‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur Ypres (volume 2)Chapitre 42 sur 56 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

arrêter pour prendre dès le lendemain leur revanche, quand des écuyers vinrent leur annoncer que Van Ârtevelde à la tète de ses gens, déjà rangés en bataille sur la grande place, était c< maître et seigneur

de la ville » (i) Les capitaines Léliaerts se décident

à faire un suprême effort, à tenter un retour offensif pour sauver la ville et chasser les gantois. Louis de Maie lui-même reprend son armure, saute sur son destrier et avec quelques chevaliers se porte, à la lueur de torches, vers le marché, appelant les bourgeois et les milices aux armes en criant: «à la rescousse! à la rescousse »!.... Il était trop tard! Les Léliaerts^ terriHés, n'osaient plus quitter leurs demeures et les Clauwaeris brugeois fraternisaient déjà avec leurs amis de Gand.

Louis de Maie, — comme Louis de Nevers, son père, en 1325 — faillit alors être retenu prisonnier à Bruges. Tous les historiens racontent dans ses moindres détails, cette émouvante aventure. Abandonné, même par ses chevaliers les plus dévoués, le comte, « pour sa vie sauver » avait tourné bride; arrivé, presque seul, dans une ruelle déserte, il descend de cheval, jette son armure, revêt la houppelande d*un de ses fidèles valets et se jette dans une chétive masure oii vacillait une faible lumière. La, veillait encore une pauvre vieille femme; compatissante et miséricordieuse, elle cache, sous son propre lit, placé dans un grenier. Monseigneur le comte de Flandre!

Des Clauwaeris avaient poursuivi le prince; ils visitent la maisonnette de la pauvresse, comme toutes les mai-

(1) Froissart.

sons du voisinage ; mais le comte n*est pas découvert: pouvait-on songer à retrouver, dans un grenier, sous le lit d'une pauvre vieille, le redouté seigneur du pays, ce prince qui naguères encore, tout puissant et cruel, faisait trembler les communes, confisquait leurs franchises et livrait au bourreau une multitude de leurs bourgeois? Louis de Maie était sauvé! profitant de l'obscurité de la nuit, il partit de la masure où il avait trouvé un refuge et quitta furtivement Bruges , puis il enfourcha une grosse jument de labour (veurambadUsche merrie) qu'il rencontra dans une prairie; enfin, après avoir franchi la Lys, Monseigneur réussit à gagner Lille, en ce piteux équipage (i).

La bataille du Beverhautsveld moditia radicalement rétat des affaires dans le comté et sauva, momentanément, le mouvement communal, alors à la veille d'être vaincu. Tout le pays de Flandre, délivré de la domination des Léliaerts, se rallia de nouveau à la cause nationale. « Maître et seigneur » de la deuxième bonne ville de Flandre, Van Artevclde, après y avoir rétabli l'ordre, fit démolir des portes et combler des fossés de la place; et, « afGn que ceulx de Bruges ne fussent plus rebelles », il prit cinq cents otages (3), puis il renouvela la loi de la ville et donna des échevins Clauwa^ts à la commune.

Quand ils apprirent le désastre du Beverhoutsveldj les événements de Bruges et le « sauvement » du comte, les chevaliers, en garnison dans les villes fermées, s'empressèrent d'aller rejoindre leur maître à Lille, bénissant Dieu d'avoir sauvé la vie de leur

(1) Auteurs cité«.

(2) Froissart, X. 50.

seigneur (4). Le pays fut ainsi délivré des chevaliers Léliaerts et Tinfluence des partisans du lys fut bientôt nulle en Flandre. Le souverain capitaine de Gand put alors étendre, sans opposition» son autorité sur tout le comté; après avoir ce policié » et rallié Bruges, il avait envoyé aux magistrats de toutes les villes et châtellenies du pays des lettres pressantes, les invitant à se joindre aux gantois pour sauver les institutions du pays ; partout ces messagers de Van Artevelde reçurent le meilleur accueil et de riches présents; Ypres d*abord, ensuite Bergues, CasseU Poperinghe, toutes les villes et les châtellenies du Westland^ puis Ck)urtrai et beaucoup d*autres villes se rallièrent avec enthousiasme aux défenseurs* des libertés flamandes.

Grande, pour ne pas dire souveraine, fut alors la puissance du Ruwaert: presque tout le comté était en sa volonté. Par vanité, disent ses détracteurs, mais peut-être pour augmenter le prestige de Tautorité populaire dont il était le représentant, Philippe vécut et se conduisit bientôt, d'après nos annalistes, comme s*il avait été comte de Flandre; «tant qu'il fut à Bruges, dit Froissart (s), il tint un état de prince; il se faisait servir en vaisselle dargent, ses ménestrels sonnaient et cornaient, devant son hostel, ses diners et ses soupers »; puis, comme les nouveaux seigneurs du pays, il voulut faire sa joyeuse entrée dans les diverses grandes villes du comté.

Le Ruwaert se rendit d'abord dans la troisième bonne ville de Flandre; il lit sa joyeuse entrée à

(1) Olitibr Van Oiimudk, 12.

Ypres, le 3 mai (i) ; les échevins et toute la bour- ([eoisie se portèrent à sa rencontre, comme s'il avait été « le sire naturel du pays qui venist premièrement en sa terre ». Après avoir prêté et reçu les serments traditionnels de joyeuse entrée, le souverain capitaine fit renouveler la loi de la ville (s). — Cest alors, croyons nous, que les échevins dTpres furent, pour la dernière fois, élus par des prud'hommes de la bourgeoisie. — Les magistrats de la châtellenie dTpres, des villes, chàtellenies et pays de Cassel, de

(1) VaM DlXlKDB, 10.

[2] Les actes scabioaux, passés en ces temps si troabJés, sont rares et nous n'avons pu jusqu^ici trouver, dans des documents authentiques, les noms des échevins d'Ypres élus au mois de mai 1382; mais, d'après diverses chroniques manuscrites, voici les noms des magistrats élus lors du séjour de Philippe Van Artevelde à Ypres.

Christiaen Looten, avoué»

Échevins.

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