‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur Ypres (volume 2)Chapitre 34 sur 56 · FR0I88ART, IX · texte numérisé non relu

FR0I88ART, IX

terivo et ses nobles complices furent bannis à perpétuité du comté (le Flandre, pour avoir mutilé, en pleine paix, des bourgeois de Gand, provoqué ainsi des agitations populaires et, comme conséquence, la surprise d'Audenarde. Pareille sentence de bannissement frappa aussi Jean Pruneel. pour avoir surpris cette ville, à rinsu de tous, et violé la paix de 1379; cette dernière sentence fut prononcée, dit Froissart (4), (( pour apaissier le conte ».

Satisfaction semblait devoir être donnée ainsi» d'un coté aux métiers, de Tautre au seigneur du pays. On pouvait donc espérer que la paix serait maintenue, au moins momentanément; mais un nouveau crime, dicté à Louis de Maie, par un désir de vengeance, aussi cruelle «primpolitique, provoqua bientôt une nouvelle guerre: Jean Pruneel, banni de Gand, s'était retiré à Ath; aussitôt le comte Louis réclame son extradition; le banni lui est livré; conduit à Lille, il est enfermé d'abord dans le château de cette ville, puis le comte le fait décapiter (décoller) et ordonne d'exposer son cadavre sur une roue, comme traître au pays (â).

La i< mort traitreuse » du chef, si populaire encore, des chaperons blancs, exaspéra les flamands; une nouvelle guerre était inévitable. Louis de Maie Pavait prévue; il était prêt; il se hâte de prendre l'offensive, et passe la Lys prés de Wervicq (7 avril). Tandis (pie ses hommes d'armes dévastent le pays, le comte se lient en celle petite ville, sans entrer lui-même en campagne (a), mais bientôt, instruit par ses espions

\2; Fkoissaiit, IX. 230. Voyez Kervyn, III. 448.

,3 Voir Cil ; Mss.

de ce qui se passe à Ypres, il marche sur cette importante « ville fermée ».

La bourgeoisie d*Ypres était alors divisée en deux camps. Les Clauwaerts, dont Jacques Van der Berst restait le chef, y conservaient la prépondérance administrative et politique, mais les Léliaerts y comptaient encore des partisans nombreux et actifs. Les luttes d*influence entre les deux partis étaient si vives» qu*elles absorbaient toute Ténergie de la communauté et ses chefs n*a valent pas même songé à mettre leur ville en état de défense contre une attaque éventuelle du comte. Â vrai dire, rien ne faisait prévoir et ne semblait pouvoir justifier pareille agression. Le traité de Tournai, garantissant la paix du pays, n'avait été ni dénoncé ni violé par les yprois; depuis le 4 décembre 1379, le drapeau du comte restait arboré en leur ville et leurs métiers n'avaient pas rejoint les chaperons blancs de Jean Pruneel à Audenarde.

Informé par ses espions que la place dTpres n*était pas en état de se défendre, Louis de Maie se dirigea à marches forcées sur cette ville et, malgré le traité de paix — comme Pruneel avait occupé Audenarde — il occupa Ypres par surprise. Au mois de septembre précédent, en apprenant, à Lille, que les « menus communs » et les métiers d'Ypres avaient ouvert aux gantois les portes de leur cité et qu'ils avaient massacré plusieurs de ses chevaliers, le comte avait juré de se venger plus tard des yprois, en « fesant tant trancher de testes que les autres s'en esbahiroient » — et ce n'est pas un pareil serment qu'il avait l'habitude d'oublier; — aussi se vengea-t-il cruellement : « Le conte s'en vint à Yppre,

dit Froissart, et la fist-il faire grant fuissoa de justices et décoller mescheans gens, tels que foulons et tisserans, qui avoient mors ses chevaliers et ouvert les portes ù rencontre de chiaulx de Gand, affin que li autre y presissent exemple pour aultre fois » (i). D*aprës Kervyn (i), sept cents habitants dTpres furent alors mis à mort par ordre du comte !

Le nombre des gens d'Ypres que Louis de Haie aurait fait décapiter, au mois d*avril 1380, n*est, à notre counaissance, indiqué dans aucun document authentique; en fil-il réellement exécuter sept cents? pareil acte de barbarie est-il croyable? Ne peut-on pas se demander si nos chroniqueurs, qui le relatent, n*ont pas, en cette circonstance comme en d*autres, été entrainés par leurs tendances à rexagération, dont on trouve si souvent des traces dans leurs écrits? Quoi qu*il en soit, après avoir fait « grant fuisson de justices » à Ypres, et laissé ravager le WesUand par ses hommes d'armes, Louis de Maie se rendit de nouveau à Lille et, décidé à envahir son comté, il réunit en cette ville une nombreuse armée de chevaliers et de mercenaires étrangers.

Les gantois avaient repris les hostilités aussitôt qu'ils avaient appris la mort de Jean Pruneel, dont le nom était si populaire encore. Des gens des métiers, au nombre de quinze cents, s'étaient armés et avaient quitté Gand, bien que la commune n'eût pas encore complété ses préparatifs de guerre; cette bande de plébéiens armés se répandit dans les environs de la ville, et y détruisit, par le fer et le

(1) FROiasART, IX. 230.

feu, toutes les maisons des gentilshommes, après les avoir pillées (i).

Quand la bande, chargée d'un riche butin, fit sa rentrée à Gand, aux acclamations de la bourgeoisie, des messagers, envoyés par les Clauwaerts d'Ypres, venaient d'y apporter la nouvelle des exécutions barbares, récemment, ordonnées en leur ville par le comte, et de la dévastation du Westland par ses hommes d'armes. Ces envoyés étaient chargés de demander aide et assistance à leurs frères de Gand.

Immédiatement des milices gantoises, divisées en deux corps, sont dirigées vers l'ouest de la Flandre; elles campent à Thieit et à Aeltre, en attendant que les communes de Bruges et d'Ypres se prononcent sur le parti qu'elles prendraient dans la nouvelle guerre. Les Léliaerts étaient toujours encore influents et nombreux à Bruges; ils avaient réussi, jusqu'alors, à empêcher leur commune de se joindre à ceux de Gand, et, malgré les efforts de Jacques Van der Berst, les Clauwaerts yprois, décimés et terrifiés par les récentes exécutions, hésitaient à se mettre en waepenynghe contre leur redouté seigneur. Un incident, provoqué encore par Louis de Maie, favorisa les desseins de Jacques Van der Berst; cet incident eut une influence considérable sur les événements.

Des députés de Gand étaient arrivés au mois de mai àVpres; ils avaient mission de négocier une alliance offensive et défensive entre ces deux bonnes villes. Louis de Maie se trouvait alors de nouveau à Wervicq avec ses hommes d'armes; maître du passage de la Lys, il observait de loin les mouvements de Tarmée

(I) Fromsart, IX. 231.

gantoise et se tenait prêt à défendre le Westland contre leurs intrigues ou leurs incursions; il chercha donc à contrebalancer l'influence des commissaires, que ceux de Gand avaient envoyés à Ypres et résolut d*y envoyer aussi un messager, porteur de lettres, demandant que la ville lui envoyât un certain nombre de sergents communaux, pour renforcer son armée, campée à Wervicq. Cette demande était astucieuse ; elle devait, en ell'et, placer les magistrats d*Ypres dans une situation des plus perplexes; d*un côté, la majorité de leurs cO'bourgeois, dévouée à la cause des communes, était très hostile au prince, de Tautre, un refus pouvait servir au comte de prétexte à de nouvelles vengeances.

Le 9 mai, les bourgeois et les gens des métiers d*Ypres avaient été réunis, de bonne heure, dans le cloître de St.-Martin, « lieu accoutumé » de ces assemblées populaires ; les députés de Gand y exposèrent les motifs qui — pour sauver leurs institutions et leurs droits — devaient déterminer les yprois à dénoncer le traité de paix, à s*allier avec les défenseurs de la cause des communes et même a envoyer un contingent de leurs milices urbaines devant Termonde, dont les gantois faisaient alors le siège. Le bailli du comte navait pas encore quitté Ypres, ville jusqu*alors soumise, du moins en apparence, à son seigneur; il assistait même à rassemblée des bourgeois, espérant que sa présence intimiderait les Clauwaerts; bientôt il demanda, à haute voix, si la commune voulait, oui ou non, s'allier avec celle de Gand?: « Oui! oui! nous le voulons », s'écria-t-on de toutes parts et c*est à peine ^>i quelques poorters et notables, peu nombreux, groupés autour du bailli, osèrent répondre: «non».

De bruyants applaudissements accueillirent cette

décision et l'agitation était à son comble, quand on apprit qu*un messager avait apporté aux échevins, une lettre du comte et que ce message venait d*ètre publié à la bretèque de la Halle ; comme nous Tavons dit, le prince réclamait pour son armée, un renfort de « sergents » communaux. Après la lecture de cette lellre, Jacques Van der Berst s'était écrié: « réunissez les métiers et les milices sous leurs étendards! on choisira, dans leurs rangs, des partisans du comte pour aller défendre sa cause ». L'échevinage avait accueilli la demande de Van der ficrst.

L'assemblée, réunie à St-Martin, n'était pas encore séparée, quand sonnèrent les cloches qui d'ordinaire appelaient les bourgeois et les métiers aux assemblées communales. Le bailli et le sous bailli (i) quittent aussitôt le cloitre, se rendent devant la Halle et se joignent aux bourgeois notables qui y étaient déjà réunis. Toutefois les tisserands et les foulons sont bientôt en majorité ; ils imposent leur volonté aux échevins ; on désigna donc des sergents... mais pour rejoindre les milices de Gand sous Termonde cl non pour renforcer l'armée comtale à Wervicq, c^mnie le demandait Louis de Maie.

La tactique de Van der fierst avait réussi, son but était atteint: la bonne ville d'Ypres se rebellait contre son seigneur et s'alliait ouvertement avec les gantois pour défendre ses franchises.

.Mais les Léliaerts d'Ypres ne se tinrent point pour battus ; désireux d'être agréables à leur seigneur.

;1; Olivier vao Steeobrug^ghe était alors bailli et France Dale sous bailli .d'après uue noie de Lambin et Van Dixjiuoe, p. 4j.

ils lentèrent un dernier effort pour lui faire envoyer les sergents demandés par son message. Cette tentative provoqua des luttes sanglantes.

Les métiers venaient de rompre leurs rangs cl de quitter le marché, quand y reparut à Timproviste la bannière de Louis de Maie entourée de LéliaerU! Ces partisans du lys, tous patriciens ou bourgeois notables, après avoir escorté le bailli jusqu'à son « bostel », avaient fait un pacte avec Jean Coppin, doyen des « menus métiers » ; comptant sur le concours de ces métiers, nombreux et dévoués à leur doyen, ils setaient réunis de nouveau en armes, et les (c grands métiers » ayant quitté le marché, ils croyaient pouvoir désigner* en leur absence et par surprise, les sergents demandés par les lettres de leur seigneur Cette tentative échoua; en voyant reparaUre

traîtreusement un étendard comtal, Franse Van Chilibuuse, chef-homme ou capitaine des « paiseurs », s'était précipité vers la maison du a besant » (i) ; et bientôt debout, devant une fenêtre, il y brandit son glaive, appelant à grands cris les bourgeois aux armes.

Aussitôt la cloche d*alarme convoque de nouveau les milices et les gens des corporations ouvrières. Le bailli et le sous-bailli accourent, ci portant la grande bannière de monseigneur »; ils rejoignent les Léliaerts et quatre petits métiers dé|jà rangés en bataille, devant la Halle. On se préparait à désigner les sergents qui devaient partir pour Wervicq, mais en ce moment débouchent sur la place les faubouriens de St-Jean et les grands métiers des tisserands et des foulons; Van der Berst marche

1) Pour le Besant et le» Paiseurs, voir Tp/iana, 1. 1. 214 et l. III. 271.

fièrement à leur tète; il range ses Clauwaeiis devant le « Besant », en face des Léliaerts que Jean Goppin, fidèle à ses engagements, venait de rejoindre, avec ses menus métiers. De tous côtés accourent des tisserands, foulons et autres plébéiens armés. Aussitôt une bataille rangée s'engage,

Jacques Van der Berst et ses hommes étaient refoulés contre le Besant et leur défaite semblait certaine, quand le fils de Jean Goppin, abandonnant les Léliaerts, passe du côté de Van der Berst avec la bannière des menus métiers; son père et presque tous les frères des petits métiers le suivent; bientôt la mêlée est terrible; enfin les Léliaerts sont battus, ils se débandent et fuient, emportant de nombreux blessés et laissant huit ou dix morts (i) sur la place (s).

Si Ton pouvait ajouter foi aux récits de quelques chroniqueurs yprois, Louis de Maie se serait alors porté immédiatement de Wervicq sur Ypres; après avoir subi un échec que lui infligea Van der Berst, il se serait emparé de la ville et, voulant châtier les vainqueurs du 9 mai, il aurait fait arracher de leurs habitations et exiler à Douai et à Orchies quatre cents tisserands et foulons; enfin, il aurait renouvelé lui-même Féchevinage. Nous nous bornons à mentionner ici ces allégations dont on ne trouve aucune preuve dans les documents de nos archives.

Ces récits semblent mériter d*autant moins de créance qu'à dater du 9 mai, notre ville resta au pouvoir des

(1) Des ann«listes yprois disent trente-trois morte.

(2) Ces détails nous ont été laissés par Olivibr Van Dixmuob (p. 4) et difert chroniqaeurs yprois (anno 1380J.

Clauwaerts; en tous cas, leur victoire à Ypres eut une influence considérable sur les événements : elle obligea ou détermina la Westflandre et la ville de Bruges elle-même à quitter de nouveau la bannière de Louis de Maie.

Quand les capitaines des gantois, campés à Thieit et à Aeltre, avaient connu/ le 10 mai, le succès de Van der Berst, ils setaient empressés, d'après Van Dixmude, d'envoyer un renfort de quatre à cinq mille hommes à Ypres, afin de mettre la ville a l'abri d'un retour oflensil* des Lélia^rU. Le comte se tenait encore à Wervîcq avec ses chevaliers et ses hommes d'armes, mais dès que la place d'Ypres fut « amicalement » occupée par ceux de Gand, ne se croyant plus en sûreté, sur et même derrière la Lys, il se réfugia de nouveau à Lille.

Le « commun, » maître de la troisième bonne ville de Flandre, y avait pillé les habitations \le plusieurs notables Léliaerts; mais ces troubles furent de courte durée. Après avoir rétabli l'ordre, les gantois, auxquels se joignirent de nombreux yprois armés, quittèrent la ville pour aller prêcher l'insurrection dans toute la Westflandre et bientôt, ils ne se contentèrent plus d'arborer le drapeau de Gand et d'Ypres dans toutes les villes et paroisses rurales; imitant l'exemple récemment donné par les chaperons blancs dans les environs de Gand, ils dévastèrent et brûlèrent les manoirs des notables et les châteaux des gentilshommes dans tout le Westland jusqu'à Furnes (i).

Les bourgeois de Bruges venaient, on l'a vu, de se rallier de nouveau à la cause des communes, mais ils

(1) Olivier Van Dismude, 5.

réprouvaient ces dévastations du plat pays ; les riches et les grands surtout y redoutaient de voir saccager bientôt aussi leurs propriétés sises dans le Franc: pour protéger leurs biens, la commune de Bruges met aussitôt ses milices en campagne: brugeois, yprois et gantois se rencontrent près de Fumes. Un conflit sanglant n^était point à redouter; rangés tous sous la bannière de la Flandre, ils fraternisent, s'unissent en un seul corps et, après avoir soumis la ville de Nieuport, ils entrent eu t)on ordre à Bruges (13 mai) (i).

L'entente semblait ainsi rétablie; un malentendu des plus regrettables la rompit de nouveau et compromit même pour longtemps Tunion des deux plus grandes cités du comté ! Au moment où les gens armés,* venus d'Ypres, faisaient leur entrée à Bruges, un corps exclusivement composé de gantois entrait aussi dans cette ville, mais par une autre porte. L'arrivée simultanée de forces aussi considérables inspira d'abord des inquiétudes aux magistrats de Bruges; ce mouvement était-il combiné? Les gantois voulaient-ils maîtriser la commune, où l'influence des Léliaerts était grande encore? Bientôt de sinistres rumeurs circulent; on répand le bruit que Gand veut détruire Bruges, « pour mettre tin, dit Kervyn, à toute lutte de puissance et de rivalité d'industrie. » Ce n'étaient là que de fausses rumeurs, semées par les Léliaerts, pour faire rompre l'union des deux grandes cités! Mais les esprits s'échaulfent, les bourgeois de Bruges, toujours dominés par leurs jalousies locales, oublient que cette union est indispensable pour sauver les institutions du pays;

(1) Olitibr Van Dixmuob, 5.

des deux côtés on avait pris les armes, une lutte s*eiigage sur le marché du vendredi, la mêlée est sanglante et bientôt les gantois, assaillis de tous côtés, sont mis en fuite; ils quittent la ville en y abandonnant, outre de nombreux blessés et prisonniers (i)« soixante-dix morts, dit Olivier Van Dixmude.

Cette journée du 13 mai 1380 marque une date néfaste dans rhistoire de notre mouvement communal; et son souvenir resta longtemps vivace. Les menées des Léliaerts avaient été couronnées de succès : Tuoion des deux premières bonnes villes de la Flandre, si nécessaire pour assurer le triomphe du parti national, était rompue; elle put diflBcilement être rétablie plus tard.

Courir sus aux brugeois qui avalent tué leurs frères, fut la première pensée des bourgeois restés à Gand, mais des prud'hommes de cette ville cherchèrent à calmer leurs co-bourgeois : « poursuivons notre entreprise, leur dirent-ils; plus tard sonnera Theure de la vengeance! » Sauf Bruges, toutes les villes de Flandre restèrent unies ; la guerre continua.

Les chefs gantois poursuivirent donc le siège de Termonde; Y près et d'autres villes leur avaient envoyé des sergents; la place fut prise le 1^ Juin.

On guerroyait aussi dans le Westland. Plus de huit cents Léliaerts y chassés dTpres le 9 mai, s'étaient réfugiés à Poperinghe. Quelques chevaliers du comte se présentèrent devant cette "ville, le 8 juin; ils y furent reçus avec joie par les réfugiés yprois. Mais aussitôt Jacques Van der Berst avait assemblé ses Clauwaerts; il marche sur Poperinghe et s*en empare; les partisans du lys sont chassés de la ville. Plus de cent Léliaerts

[1] KiRVTN, III. 451 et Van Dixmudk, 5.

furent tués dans ce combat, et tous perdirent leurs bagages et leur matériel de guerre. Van der Berst rentra en triomphe à Ypres, avec un riche butin et grand nombre de chevaux, chariots et engins conquis sur Tennemi (i).

Louis de Maie était trop habile pour ne pas chercher à exploiter à son profit la fatale journée du 13 mai; dès qu*il avait reçu la nouvelle du sanglant succès de ses partisans à Bruges, il s*était rendu en leur ville, et la soumit de nouveau à son autorité; des lettres du 11 juin attestent la soumission de cette grande commune (2). Les brugeois avaient trahi et maltraité leurs alliés de la veille, ils exigèrent le prix de leur trahison et le comte les récompensa en confirmant (18 juin) toutes leurs libertés, lois et coutumes (3) qu'il avait confisquées, après avoir juré de les maintenir, lors de sa joyeuse entrée... Mais, nous le verrons, il ne tint pas plus ces nouveaux serments que les premiers (4).

La présence du comte à Bruges inquiéta bientôt les gantois et les privilèges quil accordait aux brugeois excitaient leur jalousie; ils avaient d*ailleurs à venger et leur échec du 13 mai et leurs frères massacrés dans cette fatale journée. Le moment leur parut bientôt favorable pour exécuter leurs projets de vengeance. Les tisserands de Bruges venaient de se révolter, ils avaient été battus, à vrai dire (5), mais les plébéiens

(1) Van Dixmudb, 5.

(2) Voyex Kerytr, III. 451.

(3) Van Dizmudb, 5.

[i) Kkrttn, III. 452.

(5) Van Dizjiudb, 6.

ToMB 7. 19

continuaient à murmurer hautement contre la domination des Lélia^rts; d'un autre côté les vainqueurs de Termonde étaient rentrés à Gand, les chefs du mouvement disposaient ainsi d'une armée nombreuse; ils résolurent de prendre leur revanche en attaquant Bruges, pour en chasser le comte et ses partisans; ils comptaient sur les tisserands de cette ville encore agités, et toujours dévoués au parti des Clamvaerts, pour rétablir dans cette riche cité, la prédominance du parti national et pour la forcer à pactiser de nouveau avec les deux aulrcs bonnes villes.

Bruges n'était pas alors en état de soutenir un siège; la place serait donc facilement prise et la vengeance de ceux de Gand, usant du droit de représailles, semblait devoir être atroce; n'avaient-ils pas été indignement trahis le 13 mai? Le péril était imminent; à la prière des magistrats de Bruges, frappés de terreur, Louis de Maie chercha à le conjurer. Il proposa aux chefs des gantois de conclure un armistice; pour calmer leurs jalousies, il mit à néant tous les privilèges qu'il venait d'accorder à leurs rivaux et révoqua « comme chose de nulle valeur (\) » ses lettres du 18 juin précédent. Le comte atteignait ainsi un double but; il prévenait la ruine des Léliaerts brugeois, ses amis, et retirait les franchises qu'il avait récemment été forcé de confirmer « à contre cœur ». Les hostilités furent alors suspendues et des négociations de paix s'ouvrirent.

Les flamands et leur comte se détestaient mortellement; les premiers avaient fait serment de mainte-

(I) Kkrvyn, ni. 452.

nir leurs libres institutions et le prince avait juré secrètement de mettre toutes ces franchises à néant. La haine que se vouaient réciproquement les Clauwaerts et les Léliaerts était du reste trop obstinée et trop implacable pour qu'une paix sincère, surtout durable, pût être faite ; aussi les négociations furent-elles rompues, dès le mois d'août, et Ton vit bientôt la Flandre entière reprendre les armes, pour défendre à outrance ses libertés et ses droits séculaires. Sauf Bruges, toutes les villes s'associèrent au mouvement national.

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