‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur Ypres (volume 2)Chapitre 11 sur 56 · A YPRES · texte numérisé non relu

A YPRES

Dès qu'au mois de Novembre (1346), il eut juré d'observer — à toujours — les conditions que les députés flamands lui avaient posées à Halluin, Louis de Maie passa la Lys; il arriva le 7 de ce mois (s) à Courtrai et fit quelques jours plus tard sa joyeuse

(1) Voyez KxRVTN, III. 315 et les Bonroes citées par cet historien.

(2) KsKTTN, m. 816.

entrée à Ypres. Nos comptes communaux (i) donnent divers détails sur les fêtes organisées à cette occasion.

En 1342, le prince Louis, jeune encore, — à l'âge de douze ans, — avait été chargé par son père d'apporter à nos écbevins une charte (s) (du 3 octobre de cette année,) octroyant de nouveaux privilèges à leurs drapiers; c'est alors peut-être que nos magistrats firent peindre par Jehan de le Zaide (s), dans leur « Chambre sur la Halle » l'image du prince enfant. Le souvenir de cette mission si courtoise était resté vivace à Ypres; aussi nos magistrats organisèrent-ils de belles fêtes et iirent-ils de riches présents, lors de la joyeuse entrée du prince resté populaire.

Nos échevins envoyèrent à Menin, pour y recevoir le nouveau seigneur, une députation de dix membres, choisis parmis les nobles et les notables de la ville; au nombre de ces députés tiguraient Jehan de Houtkercke, Jakeme le Vilain, Maître Jehan le fiourlike, clerc de l'échevinage et d'autres personnages dont les noms sont plus d'une fois cités dans nos fastes consulaires, dans nos comptes et dans divers documents du temps. De nombreux « vallés et garçons » accompagnaient ces délégués de là ville. Ces députés furent absents pendant cinq jours. La commune paya pour leur frais de route et de séjour, une somme de soixante-huit livres et vingt-trois sous parisis, dont dix-neuf livres pour le ce liewage (4) » de leurs chevaux et pour les gens de leur suite (5).

(1) Arch. Yp.

(8) AreJL Yp. Inv. 515.

(8) Areh, Yp. Compta communal de 1342. — Voyez Ypriana^ U. 90.

(4) Uewage, louage, location.

(5) ' Le Samedi devant le Thyfane. {Tffphane : répiphante, jour de

Tout avait été préparé pour faire au nouveau seigneur une réception, digne à la fois d*un redouté prince et d*une puissante cité.

Louis de Haie se rendit de Gourtrai à Ypres, avec une cour nombreuse et brillante, composée de nobles, chevaliers, de jeunes seigneurs et probablement de belles dames. Â son arrivée à Menin, les députés Yprois complimentèrent le nouveau comte, puis, tous, à cheval, en riches parures, ils Tescortèrent jusqu'en leur ville.

Un orchestre composé de « quatre trompers », d^ua ce corneur » et d'un « trompet (i) » avait été placé sur les remparts; dès que le cortège comtal est en vue, ces musiciens signalent son approche; puis, après avoir exécuté de bruyantes fanfares, au moment où le prince, ayant passé le pont-levis et franchi la porte de la cité, met le pied sur le sol de sa bonne ville, « trompers, corneur et trompet » courent vers le beffroi, pendant que les échevins, leurs conseillers et les chefs-hommes des collèges du grand conseil complimentent leur « naturel prince ».

Les rues de la ville sont ornées de tentures formées de draps multicolores et d'autres étoffes fabriquées à Ypres; la foule y est immense; les gens des métiers en armes, formant la haie, ont peine à la contenir.

fêUt tombant le 6 Janvier^ Jour des JMs,) A J«h. de Houikercke, Jakeme le Vilain, Maistre Jehan le Bourlike, Jeh. Labaen, Pierre des

Lichee, Jakeme Monio, Jeh. Danbenton, Mich. Melcrike» Clais Folkier, | Jak doa Molin, pour j voyage faict à MeniD detaot Monsg de Flandre pour

lean despens de y jours et pour les despens des leurs.... xlix ft. ziij s. » j

« It. a eauB pour le liewage de leurs kevals et pour leurs valiés et gar- !

çons.... xix ft. xs.» I

Arch. Tp. compU 1346 (1 9bre) à 1347 (I 9bre]. |

(l) « A iiij trompers, j corneur et j trompet quant messires de Flandre j

vint en ville xxx a. » Compte de la viUe 1346 (1 9hre} à 1347 (l 9hr«]. |

Enfin le cortège s*avance lentement; quand il débouche sur la grande place, nos musiciens, rangés déjà dans une galerie extérieure du beffroi, font de nouveau retentir au loin leurs plus joyeux accords.

Louis de Maie, conduit à la Halle, y est reçu dans c< la chambre des échevins », richement décorée pour la circonstance. On lui offre Yhypocras^ on présente le vin d'honneur aux nobles hommes de sa cour et Ton verse la a cerevoise » aux valets et aux gens de sa maison. Puis, le fils et successeur du comte Louis de Nevers renouvdle les serments qu'il a déjà prêtés à Halluin; il jure « à sa ville d'Ipre et aux bourgeois d'icelle d'estre bon, loial seigneur » etc. (i). Alors les représentants de la commune jurent à leur tour (c d'être fidèles sujets et vassaux » (s).

Le pacte est conclu. Le prince a Renouvelé l'investiture du ce droit de commune », avec tous les privilèges et franchises qui s'y rattachent ; la « vassalité bourgeoise » est reconstituée. De son côté, la communauté a fait acte de foi et hommage; Louis de Maie, « naturel prince » de la Flandre, est désormais le droiturier seigneur de la commune d'Ypres!

A l'occasion de cet heureux événement, la commune organisa des réjouissances publiques; elle offrit entr'autres fêtes, aux nobles seigneurs de la cour comtale, le divertissement, et à ses bourgeois, l'émouvant spec-

(1) Voyez Ia formule da serment de joyeuse entrée prêtée par les comtes de Flandre à Ypres (Tpriana, t. II. p. 830). Nous avons cru pouvoir emprunter ici à la joyeuse entrée de Philippe le Hardi, successeur de Louis de Maie, divers détails non mentionnés dans nos documents de 1346-1347 (assez incomplets). Les cérémonies, formalités et actes des joyeuses entrées furent toujours les mêmes.

(2) Voyez la formule et le serment, Ypriana, t. H. p. 330. ToMB 7 5

tacle d*un ce joustement ». Le jeune comte, beau et vaillant chevalier, y rompit-il une lance? on Tignore, mais en tous, cas, il assista à ce tournoi ; « le comte y fust, » dit un document du temps et toute la bourgeoisie y assista. Jehan Taets avait été chargé, par nos échevins, « de faire un escavot (i) à ce joustement » (s); c'est sans doute du haut de cette estrade que Monseigneur le comte, les « aimables dames » qui raccompagnaient ordinairement et de notables bourgeois jugèrent et applaudirent les prouesses des preux chevaliers, entrés en lice.

Nos échevins tirent, lors de cette joyeuse entrée, de nombreux et beaux présents; Jehan le Gorte leur fournit huit « hanaps (3) », six « escales (4) », trois sauciers et deux <c fontainiers (s) », pesant ensemble plus de quaraj^te-trois marcs. Ces présents ne coûtèrent pas moins de deux cent vingt-deux livres et douze sous parisis (e). Furent-ils offerts aux vainqueurs du «joustement», ou présentés au comte et aux seigneurs de sa suite? en tous cas, Louis de xMale reçut

en présent, douze « escales » d'argent mais ces

coupes n'étaient pas neuves, elles faisaient partie de ce l'argenterie de la ville » et furent sans doute présentées au comte, soit parce que les présents achetés n'étaient pas dignes de lui, soit parce que ces objets

(1) Escayot, du flamand seavoiz échafaad, estrade.

(2) «( A Jeiian Taets de son escavot an joastemeat qnant Messire le coDto 7 fnst, xxziij s. » (Compte 1346-1347).

(3) ffanap, grand fase à boire muni d'une anse.

(4) Bscalfy du tienz flamand schael: coupe.

(5) Fontainiers: petites fontaines, vases munis d*un robinet.

(6) « A Jehan le Corte pour TÎij hannaps, yj escales, iii sauciers, ij fontainiers pesant zliij m. li loods ii « zzij f&. xij s. •

n*étaient pas assez nombreux pour faire tous les présents que les convenances commandaient d*oiTrir. L'argenterie de la ville était toujours au complet; chacun des écbevins devait avoir son « escale » d'argent; on remplaça donc, la même année, par des coupes neuves (qui coûtèrent soixante-et-onze livres huit sous parisis) les douze « escales présentées au comte de Flandre » (i).

La commune fit beaucoup d'autres dons encore. Notre compte (incomplet) ne dit pas quels étaient ces présents; il est probable toutefois que, suivant lés usages de cette époque, la commune présenta de nombreux « tonels, loLs et cannes de vin » au prince, aux seigneurs de sa cour et gens de sa maison; il fut en effet payé « dix-neuf sous à douze personnes menans et traynants les présents du comte (2) » et pas n'eut été besoin d'employer douze personnes pour mener et traîner des objets d'argenterie, voire même quelques pièces de drap ou des brochets, présents que la commune offrit presque toujours plus tard, en même temps que des tonneaux de vin, aux ducs de Bourgogne, successeur^ de Louis de Maie, lors de leur joyeuse entrée à Ypres, comme comtes de Flandre.

Nos écbevins, on le voit, se montrèrent généreux et firent une réception splendide à leur jeune seigneur; ils espéraient sans doute que le fils de Louis de Nevers ne suivrait pas l'exemple donné par son père et que loin de chercher à détruire les libres constitutions, fondées par van Ârtevelde, le nouveau seigneur, fidèle à son serment (3), s'efforcerait de garder,

(1) «Pour xij escales d*argeDt qui sont à la ville, les vie«es estant préseotéea an comte de Flandre, Izxj ^. viij s. » (Compte 1346-13(7). (S) CompU 1346-1347.

(^ Vojcz la formule de ce serment. Tpriana, t. II. p. 330.

maintenir et défendre ces institutions, ainsi que « les loix, privilèges, francises, libertés, bonnes costumes et usaiges » de la commune dTpres et de ses bourgeois.

Cet espoir fut bientôt déçu.

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