‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur Ypres (volume 2)Chapitre 46 sur 56 · FR0188ART, X · texte numérisé non relu

FR0188ART, X

(3J Froibsart, X. 111. Voyez aussi nos Ch. Mss. anno 1382*

tous ceux qui ont juré d'être — et sont décidés à rester — fidèles à moi et à la bonne ville de Gand qui a fait tant de sacrifices pour sauvegarder les droitures et les franchises des bonnes villes, lèvent la main vers le cieU « en signe de loyauté » ! Toutes les mains se levèrent (i).... hélas! elles devaient bientôt se tendre suppliantes vers le roi de France ! ainsi l'exigea le destin.

Quqnd il fut descendu de « fescafaut où il avoit prechiet », le fler Ruwaert se mêla à la foule qui couvrait « le marchiet jusques à son hostel », et lui adressa encore de belles paroles. Le lendemain, Philippe monta à cheval, inspecta ses gens qui gardaient la frontière; puis, après s'être reposé deux jours à Courtraî et avoir visité les environs, il rentra dans son camp sous Audenarde dont le siège était toujours poursuivi avec ardeur.

Charles VI s'était porté en personne vers Lille (s) : sa ce bataille, » formant le centre de son armée, se composait de douze mille hommes d'armes et de dix-huit mille arbalétriers (3), son avant-garde campait déjà autour de Lille. Les événements se précipitaient ; Van Artevelde le comprit; après avoir donné ordre de poursuivre activement le siège d'Audenarde, il résolut de se rendre à Gand, avec un corps d'élite, pour y faire les derniers préparatifs de l'entrée en campagne. Au moment même de quitter son camp, le Ruwaert y reçut, des mains d'un héraut, venu de Douvres, le traité que les députés flamands venaient de conclure avec Richard II; il le ratifia immédiatement, mais en le scellant, un triste

(Ij Froissuit, X. 112. Nos Ch. Usa. aono 1382 et Vam DiXMOot.

(2) Van Dixmudk, p. 14.

(3) Kbrvtn.

pressentiment Fagita : a ha » ! s'écria-t-il, « sera peutêtre trop tard»! (i) puis il insista pour obtenir le plus tôt possible la ratification du roi et lenvoi d'une armée anglaise à TËcluse.

De nombreuses milices de toutes les communes et châtellenies étivient accourues à Gand; une armée considérable s*y trouvait ainsi réunie. Dès qu'il arrive en cette ville, le souverain capitaine passe Tinspeclion de ses gens (â) et désigne ceux qui resteront à Gand, pour détendre au besoin la place et ceux qui formeront l'armée active, prêle à entrer, avec lui, en campagne (s); cette dernière armée était forte de cinquante à soixante mille hommes.

Van Ârtevelde attendait à Gand les lettres ratifiant le traité avec Richard II et même Tannonce du débarquement des anglais à TÉcluse, quand il reçut une grave nouvelle: malgré ses prévisions les français avaient passé la Lys!

Après avoir établi son quartier général à Lille, Charles VI avait chargé son conseil de guerre d'arrêter les mesures définitives à prendre pour envahir immédiatement le comté de Flandre; les avis y furent partagés. On savait, par des espions, que les ponts de Gomines et de Warneton, les seuls ponts sur la Lys qui n'avaient pas été rompus, étaient gardés par des forces considérables, placées sous les ordres de chefs énergiques ; le passage de la rivière semblait ainsi difficile, pour ne pas dire impossible. Des capitaines expérimentés et prudents proposèrent, — comme l'avait prévu et

{V Kroissart, X. 142.

,2^ Van Oixmudb, p. 14.

3) KEavTN, m. 520.

espéré Van Artevelde — de se diriger par S^ Orner et Cassel, sur les châtellenies de Bergues et de Furnes. D'après d'autres, mieux vaudrait passer TEscaut à Tournai, faire lever le siège d'Âudenarde, ensuite frapper Tinsurrection au cœur, en s'emparant de Gand; cette conquête assurerait la soumission immédiate de Bruges, du Franc, du WesUand et de tout le reste du comté. Mais quelques jeunes chevaliers prétendirent que ces attaques indirectes étaient indignes d'une armée française: c'est directement et de front, s'écriaient-ils, qu'un roi de France doit attaquer ses ennemis.

Cet avis prévalut. L'armée royale, toute entière, marcha immédiatement vers la Lys; quand son avantgarde se présenta devant Gomines, on apprit que le pont de cette petite ville venait aussi d'être détruit et l'on vit Van den Bossche, armé d'une hache, à la tête de neuf à dix mille hommes, rangés en bon ordre sur la rive opposée. Le passage de la rivière parut ainsi d'autant plus impraticable que, d';)près des gens envoyés en reconnaissance, la Lys ne pouvait être passée à gué, ni en amont ni en aval de Gomines. Un nouveau conseil de guerre fut alors réuni par Olivier de Glisson, connétable de France; les vieux capitaines y reproduisaient leurs premières propositions et l'on examinait s'il ne fallart pas battre en retraite, puis marcher soit par Gassel, soit sur Tournai, quand quelques jeunes chevaliers résolus et audacieux — que la fortune favorisa — changèrent la situation eu menant à bonne iin, à Tinsu de leurs chefs, une attaque imprévue et téméraire (i).

(1) Froissart, X. 119, donne de nombreux détails sur le début lie cette campagne ; nous croyons pouvoir y renvoyer no^ lecteurs et nous borner à en rappeler ici briévenjent quelques épisodes.

Le jeune sire de Saint Py s'était procuré trois petites barques ; pendant la nuit, il les fait mettre à flot dans un endroit où la Lys forme un coude, non loin de Comines; sans être vu des flamands, il passe la rivière avec deux jeunes bannerets, d'autres les suivent; en débarquant sur la rive gauche, tous se cachent, les uns au milieu des joncs, d'autres derrière des haies, ou dans un petit bois d'aulnes; pas un cri, pas un mot; la petite troupe grossit peu à |)eu pendant la nuit, toutefois le lendemain matin elle uest pas encore assez nombreuse pour oser se montrer.

Le connétable avait d'abord blâmé, mais surtout déploré, cette tentative imprudente; il croyait que les jeunes audacieux, victimes de leur vaillante témérité, seraient tous ou tués ou faits prisonniers par les flamands. Afin de leur permettre de battre en retraite, Olivier de Glisson chercha à détourner l'attention de Van den Bossche; il ordonna à ses archers et bombardiers royaux de simuler une attaque au pont même de Comines: Flèches, traits et projectiles de toute espèce tombèrent bientôt sur nos Clauwaerts; mais ceux-ci, rangés en bataille, se défendirent vaillamment.

Pendant que l'on escarmouchait ainsi à Comines même, le sire de Saint Py et ses compagnons, loin de se retirer, reçurent de nouveaux renforts; ils étaient de plus en plus nombreux, quand Pierre Van den Bossche apprit, à son grand étonnement, que quelques français avaient eu l'audace de passer la Lys ; soit parce qu'il ne voulut pas déserter le combat de Comines, soit parce qu'il ne considéra pas, comme sérieuse, cette diversion tentée par une poignée de jeunes gens, le capitaine gantois ne marcha pas immédiatement à leur rencontre; c'est le lendemain matin seulement (18

novembre), dès l'aube, qu'il tenta de les surprendre.

Le sire de Saint Py avait alors réuni autour de sa bannière, quatre cents chevaliers, tous bien armés et tous animés d'une ardeur juvénile. On serre les rangs; chacun déploie son pennon, en poussant son cri de guerre. Le premier choc est des plus violents ; la petite troupe est bientôt cernée, mais elle résiste. Les longues lances des chevaliers tiennent les assaillants à distance et « leurs bons glaives de Bordeau » blessent cruellement ceux qui s'approchent; les simples cottes de mailles des flamands ne peuvent résister à de tels coups.

Cette résistance imprévue avait irrité Van den Bossche; avec ({uelques-uns de ses hommes les plus déterminés, il se jette sur les français... Mais il tombe blessé à la tète et à Tépaule, et son frère, eu voulant le défendre, est tué à ses côtés. En voyant tomber leur capitaine — qu'ils parviennent non sans peine à enlever du champ de bataille, — les flamands sans chef se découragent et reculent, mais ils se rallient bientôt; dans les environs, les cloches des églises avaient déjà sonné l'alarme ; des villageois armés accourent de tous côtés.

La bataille allait recommencer impitoyable et terrible!... en ce moment arrivent, au pas de course, des hommes d'armes portant les bannières de Louis de Maie et du connétable de France; durant la nuit, puis pendant que les chevaliers du sire de Saint Py et les gens de Van den Bossche se battaient plus loin, des « varlets » français avaient réussi à jeter des madriers, des planches et des fascines sur les culées, restées debout, du pont de Gomines et l'avant-garde des français avait immédiatement passé la rivière! Alors, attaqués de tous côtés, les flamands sont mis en pleine

déroute : les uns fuient vers Gourtrai et Gand, d'autres vers Warneton ; ils entraînent dans leur fuite Pierre De Wintere et ses gens — impuissants à défendre plus longtemps le pont de cette ville — et battent ensemble en retraite sur Ypres.

G*est par les fuyards de Gomines que le Ruwaert apprit à Gand la défaite de Van den Bossche, la retraite de De Winter et l'entrée des français dans le pays. Ses prévisions ne s'étaient point réalisées ! le péril était imminent! Aussitôt, après avoir envoyé de nouveaux députés, par Galais, à Londres pour hâter la ratitication du traité et solliciter le prompt débarquement d'une armée anglaise à l'Ëcluse, Philippe Van Àrtevelde laissa une garnison suffisante à Gand et quitta cette ville, à la tète de son armée active. Il conduisit à marches forcées, ses gens au nord de Gourtrai et les fit camper, le 25 novembre, dans les environs du village de Roosebeke.

Ge camp était établi dans la forte position, occupée au mois d'août 1380, avant le combat de Dixmude, par l'avant-garde de Louis de Maie; il s'étendait sur une hauteur, précédée d'un ruisseau, coupée de haies et couverte de broussailles ; les chevaliers français, lourdement armés, pourraient difficilement se mouvoir sur un tel terrain, avec leurs destriers bardés de fer. L'armée flamande, appuyée sur Roulers, Dixmude et Tourhout, couvrait {iinsi Bruges et pouvait, suivant les nécessités de la guerre, secourir soit Ypres, soit, après une marche forcée, Âudenarde, dont le siège était toujours énergiquement poursuivi (i).

(i; Vovez Kkrvyn, III. 521.

De graves événements venaient de se passer dans la première de ces villes. Après le passage de la Lys, des routiers français avaient pillé et brûlé Wen'icq — dont la dra|)erie (i) enrichissait les habitants; — ils se montrèrent bientôt sous les murs d'Ypres. Un capitaine — nommé Pierre Van den Broucke, d'après Kervyn (i), Pierre Wavelaere d'après nos chroniques locales (3), et Wanselare, selon Froissarl (4) — était chargé de défondre cette place. Ce capitaine fit une vigoureuse sortie et repoussa ces maraudeurs (»).

Pendant que le sire de Saint Py et ses preux combattaient vaillamment, pour permettre au connétable de passer la Lys, Charles VI s'était tenu prudemment à l'abbaye de Marquette, près de Lille; après la victoire, il se rendit à Comines et passa une nuit « au milieu des cendres fumantes de cette ville, croyant, dit Kervyn (e), avoir sa part dans le triomphe des siens ». Le lendemain le roi se porta vers Ypres avec toute son armée; Louis de Maie, à la tète de ses hommes d'armes, marchait à l'avant-garde des envahisseurs de son pays. Dans la soirée du même jour, Charles VI assit son camp, au sud d'Tpres, sur les hauteurs qui du hameau de S^ Eloi s'étendent par Wytschate jusqu'à la ville de Messines.

Le lendemain, les fourrageurs français « coururent le pays; ils y trouvèrent tant de biens, de bestesel de toutes autres pourveances pour vivre, que mer-

(1) Arch. 7p. Inv, 634.

3) Addo 1382.

(5; m. 516 et Ch. Msft. d'Ypres.

veille est à considérer » (i); convaincus par les discours de Van Àrtevelde que les français ne pourraient jamais passer la Lys, les villageois du WesUand n*avaient rien sauvé et ceux de la Flandre galljcante avaient même transporlé leurs biens et leur bétail au-delà de la rivière.

A leur retour au camp royal, les fourrageurs firent connaître au connétable que partout les villageois se réunissaient en armes (â). Déjà la nouvelle d'une levée en masse avait causé une fausse alerte, avant la levée du camp de Comines(a); désormais ce mouvement rural était incontestable. Ces bandes armées pouvaient, tout au moins, harceler l'armée royale et, en cas d'échec, inquiéter sa retraite. Les capitaines du roi se réunirent en conseil pour aviser aux mesures à prendre : ferait-on le siège d'Ypres, « ville fermée et forte »? Irait-on camper à Courtrai sur la Lys, en gardant les divers passages de la rivière? ou marcherait-on directement sur Bruges, ville en partie démantelée par ordi^e du Ruwaeri, et habitée par de nombreux Léliaerts (4)?

 Ypres on délibérait aussi. LeS' feux du camp de Wytschate, que l'on y voyait du haut du beffroi et même des remparts, rappelaient aux bourgeois, une des plus tristes pages de leur histoire. C*est a es tentes lez Wytsgale », au mois de septembre i328, après la déroute de Cassel, qu'un autre roi de France, Philippe de Valois, avait reçu en sa volonté la com-

(1] Froissart, X. ll^l et Ch. M^s. d' Ypres. [2j Cb. Ms8. d' Ypres.

{'Si Froissart, X. 143.

4) Froissart, X. 143.

mune (i) et c est « es tentes devant Ypres » que le 8 de ce mois, ce roi victorieux avait dicté de si dures conditions aux Yprois vaincus (s).

Ces tristes souvenirs étaient restés vivaces. Le « graod conseil de la ville» est convoqué; les conseillers, représentant les notables et les riches, proposent d'envoyer des députés au roi pour « crier merchi » et lui remettre les clefs de la cité ; mais les capitaines gantois chargés par Van Artevelde de garder et de défendre la place, refusent de capituler: «la ville est forte et bien approvisionnée, s'écrient-ils, le Ruwaert viendra battre le roi et fera lever le siège». Les bourgeois répliquaient : « il n*est pas en la puissance de Philip|)e, ni du pays de Flandre de vaincre le roi de France, .sans Tassistance des anglais, et aucun traité n'est encore scellé avec le roi Richard IL » Après de vifs débats (3), Topinion des notables prévalut ; Pierre Wavelaere, capitaine de Van Artevelde, est arrêté; tous les Clauwaerts quittent la ville et vont rejoindre Tarmée flamande (4).

Deux frères prêcheurs sont alors envoyés au camp roval, avec mandat de demander des sauf-conduits pour les commissaires que la ville désire charger de négocier sa soumission. Ces sauf-conduits sont accordés et l'abbé de Vormezeele (5) avec douze bour-

(1) Arch. Tp, Inv. 029.

(2) Arch. Tp. Inv. 630.

(3) « Rihote (queFelIe) 8*esmttt, dit Froibsart, et Piètre Wanselare fut ochis », mais ce dernier détail est contredit par nos annalistes yprois.

(4) Ch. Mss. d'Ypres.

(5) Veribckb» 47. D'après la chronique de Vormezeele (page 9J, Jacques Vondelinc, né à Ypres, était alors (ldf72 à 1387) le vingt-troisième abbé de Vormezeele; il restaura l'abbaye après le siège d'Ypres en 1383. Il jouissait d*un grand crédit à la cour du comte de Flandre.

geois, élus par le grand conseil, se rend à Messines où se trouvait Charles VI (i). Là, tous s^agenouillent, devant le jeune roi, crient merci ! remettent la ville en sa volonté et, disent nos chroniqueurs, lui livrent le capitaine Wavelaere.

D'après les conseils de Louis de Maie et du duc de Bourgogne, désireux d'épargner à leur comté les « désolations et ruines » que semblait légitimer alors la conquête, Charles VI cherchait à « aquérir tout le pais par douceur » ; il dissimula donc son ressentiment. Après avoir fait toutefois trancher la tète au capitaine Wavelaere (2), le roi reçut « doucement » l'abbé de Voormezeele et pardonna à tous les bourgeois ; aucun ne fut mis à mort, ni même banni et la commune obtint grâce, à condition de solder une somme de quarante mille francs (3) <c pour aider le roi à payer une partie des menus frais qu'il avoit fait à venir jusques à là » (4).

Les ce Yppryen » (5) s'étaient attendus à être traités plus durement; aussi les députés acceptèrent-ils ces conditions avec empressement; ils prièrent même le roi et ses oncles qu'il leur plût de venir « rafresquir en leur ville, disant que les bonnes gens en aroient grant joie ». Les magistrats d'Ypres, heureux d'être reçus à merci, dans de telles conditions, versèrent immédiatement les quarante mille francs demandés.

ce Les bannières du roi avoient été mises sur la maison

(1) Ch. Mss. d'Ypres.

i2) Ch. Mss. d'Ypres.

(3) Quarante mille florins, disent nos chroniqueurs yprois.

;4^ Voyez Froissart, X. 145.

(5j C'est aiosi que Faoissart appelle les habitants dTpres.

de la ville d*Ypres et celles da comte aussi, mais plus bas » (4). A la demande du prince, afin que la cité ne fut pas pillée par la soldatesque, Charles VI avait consenti à ne pas la laisser occuper par ses hommes d^armes (s); son armée reçut donc ordre de se porter en avant, mais en quittant Saint Eloi et Wytschaele, elle campa d abord hors d'Ypres, sur les hauteurs' qui entourent letang de Zillebeke.

Toutefois les fourrageurs français continuaient à dévaster les campagnes. Un corps de « quatre mille glaives », dit Olivier Van Dixmude (3), passa même par Ypres ; de là grand émoi dans cette ville; des pillages étaient à redouter ; à la prière des magistrats d'Ypres, Louis de Maie accourut et empêcha les français dy commettre des excès, lors de leur passage. Ces hommes d*armes évacuèrent Ypres, mais, ils se rendirent à Poperinghe, occupèrent, sans coup férir, cette petite ville, la saccagèrent et massacrèrent ses habitants.

Les gens des villes secondaires et des villages du Wesiland redoutaient de semblables dévastations et massacres (4); ils avaient appris, d*un autre côté, que ce ceux d'Ypres étaient tournés français » et, que le roi se montrant clément, les « avoit pris à merchy bellement » ; ils résolurent donc de se soumettre aussi. Charles VI venait de faire son entrée à Ypres avec sa cour; le lendemain (5), des députés des villes et des châtellenies de Gravelines, de Bourbourg, de Dun-

(IJ Froissart, cité par KKRvnf, III. 517.

(2) Clivibr Van Diziiudb, 14.

(4) Voyez Khrvtn, III. 518.

(5) Ch. M«8. d*Ypre«.

kerke, de Bei^ues, de Gassel» de Fumes, de Bailleul, de Messines, de Poperinghe (4), en un mot de tout le WesUand et pays voisins vinrent se jeter aux ge* DOUX du roi et crier : Merci ! grâce ! pardon ! ; ils apportaient les clefs de leurs villes et amenaient avec eux, solidement garottés, les capitaines ou chefs que le Rwvaert leur avait, disaient-ils, imposés « par force et non autrement. »

Charles VI, après avoir fait décapiter ces capitaines, sur le pont devant une des portes d'Ypres(2), reçut aussi à merci « les gens de ces villes, chastellenies et seigneuries»; il leur imposa toutefois une contribution de guerre, s'élevant à soixante mille francs (3) et se réserva le droit de prendre sur leurs terres, le bétail, les vivres et autres choses dont son armée aurait besoin. Les députés acceptèrent avec joie ces conditions et, dit Froissart (4), « ils remerchyèrent le roy et sen conseil car ils furent moult liet (5) quant ils veirent que il pooient enssy escapper. »

Tout le Westland était pacifié. — Sa chef-ville, définitivement soumise, ne devait plus voir arborer sur son antique beffroi le drapeau de Tindépendance communale! — L'armée française pouvait en toute sécurité, poursuivre ses opérations; elle était encore campée à Zillebeke et Charles VI se « rafresquissait » avec ses oncles et autres seigneurs à Ypres, quand on y apprit (25 novembre) que l'armée flamande, commandée par Philippe Van Ârtevelde, occupait une forte position non

(1) Froissart, X. 147 et Ch. Mss. d' Ypres.

(2) Ch. Mss. d'Ypres.

(3J Quatre-vingt, mille floriaSi disant nos annalistes locaux.

(5) Liet: de liesse, content, charmé^ joy«ux.

loin de Roulers, sur une colline nommé le Mont d*Or (de Goudberg). Aussitôt l'armée française lève son camp ; le soir elle bivaque à Passchendaele : diaprés nos annalistes locaux (i)« cinq mille gens des métiers yprois accompagnèrent Tarmée royale.

Le Ruwaert avait pris ses dernières dispositions; il espérait encore voir arriver une armée anglaise à son secours, ou du moins recevoir des nouvelles des députés qu*il avait envoyés à Calais, pour ratifier le traité conclu entre la Flandre et TAngleterre ; mais rien n'avait été fait. « A quoi servîroit de ratifier ce traité, » avait dit aux députés, le commandant de Calais; «vous ne pouvez retourner maintenant dans votre pays, car le roi de France est à Ypres et tout le Westland s'est soumis. Van Artevelde va lui livrer bataille: s1l est vaincu, il n*y a plus rien à faire, s'il est vainqueur, tout est fait» {%). Les députés flamands restèrent à Calais, attendant des nouvelles.

Le 26 août, la journée se passa à pousser des reconnaissances. D'après une chronique inédite de Flandre, mentionnée par Kervyn (3), la paix fut encore offerte alors aux flamands, « s'ils voulaient demander merci au comté et promettre de payer six mois de solde aux hommes d'armes français, mais les capitaines des communes répondirent fièrement qu'ils ne déposeraient point les armes, tant que le comte ne leur aurait pas rendu les privilèges qu'ils avaient reçus de Robert de Béthune, après la bataille de Courtrai » (1302).

(V Verbkcke, 49.

;2 Froissart, X. 151.

M m. 5Si?.

G*est pour obtenir la restitution de ces franchises, puis de sérieuses garanties de leur maintien, que les flamands avaient pris les armes, versé des flots de sang et fait des sacrifices immenses; on le voit, même à la veille d'une bataille décisive, dont un grand nombre de combattants ne devaient pas voir le lendemain, le maintien de ces institutions était encore la préoccupation dominante, pour ne pas dire unique, des capitaines flamands et cette préoccupation se révèle aussi dans les instructions dernières que, d'après Froissart, Van Artevelde donna à ses compagnons.

Le 26 novembre, dans la soirée, le Ruwaert avait réuni ses capitaines en un splendide banquet ; après avoir donné à tous des conseils et des instructions, avant de se séparer de ses amis, qu'il ne devait plus revoir que sur le champ de bataille: «beaux seigneurs, » s'écria Philippe, « je vous en supplie, tenez tous loyalement la parole que vous m'avez donnée... quant à moi, je resterai fidèle à mes promesses jusqu'à mourir... et quoi qu'il arrive, n'oubliez pas que c'est pour nostre bon droit que nous combattons^ pour garder les juridictions de Flandres et nous tenir en droit (\) ». Van Artevelde, en prononçant ces dernières paroles, crut sans doute qu'il ne pouvait mieux surexciter le courage et l'énergie de ses amis qu'en leur rappelant, pour ainsi dire in extremis, le but des sacrifices immenses que la Flandre n'avait cessé de s'imposer depuis de longues années !

Le lendemain, 27 novembre, fut livrée la célèbre bataille de Roosebeke. Tous les historiens en ont ra-

(1] FROI88ART» X. 154.

ToMB 7. 26

conté les péripéties et les sanglants épisodes (i) ; après avoir remporté un premier avantage, Tarmée flamande fut mise en pleine déroute. Des milliers de morts restèrent sur le champ de bataille (2); au milieu des victimes de cette sanglante journée gisait le cadavre de Philippe Van Artevelde! Le RuwaeH n avait pas même eu la satisfaction dernière de mourir eu combattant les ennemis de son pays et de ses libertés! Il était tombé, écrasé par les siens battant en retraite, au moment où, cherchant à les rallier, il tentait de les conduire à la rescousse.

La victoire de Gourtrai avait assuré aux communes flamandes la restitution et même le développement plus complet de leurs franchises et de leurs libertés. Les français avaient vengé à Gassel, en i328, leur défaite de Gourtrai en 1302. Après la déroute sanglante de Roosebeke, les flamands ne purent plus jamais prendre leur revanche.

La commune d'Ypres avait été condamnée à mort par la sentence de paix du 29 décembre 1380: elle avait alors perdu ses privilèges les plus essentiels ; puis peu à peu toutes ses libres institutions furent dénaturées.

Les deux autres grandes communes flamandes reçurent à Roosebeke un coup mortel. Gand agonisa lentement; la puissante cité fit encore de généreux

(1) Voyez Froissart, X. 152. — d^Oudbohbrst, H. 573. — Kbrvtm, III. 526, — et tous les autres historiens de la Flandre.

(2) Le nombre des morts n'est pas connu ; il fut de 25,000 d'après des chroniqueurs, de 40,000 et même de 60,000 diaprés d'autres. (Voyei Kbrvyn, note, t. 111, p. 520.

efforts pour défendre les rares privilèges qu'elle avait pu conserver et c'est après la désastreuse bataille de Gavre seulement (1453), qu'elle perdit toutes ses antiques libertés et ses dernières franchises. Charles Quint lui donna le coup de grâce en 1540! Mais, comme le dit Kervyn (i), « c'est en remontant jusqu'au 27 novembre 1382, qu'il faut chercher la fin de Tère communale de la Flandre. »

APRKS LE DÉSASTRE DE ROOSEBEKR

SIEGE DTPRES.

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