III. 4S
(2) Kbrttn, III. 462.
(3) Froissart, IX. 357.
du corps de Pierre Van den Bossche et bien qu'il eût à combattre en rase campagne, contre la meilleure chevalerie du comté et contre des milices trois fois plus nombreuses que les siennes, le sire de Herzeele n*avait pas hésité à prendre roffensive; à lia tète de ses Clauu'oerts, il se précipite sur les gens de Bruges, commandés par le seigneur de Ghistelles. Bientôt la mêlée est générale, acharnée, ardente et sans merci ; «la eut,» dit Froissart (4), « grant boutéis et granl pousseis..; y ot plusieurs renversés de part et d'autre et y faissoient li gantois de grans appertisses d*armes », en criant: Gand! Gand! Gand! La victoire resta longtemps indécise; un instant, les gens du comte lâchèrent piel, et les Léliaerts eusssent été « desconffy », si Van den Bossche, embourbé dans des marais, avait pu arriver en temps utile, sur le terrain, avec ses six mille hommes. Enfin, malgré leurs prouesses, les gantois, écrasés sous le nombre, sont mis en déroute ; quelques-uns réussirent à fuir, mais d'autres, en plus grand nombre, se réfugient dans Féglise et dans la tour fortiliée deNevele; ils y périrent par le feu ou le fer.
Près de six mille (s) Léliaerts et Clauwaerts restèrent « tués à mons et à tas » sur le champ de bataille (3). Là, furent « occis plusieurs vaillants capitaines » entr'autres Basse de Herzeele et Jacques Van der Berst(4). G*est ainsi, sur le champ de bataille et les armes à la main, que le chef énergique des Clauwaerts yprois termina sa carrière ; s'il ne put
(2) Van DiZMUDB, 8.
(3) FHoiflSikiiT» IX. 350.
(f d'Oodiorbrst, II. 567.
sauver les libertés de sa commune, il n*eut du moins pas la douleur d*être, après la paix de Dixmude, le témoin impuissant de Tasservissement définitif de sa ville natale! La mort de Van der Berst découragea et désorganisa le parti national à Ypres; si « Tannée suivante, ce parti put revivre un instant encore, nos Clauwaertê, privés de leur capitaine, ne prirent plus désormais, — et dans de rares circonstances — qu*une part secondaire aux événements de cette époque. Dès lors c*est dans les rangs de Tarmée comtale que Ton vit souvent combattre — et parfois non sans vaillance — les milices communales d'Ypres. La mort de Van der Berst facilita donc le triomphe durable des Léliaerts, puis assura la consolidation du pouvoir absolutiste des seigneurs du comté, sur les ruines des libres institutions de notre antique commune.
Après avoir fait brûler Deynze, le lendemain de la bataille, Louis de Maie conduisit les milices dTpres (i) et toute son armée au village d*Artevelde (s). Croyant avoir ruiné à toujours la puissance des communes, le vainqueur de Nevele se reposa un instant sur ses lauriers; mais il réunit bientôt encore toutes ses forces, décidé à faire de nouveau le siège de Gand... Le comte espérait occuper facilement cette ville et se flattait de subjuguer ensuite tout le pays de Flandre; mais il apprit bientôt que ces « esragiés de Gand » loin d'être découragés par la défaite de Nevele, venaient de mettre sur pied cinq armées nouvelles.
Ces divers corps armés s'étaient déjà dirigés vers Tern)onde, vers les quatre métiers, vers Courtrai, vers
(1) Comptes d'Vpres.
;2) Van Dizmudk, 8 et 9.
Devnze et vers Grammont. Cette dernière ville venait de tomber an pouvoir des Léliaerts; la bannière de Gand y fut bientôt rétablie (i), mais elle n y flotta pas longtemps.
Le sire d'Enghien avait réuni à la hâte un corps de quatre mille hommes, composé en grande partie de Léliaerts d'Ypres et du Westlafid; il alla mettre le siège devant Grammont. Une troupe de gantois, qui marchait sur Âudenarde, ^court aussitôt vers la ville menacée, pour en faire lever le siège. En voyant paraître au loin le drapeau des communes, les assiégés, Clauwaerts énergiques, font une vigoureuse sortie; les assiégeants, attaqués de deux côtés, faillirent un instant être mis en déroute, mais les gens d'Ypres et du Franc, qui combattent dans leurs rangs, tentent un suprême effort; ils attaquent la garnison qui venait de pénétrer dans leur camp, la mettent en fuite, la poursuivent, entrent avec les fuyards dans la place, pendant que le sire d'Enghien livre, d'un autre côté, un formidable assaut; la ville est prise de vive force, pillée et brûlée; toutefois, craignant une attaque des gantois, venus à son secours et dont on voyait encore les tentes dressées à l'horizon, les vainqueurs restèrent toute la nuit sous les armes. En cette circonstance encore, dit Olivier Van Dixmude, les yprois se couvrirent de gloire (30 juin).
Après avoir laissé une garnison de Léliaerts dans la ville reconquise, le sire d'Enghien dévasta les campagnes; puis il se rendit dans le camp de Louis de Maie qui venait d'entreprendre de nouveau le siège
(1) KsaTTN, lU. 464.
ToMR 7. 23
de Gaod (i). Cette entreprise n*eut pas plus de succès que celle tentée Tannée précédente. Les assiégés repoussaient victorieusement tous les assauts, puis, quand vint Tépoque de la moisson, les gens du Franc déclarèrent tous au comte, qu*ils voulaient rentrer dans leurs foyers, pour couper et récoller leur blé. Prévoyant de nombreuses désertions et ne pouvant se dissimuler rinufilifé de ses efforts, Louis de Maie — que la mort récente du sire d*Enghien, cerné et tué par une bande de bourgeois armés de piques, avait encore profondément découragé, — se décida à lever le siège. Après avoir congédié les milices du Franc, il se retira de nouveau à Bruges avec ses hommes d'armes et des milices urbaines (s).
Les gantois, encouragés par la retraite du comte et toujours vigilants (3), reprennent aussitôt Toffensive: « ne nous refroidons point de faire guerre », s*était écrié Pierre Van den Bossche; « monstrons que nous sommes gens de fait et d'emprise » (4). Quinze mille hommes, sous le commandement de cet infatigable capitaine, quittent Gand(5) et marchent sur Gourtrai; ils assiégeaient depuis huit jours cette place, mais pour éviter une attaque des « gentils hommes » et des milices d'Ypres qui avaient suivi le comte à Bruges, ils se replièrent bientôt sur Deynze. Des gens d'Ypres et du Westland^ au service du comte, tenaient
(1) Kbrvtn, m. 465.
(2) Van Dixmddb» 9.
(3) Âltoos 7rack^r, dit Olitibr Van Dixmudb, 9.
(4) Froissart, IX. 3C5.
^5 Voyez p3ur cette campagne, Jean Van Dixmudb, p. S65. Selon ce chroniqueur, Philippe Van Artevelde commanda dès cette époque une armée gantoise.
garnison en cetle ville; là, d'après Olivier Van Dixmude, ils soutinrent encore l'honneur de leurs villes dans maints combats furieux et, probablement, ils auraient remporté la victoire sur les Clauwaei'ts si des orages épouvantables ne les eussent empêchés de tenir plus longtemps la campagne; ils furent entin forcés de battre en retraite, après avoir subi de grandes pertes (4).
La situation du comte était des plus critiques; il avait inutilement sacriGé de nombreuses milices et perdu ses plus vaillants chevaliers. Ses trésors étaient vides. Les campagnes constamment dévastées, les villes secondaires, souvent occupées par les gantois, et même les grandes communes de Bruges et d'Ypres soumises au comte, mais épuisées par les exactions du prince, ne pouvaient lui fournir les ressources nécessaires pour poursuivre les hostilités. Le nerf de la guerre lui faisait donc absolument défaut. Impuissante vaincre les gantois et leurs alliés, ce Louis de Mâle, dit Kervyn(â), eut de nouveau recours à la ruse; il feignit d'accepter la médiation d'Albert de Bavière pour faire la paix; des conférences s'ouvrirent à Harlebeke. Parmi les députés de Gand qui s'y rendirent, se trouvaient deux chefs du parti Léliaert; ces négociations n'étaient pour eux qu'un prétexte afin de poursuivre plus librement leurs complots et de faire ouvrir au prince les portes de Gand...; » mais « ils se découvrirent, observe Froissart, à leurs amis ; » la rentrée du comte à Gand y aurait été le signal de supplices, non moins nombreux que ceux qui avaient naguères ensanglanté les places
(1) Van Dixmudi, 10.
d'Ypres; ces conférences furent donc promptement rompues.
Les attaires des gantois netâient guères en meilleur état que celles du comte et d*un autre côté, un revirement, favorisé par les Léliaerts semble s être alors produit dans Topinion publique. Pour sauvegarder leurs institutions et leurs franchises, les bourgeois de Gand avaient prodigué leur sang et leurs trésors; quelqu*opulente et populeuse qu'elle fut, la commune semblait avoir épuisé toutes ses ressources. La bourgeoisie commençait à murmurer: « nos besognes se portent mal, disait-on; petit à petit, on nous ochist nos capitaines et nos gens. Nous avons mal exploitié de avoir esmeu guerre contre no seigneur le conte, car il nous usera tous petit à petit (i). » Cependant les gens des métiers exigeaient sans cesse de l'argent et par leurs exactions contribuaient encore à irriter les bourgeois; ils extorquaient, en effet, aux riches des sommes considérables; « il faut, »disaient-ils sans cesse, <( à la bonne ville de Gand finance pour payer ses saudoyers qui aident à garder et à deffendre nos juridictions et nos francises, il faut que les compagnons vivent (s), » et les « bons bourgeois finançaient », car le refus de financer pour défendre les franchises de la commune était puni de mort.
Le mécontentement de la bourgeoisie grandissait ainsi chaque jour ; les riches et les notables commençaient à murmurer hautement et parlaient même de faire une paix définitive avec Louis de Maie; cette paix aurait compromis, peut-être perdu la cause des
I) Froissart, IX. 370.
/2 Froissart, IX. 371.
communes! Pierre Van den Bosscbe le comprit; c'est alors qu'il chercha et réussit à surexciter le sentiment national, à raviver le mouvement révolutionnaire, en le plaçant sous la direction d'un nouveau chef énergique, dévoué et populaire.