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ci fut le berceau du Conseil de Flandre. On sait qu'après des luttes longues et souvent sanglantes, celle dernière cour provinciale absorba complètement, au siècle suivant, la souveraineté des lois locales en matière de judicature.
L'institution et le maintien du « petit conseil » portèrent ainsi une première et sérieuse atteinte à cette souveraineté. Mais Louis deMale alla plus loin ; cherchant sans cesse à étendre son pouvoir au détriment des prérogatives de nos échevins et des franchises de nos communes, il établit et créa un « souverain bailli de Flandre». Ce nouvel officier du comte ne fut pas seulement chargé de poursuivre les gens accusés du crime de « leze seigneurie », — déférés jusqu'alors à des cours prévôtales, comme les « mauvais conspireurs » d'Ypres en i361 ; — le souverain bailli eut, en Flandre, à peu près les mêmes attributions que le sénéchal, en Brabant. « Il avoit », dit TEspinoy (i), par dessus tous autres la connoissance des maléfices et la punition d'iceux, dans tous les cas » ; comme le sénéchal du Brabant, il était « grand justicier» et chargé de redresser les actes des juges inférieurs (â), donc des lois locales, dont les sentences réformables par lui cessèrent d'être dès lors des arrêts souverains.
L'institution des souverains baillis de Flandre date, d'après M. Vander Kindere, de l'année i373 (a), de l'année suivante, d'après un document des archives générales du royaume; en tous cas, la Flandre avait
(1) Cité par M. Vamdbr Kinderb, Le siècle des Artevelde, p. 2S2. ('^) Vahdui KiifDBRB, même ouvrage, pp. 278 et 282. (3) Id. 282.
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su>Q souverain bailli en 1374; le nom de Gosin de Wilde, « souverain bailli de Flandre », figure en effet dans une charte, donnée le 9 juillet de cette année, à Gand, par Louis de Maie, charte qui réglemente la navigation sur le canal d'Ypres à la mer(i).
Les bourgeois et les manants, vivant dans Tabondance et fascinés par le luxe de plus en plus éblouissant des classes supérieures, s^inquiétèrent peu, parait-il, de ces empiétements du comte sur les prérogatives de leurs écbevins et sur les privilèges de leur commune; en tous cas, rien, ni dans nos docu* ments, ni dans nos chroniques, n'indique quMls s'en émurent sérieusement; mais, quand après la mort du roi Edouard 111 (21 juin 1377), encouragé par la réussite des mesures qu'il venait de prendre et comptant encore sur l'inertie et l'inaction des populations amollies, qui n'avaient point pris les armes pour défendre leurs antiques libertés, quand, disons-nous, quelques années plus tard, Louis de Maie prétendit nommer lui-même les échevins d'Ypres, sans le concours de prud'hommes de la bourgeoisie, le vieil esprit communal se réveilla ; la commune s'agite; la « fièvre émotionnaire » y fait de rapides progrès et se manifeste bientôt par des tumultes locaux, précurseurs de luttes beaucoup plus sérieuses.
En 1376, la loi d'Ypres avait été renouvelée « selon l'ancbienne costume», disent tous nos chroniqueurs; mais ceux-ci ne sont pas tous d^accord sur le mode de ce renouvellement. D'après Lambin (2), le jour de S^ Barthélémy (24 août) de cette année, les échevins furent
(1) Arck. Tp, Im, 632.
(2) Qeschiedkundige onderzoelinçen, p. 6.
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encore élus» conformément aux dispositions des chartes de 1309 (i) et de i228 (s), par cinq prud^hommes (s) désignés par les magistrats sortants; diaprés d*autres annalistes (4) au contraire, alors cet antique privilège de nos bourgeois n*était plus toujours respecté et Louis de Maie appliquait souvent déjà la charte imposée à la commune, par le roi Philippe le fiel, en 1301 (5); il adjoignait donc des commissaires, nommés par lui« aux prud'hommes élus par les échevins et la loi était alors renouvelée par cette commission mixte. Quoi qu*il en ' soit, des ce prud'hommes» de la bourgeoisie intervinrent encore dans le renouvellement de la loi d*Ypres en
Mais Tannée suivante des « conseillers du comte » (e) arrivèrent à Ypres et prétendirent renouveler (24 août) réchevinage, de leur propre autorité, au nom du comte, sans intervention aucune de prud'hommes de la bourgeoisie. Prévoyant que cette innovation rencontrerait une vive opposition, ces délégués du prince réunirent d'abord quelques « petits bourgeois » et le commun en divers lieux de la ville et dans ces espèces de meeting ^ par douces paroles et belles promesses, ils réussirent à faire accroire à quelques gens des métiers, toujours faciles à entraîner, que le nouveau mode de nomination, agréable au comte, serait avantageux à la commune.
(1) Arch, Tp. Inv. 22.
(2) Àirh. Tp. Inv. 43.
(3) D*apiè8 J*auteur cilé, par Jan Rugghevoet, Denis van Dixmude, Michiel yan Dixmude, Wouter van de Pitte «t Jacob van Thoaroat.
(4} Ch. Ma. Bibliolhèqae de Tauteur.
(5) Àreh. Tp. Inn. 201.
(6) Beeren van den Raede ons gheduchies hetren grave van Ylam* dre — peuUtre des membres de Vaudience on petit Conseil du comtc^*
Les membres du magistrat et d'autres « bonnes gens, sages et prudents » (wys en vroed zynde), ne furent pas de cet avis; ils comprirent aisément qu'un des privilèges les plus chers à la commune serait anéanti et qu'une telle atteinte portée aux droits de la bourgeoisie serait une cause sérieuse d'agitations' et de tumultes dans l'avenir; ces « sages hommes » résistèrent donc de toutes leurs forces aux commissaires du comte et ceux-ci consentirent à ajourner le renouvellement de la loi jusqu'au 8 septembre, fête de la nativité de Notre Dame, dans Tespoir, dirent-ils, que l'on pourrait se mettre d'accord avant cette époque. En attendant les anciens échevins restèrent en fonctions.
Le i5 septembre (i) 1377, se présentèrent, a en la chambre des échevins sur la Halle, » Messire Golaert van den Clyte, Messire Guillaume Van Havele, Messire Jean Van Halewyn et Guillaume van Asselt, tous conseillers du comte. Ces commissaires renouvelèrent le magistrat (â), au nom du prince, sans le concours de prud'hommes représentant la communauté. Ce renou-
(1) Sanieriaêchs naer kelegen cruusen daghe, op een dicendack, [exaltation de la S*c Croix, 14 septembre).
(2) Au nombre des échevins en fonctions (du 23 septembre 1377 au 4 juillet 1378) on trouve: