‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur Ypres (volume 2)Chapitre 47 sur 56 · JANVIER A SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

JANVIER A SEPTEMBRE

Le désastre de Roosebeke avait terrilié les populations flamandes. A Bruges, régnait une terreur panique; on y voyait du haut des remparts, s*agiter au loin les bannières des bretons et des routiers français qui dévastaient les fertiles campagnes et brûlaient les riches villages du Franc. Bientôt les bourgeois affolés courent par les rues, criant : « Vechy nostre destruction qui est venue! Se li breton viennent jusques à chy et il entrent en nostre ville, nous serons tout pillé et mort, ne il n'aront de nous nulle merchy (\). » Alors riches et notables jettent leurs meilleurs joyaux et ce qu*ils possèdent de plus précieux dans des sacs, coifres ou tonneaux, et se hâtent de tout porter dans

(I) Proissart, X. 175.

des bateaux, prêts à faire voile pour la Zélande; on ne trouva bientôt plus, dit naïvement Froissart, c< en tous les hostels de Bruges, une euilière d*argent » (i).

A Gand, la fière cité, point de semblables paniques, mais la consternation y est générale ; les bourgeois éperdus errent silencieux dans les rues; ce silence, ce calme morne témoignent de leur muet désespoir et de leur sombre abattement; ils « estoient si esbahy que il n\ avoit conseil, arroy, ne contenance entre eux» (2); donc plus d'assemblées populaires, plus de réunions, soit dans le scepenhuus^ soit sur les places publiques! Pouvait-on prendre alors des résolutions? La cité a perdu, à Roosebeke, avec Télite de ses vaillantes milices, Philippe Van Artevelde, le prudent et courageux Ruwaert! La voix de ses capitaines, si énergiques, ne se fait plus entendre; presque tous, — les uns mutilés, les autres morts — gisent encoresur le champ de bataille! Pierre Van den Bossche gravement blessé a Gomines est alité à Bruges et Frans Ackerman, revenu de son voyage en Angleterre, où il avait été solliciter la prompte ratification du traité, fait avec Richard II et déjà scellé à Audenarde par Van Artevelde, attend encore avec d'autres députés flamands à Galais, les lettres royales de ratification.

Sans chefs, atterrés, les gantois ne savaient quel parti prendre. Les uns proposaient à leurs co-bourgeois de quitter la ville en masse et « de tout laissier; » d'autres voulaient envoyer les clefs de leur cité au roi victorieux et se rendre à merci, sans conditions; le

[I) Froissart, X. 175.

[2] Froissart, X. 183.

désarroi était tel que Ton ne pensait pas même à pren- (Ire les mesures indispensables, pour mettre la place à Tabri d*un coup de main. Tous les auteurs sont d*accord pour reconnaître que les français auraient pu, en ce moment, occuper sans coup férir la grande cité flamande !

Ypres ne se trouvait pas dans la même situation que les deux autres bonnes villes de Flandre. Quelques jours avant la bataille de Roosebeke, elle avait été obligée de se rendre au roi ; ses milices communales n'avaient donc pu suivre le drapeau de Van Artevelde et ses magistrats nommés directement, depuis peu, par des commissaires du comte, sans Tintervention des bourgeois, étaient dévoués de cœur et d'âme à leur seigneur ; pour lui prouver leur dévouement, ils avaient même, dit Froissart, fourni à Roosebeke des milices, puis des vivres à Tarmée royale (i).

Les métiers d'Ypres, grands et petits, étaient, il est vrai, longtemps restés fidèles à la cause nationale, mais atterrés et frap|)és de stupeur, en apprenant la mort dwRuwaert etFanéanfissement de Tarmée flamande, nos Clauwaerts, surtout dans la situation où se trouvait alors le pays, pouvaient-ils songer à se mettre en waepenynghe, pour venger leurs frères et amis de Gand, massacrés à Roosebeke? D'ailleurs, des échevins Léliaerts veillaient, et les hommes d'armes français, sous les ordres du sire de Saint-Py (Sempy), le jeune héros de Comines, qui se tenaient à Ypres, auraient promptement réprimé tout mouvement populaire. Notre ville, où flottaient les bannières du roi et plus bas celles du comte, restait ainsi calme, soumise ou plutôt

1) Froissart, X. 183 à 185.

inerte; elle échappa aux vengeances des français victorieux et de leurs partisans.

Ailleurs ces vengeances furent atroces !

La commune de Bruges s'était empressée de se mettre humblement en la volonté du roi; le vainqueur après lui avoir dicté les conditions les plus dures et les plus humiliantes, avait reçu les bourgeois en grâce et pardon; mais les autres villes et tout -le pays de Flandre étaient mis à feu et à sang; les français dévastaient les campagnes, et saccageaient les villes et les villages; ils égorgeaient tous ceux qu'ils rencontraient, n'éi)argnant ni le rang, ni Tâge, ni le sexe, de telle sorte que Ton pouvait dire d'eux: « ils ont tué la veuve avec l'orphelin, le jeune homme avec la jeune fille et l'enfant à la mamelle avec le vieillard {i). »

Ces scènes de dévastation et de carnage « amusaient » le jeune roi de France; il voulut bientôt se donner le plaisirde voir le spectacle, terriblement grandiose, de l'incendie d'une ville. D'après Froissart (i), Charles VI avait appris que l'on conservait dans une chapelle de l'église Notre Dame à Courtrai, plus de cinq mille paires d'é|ierons d'or, ramassés en 1302 dans la plaine de Groeninghe, et que l'on célébrait tous les ans en cette ville, des fêtes solennelles, en souvenir de la victoire remportée par les flamands sur le Groeningheveld ; le roi-enfant se rendit à Courtrai, décidé à faire mettre la ville « en feu et flame », afin que l'on se souvienne « ossi, dit-il, ou temps à venir, comment li rois de France y avoil esté (3) ». Et ce ne fut pas là une vaine menace;

J] Froissart, X.173.

;?; HtfcU du religieux de S^ Denis (III. 17) cité par Kervyk, (111. 536).

car, dit le chroniqueur que nous venons de citer (i), c< au département dou roy de Courtray, elle lu mallenient menée; on Tardy et destruisi, sans de|K)rt et enmenèrcnt, par manière de servage, plusieur chevalier et gens d*armes et des biaux enfans, fils et filles ».

Louis de Maie ne cessait — malheureusement en vain — dimplorer la clémence de son suzerain et de le supplier de faire mettre un terme aux dévastations qui ruinaient le comté ; mais tandis qu'il cherchait ainsi à sauvegarder les intérêts matériels de sa seigneurie, ou plutôt les siens, ce prince s'efforçait d'affermir son autorité, en profitant des circonstances, pour mettre à néant, sous prétexte de « paix et de pardons », les séculaires institutions des communes et du pays de Flandre.

Sur le champ de bataille même, avant d'y laisser enfin jeter dans de vastes fosses, les cadavres de ses ennemis vaincus — dont nos pères ont retrouvé plus tard les ossements blanchis, — le comte Louis s'était hâté d'ordonner à toutes les villes et généralités du comté, de lui remettre toutes leurs chartes de privilèges et tous les diplômes qui leur avaient octroyé des franchises.

Les échevius de Bruges, d'Ypres, de Warneton, de Bailleul, de Nieuport, de Poperinghe, de Cassel et d'autres villes ou châtellenies de la Westflandre avaient apporté au château de Lille, ces chartes, conservées, depuis longtemps, avec une sollicitude jalouse, dans une chambre de leur beffroi; le 9 mars (1383 n. s.), Louis de Maie chargea le prévôt de Bruges, le châtelain

(i; FUOISSART, X. 188.

de Furnes, inessire Colard de le Clite, le doyen de S^ Donat, inessire Jean de Halewyn, messire Jean de Grîsperre, Henri Lippin, receveur de Flandre, conseillers, et Henri de Heere, secrétaire du comte, de visiter les lettres et privilèges que ceux de Bruges avaient dû lui apporter, d'après ses ordres, « à cause des émeutes, rébellions et conspirations qu'ils avaient faites contre lui (i). »

En nommant une commission aussi nombreuse et com|K)sée de personnages aussi distingués. le prince voulut sans doute avoir la certitude que toutes les anciennes « chartes de privilèges » feraient Tobjet d'un examen minutieux et sévère. Des diplômes, des libertés et franchises, aœcrdés à nos communes furent alors, en grand nombre, lacérés et c'est alors aussi que Bruges perdit ses archives les plus précieuses, entr'autres « les chartes octroyées par Philippe de Thiette, après la journée de Courtrai, dit Kcrvyn (12), les lettres d'alliance scellées en 1321 par les communes de Gand et de Bruges et les fameux traités, conclus quarante ans auparavant, par Jacques Van Ârtevelde et Edouard III ».

Les archives d'Ypres firent des perles moins sensibles ; « on soupçonna les yprois de posséder autres choses qu'ils n'avaient pas apportées (a). » Depuis la paix de Dixmude (1380), notre commune avait perdu ses franchises les plus précieuses, ses grandes chartes communales del!209 et 1338 avaient alors été annulées, il était donc inutile d'apporter ces diplômes. D'un

(1) Extrait d'un ancien registre couvert de cuir rouge reposant au greffe du conseil de Flandre. Cet extrait est transcrit dans le cartulaire d'Ypres dit: ZtcarUnboek, f«» 217 v«« (i/cA. Yp. Inv. 639).

(2) Kervyn, III. 544.

(3) Id. id.

autre côté, n*est-il pas possible que notre ville fut alors moins durement traitée que d^autres, parce que soumise au comte, avant la journée de Roosebeke, elle était gouvernée par des magistrats dévoués au légitime seigneur du pays? Et ne serait-ce pas à ces circonstances que Ton doit la conservation, dans nos archives, de chartes originales, — présentant un caractère d*inténH général — que Ton ne retrouve ni dans le dépôt de Bruges, ni dans ceux d*autres villes?

Après avoir contemplé Témouvant et sombre tableau de la ville de Courtrai, livrée aux flammes, Charles VI s était rendu à Tournai: il s*attendait à y recevoir les commissaires de Gand, et à les voir, comme naguères ceux de Bruges, se jeter à vses genoux, pour demander grâce et pardon... mais cette attente fut trompée: une situation nouvelle s était produite dans la grande cité flamande.

Dès qu*ils avaient eu connaissance du désastre de Roosebeke, Pierre Van den Bossche et Frans Ackerman s'étaient hâtés de revenir à Gand; le premier, ne pouvant chevaucher à cause de ses blessures, s'y était fait porter en litière de Bruges. Ackerman qui se trouvait encore à Calais, attendant les lettres ratifiant le traité, fait avec Richard II, ne pouvait songer à suivre la voie de terre, la Flandre entière étant occupée par les Français et les Léliaerts; il s'était jeté à Calais, dans un frêle esquif; après avoir, au péril de sa vie, bravé les vents et les tempêtes, il réussit à conduire sa barque dans l'Escaut, à la faire échouer sur la côte flamande, puis à se rendre par terre dans sa ville natale.

Ces deux anciens lieutenants de Van Artevelde relèvent et raniment bientôt le courage de leurs

co-bourgeois. Le premier moment de stupeur est passé ; plus de défaillances; la populeuse commune est puissante encore, elle ne se mettra pas lâchement, sans combattre, en la volonté du roi. Alors on prend des résolutions énergiques: les portes de la cité, restées jusques là ouvertes, sont closes, on y place des guetteurs vigilants et de vaillants bourgeois se chargent de défendre les remparts; dès lors, plus de surprises possibles! puis la cloche du Beffroi appelle les métiers; on leur donne de nouvelles bannières et des armes; on les organise et des Clauwaerls dévoués remplacent les vaillants capitaines tombés sur le champ de bataille.

C*est, quand la cité est ainsi mise en état de défense, mais alors seulement, que ses chefs se décident à envoyer leurs procureurs au roi, non pour demander pardon à genoux, mais pour négocier un traité de paix honorable!

.Ces procureurs se rendirent donc à Tournai; interprètes tidèles des fiers sentiments de leurs mandants, ils s y montrèrent « ossi durs et ossi orgilleux, dit Froissart (i), que dont que li (les gantois) euissent tout conquesté et eu à Rosebecque la journée pour eux ». On voulait bien se soumettre au roi, « pour avoir ressort à Paris » , mais jamais plus, disaient les commissaires, la commune de Gand ne reconnaîtrait, pour son seigneur, Louis de IVIale, qui lui avait causé de si grands dommages, uniquement parce que ses bourgeois avaient ce soustenu leurs franchises » . Les rôles étaient ainsi intervertis: les vaincus voulaient

dicter des conditions aux vainqueurs. Ces négociations pouvaient moins aboutir que jamais, dans la situation où se trouvait alors la Flandre; elles furent rompues et la guerre recommença.

Charles VI avait quitté le comté, mais il y avait laissé, sous le commandement du sire de Ghîstelles, une bonne partie de ses forces (i). Les bourgeois de Gand ne se contentèrent bientôt plus d*assurer la défense de leur ville; leurs milices ne tardèrent pas à prendre l'offensive. Pierre Van den Bossche, à peine guéri, et Frans Ackerman, à la tète de trois à quatre mille hommes, s'emparent, de vive force, de la ville dWrdenbourg, la pillent et la brùleat. D'autres corps de gantois armés dévastent les pays de Bruges, de Termonde, d'Alost et toute la contrée jusqu'à Âudenarde; ils rapportent leur riche butio à Gand; la place est ainsi abondamment ravitaillée; ou n'avait donc plus rien à redouter, même d'un long blocus.

Sauf le Wesiland, i)roté^é [lar la ville d'Ypres, toujours soumise au comte, presque toute la Flandre flamingante continuait ainsi à être livrée au pillage. Louis de Maie, désirant mettre un terme à ces graves désordres, envoya des députés à Gand, pour traiter de la paix; mais, malgré l'intervention bienveillante des évèques de Li^e et de Tournai, ces avances furent froidement accueillies, puis repoussées (â).

Du reste la commune de Gand n'aurait pu, à cette époque, traiter séparément avec le comte Louis; Richard H venait de ratifier le traité d'alliance offensive

(1) D^OUDBORBRST, II. 575.

(2) d'Oudegherst, II. 575.

et défensive conclu entre FAngleterre ef la Flandre : dès lors la paix n^aurait pu se faire que du consentement de ces alliés et ceux-ci n*y auraient pas consenti. Le roi d*Angleterre s'était engagé à envoyer sur le continent, une armée nombreuse au secours des flamands ef faisait déjà des armements considérables.

Une circonstance, qu'il importe de rappeler, facilita ces armements et permit de les compléter promptement. Le grand schisme d'occident venait d'éclater; Clément VII et Urbain VI se disputaient le gouvernement de l'église; le premier résidait à Avignon, il était soutenu par le roi de France ; le second avait son siège à Rome et le peuple anglais lui était entièrement dévoué. Urbain VI comprenant que les armes spirituelles seraient insuffisantes pour triompher de Clément Vil qui disposait aussi, et abusait déjà contre lui, des foudres de l'église, résolut de profiter des événements politiques, pour déterminer les anglais, ses fidèles, à faire la guerre aux français, ses adversaires; il envoya aux archevêques etévêques d'Angleterre des bulles accordant de grandes indulgences aux hommes d'armes qui iraient combattre « les infidèles » c'est-à-dire les Clémentins français.

Le pape de Rome connaissait les anglais : :< bien savoit, dit Froissart (i), que li nobles d'Engletière, pour toutes ses asolutions (â) ne chevaucheroieut point trop avant, se li argent n'aloit devant, car gens d'armes ne vivent point de pardons, ne il n'en font trop grant compte, fors au destroit de la mort ». Le pape Urbain fit donc connaître par ses bulles, que la dime de tous

(2) AêoMioHs: absolatioas.

les revenus des églises en Angleterre serait perçue pour assurer la solde des ce nouveaux croisés ». La guerre pourrait ainsi être entreprise sans grever les trésors du roi et du pays.

Ces bulles furent accueillies « avec grande satisfaction », aussi bien par la cour, que par les populations. Le pape secondait en eflet la politique extérieure du roi; TAngleterre pouvait-elle permettre à la France, de développer, sans obstacle, sa puissance, et de jouir paisiblement du prestige que lui donnait la victoire de Roosebeke? Pouvait-elle surtout permettre à sa rivale d*étendre, sans luttes, son influence, pour ne pas dire sa domination sur la Flandre et sur ses populations unies, depuis des siècles, au peuple anglais par les liens d*une origine commune, par des traités politiques et commerciaux, en un mot, par des relations traditionnelles de toute espèce? Le roi devait don c favoriser les desseins du pontife.

D'un autre côté, les populations de l'Angleterre, où la foi était si vive alors, se montraient complètement dévouées au pape de Rome ; la guerre projetée — guerre sainte à leurs yeux — pouvait assurer l'autorité de leur pontife vénéré sur la chrétienneté entière et faire cesser un schisme déplorable; ces populations si profondément religieuses, ne devaientelles pas accueiller les bulles papales avec enthousiasme? Aussi dès que les prélats anglais prêchent « la nouvelle croisade, » l'argent afflue-t-il de toutes parts: aux produits des dîmes, payées par les églises, s'ajoutent des dons nombreux offerts par les habitants. En se dépouillant de leurs biens, grands et petits croyaient faire œuvre pie : nul même, dit Froissart 0),

ne croyait jamais pouvoir entrer en paradis, s'il n'y mettait et donnait du sien et Ton était convaincu que, « qui le plus y donnoit, selonc le bulle dou pappe, plus avoit de pardons. »

L'élan fut bientôt tel que des théologiens crurent devoir intervenir pour l'arrêter; l'un d'eux, Jean Wiclef, cité par Kervyn (i), n'hésita pas à dire au peuple : «sachez, mes frères, que les évéques qui reçoivent de l'argent pour remettre les péchés, sont les fils du diable; de tous les faits condamnables qui s'accompliront jamais, le plus mauvais est la croisade ; ceux qui la soutiennent sont pires que des voleurs, car ils emploient ce qu'ils possèdent à encourager la mort des hommes. »

Mais ces énergiques harangues ne réussirent point à arrêter le courant populaire; au dire d'un chroniqueur (â), on réunit bientôt deux millons cinq cent mille francs (3), somme énorme à cette époque. Il ne laut donc pas s'étonner, si, dans de semblables circonstances, les armements et autres préparatifs de guerre furent, comme nous l'avons dit, promptement terminés.

Un prélat, Henri Spencer, évêque de Norwich, avait été nommé chef de l'armée; tous les combattants sous ses ordres devaient jouir des privilèges et indulgences accordés autrefois aux pieux croisés qui partaient pour la terre sainte, afin de délivrer le tombeau du Christ. Nouveau Pierre l'Hermite, ce prélat s'était hâté de faire un chaleureux appel à tous les membres du clergé, les engageant à enrôler leurs

;i) III. 517.

{2) Ch. Ms. d'Ypres.

(3J Frojssart, (t. X. 207) écrit XXV« mille francs.

paroissiens. Cet appel est entendu; une redoutable armée est bientôt rassemblée; alors Tévèque dépose la crosse du pasteur, pour prendre le glaive du guerrier.

On décida que les nouveaux croisés seraient transportés à Calais» ou débarqués sur divers points de la de la côte flamande, puis qu'après y avoir opéré leur rassemblement, ils occuperaient le WesUand et la place d*Ypre8, la plus importante ville de cette contrée.

Rien ne justifiait ni cette prétendue guerre sainte, ni ce plan de campagne. C'est pour combattre les Clémentins que les « croisés anglais » avaient pris les armes et les populations de la Westflandre — comme du reste celles de la Flandre entière — étaient fraochement Urbanistes. Les magistrats de la ville d'Ypres, dont rinfluence rayonnait sur le Westlandy donnaient même — et ne cessèrent de donner — Texemple d'un dévouement absolu à la sainte église et au pape de Rome. Urbain VI le constata et le proclama lui-même plus tard. Dans une bulle du 15 mai 1386, après avoir donné sa bénédiction apostolique aux avoué, échevins et conseillers (consûlibus) de notre ville, le pontife les remercia d'être restés fidèles au saint siège de Rome et « de défendre — comme il^ avaient toujoun défendu — la sainte église romaine et ses ministres, durant ce schisme inaudit » ; puis le saint père engagea ces fidèles magistrats à persévérer dans leurs bons sentiments. (Annexe Q).

La prétendue croisade, entreprise par les urbanistes anglais contre leurs coreligionnaires flamands, ne pouvait donc se justifier, mais le plan de campagne adopté s'explique, quand on se place à un autre point de vue. L'expédition, nous l'avons dit, avait au fond

yn but politique : le roi d'Angleterre, ne pouvait permettre au roi de France de consolider paisiblement son influence en Flandre. La commune de Gand, Taillée des anglais, n'exerçait plus aucune influence ni à Ypres, ni dans le Westland^ occupés par les français et les Léliaerts; il importait donc de conquérir d'abord cette place importante et la contrée, dont elle assurait au roi de France la domination absolue. C'est afin de faire cette conquête, avant de poursuivre plus loin la guerre, que l'évêque de Norwich avait reçu ordre d'ouvrir la campagne dans la Westflandre.

Les conseillers du roi Richard avaient indignement exploité les bulles du pape Urbain VI, pour amasser de grosses sommes d'argent et réunir, sans bourse délier, une nombreuse armée chargée de faire campagne, non pour sauver l'unité de l'église, mais dans un intérêt politique, et le fougueux évèque de Norwich continua à tromper les croyants, en suivant la coupable tactique des conseillers du roi, son maître. Pendant la campagne, il persista à proclamer la guerre sainte contre les Clémentins et afin de surexciter le zèle religieux de ses fidèles croisés, il fit constamment porter devant lui la bannière de S' Pierre (!).

Les anglais avaient débarqué, sans opposition, sur la côte de Flandre ; les divers corps composant l'armée d'invasion se rassemblèrent promptement entre Calais et Gravelines. L'expédition fit au début une marche, en quelque sorte, triomphale: la ville de Gravelines est prise; un corps d'armée, composé des garnisons de diverses châtellenies flamandes, s'était rangé en bataille devant Dunkerque, il est dispersé et l'évêque de Norwich prend possession de cette ville; Bergues,, Cassel et Bourbourg se soumettent; Saint-

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