do Paris, avec Béranger de l’abboyc de Saint Martin de Tours.... Béranger appliqua le premier, les formes de la dialectique, è l’étude de la théologie.

S. Anselme, archevêque deCanlorbery, mort en i ^oy, fut supérieur N tous ses contemporains, par la sagacité

KLÙ.MEKS IIE PIIILOSlIPIIIE. ^5

(le son esprit, et par ses talens en dialectique. Nous avons de lui plusieurs ouvrages de philosophie.

C’est dans le Monolo"ium (i), que S. Anselme développe la prouve de l'existence de Dieu, puisée dans l’idée de l’étre parfait; preuve que S. Thomas rejette, et (|ue Descartes a reproduite ensuite avec tant d’éclat. Voicii’argumeut de S. Anselme : « L’athée le plus insensé, a dans la pensée l’idée d’un bien souverain : — Or, ce souverain bien ne peut exister seulement dans la pensée, donc ce souverain bien existe hors de In pensée; — doncÜieu existe. » Malgré son rare talent de dialectique, S. Anselme appartient, par un grand lUHiibre de ses écrits, •’i l’école intuitive. Car le mojeii âge nous oll’re deux sortes de théologiens ]>hilosophes : i“ l’école intuitive, qui a pour représentnns principaux, S. Anselme, S. Bernard, Hugues et Richard de Saint-Victor, Guillaume de Paris, Saint-Bonaventurc, Pétrarque, Gerson et l’auteur de l’imitation... 2° L’étîole logique du moyen fige, qui a pour représontans la presque totalité des autres théologiens et des autres docteurs de celte époque. Ce sont les scholastiques, dans l’acception de ce mot, qui désigne la forme dialectique, logique ou aristotélique, appliquée à l’enseignement, et à l’étude de la théologie et do la philosophie. — L’école intuitive préfère à la dialectique, la méthode de contemplation et se rapproche ainsi de la philosophie indienne et platonicienne. — L’école logique, se revêt des formes rigoureuses de la philosophie grecque, que l'école iiitui tive néglige. .... . .

L’école logique s’occupe de la vérité par rapport è

(■)Scu cxempliiin m'.’dilamli , «cl lides qusrcns inlcllcclum.

l’intelligence; et l’école intuitive ne s’occupe du vrai, que dans scs rapports avec l’amour. ’

C’est au onzième siècle, que remonte la fameuse coii' troverse des nominalistes et des réalistes, bien antérieure au moyen âge, puisqu’elle se lie aux systèmes de Platon, d’Aristote et de Zénon.

Suivant Platon, les idées générales, ont une existence dépendante d’un objet particulier, dont elles sont les types nécessaires et auxquels par conséquent, elles préexistent. Suivant Zénon, ces idées n’ont qu’une existence logique, et postérieures aux objets qu’elles représentent; enfin, d’après Aristote, ces sortes d’idées jouissent d’une existence en quelque sorte physique; c’est-è-dirc, qu’elles sont inhérentes anx objets qu’elles représentent. Ce fut un chanoine de Compiègne, nommé Roiisselin, qui commença la fameuse dispute des nomtnauæ et des rcaux, II prétendit, que les idées générales, ne sont que de purs noms, que des formules verbales ; qu’elles n’ont point d’existence hors de l’esprit qui les conçoit ; que c’est au moyen de ces formules purement verbales, qu’on exprime les qualités communes, que l’on a observées entre les objets individuels.

Guillaume de Champeaux cul une lutte vigoureuse à soutenir , contre son disciple Abeylard. Abeylard , h l’exemple de S. Anselme, essaya d’expliquer les dogmes et les préceptes du christianisme, par la philosophie. Il soutint des opinions hétérodoxes telles que celle-ci: «La science doit précéder la foi; » d’où il suit, rcmarquoit S. Bernard, que la vraie foi, la foi certaine, repose en dernière analyse, sur le jugement individuel. Sous ce rapport, Abeylard fut le Descaries du moyen âge.

Les hommes les plus célèbres de l’époque qui nous occupe, furent Pierre Lombard de Paris, appelé le maître des sentences ( i ). Le mystique Hugues de Saint-Victor, et Richard son disciple. Vers la fin du douzième siècle, Simon de Tournay, Amalric de Bène, et David de Dinan , reproduisirent, à peu près, le panthéisme de Scott Erigène ; mais S. Bernard , et Jean de Salisbury, disciple d’Abeylard, montrèrent le vice de cette philosophie. Les papes cependant, essayèrent d’arrêter les esprits, qui h cette époque, se précipitoient avec une sorte de fureur, sur les livres et les commentaires d’Aristote, îi cause de l’abus qu’on en faisoit. Mais deux hommes, contribuèrent puissamment, h relever le crédit d’Aristote, par le bon usage qu’ils firent de ses écrits. Ce sont: Albert-le-Grand, et saint Thomas d’Aquin.

Albert de Balhitad, né en Suave, vers la fin du douzième siècle, se distingua par une immense érudition. On a do lui 2 1 volumes in-folio. Théologien, moraliste, mathématicien, philosophe, naturaliste (2); plusérudit que profond, il eut la gloire [d’être le maître de S. Thomas d'Aquin.

S. Thomas, dominicain comme Albert-le-Grand , est le génie le plus élevé dont s’honore l.n scholastique. Ses oeuvres, qui sont en 2 1 volumes in-folio, se divisent en œuvres philosophiques;, et théologiques , en commentaires sur l’Écriture sainte, et en opuscules ou mélanges.

La philosophie de S. Thomas se présente, comme un

(1) A cause de son livre composé d'une collcelion de scutcnces tirées des Pères de l'Eglise snr les düTércns dogmes.

(2) Scs connoissanccs physiques le firent reg.irjer, dans les environs de Cologne, comme nn magicien.

Digiîized b, ijOOgli'

r.I.ÉMKNS Dû PUILOSOPHIP.

grand commentaire d’Aristote. S. Thomas remorf|iie , que la philosophie, n’étant ni perpétuelle, ni universelle, ni invariable, n’est p.is le moyen donné aux hommes, pour connoStre la vérité. Toutefois, ni S. Thomas, ni aucun philosophe catholique du moyen âge, n’a traité la question de la certitude; cette question n’étant jamais agitée que dans des siècles de doute. Le chef-d’œuvre de S. Thomas , est sa Somme tliiologiquo : «Un des plus » grands momimens do l’esprit humain, ou moyen âge.

» dit M. Cousin, et qui comprend avec une haute méta- » physique, un système entier de morale et même de po- • litique, et cette politique, ajoute-t-il, n’est pas du tout » servile. »

S. Bonavenlurc , appelé le docteur séraphique, contemporain, et ami de S. Thomas, n’employa les spéculations philosophiques que dans un but moral et mystique. Son livre du chemin de l'âme vers Dieu, renferme différens degrés assez ingénieusement imaginés pour s’élever au souverain bien, et correspondons aux diverses facultés de l’âme.

Ro"er Bacon, savant distingué, l»nta au treizième siècle, de faire cesser le divorce qui existoit alors, entre les études théologiqiies et les éludes physiques. 11 voulut ramener la physique h l’expérience, pour s’élancer de lîi, , dans les spéculations de la science; de même qu’en scholastique, on fondoil sur la foi, les systèmes de métaphysique et de morale. Le moine Bacon, préludoit ainsi, à la réforme opérée, trois siècles plus tard, par le chancelier du même nom.

Raymond Luile de Palnia, dans l’tle Majorque, est auteur d’un système philosophique, ou plutôt de certaines

KLÉMENS DE PniEOSOPHIR.

cathégories, au moyen desquelles, il prétendoit expliquer logiquement, tous les mystères et toutes les vérités. Cette espèce de machine philosophique, reposoit sur ce principe des néo-platoniciens, savoir : que les êtres se lient entreeux, comme les vérités, et qu’ainsi, en étudiant l’enchaînement des vérités , on étudie l’encl^ainement des êtres. Sa méthode se répandit en Espagne, en Italie, en France, et fut suivie dans plusieurs écoles jusqu’au dixseplièmo siècle.

Jean Scott, surnommé le théologien subtil, et père de l’école qui porte son nom. semble avoir pris à tâche, par de sophistiques distinctions, de combattre, de contredire et de réfuter toutes les opinions de S. Thomas. Il avoit h Paris, jusqu’à 5o,ooo disciples, et quoiqu’il soit mort à trente-quatre ans, il a laissé 1 2 volumes in-folio. L’interminable dispute des réaux et des nominaux, et celle des scotlstes et des thomistes décréditèrent, peu à peu, la scholastique, dont la gloire, h partir du quatorzième siècle, alla toujours en s’éclipsant. Le célèbre Occam, ressuscita la querelle des réaux et des nominaux, et embrassa chaudement le nominalisme.

Tout le quatorzième siècle, efune partie du quinzième, sont remplis do leurs éternelles disputes. Toutefois, les réalistes dominèrent habituellement dans l’université de Paris. Cependant, tandis que les chaires scholastiques retentiSsoient de ces tumultueux combats, quelques hommes célèbres, continuoient la chaîne de l’école intuitive. On distingue parmi eux, JeanTaulère, 5 Strasbourg, Pétrarque, et l’illustre chancelier de l’universilé, Jean Gerson.

L’arrivée des Grecs en Italie, vers le milieu du quinzième siècle, fut le signal d’une révolution b la fois litté-

Sa

KLÉMENK DE l■^II.OSOPIIIE.

raireel philosophique. Les œuvres de Platon, qu'ils avoient apporlées, coûimencèrenl à être connues, et soulevèrent contre la scholastique , beaucoup d’esprits. Aristote trouva aussi des d’admirateurs parmi les Grecs réfugiés ; mais Platon eut un panégyriste puissant dans Gémistius Pletho , grec lui-même. Les Médicis partagèrent bieulôl l'enthousiasme de Gémistius pour Platon, et le cardinal Nicolas de Cuss, aidé du célèbre Marcile-Ficin, seconda le grand Côme, dans la fondation d’une académie platonicienne h Florence, en i46o.

Le platonicisme , et l’aristotélisme, l’emportèrent sur toutes les écoles philosophiques ressuscitées des Grecs. Ficin, traduisit Platon, Plotin, Jamblique\ Proclus, etc. Il regardoit la philosophie de Platon, comme un puissant auxiliaire du christianisme. Après Ficin , il faut placer Jean Pic, comte de la Mirandole, qui regardoit la cabale comme intimement liée au christianisme, k la philosophie de Platon et de Pythagorc.

Si Platon eut des enthousiastes, Aristote ne resta pas sans défenseurs. Georges Scholarius , Théodore de Gaza , Georges de Trébisonde,lui acquirent de nombreux partisans parmi les théologiens cl les médecins. En Allemagne, Luther, Mclanchton et les autres réformateurs adoptèrent .sa philosophie. En France, l’université conlinuoit de regarder Aristote comme le philosophe par excellence. Pierre la Ramée, membre de l’université de Paris, entreprit de détrôner Aristote. Il le combattit avec acharnement; mais il fut assassiné la nuit de la Saint-Barthélemy, par l’un de ses principaux adversaires philosophiques.

Dini’irrrf hy Googk

KLKNENS DE IMIlfOSOPHIF.

Cinquihnr <£püqiir.

PIIILOÜOl'IIIF, MODEUVe.

Trois lionimcs, ont principalcmonl iolltii^ sur la philosophie, clans les (rois iloniiers siècles : Bacon, Desrarles, Lcihiiit/. Essayons île car.iclériscr les systèmes de ces hommes célèbres dans le inonde de la pensée.

Bacon naqtiili è Londres, en 1 56 1 , et mourut en iG^ti. Mécontent dès son enfance, clc la philosophie d’Aristote, il en entreprit la réforme. La philosophie d’Aris.totc, s’occupe beaucoup plus des mots que des choses : il résolut de remplacer des termes par des faits, et des raisonnemens par l’cxpéricncc. Bacon suppose en principe, que les sensations généralisées, forment l'intelligence humaine. Cette base admise, il n’existe qu’une science, savoir : l’interprétation de la nature, ou la philosophie naturelle. La métaphysique regarde ce qu’il y a de général, et In physique ce qu’il y a de parlicnlier, dans les phénomènes du monde physique. Pour parvenir h cette interprélalion de, la nature, il faut réduire l'entendement h son état primitif, b une table rase; il faut dépouiller de plus, noti-e esprit de scs habitudes d’erreur, dont les causes sont réduites h quatre principales par Bacon. Il les appelle idoles, parce que notre esprit rend è certains préjugés, les hommages dus îi In vérité seule. Ln première, appelée tdola

fi

kli:meN8 de philosophie.

iribûs, comprend les préjugés communs aux les hommes en société; In seconde, idola specûs, les préjugés particuliers h chaque individu; la troisième, idola fort, les préjugés, fruits des termes ambigus, que les hommes échangent dans le commerce de la vie; la quatrième, idola iheatri, les erreurs reçues par voie d’enseignement.

Bacon n classé toutes les connoissances qui nous viennent par la sensation. Il distingue trois sortes de philosophies : 1" l’empirique, qui ne fait qu’entasser des faits, et ne produit rien; 2° la philosophie rationnelle, condamnée h errer toujours, sans pouvoir jaiAais conclure. Il compare la philosophie empirique, à la fourmi qui entasse force provisions; In rationnelle à l’araignée, qui lire d’cllemêmedeslils dont elle compose scs tissus fragiles; 5° enfin, la vraie philosophie, qui n’est que la nature élaborée par l’intelligence , et qui doit ressembler h l’abeille.

Le procédé que suit la vraie philosophie, est V indactioH substituée au syllogisme. U induction énumère d’abord les divers phénomènes; elle écarte tous ceux qui empêchent l’esprit de saisir la nature dans sou acte pur et sim ■ pie, par rapport h tel ou tel phénomène particulier ; ensuite, on établit des axiomes; puis l’intelligence pénètre, interiora rerum. De là, on passe h la pratique, c’est -.àdire, à l’art; et alors, la science a atteint son but, qui est, l’amélioration du genre humain. Yoilà les actes principaux de la philosophie de Bacon, voilà sa marche.

Bacon a imprimé une impulsion nouvelle aux sciences physiques. Comme un ensemble de procédés, pour mieux conuoître la nature physique, la philosopl\ie de Bacon , est de beaucoup préférable à la scholastique; et on peut

ÙlÉMENS DE PUaOSOPHIE. !j">

dire, que Bncoii, csl uii des hommes , qui oui exercé le plus d’influence sur l’esprit des lems modernes, et sur la science. Coinnie lliéorie générale de l’esprit humain, le principe fondamental de Bacon, qui fait dériver toutes nos connoissnilcos do la sensation, y met un obstacle éternel, invincible, car la sensation ne nous apprend rien,’ rien absolument sur l’immuable, sur l’absolu, sur l’inflni.

Le fameux Hobbes, né en i 588 , mort en 1G79, ami et disciple de Bacon, développa dans toutes ses conséquences le principe fondamental de son muilre. Toutes nos connoissances provenant des sens, il n’existe que des corps; l’ame ne peut connoitre que le fini; la loi morale est la loi de la nature, qui donne à chacun, le droit de tout, sur toutes choses. Mais la guerre qui suit de ce-droit épouvantable, est contraire à l’amour de 801,106 là, selon Hobbes, un contrat primitif, en vertu duquel, chacun a remis h un seul, le pouvoir arbitraire dont il jouissoit.

Ainsi, puissance absolue du prince; obéissance absolue , éternelle des sujets, voilh les conditions nécessaires de toute société. i .tüTyfs

Locke, né près Bristol, en 1 63 a, mort en 1704,' fut moins conséquent que Hobbes; il s’occupa principalement de l’origine, de la réalité et des limites de nos connoissances. Il combattit les idées innées de Descartes, et s’efforça de montrer, comment nos idées dérivent de la sensation. La modération de son caractère, l’empêcha de tirer les conséquences logiques de son système. Son Essai sur C entendement humain, eut beaucoup de vogue en • Angleterre, dans les Pays-Bas et en France. Le système sensualislc de Bacon , développé par Locke , conduisit plusieurs Anglais au scepticisme; entr’autres le célèbre

klëmens de pniLOSOpnir.

David Hume, c|iii comballit de toulc sa force, la notion de cause admise par tons les philosophes. « L’expérience seule, disoit-ii, est la source de nos idées; or, l’idée de Dieu, de l’iinmortolilédc l’âme, du libre arbitre, ne tombe pas dans le domaine de l’expérience, donc, etc. » Les philosophes d’iidimbourg lui opposèrent avec raison, le sens-commun.

A l’époque dont nous parlons, le sensualisme de Locke débordoit en France. Gassendi, et plus tard, les encyclopédistes, ayoient fait comioîtrc Bacon ; Condillac naturalisa Locke parmi nous. Toutes nos idées, selon Gondillac, ne sont que des se.usatio7^s iransformees ; de là, les premières notions, de l.’i, son roman sur l’origine du langage-

Sa réserve, dans la déduction logique des conséquences qui sortent de celte théorie du matérialisme, lui attira de nombreux disciples.

Lamélric, d’Holbac et Helvétius, en firent hardiment sortir l’athéisme; mais ils ne firent point d’école. L’école sensualiste du dix-huitième siècle, se rattache principalement à Condillac, cl la queue s’en est étendue jusqu’à nous, par Cabanis, de Volney, Deslutt de Tracy, Broussais, Comte, etc. Tous ces philosophes ont exposé diversement le même système, dont la pensée fondamentale c.st celle-ci matière seule tombe daj)s le domaine de l' expérience. Donc , tout est matière.

§. I. Leibnilx.

Nous intervertirons ici, l’ordre chronologique, comme nous l’avons fait pour Ëpicurc, et pour la même raison.

Leibnitz, l’un des génies les plus universels et les plus

ELEnKNS OE FIIILUÜUFHIE.

élevés, qui aient paru dans le monde, naquit à Leipsik en 1646, et mourut k Hanovre en 1716.

Nous allons exposer rapidement, scs vues philosophiques.

Leibnitz, place le principe de nos connoissanccs, non dans nos sensations, comme Bacon, Locke et Condiiloc; mais dans nos idées.

Nos idées sont innées, iioii qu’elles soient perceptibles a notre entendement, sans le moyen des sensations, mais parce qu’elles y sont déposées, comme l’étincelle dans un caillou, et que le choc en fait sortir.

Ainsi, nos âmes ne sont pas des tables rases, où les sensations viennent imprimer les notions des choses; mais conformement à la pensée de Platon, elles contiennent le principe, le germe, le type des idées universelles, que la parole, que les sensations externes ne font qu’exciter, que réveiller dans l’âme. Outre les idées universelles et innées, dans le sens dont nous venons de parler, il existe pour l’âme , des 'vérités contingentes, bornées, relatives; mais les premières sont les plus nobles.

C’est la connoissance des vérités universelles, qui nous distingue des purs animaux, et qui nous rond vraiment raisonnables. Par cette notion de l’absolu, de l’immuable, de l’infini, nous avons l’idée du moi, de l'être, de Dieu.

Mécontent du critérium de Descartes, Leibnitz en assigne un autre, qui se réduit eu dernière analyse, à celui du philosophe français; et n’en est que la modification. La preuve que Leibnitz donne de l’existence de Dieu, et qu’il appelle une preuve à priori, n’est au fond, que celle de Descortes lui-même. Dieu est possible, donc Dieu est: c’est comme si l’on disoit : Le possible est possible; l’éirc

KLÉMEKS DE PBIL080PB1E.

Dieu, selon Leibnilz esl la cause des êtres finis ; il possède une puissance, qui est la source de toutes choses ; une connoissancc, qui contient le tableau des idées; et une xwlonlé, qui produit les êtres finis, et leur imprime comme une image de ses attributs divins. Ces êtres ne sont pas une émanation de Dieu, c'est-à-dire, une effusion passive do l’être divin : production libre de l’unilé primitive, de la substance simple, féconde; ils naissent pour ainsi dire, par de continuelles fulgurations delà divinité, limitées par la réceptivité, essentielle à toute créature (i).

Mais ces êtres en eux-mêmes, que sont-ils ? Ici se présente le fameux système des monades.

11 n’existe que des substances simples ; et les composés, les agrégations, ne sont que des assemblages de l’élément simple. Dieu est l’être simple, primitif; la monade par excellence. Les êtres créés, sont les monades secondaires, des êtres simples, dérivés. Mais alors, que devient l’existence do la matière?

Los monades créées, existent, selon Leibnitz, h deux états divers ; les unes sont de simples forces, douées seulement de perception-, c’est la matière brute; les autres douées de Capcrception, ou de la conscience de soi, sont proprement les aines; lesquelles se divisent en âmes raisonnables, qui ont un moi, et en âmes des bêtes, qui n’ont qu’une conscience sourde et aveugle de leur être.

Mais, comme les monades sont essentiellement simples, ce que nous touchons, ce que nous appelons corps, est

(i) Le Jini toujours limite , peut loujuuis recevoir, est (oujours 9Uficcplibie d'une rccepti\'iié progresrive ; Yhi/iin n'a point de revep-

ÉLÉMEK.S nE l’HILUSOPHlE.

pureuienl phénoméuül. Après avoir distingué de celte manière, le monde des esprits, du monde matériel, Leibnitz cherche à constater les lois de liÿnrs relations mu- Inelles, par son fameux système de l’harmonie préétablie.

Le problème de l’union de Tâmc et du corps, avoil ' reçu deux solutions contraires. D’un côUi, les philosophes du moyen âge avoient cru que le corps et l’âme, agissoient réellement et physiquement l’un sur l’antre; d’un autre côté, Dcscarlcs avoit attribué à une action directe et immédiate de Dieu, les phénomènes que semble attester le système do communication.

Leibnitz rejeta ces deux explictilions. Il établit que l’ànic cl le corps agissent selon des lois diverses, et sans exercer l’un sur l’autre, *aucunc influence directe. Mais l’harmonie qui existe entre l'âme et le corps, vient, uniquement, des rapports qui existent entre l’âme et lecorps de chaque individu; bien que ces rapports ne provieiilient pas d’une action directe de l’un sur l’autre, ni que l’acliou immédiate de Dieu en soit le principe ; mais parce qu’ils sont produits par la simultanéité qui résulte des lois de leur création ; en sorte que celle âme et.ce corps, sont faits pour aller ensemble comme deux montres, qui, placées à distance, et montées par lu même main, repreduiroienl le meme jeu liurmoniquc de leurs i-essorls divers, et sembleroient ainsi exercer l’ime sur raulre, une mutuelle influence. Pur cette hypothèse, Leibnitz échappe habilement à l’écueil de l’idéalisme, où semble le conduire le système des monades simples. Ainsi, les corps, quoique résultant des monades donées sinipleuieul do perception, ont cependant dans le svslèmc de l’harmonie préétablie, une cxisleqgc^oôycctit'c.

KLÉMERS DE PHILOSOPHIE.

Pour achever de faire connoUre la philosophie de Leibnitz, dans CO qu’elle a de fondamental, disons uii mot de su doctrine de la représentation des uionadçs, et de son système de la perfection du monde.

Comme tout est plein dans l’univers, il s’ensuit, que chaque monade, dans ce grand tout, reçoit, selon la place i|u’elle occupe, une impression du tout lui-même. Ces impressions, sont les perceptions dont nous avons déjà parlé; perceptions nécessairement confuses à cause de leur multitude. Les monades sont aussi des miroirs sur lesquels rayonne l’univers, selon qu’elles lui sont exposées : elles tendent confusément à l’infîni, et sont illimitées dans leur objet; mais elles sont limitées dans leur mode de perception. Le corps représente l’univers, et l’àme qui représente le corps, devient le miroir vivant do tout Tunlvers. Les âmes sont encore les miroirs de la divinité, elles en sont l’image, cl par leur communication avec Dieu même, elles deviennent membres de la grande cité de Dieu.

Optimisme.

Il existe dans la puissance infinie, une multitude de inondes dont riulelligcnce divine counoit les degrés divers do perfection. Dieu a pu choisir le plus parfait; sa sagesse et sa bonté lui en faisoicnl un devoir. Donc, parmi tous les inondes possibles. Dieu n choisi dans sa bonté, et produit dans sa puissance, le monde que sa sagesse lui a fait connoUre comme le meilleur; donc le monde crée, est le plus parfait des mondes. Les adversaires de rojitlmlsmc opposolenl : i°qne créer un monde parfait est chose impossible; 2" que Dicu/oj^é à choisir le meilleur.

ELEMENS DE PHlLOKUrillB

n’esl pluslibre; 5° qu’un monde sans péché, éloil possible ; qu’il eût été meilleur que le monde actuel, par conséquent. Leibnitz eut de nombreux adversaires, et de nombreux partisans.

Christian WollT, disciple de Leibnitz, rejeta quelquesunes des spéculations de son maître, développa, et systématisa les autres. Son système ainsi élaboré, prit le nom de Leibnitzo }Vol(ien, et régna en Allemagne, jusqu’à la réforme do Kant. Les écrits élémentaires deWollI', portèrent un dernier coup en Allemagne, à la philosophie scholastique.

Vers le milieu du dernier siècle, le lockianisme qui duminoit en France, et les plaisanteries si peu philosophiques de Voltaire, conlre l’optimisme et le libre arbitre, flrent décheoir, en Allemagne, le Icibnitzianismc, et peu à peu, il s’y établit un esprit général d’éclectisme, plus ou moins porté à l’empirisme.

Tel étoit l’état de la philosophie en Allemagne, lorsque Kant entreprit de reconstituer l’édifice des connoissances humaines (i).

Locke avoit sensualisé les conceptions de l’cntendeiiienl. Leibnitz avoit inlelltclualisé la sensalion, Kant, au lieu de confondre ce qui rient de in sensation avec ce qui appartient à l’intelligence, cherche à déterminer les limites de l’Ame et des sens, dans l'acqiiirition de nos connoissances; et tel est l’objet do son livre, intitulé : Im. Critirjue de la raison pure.

Kant distingue dans l’iiitolligencc, {'objectif, qui donne

(i) KimnaDuel Kant, iic i Kœiiislierg, eu ly-j/i, iiim t clan» la iiiciiic ville eu 180.L

ÉLÉUKN.S DE PIIII.OSOPIIIC.

la matière de nos connoissances, et le subjectif, dont elle reçoit la forme.... L’organe cognitif sc compose de la sensibilité, de V entendement et de la raison. Selon Kant, toutes les questions psycologiques, cosmologiques et théologiques, étant extra-sensibles, échappent à l’expérience, et doivent être mises hors de l’attaque comme de l’inves^ tigation. Ainsi, la méthaphysique doit être rayée du catalogne des sciences. Le principal résultat de la critique de K.'int, est donc, la limitation de nos connoissances, et la distinction de leurs élémens. Mais tout objet arrive à notre connoissance en passant par les formes de notre la- , culte de coiinoître; nous ne conuoissons aucun objet en soi; ce que nous conuoissons a-t-il quelque chose de réel en soi? nous n’en avons aucune preuve. Nous ressemblons, dit Kant, è un miroir intelligent qui s’imogincroit que les objets sont tels en eux-mêmes qu’ils se peignent à lui : c’est-à-dire qu’ils sont réellement sans profondeur, parce qu’il est de sa nature, de les représenter tous, sur le même jplan. Ce système de Kant, est uniquement relatif à la connoissance. Son système de morale est exposé dans son livre de la raison pratique.

La raison théorique, est la raison humaine considérée par rapporté la connoissance; la raison pratique est la même raison considérée par rapport à la liberté. Tout homme a une conscience, tout homme la voit infailliblement et immédiatement; tout homme trouve dans sa conscience le sentiment de lu liberté, et avec elle la loi du bonheur et celle de la vertu. Lajoi'du bien-être, doit être subordonnée à la vertu. La vertu n’est que la réalisation de l'unité dans la volonté, et par conséquent, dans le but des actions. Mais comme le bonheur cl la vertu, terme

tLÉNEMS DE FHILOSUPHIE. <) ■

définitif de l’être moral, sont le plus souvent séparés icibas, alors il faut croire à tous les dogmes, et à toutes les vérités, que la psycologie avoit bannis de la raison pure. Elles reparoissent ces croyances, non point comme ayant une \a\eoT objective, mais comme une croyance pratit/uc nécessciirc. Nous ne pouvons les connoUre, nous devons les croire.

Malgré l'obscurité delà terminologie de Kant, son criticisiue obtint un grand succès. Scs disciples se divisèrent : il y eut les kantiens purs et les séini kantiens.

Disons un mot, de Ficht et de Schciling-Ficht (i). Plus conséquent que Kant, réduisit son système à la théorie de la mbjeclivité absolue, et en fit sortir un idéalisme rigoureux. Dans ce sy.stèmc, tout ce qui peut être conçu, tout ce qui est créé, n’est qu’une dérivation du mot, lequel se crée lui-même. Le moi subjectif, produit le non moi objectif, lequel n’est qu’une négation, qu’une limite de l’activité absolue du moi. Le mot dans ces yslètne, est l’élrc absolu, indépendant.

Dans son système de morale, Ficht, osa dire que Dieu, n’est que l’ordre moral de l’iinivcrs; et qu’on no sauroit attribuer h Dieu, l’intelligence et la personnalité, sans en faire un être fini semblable è nous. Il finit au reste, par abandonner l’idéalisme, mais non, peut-être, le panthéisme. Dans la dernière exposition de sa doctrine, il part, non de l’activité du moi, mais dcrexistencc absolue de Dieu, comme réalité unique, pure et indépendante,, dont le monde et la conscience, sont l’image ou l’empreinte.

(i) Mv cil 176a, iiturl .t Iterliii eu i8iu.

IXKMKNS DE IMIlLUÜOPHli:.

Schclling (i), ami de Ficht, défendit d’abord sa doctrine, dans laquelle il Irouvoit cette unité systématique que Kant avoit promise, et n’avoit pas donnée; mais il devint insensiblement le rival de son ami.

A la théorie de la subjectivité absolue, il substitue le système de l’identité absolue. Schelling admet la réalité de la nature, vivante comme le moi lui-méme. Du moi et de Vuniié, sort la nature ou la multiplicité •. et réciproquement, du multiple, sort l’unité, et l’un et l’autre se réunissent dans le même principe (logiquement stipé rieur) Dieu, Vabsolu', où disparoissent toute opposition, toute diversité, toute distinction ; où le sujet et l’objet, l’avoir et l’être , l’esprit et la nature, l’idéal et le réel, s’unissent dans une identité absolue

Les deux frères Schlegel, Joseph Gœrres et le chevalier F.Baader, sont regardés en Allemagne, comme disciples de Schelling.

§ II. Système de Descartes.

Réné Descartes (2) , célèbre par ses découvertes mathématiques et physiques, s’est encore immortalisé par sa philosophie.

Descartes se place entre Bacon et Leibnitz, comme Aristote entre Platon et Epicure. Sa philosophie, comprend la méthode, et la physique. Parions d’abord de sa méthode : Descaries faisoit sa philosophie au collège de la Flèche, dirigé par les Jésuites. La philosophie scholastique ne lui parut qu’une science purement verbale. Il

(1) Né l'ii 177Û, encore vivant.

(2) Né à la Haye, en Touraine, en lôÿé; uiorl l'H .Suède en iü 5 o.

Él,KMi!K.S DE PHILOSOPHIE.

nperçiil qu’il éloit c.sclavé d’une foule de préjugés cl d’opinions; il résolut de s’en défaire, cl de reconslruirc luimême, l’édifice de ses connoissanccs en ne s’appuyant que sur des règles sures.

Il établit quatre règles: la première ; ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que* la raison ne la reconnoissc telle en effet. Secondement, diviser chacune des diflicullés qui se présentent h l’esprit, et les examiner successivement, après les avoir réduites en autant de parcelles qu’il SC pourra : troisièmement, mettre un grand ordre dans ses pensées; commençant par les objets les plus simples, pourmonter, comme par degrés, jusqu’aux plus composés. Quatrièmement, faire partout des dénom bremens entiers, et des revues si générales, qu’on soit assuré de ne rien omettre.

Outre cette méthode, Descarlcs, pour ne pas demeurer irrésolu dans scs actions, pendant que la raison l’obligeroil h l’être dans scs jugemens, se forma une morale par provision , consis tant en certaines maximes:

1 ° Se réduire aux lois cl aux coutumes du pays, en retenant la religion catholique

2 ° Agir en toute occasion avec autant de suite et de liberté, que s’il avoit sur toutes choses, une certitude en tière

5° Ne tendre point ses désirs au-delà de son pouvoir....

Descartes s’appliqua ensuite, à rejeter de son esprit toutes ses opinions; <1 ramena à un doulcsévère, toutes ses connoissanccs; non pour le plaisir do douter, dit -il; « mais pour trouver le roc, après avoir re)Clé tout le sable mouvant des préjugés et des erreurs. »

ÉLKMP.NS DE PlUI.OSOPIIlE.

Il examine le témoignage des sens, qu’il trouve fautif, vicieux en mille et mille circonstances; il passe successivement en revue, tous les moyens de connottre; cl Ions les objets de nos connoissnnces. Le doute ébranle jusqu’au fondement de son etr'e. Enfin, forcé de douter de Dieu, et de lui-même; il s’arrête, et se demande: ne suisje point quelque chose? Puis, il se hâte de prononcer cette parole : je pewsc, donc je suis. Voilh, selon lui, la seule vérité qui puisse résister au doute : c’est le roc solide, sur lequel va enfin s’élever l’édifice entier de ses connoissances. Je suis, j'existe; cette vérité, d’après Descartes, est la plus certaine, qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre. — Elle est inaccessible au doute ; car, ajoute-il, pour douter, il faut penser, et pour penser, t‘< faut exister. Et comme rien n’assure Descartes de la vérité de cette proposition, je pense, donc j'existe, qu’elle même, ou que son évidence interne, il se hâte de prendre pour règle générale : que les choses que nous concevons fort clairement, et fort distinctement, sont toutes vraies.

Tel est le fameux critérium de la philosophie de Descartes. Il ajoute , (pour éviter de prendre pour évidence ce qui ne le seroit pas) , qu’il ne faut reconnoitre pour évident, que ce qui est clairement renfermé dans l'idée de l'objet, que notre esprit contemple. Delh, le principe, que l’esprit peut affirmer d’une chose, tout ce qui est renfermé dans l’idée de cette chose.

Nous sommes arrivés au point le plus critique de toute philosophie individuelle , savoir : le passage du moi au non moi. Descartes n’a retenu qu’une seule pensée, celle de son existence; le doute a envahi tout le reste. Comment s’assurera -t-il de l’existence de ce qui est hors de h.i?'

ËLÉHEKS de philosophie. ()5

Il essaye de conclure de son exislcnce, celle de Dieu liii-niêmc, et celle des choses exlc^rioiircs.

«De cela seul, que j’o.xislc, cl que l’idée d’un être sou- » verainement parfait est en moi, l’existence de Dieu, dit- « il, est très évidemment démontrée.»

lino fois en possession de cette grande vérité. Descartes marche à pas de géant dans le monde de la philosophie : Dieu est, dit-il, donc il est éternel; source de toute vérité, de toute bonté, créateur, conservateur de toutes choses. Donc, ilcsl la vérité immuable, sans laquelle, ajoute-t-il, eeque je conçois cire très-clairement renfermé dans l’idée de son objet, pourroit bien n’être pas. De l’idée de la souveraine perfection renfermée en soi, Descaries passe à l'existence de Dieu. Mais comment arrive-t-il h l’existence des corps qu’il uvoil abandonnée au doute? «J’ai uno inclination nalurclle à rapporter à des corps, les sensations qui sont excitées en moi, par les objets extérieurs :^Dieu ne peut ni ne veut me tromper, dans celle propension naturelle; donc, les corps existent. »

Mais riioiniTic osl il infaillible à l’égard des sensations ? non; parccla seul qu’il est fini, l’esprit humain est faillible; et dans le monde sensible, comme dans le monde inlellec- Inel, il ne peut éviter l’erreur, qu’en s’abstenant de juger, ce qu’il ne connoît pas distinctement, et clairement.

' Ainsi, selon Descarlcs, nos erreurs viennent uniquement, du mauvais usage que nous faisons de notre liberté.

Descaries , explique la conservation de l’univers par le concours et l’assistance continuelle de Dieu. Leibnitz, expliquoil l’action de l’âme sur les organes par le système de l'harmonte préétablie; nous verrons que Mallebranche a imaginé le système des causes occasioneltes. ,

Kl.r.MF.NS I)E PHILOSOPHIE.

Descaries ressii.scilc le système des idées innées de Plalon; non , qu’il les considère comme le philosophe grec, sous le rapport de leur généralité ; mais sous celui de leur clarté et de leur évidence.

La pensée est l’csscnce de râmc; elle est absolument immatérielle. C’est de son immalérialilé que Dcscarics déduit son immortalité ; cl pour ne pas être forcé de donner la même prérogative aux bêles, il en fait de pures maclûnes.

Quant nu monde matériel. Descaries le bâtit h l’aide de ses tourbillons; c’est-à-dire, à l’aide du mouvement et des lois qu’il lui donne arbitrairement.

La philosophie de' Descaries eut à soutenir , dès son origine , une vive et longue opposition (i). ïoulelois , elle se répandit, assez rapidement, enFrance, et dans les Pays- Bas. Adoptée par plusieurs Jansénistes de Port-Royal, Arnaud, Pascal, Nicole, etc. .elle finit par pénétrerdans l’école même des Jésuites, et de l’Université. La scholastique , reculoit impuissante devant la philosophie matérialiste qui se répandoit en Angleterre et en France. Le cartésianisme se présentoit avec des doctrines éminemment spiritualistes , et comme le vengeur des droits de la raison , trop long temps méconnus par la philosophie d’Aristote. Voilà la cause du triomphe de la philosophie cartésienne, cl ses avantages réels. Et ce mouvement qu’elle imprimoil aux intelligences , pour les débarrasser des langes de la scholastique , empêcha les esprits les plus clairvoyans, eux -mômes, denlrevoir les conséquences terribles que receloit le principe fondamental de la pbi-

(ij llucl , le P. Daniel , Hobbes, Oassciitli la comballirent.

' itriàÊimi

^ i'By Guugk:

ÉI.ÉUFNS I)Ë PlIlLOSOFHIl;.

lo$o|)liie de Dcscarlcs. Bossuet eut pourtant îi cet l'gard, de sombres pressentimens comme Vatlcstc sa lettre au père Lamy (i).

Remarques sur la philosophie de Descaries.

Le principe fondamental du cartésianisme, conduit inévitablement au scepticisme.

Si chacun ne doit admettre pour vrai, que ce qu’il perçoit clairement, et distinctement, la vérité est variable; car l’évidence n’est pas nécessairement la même pour tous les hommes.

Descaries voit, ou croit voir évidemment, que l’existence réelle ou objective de Dieu est clairement renfermée dans l’idée qu’il en a ; mais Hobbeslui écrit : que pour lui, il n’a point d’idée de Dieu, ni de l’âme; qu’il voit cela très clairement en lui-même; ce qui lui donne ledroit de conclure que Dieu n’existc pas. Le Critérium de Descartes, n’est donc que le principe même, du douta absolu. Aussi, c’est de la méthode et du principe fondamental de Descaries , que sont partis tous les philosophes du dix-huitième siècle, et l’anarchie intellectuelle la plus profonde, le scepticisme en un mot , voilà le terme, le dernier terme de leurs stériles efforts. Le cartésianisme est le protestantisme en philosophie, comme le protestantisme n’est que le cartésianisme en religion. L’un et l’autre parlent 3u même principe, et arrivent an même résultat, c’est-à-dire , nu doute absolu.

Descartes éloit sans doute bien loin d’apercevoir l’analogie profonde , nécessaire de son principe philosophique

(i) Lollre iSg", lom. 07, édition dp Versailles, p. 375.

(jN ÉLKMtN< I>E PllltOSOPHIi;.

arcc le principe du Protestantisme, lui , qui s’on alloit en pélérinnge h Lorette , 'pour faire hommage à la S" Vierge de l’invention de la méthode philosophique , dont il se croyoit redevable à sa protection et h ses prières.

D’après Descartes, il ne faut admettre que ce qui est évident pour la raison., Ce principe posé, il est nécessaire h tout homme, d’examiner successivement toutes ses croyances, et toutes ses opinions; il doit par conséquent, les tenir toutes en suspens, jusqu’à ce qu’elles soient claires pour sa raison. Le doute, voilà donc, par oü doit commencer le disciple de Descartes. Mais ce doute est-il réel ou fictif? S’il n’est que fictif, alors le cartésien ne s’assurera jamais par lui-même, de n’avoir pas laissé dans ses croyances et dans scs opinions, un préjugé ou une erreur. Si ce doute est réel il est universel, il s’étend h tout; aux vérités révélées comme aux vérités qui ne le sont pa.s, et alors, tout s’ébranle, tout s’écroule dans la conscience. Le doute fictif, en un mot, ne sert de rien pour la recherche de la vérité: le doute réel anéantit toute vérité; donc, la méthode cartésienne est fausse, chimérique, impossible.

Je pense, donc /existe, dit Descartes, voilà sa première notion logique : notion, dont l’évidence iulerne repose sur une vue claire et distincte; toutefois, Descartes ajoute: que sans la véracité de Dieu, il n’est pas certain de l’infaillible vérité de ce premier principe : je pense, tloHC /existe : or, comment de ce principe jepedse, donc /existe, inférera-t-il l’existence de Dieu ?

Il a beau affirmer, que tout ce qui est contenu dans scs idées claires, doit être tenu pour certain; comme son existence même, dépend de la véracité de Dieu, il roule dans un cercle éternel do contradictions. Il prouve son oxis-

ÉLliME^S DE EHlIUSÜflIlE.

lence par son cxislence, et celle de Dieu par celle do Dieu , c csl-à-dire qu’il ne prouve rien. Et voilà où aboutissent les efforts de ce puissant esprit, renfermé en lui-même.

Le doute cartésien, pour tout catholique conséquent, est antichrétien, puisqu’il su.spend la foi. dans une époque donnée , do l'existence du fidèle. Le vice de celte philosopliie, est dans sou principe même. En plaçant dans la raison individuelle la base de toute cortitudo. elle anéantit l’ordre dos croyances, l’ordre de foi; car subordonner l’ordre de foi à l’ordre de vonccpiioa , c’est l’anéantir. Iletranchez celte erreur fondamentale, rcniérmcz le doute méthodique. le principe d’examen! uniquement dans l’ordre de liberté, ou de conception; alors les inconvéniens terribles du cartésianisme ont disparu, cl la loi de riulelligence se rétablit.

Descartes qui, dans ses ouvrages philosophiques, montre un attachement si prononcé, si opiniâtre pour son critérium des idées cùiiVr, et distinctes, n’écoutant plus que la voix de lu nature et du sens-commun, a écrit ces paroles remarquables que devroient méditer profondément, ceux qui, en face des ruines amoncelées autour d’eux, par le principe de lu raison privée, s’obstinent encore à le défimdre et à la propager.

«loutefois, à cause que je ne veux pas trop me fier à

• moi-niéine , je n’nssure ici aucune chose , et Je soumets

• toutes mes opinions au jugement des plus sages, et à ■ l’autorité de l’église. • (i)

(i) Il .voit .lit qoe son sysième mo.ule ,.l.y.iqae, .«pose s..r des pnuopes fi évidms. qu’il est plus s.'.r qu'il ne l osl ,|e l'c.is- U*ncc de Houie.

oo

Ki.ÉMENs nr. pnii.osopniE.

En 1 5 G 3 un décret d’une congrégation romaine , défendit d’imprimeries méditations de Descarles.

§ III. Spinosa, Mallebraiictic , Itercklay.

Peu de cartésiens adoptèrent sans modifications, le système de Descartes. Bossuet s’en est écarté souvent : Fénelon réduit au sens -commun les idées claires et distinctes, Mais, c’est surtout dons Spinosa , Mollehranchc et Bercklay que le cartésianisme devient méconnoissable.

Le juif Baruch Spinosa, né à Amsterdam en 1602 et mort en 1677, peut être regardé comme le chef des panthéistes modernes. Spinosa n’admet qu’une substance infinie, et reproche è Descartes d’avoir admis des substances finies. La substance infinie subsiste seule, composée de deux attributs primitifs, la pensée et l'étendue, La substance fait le fond de toute individualité, et l’individualité ne se retrouve que dans les êtres finis; qui ne sont que de pures apparences, que des modes ou des modifications de la substance infinie. Les êtres corporels, sont les modes du mouvement et du repos dans l’étendue infinie; comme la volonté et la raison, sont les modes immédiats de 1a pensée infinie. La substance unique reçoit différens noms, selon les différentes formes qu’elle yevêt, comme l’océan Selon les différentes plages qu’il baigne. La pensée qui a pour objet la portion d’étendue qu’on nomme corps humain, s’appelle homme. Toutes les idées sont des impressions produites par les objets extérieurs, et c’est une erreur de l’âme, de se croire la cause des mouvemens de la matière è laquelle elle est unie. Dans ce système, point de liberté divine, point de providence, point de liberté humaine, point de morale.

ÉLÈMENS OË PIllLOSUPIllË.

En vain Spinosa cherche à déduire la morale cl l’obligation delà vertu, des notions les plus élevées de l’enlendement; il n’y a ni devoir ni vertu , là où pèse une éternelle, une invincible nécessité.

(i) Mallebranche le plus grand métaphysicien que la France ait produit jusqu’à nos jours, s’attacha aux idées de Descartes, qu’il reproduisit, en les complétant, par des vues pleines de profondeur et d’originalité. Nous en ex-poserons quelques-unes.

Cherchant à concevoir la création , Mallebranche explique la réalisation du fini, par son union avec le Verbe incarné. L’incarnation dans son hypothèse est nécessaire, pour donner à la création un motif digne de Dieu, c’est-à-dire infini.

Dieu étoit pleinement libre de créer ou de ne créer pas : mais la création voulue, il a dû choisir l’ouvrage, et les voies les plus propres à exprimer ses perfections. Or, ce monde, est celui qui fait le plus éclater la sagesse des voies de Dieu. Les voies qui régissent ce monde depuis sa dégradation, sont les plus simples et les plus fécondes. Tous les désordres du monde présent, tonl dans l’ordre de la nature que dans l’ordre de la grâce, résul tent, non d’une volonté positive et spéciale de Dieu, mais doivent être rapportés aux lois générales qui régissent la création et président à l’action de la liberté humaine. De ces principes, Mallebranche, déduit la solution desobjec tions contre la providence, le péché originel, la prédestination, la liberté.

Les créatures ne peuvent agir les unes sur les autres;

(i) MalIcliiMiichc , no à l’ariJ , en i6ô8, moil en 171J.

I ou

ICU:UCNS DE PniLOSÜPlllE.

mais Dieu, cause unique de lout ce qu’il y a de réel et de positif dans la création, les a établies, causes occa siondles, des effets qui nous semblent véritablement produits parelles. Ce sont elles, qui déterminent l’eflicaco des lois générales de la nature et de la grâce, que Dieu suit dans le cours ordinaire, de sa providence. Ces lois générales sont au nombre de cinq, selon Mallebranclie. i°Les lois générales de la communication du mouvement, lesquelles ont pour cause occasionelle le eboe des corps.

Les lois de l’union de l’amc et du corps. 5° Les lois de 1 union de 1 ame avec Dieu. 4° Les lois générales qui donnent aux esprits supérieurs, pouvoir sur les corps. 5" Les lois par lesquelles Jésus-Christ a reçu la souveraine puissance au ciel et sur la terre. Tel est le vaste système d'occasionalismv conçu par Mallebranche. Dieu s’est engagé h agir de telle ou telle manière, à l’occasion de tel ou tel mouvement, dans les êtres corporels ou spirituels.

Théorie de Mallebranche sur la vision en Dieu.

L’homme ne connoit rien que par scs idées: nos idées ne sont le produit ni des corps, qui nous entourent, ni de notre âme, dont les facultés sont bornées. J’ai l'idée de l’être, du parfait, de l’immuable, de l’absolu, du né cessairc, de l’infini. Sans ces idées positives, qui ne sont que l’idée de Dieu, envisagée sous différents aspects, je n’ai l’idée nette, distincte, réfléchie de rien de contingent, de variable, de fini. Donc, notre âme voit tout en Dieu, ou dans la lumière de son Verbe, qui éclaire tout homme vtnant en ce monde. Ainsi selon Mallebranche , nous

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voyons cil Dieu, et en Dieu seul, le créi^, le fini... soit spirituel, soit corporel (i).

Partant de ce principe, »|uo tout jugement auquel nous porte une propension invincible, est nécessaireincnt vrai, Descartes avoit conclu l’existence objective des corps. Mallebranche soutint, que sans la révélation, nous sommes dans l’impossibilité absolue de conclure autre chose de cette propension, qu’une existence purement subjective.

Mallebranche avoit admis l’existence objective des corps, sur l’auloritéseulcde la révélation; Bercklay (2) la nia formellement, «t soutint que les mots de er^attun, etc., employés par Moïse, ne veulent pas dire , que ce que nous appelons corps, oit réellement une existence objective. Que lors même, que l’Écriture le diroit positivement, il resteroit encore à savoir, si l’écrivain sacré, ou l’Esprit saint , n’auroit pas pris ces mots dons leur ocception vulgaire, c’est-à-dire, pour des choses qui tombent sous les sens. Bercklay soutint donc, que les choses sensibles, n'existent que dans notre entendement qui les voit en Dieu, ou en d’autres termes, que le monde sensible qui existe réellement, n’est que la contemplation des idées renfermées dans l’Etre infini, ou dons la pensée infinie de Dieu; mais sons que ces idées ou leur objet, aient aucune réa-

( 1 ) L’erreur de Mallcbraaclic est de n'avoir pas aperçu, que le verbe humain ou la parole , rat le moyen de communication avec le Ferbe infini. Voyei lea Recherches philosoph., la Législat, primit, de M. de Bonald.

(a) Bercklay, né en Irlande en i64li , mort cvcqne anglican en « 753 .

104 KLtMENS DE PHILOSOPHIE.

lité solide, corporelle, eu un mot. Tel est le système de Bercklny, pur idéalisme.

§ IV. Ecole éclccliijue moderne.

Nous avons parlé de l’école sensualiste, b l’occasion de l’empirisme de Bacon. Nous dirons un mot maintenant, de l’école rationaliste moderne , connue sous le nom d’école éclectit|uc, parce qu’elle part du meme principe que la philosophie de Descartes, et qu’elle en déduit comme elle des conséquences spiritualistes (i).

Les principaux philosophes de cette école, sont : MM. Royer-Collard, Cousin, Joull’roy, Damiron.

Le point de départ de la nouvelle école, est l’observation de l’esprit humain. Elle distingue les faits intellectuels, connus par la conscience , et les faits matériels connus par les sens. La psycologie est b ses yeux, le fondement de toute philosophie. Ainsi : i° il n’existe que des vérités de conscience, et point de vérités antérieurement révélées» 2° Puisque le moi seul, est la source et In règle des jugemens que forme la raison, il n’existe aucun moyen de connoitre cci-toincment parmi les phénomènes du moi, ce qui constitue une loi, et ce qui n’est que transitoire, qu’accidentel dans le moi.

Suivant M. Damiron, le véritable éclectisme consiste, b chercher ce que les divers systèmes de philosophie renferment de conforme aux faits de la conscience, que l’on a soi-même observés. Si le système, soumis b l’examen, ne

(i) L’ccleclisuic fl aiiçais , n'est qu'une des formes de la philosophie écossaise , qui prend pour fondcinent de ses spéculations philosophiques le moi individuel cl qui a Rcid pour représentant.

ÉLKMENS DE rHILOSOPIIIE.

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les renferme pns tous, s’il n’en rend pas compte, il faut le rejeter. En un mot, le véritable éclectisme, ne s’en va pas quêtant auprès de chaque système , un brin de philosophie; il les passe en revue, pour les vérifier et les contrôler.

D’après M. JoulTroy et'd’aulres éclectiques, le véritable éclectisme, consiste 5 choisir dans chaque système ce qui paroit vrai , selon certaines règles; et è chercher les membres épars de la philosophie, dans les monumens qui la contiennent; car la philosophie est une science faite, et il n’y a plus qu’è la recueillir. Voilé donc des notions contradictoires de l’éclectisme, et M. Cousin partage le sentiment de M. JouOroy, quand il dit : que toute philosophie éclectique, c a nécessairement pour base, une connoissanco profonde de tous les systèmes, dont elle prétend combiner les élémens essentiels. »

M. Cousin distingue dans l’homme, la liberté, la raison . et la sensibilité. En parlant do l’autorité do la raison, il nous apprend , qu’elle est infaillible, dans l’aperception spontanée de la vérité; parce qu’alors, l’esprit étant purement passif, l'objectif esl perçu sans aucun mélange do subjectivité.

Ce critérium n’est que le cartésianisme déguisé. M. Cousin conclut l’infaillibilité de la raison , de l’existence de l'objectif, mais, d’où déduit-il cette existence même? Uniquement des lois de la raison. Ainsi, la raison prouve l’existence de l’objectif, qui à son tour, prouve l’infaillibilité de la raison. Cercle éternel, dans lequel est condamnée à rouler sans repos et sans fin, toute philosophie, qui prend le moi individuel pour point de départ, pour règle, et pour terme de ses perceptions.

ÙIÆ.MIÎKS UE l-lIlLUSuraiE.

Selon M. Cousin, Dieu esl à la fois, stibHance et cause, éternité et temps, un et plusieurs, espace et monde, essence et vie, individualité et louilité, principe et fin, infini et fini tout ensemble , triple enfin ; c'est-à-dire , à la fois , Dieu, nature et humanité. Or, qu’csl-ce que cela, si non le panthéisme ?

Mais suivant M. Cousin, Dieu n’est sulfstunce, qu’autant qu’il est cause : d’où il suit, que la création est nécessaire comme Dieu même; éternelle comme lui, que la matière par conséquent, est éternelle : or, c’est là, un véritable dualisme manichéen. Et le dualisme, n’est qu’une forme du panthéisme. M. Cousin n’en alllrmo pas moins : » Que » le panthéismeest repoussépar la conscience universelle. <

» Le panthéisme est certainement une erreur, ajoute-t-il » ailleurs, car, l’humanité est infaillible. 11 faut partir du jt sens commun, et revenir au sens commun . sous peine » d’extravagance».

M. Cousin, chef d'une école de philosophie individualiste^ n’écoutant plus que la voix do la nature, est forcé do convenir, que le sens-commun est le point do départ, et la fin de toute philosophie.

Ces contradictions ne doivent étonner personne. Ainsi, après avoir constaté ce fait, savoir ; que tous les systèmes de philosophie après de vains labeurs pour expliquer la coexistence de Dieu et de l’univers, de l’infini et du fini , sont tombés dans les abimes d’un panthéisme tantôt idéaliste, tantôt matérialiste, il ajoute : » Entre ces deux abîmes, il » y a long-temps qiie le bon sens du genre humain fait sa » route; il y a long- temps, que loin des écoles et dessysr » lèmcs, le genre humain cfoit, avec une égale certitude, » à Dieu cl au monde. Faute de s'appuyer sur le sens coin-

KLEMKNS ne PHILUSOPIUE

lo;

> uluii et (le le prendre pour guide, la pliilosopliie s’égarant I à droite et h gauche, e«l tombée tour à tour dans l’une » ou l’autre extrémité de systèmes, également faux et

> vicieux au même titre. C’est là, l'éternel écueil de la

> philosophie. »

Malgré de tels aveux, monsieur Cousin déGnit la philosophie:

«La réflexion entièrement éman(5Ipée, déAnItivement » sortie des liens de l’autorité, et ne s’appuyant cpie sur » elle-même, dans la recherche de la vérité. »

L’école écleclicjue, composée en général d’hommes de talent, a contribué à décrédilcr le matérialisme, rélégué aujourd’hui, dans la tête de ({uelque médecins, et sur les bancs de quehjucs amphitéâtres.

Conclusion de l’Iiistoirc de la Philosophie.

Quelque variés que soient les systèmes dont la longue série vient de se dérouler sous nos yeux; il peuvent tous se réduire à deux principaux, complètement opposés; V idéalisme, et le sensualisme. En effet le mysticisme par excm])le, n’est que l’un ou l’autre de ces deux systèmes modifié par un sentiment religieux. Le panthéisme n’est aussi (|u’unc forme du sensualisme ou de l’idéalisme. Le dualisme est le panthéisme h la fois idéaliste et matérialiste. Ainsi, toute philosophie dans l’Inde, se rattache au Védanga (i), ou au Vclchiska, comme tous les systèmes grecs, se rapportent au plalouisme ou à l’épicurisme; comme enfin, toute la philosophie moderne .se partage entre le sensualisme anglais, et l’Idéalisme allemand.

(i) Ou VcdauUi.

ÉLÉMENS DE rilILOSOPillE.

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Ccpcndaut parmi les Systèmes qui viennent se résoudre dans CCS deux systèmes fondamentaux, il en est un, qui, par son caractère particulier, mérite peut-être une place entre ï idéalisme et le sensualisme, c’est le rationa~ lismc, dont les principaux représentans, sont Gautama, Aristote et Descartes.

Le caractère propre du rationalisme, est de chercher dans une combinaison desélémens de l’intelligence, quels qu’ils soient, le moyen de passer de l'ordre logique è l’ordre réel; toutefois, la conséquence dernière du rationalisme, c’est l’idéalisme, le sensualisme, ou le scepticismes.

ÉLÉMENS ÜÊ Pnil.OftOPHIE.

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