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Cassel. Leurs vainqueurs les avaient suivis de près et les auraient taillés en pièces, si, à ce moment, les vaillants défenseurs de cette ville n*avaient fait une vigoureuse sortie. Du haut de la montagne, ils se précipitent ce comme un torrent » dans la vallée; les fuyards flamands font aussitôt volte-face; une nouvelle bataille s'engage; elle est longtemps indécise; mais les Yprois, vainqueurs à Steenbrugghe, accourus vers Cassel au secours de leurs alliés, débouchent alors sur le terrain; sans prendre haleine, ils se mettent en bataille; les français, cernés et vaillamment attaqués de tous côtés, sont bientôt mis en pleine déroute (i) ; « au moyen de quoy, » dit d'Oudegherst (2), a le duc de Normandie retourna en Paris inglorieux, et sans autre chose faire. »
Cassel est sauvé et le siège de Calais se poursuit.
Profondément découragé à la suite des victoires remportées par les Yprois et leurs alliés, Philippe de Valois n*osa plus tenir la campagne, mais, retiré dans son camp, il ne perdit pas de vue le projet de mariage qui, mieux peut-être que des batailles, même victorieuses, pouvait assurer un jour la prédominance de la politique française en Flandre.
Dès le 25 mai (1347), de nouvelles négociations avaient été entamées, afin de hâter la conclusion du mariage de Louis de Maie et de Marguerite de Brabant; de nouvelles conditions matrimoniales sont arrêtées à S^ Quentin le 6 juin, et le 1^ juillet suivant, on célèbre les fiançailles des futurs époux au château de Tervueren; enfin leur mariage est « soleronisé
(1) Voyez lea aateurs cités plus haut.
(2) T. lï. p. 479.
au palais de Paris, » comme le dit d'Oudegherst (i), <c non sans extrême regret et indicibile crève cœur du roi Edouard et des Flamens. »
Cette union irrita vivement les bonnes villes, mais ne les découragea point: de nouvelles milices prirent aussitôt les armes. Philippe de Valois était rentré dans son camp, après la célébration des fêtes nuptiales; il y apprend que Tavant-garde des flamands vient de rejoindre, le 31 juillet, Tarmée anglaise; il craint d^ètre cerné; pendant la nuit du 1 au â août, il se retire honteusemeqt, abandonnant tous ses bagages, après avoir donné l'ordre de brûler ses tentes. — Cette re-r traite précipitée entraîna la reddition de Calais.
Le mariage de Louis de Maie et les dévastations barbares, commises dans le Westland par les français, lors de leur dernière invasion, avaient exaspéré nos populations; anglais et flamands réunis envahissent, à leur tour, l'Artois; ils n'y rencontrent aucun obstacle; l'armée française, d'abord en pleine déroute, avait été licenciée. Alors, campagnes, villages, bourgs, villes» tout est mis à feu et à sang — terribles représailles! — comme naguères le Westland, l'Artois, est couvert de ruines.
Les Flamands poursuivaient sans miséricorde, ni merci leur œuvre de dévastation et rien ne pouvait assouvir leur soif de vengeance, quand les légats du pape oflrirent leur médiation. Grâces à leurs bons oflBces, une trêve fut conclue (28 septembre 1347) entre les rois de France et d'Angleterre; les flamands y étaient « expressément compris et dénommés » (s). Cette
(2) d'Oudbohbrst, t. II. p. 48*3.
trêve devait se prolonger jusqu'au 28 septembre suivant (1348).
Durant cet armistice, les marchands de Flandre, même ceux qui avaient été proscrits par Louis de Nevers, obtiennent l'autorisation de circuler en France «sans moleste»; la sécurité de leurs personnes et de leurs biens y est garantie et les légats du pape promettent de seconder les démarches faites par les bonnes villes et le clergé paroissial, pour faire révoquer les sentences d'excommunication.
Les malheureuses populations du Westland eurent ainsi un instant de répit. A Ypres, la draperie se raviva, les gens des métiers y avaient repris leurs travaux industriels, et leurs relations commerciales avec la France, comme avec l'Angleterre, se trouvaient momentanément rétablies.
Cette accalmie, après de longues tempêtes, ne se prolongea pas longtemps. Immédiatement après l'expiration de la trêve, Philippe de Valois avait donné, avec ostentation, les assurances les plus pacifiques; mais ce n'était là qu'une manœuvre astucieuse, pour tromper la vigilance des Flamands; au moment oii Ton s'y attendait le moins (23 août 4348), la riche vallée de Gassel est de nouveau envahie, à l'improviste, par la garnison de S^ Omer ; tout y est encore pillé, avant que les milices d'Ypres aient le temps de reprendre les armes, pour combattre les envahisseurs.
Les échevins des trois bonnes villes s'étaient em« pressés d'envoyer des députés au roi d'Angleterre, pour réclamer aide et assistance, conformément aux traités ; mais leur juste attente et leurs légitimes espérances furent cruellement déçues! Edouard III avait pris, et constamment renouvelé, l'engagement de défendre la
Flandre contre la France; il prodigua encore aux délégués d'Ypres et des autres bonnes villes, les plus chaleureuses protestations de son <lévouement, toutefois il leur déclara que son trésor étant épuisé, les communes devaient, en tous cas, solder les frais de rex|)édition anglaise qui pourrait être envoyée à leur secours (i).
Ce revirement inattendu peut s'expliquer sans se justifier. Le mariage de Louis de Maie et de Marguerite de Brabant avait, il est vrai, froissé cruellement le roi d'Angleterre; malgré les promesses de Westminster, tout espoir d'unir sa fille à Théritier présomptif de la Flandre était ainsi définitivement perdu ! Mais la bannière d'Edouard II! flottait sur les murs de Calais; le but, si longtemps poursuivi par ce monarque, était atteint et son zèle pour les intérêts des flamands se trouva dès lors attiédi! — À toutes les époques, l'égoïsme politique prima les engagements internationaux les plus sacrés! — Les bonnes villes le comprirent trop tard! cruelle déception! l'irritation fut générale, mais elle devait être impuissante. La Flandre avait tout prodigué, hommes et argent, pour aider Edouard III à gagner la bataille de Crécy, à chasser les français de l'Artois, puis à prendre Calais ; elle était épuisée, donc hors d'état de supporter les frais d'une nouvelle expédition anglaise. Payé d'ingratitude, abandonné par son puissant allié, et livré à ses seules forces, le pays de Flandre pourrait-il résister aux armées du roi de France?
(1) Nos chroniqueun, historiens etc.