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aussi splendide: toute la population alla « en procession et grant joye » à la rencontre du Ruwaert; elle le considérait comme son Dieu, n'avait-il pas remis la ville de Gand en toute sa puissance et rendu aux communes leurs séculaires institutions? Ne verrait-on pas s'ouvrir pour la Flandre une ère de liberté, de grandeur, de prospérité et d'indépendance, comme au temps heureux de Jacques, le père de Philippe?
Les flamands se berçaient de ces douces illusions et d'après Froissart (i), Philippe continuait à mener, comme à Bruges, la vie fastueuse d'un grand seigneur, c< n'espargnant non plus or et argent pour sa plaisance que se lui pleust des nues, ou on les puisast à la rivière. » A Gand du reste, les vivres étaient abondants ; dans le pays l'industrie et le commerce renaissaient; les communes avaient recouvré leurs libres institutions et leur union laissait présager la victoire définitive du mouvement communal.
Cependant, quelle que fût sa puissance et malgré la situation heureuse du pays, Van Àrtevelde n'était pas complètement satisfait ; une ville — Àudenarde — refusait encore de se soumettre, le Ruwaert résolut d'en faire la conquête. Déjà, lors de son passage à Courtrai, il avait sommé les gens d'Audenarde d'imiter ceux des autres villes et de se soumettre, mais Messire d'Halewyn qui en était alors le capitaine, avait fièrement répondu qu'il « garderoit et deifendroit sa ville jusqu'au morir » (2). La garnison de la place ne se composait à cette époque que de trois
(2] Froissart, X. 53.
chevaliers avec leurs hommes, mais elle avait été grandement renforcée par Louis de Maie, depuis son passage à Gourtrai.
Avant de faire le siège de la ville récalcitrante, le Ruwaert avait, d'après Olivier Van Dixmude(i), fait conduire à Gand, un grand nombre de gens paisibles, parents ou amis de Léliaerts au service du comte; il déclarait qull userait contre eux de représailles, si le prince sévissait contre les otages que la commune d'Ypres et d'autres villes, nouvellement ralliées au parti de l'indépendance flamande, avaient été obligées de lui donner auparavant, pour garantir les serments de fidélité qu'elles avaient été forcées de lui prêter et qu'elles venaient de violer. Puis on fit à Gand, les préparatifs nécessaires pour assurer le succès du siège d'Audenarde. Enfin « un mandement » et des messagers invitèrent les communes et les villes alliées, à prêter à cette fin aux Gantois le concours de leurs sergents et de leurs milices.
Cet appel fut encore entendu : « le 9 juin, dit Kervyn (s), cent mille hommes campaient aux bords de l'Escaut » ; la ville d'Audenarde fut dès lors complètement investie. Tous les historiens de la Flandre ont publié le journal de ce siège célèbre ; notons seulement ici que les gens d'Ypres, de Poperinghe, de Cassel et d'autres villes du Westland y prirent une part active.
Bien que la place fût attaquée par une armée nombreuse et vaillante, le siège se prolongea; il pouvait durer longtemps, car le sire d'Halewyn se défendait avec l'énergie du désespoir; mais la ville étant
étroitement bloquée, bientôt les vivres et Targent y manquèrent; la population souffrant de la disette, un soulèvement était à redouter; et les sergents et autres a soudoyers », ne recevant plus leur solde, murmuraient hautement. Messire Van Halewyn signala cette situation périlleuse à Louis de Maie.
Le prince séjournait alors à Hesdin et n'osait revenir en Flandre: il n'aurait d'ailleurs pu secourir la place assiégée: ses partisans découragés étaient disperses;. le plat pays lui était hostile et les milices communales lui faisaient complètement défaut, car toutes les villes fermées, sauf Termonde et Audenarde, étaient au pouvoir des Flamands; celle-ci, en proie à la famine, serait bientôt forcée de capituler et la place de Termonde ne tarderait pas à être conquise. Un grave péril menacerait alors les droits de seigneurie du comte; les gantois songeaient déjà, dit Olivier Van Dixmude (i), à prononcer la déchéance de leur seigneur et suite aurait peut-être été donnée à cette menace, le jour ou tout le pays de Flandre aurait été uni sous le gouvernement de Philippe Van Àrtevelde. Dans cette situation si critique, Louis de Maie ne pouvait plus songer à reconquérir son comté avec ses seuls chevaliers ; pour sauver ses droits héréditaires et pour mieux se venger de ses sujets — coupables de défendre leurs institutions nationales, — le prince Léliaert n'hésita plus à attirer sur son pays, les calamités et les désastres d'une intervention étrangère.