AVÈNEMENT DE LOUIS DE ÎÏEVERS
Vingt-six mois après la célébration du mariage enfantin de Louis et de Marguerite, trois des personnages dont nous avons eu à ùous occuper n'étaient plus de ce monde: Louis de Béthel mourut à Paris le 6 Juillet 1333 (4), peu de jours après qu'il eut vu s'ouvrir pour lui les portes du château de Rupelmonde. — Le roi Philippe le Long décéda vers la même époque; il eut pour successeur son frère, Charles IV, dit le Bel. — Et « Monseigneur Robert (de Bétbune), comte de Flandre, noble et puissant prince, trépassa fan de grâce 1322 (2) » (17 Septembre), en son château d'Ypres, nommé alors « la motte le conte », (3), plus tard le zaelhof.
Le comte Robert devait être enterré à Tabbaye de Flines, à côté de Gui de Dampierre, son père ; mais cette abbaye se trouvait dans la Flandre gallicante, alors occupée par le roi de France, en vertu du traité de 1316, confirmé en 1320. Les restes de Robert de Béthune, le dernier de nos comtes qui, flamand de cœur, fut plus d'une fois martyr de son dévouement
(1) Kbrvtk, III. 107. — Le Glay, II. 352, dit le 24 Juillet.
(2] Teite de Pépitaphe de Robert de Béthune à l'église de St Martin à Ypres.
(3) Comptes de la yiUe dTpres, première moitié du XIV* siècle,
PABSDi (Areh, Yp.J
à rindépendance de son pays, pouvaient* ils reposer en paix, à Flines, terre momentanément française? On les déposa donc, mais provisoirement, dans un caveau au milieu du chœur de Téglise abbatiale de S^ Martin à Ypres, et Pierre, prévôt de cette abbaye, par lettres du i' octobre (1322) « s'engagea à rendre ces restes vénérés quand les circonstances qui avaient empêché de les inhumer à Flines viendraient à cesser (i). » Ce document est peu connu ; nous en publierons le texte à la suite de ce travail. (Annexe À.)
Louis de Réthel était mort avant son père et celui-ci venait de descendre aussi dans la tombe. Les éventualités prévues par le testament de Robert de Bétfaune, confirmé par des traités, se réalisaient ainsi ; tout laissait donc croire que le jeune Louis de Nevers succéderait, sans contestations possibles, à son grand père, comme comte de Flandre. H n*en fut pas ainsi ; d*un côté, Robert de Gassel, bien qu1l eût renoncé
(1) A notre connaitsance, cett« translation n'eut pas lien, après que les villes de Lille, Donay, Orchies et leurs dépendances furent rétro* cédées à la Flandre (a), lors du mariage de Marguerite de Maie et de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (19 Juin 1369). Le superbe mausolée, élevé à Robert de Béthune dans l'église de S* Martin à Ypres, y existait encore à l'époque des guerres religieuses du XVI« siècle; il fut alors détroit et mis en pièces par les iconoclastes {à) ; à la place qu'il occupa, on volt aujourd'hui une petite pierre tombale (c) en marbre blanc portant lepitaphe mentionnée ci-dessus. Une fresque peinte dans une croisée murée du chœur représente la « portraitture » {d) du dernier comte de Flandre qui resta fidèle aux traditions nationales et patriotiques de ses ancêtres.
(a) Arch, Yp, Inv. 617, 618, 619 et 621.
{b) D'après nos chroniqueurs Yprois.
(c) Près de celle de Tévéque Jansenius. (Voyez rpriana, VI. 139.)
{d) Voyes Tpriana, IV. 249.
à ses droits éventuels à la couronne comtale, en jurant de respecter et le testament de son père et les traités qui le confirmaient, de Tautre côté, Mabaut de Lorraine (i), fille du comte Robert, en se fondant, sur cette renonciation de json frère, contestèrent Tun et l'autre les droits héréditaires de leur neveu.
Quand après la mort de Robert de Béthune, Louis de Nevers se présenta devant Charles le Bel, qui venait de monter sur le trône de France, pour faire acte de foi et hommage de son comté, le nouveau suzerain refusa d'en donner Tinvestiture à son jeune vassal ; il lui défendit même, ainsi qu*à son compétiteur et à sa compétitrice, de prendre le titre de comte ou de comtesse de Flandre et surtout d'en exercer les prérogatives, avant qu'un arrêt du parlement de Paris n'eût résolu les questions de droit soulevées par les trois prétendants.
L'époux de Marguerite d'Artois se trouvait alors à la cour de France, oii, depuis son jeune âge, il avait été presque constamment retenu. Dès son enfance, Louis y avait été gardé avec une sollicitude intéressée, et sous prétexte, soit de le corriger, soit d'assurer la sécurité de sa personne, les rois de France l'avaient souvent traité durement. Maintes fois, sous de futiles prétextes, pour punir une escapade, ou quelque légère incartade, mais surtout quand son père le réclamait, ces rois avaient fait enfermer le prince-enfant dans une tour du Louvre ou de quelque château, sous la garde de cheva-
'\\ Mabaat, fille dt» Robert de Béthnhe, avait épousé^ en 1314, Mathieu de Lorraine, duc de Bar; elle avait reçu en apanage, dès 1312, des tlefs situés en la terre de Fumes et la paroisse d'Elverdinghe. — Ces fêtes nuptiales furent célébrées, dins les balles d'Ypres. Voyez Ann : West" Flandre f VII. 329, notre notice intitulée: Les noces de MahauL,*, aux Jkailes d'Fpres.
tiers fidèles et vigilants. L'arrêt du parlement pouvait se faire attendre longtemps et Charles le Bel semblait disposé à suivre les traditions de ses prédécesseurs. Alors, pour prévenir de nouvelles mésaventures, le jeune prince, cédant peut-être aux conseils de quelques vieux barons, amis de feu son grand-père, quitta furtivement la cour, puis, à l'insu du roi, il s'enfuit et se réfugia au-delà de la Lys.
Le fugitif avait été accueilli avec joie par les populations flamandes ; il fut acclamé dans les villes et dans les campagnes. Sans attendre Tarrèt du parlement, les « bonnes villes » déclarèrent même fièrement au roi, que le petit-fils de Robert de Béthune était leur <K droiturier seigneur » et qu'elles n'en reconnaîtraient aucun autre.
Enivré, ébloui par ces ovations et se sentant soutenu par les puissantes communes du comté, le juvénile vassal oublia les défenses faites par son suzerain; il prit sans hésitation le titre de comte de Flandre et posa divers actes importants en cette qualité.
Louis de Nevers se trouvait à Ypres vers la fin du mois d'octobre (1323); le 28 de ce mois, il y fit acte de souveraineté, en octroyant aux bourgeois de cette ville, trois chartes dans lesquelles il s'intitule « comte de Flandre )>, et déclare que n'ayant pas encore son <i nouvel grand scel comtal », il scelle ces chartes du i< scel dont il usoit avant que le contey de Flandre ne lui eskeit ».
Par un de ces diplômes, Louis de Nevers interdit de tisser, tondre, teindre et fabriquer des draps dans un rayon de trois lieues autour d'Ypres (i); il assure en quelque
(1) Arch. Yp, Inv. 363 et 364.
sorte ainsi aux drapiers de cette ville le monopole de leur industrie. — Une autre charte, donnée à la demande de nos échevins, en défendant de prendre rivage ou bord sur l'Yser et TYper, sans le consentement du prince (i), accorde aux Yprois le droit exclusif de faire commerce et trafic des marchandises qui, transportées par eau, ne peuvent être ^désormais chargées et déchargées qu'à riotérieur de leur ville. — Entin, le même jour, renouvelant, toujours comme comte de Flandre, un ancien privilège, auquel, parait-il, on attachait alors un grande importance, Louis autorisa les héritiers d'un bâtard, bourgeois d'Ypres, à succéder à celui-ci, comme les héritiers d'un parent légitime (s).
La fuite du jeune seigneur et surtout ses flagrantes désobéissances avaient d'autant plus vivement irrité Charles le Bel que, en accordant d'importants privilèges aux communes.leprétendantfaisaitgrandirdejourenjoursa
popularité ; sa présence dans le comté y réveillait en eifet Tesprit communal et faisait croître rapidement les.prétentiens des bourgeoisies. Bientôt plusieurs grands seigneurs et les députés des bonnes villes n'hésitèrent plus à se rallier
(I) Arck. Tp. Inv. 86t et 862.
(2; Areh, Tp, Inv. 365. Ces lettres (361 à 365) dontiées à Ypres, le 28 octobre 1322, prouvent à toute évidence que, sans attendre l'arrêt du parlement [29 Janvier 1323 n. s. Arch, Tp. Inv, 366), Louis de Nevers avait qaitté Paris, se trouvait à Ypres le 28 octobre 1322, y prit le titre de comte de Flandre et 8*y attribua, à ce titre, le droit d'octroyer des privilèges. — On lit dans ces chartes (361 et autres), au préambule : « Nous Loys, cttens de Fiandrt et de Nevers savoir faisons »... etc. etc. — et in fine : « nous avons 08S lettres faict sceller du scel dont nous usâmes avant que le contey de Flandres ne nous eskeit et les promettons à faire sceller de no nouvel grand scel, quand nous lauerons, sitost que nous en serons requis ». — Le prince, dont les droits n'étaient reconnus ni par Je parlement, ni par le roi, n'avait donc pas encore alors <c son nouvel grand scel » de comte.
ouvertement à la cause de Louis de Nevers. Au nombre des personnages et des bourgeois notables qui s'étaient empressés de se grouper autour du prince, à Ypres, dès le 28 octobre, se trouvaient Guv de Flandre, Monseigneur de Nivelle, Mon:^eigneur Eustached'EseoufllIans avoué de Thérouanne, Huges d'Escoufflans son frère, chevalier, puis Jean de Bruges, clerc, Thomas de Varnewyc, bourgeois de Gand et Nicolas Bonin, bourgeois de Bruges (i); ces deux derniers représentaient les deux premières bonnes villes du pays. L'agitation qui se manifestait en Flandre se généralisait, devenait inquiétante et pouvait contrarier les vues du roi; îl fallait donc la faire cesser au plus tôt, en éloignant l'époux de Marguerite du pays de Flandre.
Charles le Bel invita son neveu à rentrer en France ; mais celui-ci, redoutant, non sans motifs, les « duretés de son chier et bien amé oncle », refusa d'abord de lui obéir, malgré les meilleures promesses que lui Kt le roi de le traiter « gracieusement ». Le vassal s'émut peu aussi des menaces que lui adressa bientôt son suzerain, tes menaces pouvaient-elles effrayer le protégé des communes qui veillaient, dit un chroniqueur, sur « le jeune et petit enfant (â) » ?
Toutefois la situation prit bientôt un caractère de gravité extrême. Robert de Gassel avait assemblé des hommes d'armes dans le Westland et se disposait à attaquer son neveu et compétiteur; de son côté, après l'avoir sommé — inutilement — de se présenter devant
(1) Ces notables et seigneurs Bont cités comme témoins dans les cliartes susmentionnées, données à Ypres le 28 octobre 1322 (voyez encore Arch. Yp. Inv. 361, 362, 363, 364 et 365).
(2) Chronique de Si. Denis ^ citée par Kxrvyn, 111. 112. .
lui, sous peine de voir confisquer sa seigneurie pour « désobéissance et forfaiture », Charles le Bel avait envoyé en Flandre des hommes d*annes, avec mandat d^arrèter et de ramener le vassal félon. Alors Louis de Nevers est contraint de céder, il retourne à Paris, non sans redouter la sévérité de son oncle et seigneur. Ces appréhensions se réalisèrent; dès son retour à Paris, répoux de Marguerite est appréhendé au corps et conduit dans une tour du Louvre où son père et son grand-père avaient été enfermés, où son aïeul. Gui de Dampierre, avait terminé sa malheureuse carrière.
D'après des chroniqueurs (i), « le noble prisonnier gémissait encore dans son cachot », quand le parlement prononça son arrêt (29 Janvier 1333 n. s.). Cet arrêt a adjugeait le comté de Flandre à Louis de Nevers, petit-fils de Robert de Bélhune, nonobstant les réclamations de Robert de CasseU son oncle, et de Mathilde, sa tante, femme de Mathieu de Lorraine (!2) (annexe B). C'est alors seulement que le prisonnier est mis en liberté.
Aussitôt le nouveau seigneur demande à faire acte de foi et hommage pour ses seigneuries de Flandre, de Nevers et de Réthel; mais avant de lui donner l'investiture de ces seigneuries, Charles le Bel exige que son vassal jure solennellement d'observer tous les traités, si onéreux, imposés à la Flandre.
Le jeune comte, dans son impatience d'obtenir enfin, avec l'investiture de son comté, son indépendance et sa liberté, aurait prêté sans hésitation, tous les serments qu'il aurait plû à son suzerain d'exiger; il confirma
(1) Chroniqaes d'Ypres.
(2) àrck. Tp, Inv, 366.
donc par serment, ces c< pactes dMniquité » et 6t acte de foi et hommage; alors il reçut Tinvestiture de son comté de Flandre. Le même jour, craignant de nouvelles embûches, le prince se hâta de quitter Paris* sans trop se |)réoccuper de sa jeune comtesse qu'il laissait à la cour de France.... ou que son oncle y retenait peut-être, comme otage, |K)ur le cas ou son époux aurait oublié de rester fidèle à ses serments.
Les populations et les communes flamandes accueillirent de nouveau avec enthousiasme Louis de Nevers. Mais c'est à Ypres surtout que le petit-fils de Robert de Béthune jouit alors d*une popularité immense; les privilèges qu*il avait récemment octroyés aux Yprois, sa jeunesse, ses aventures, les infortunes même de ses ancêtres y avaient encore fait grandir sa popularité ; Louis trouva donc au château la « motte le conte » à Ypres, en même temps que la couronne du comte Robert, la popularité dont avait joui son grand-père» durant les longues années qu*il résida dans ce manoir féodal.
Grande avait été la joie des échevins d'Ypres lorsqu'ils avaient connu l'arrêt du parlement (i) (Annexe B) et la commune entière fut en liesse, quand on y apprit plus tard que le petit-fils du comte Robert avait le projet de se rendre à Ypres, au mois de Juillet (1323).
Bientôt on se prépara à recevoir a le nouveau seig-
(I) Une copie de cet arrêt — sur parchemin, écritaru de Tépoque — est coist*rvée aux archives de notre ville (Inv, 366). Nous croyons être a?réat)le à nos lecteurs en puliliant à la suite de cette étude le texte de celte copie bien que Parrét soit déjà imprimé dans le Codex Jur. Gent. p. 106, de Lkibnits et dans le Corps diplomatique de Dlmont, t. I» 2* partie, p. 58.
neur » avec tous les honneurs dus au « droiturier et légttinne prince du pays ». C'est dans la « éambre des échevins sour le Halle », que devait avoir lieu cette réception officielle; nos magistrats se hâtèrent de faire décorer leur siège scabinal et, sans doute pour donner à leur « bien amé conte » un témoignage particulier de leurs sympathies, ils résolurent de lui foire la gracieuse surprise de mettre sous ses yeux s:) ce pourtretture » et celle de sa jeune épouse. Un peintre, nommé Hanin Soyer, fut chargé « de faire ces ymaiges de Mons' le conte et de Me Dame la contesse, en le cambre deschevins » (i).
Louis de Nevers avait promis d'arriver à Ypres le âS Juillet; huit jours avant cette date, tout y était prêt pour le recevoir. Les belles fêtes que Ton donna, à Toccasion de cette visite, attirèrent à Ypres « plusieurs grands seigneurs et tout li pays de Flandre » (s). Parmi ces personnages, on remarqua Honseig' Jehan de Flandre,, sire de Nièle; Monsetg' Gautier de Gfaatillon; Monseig' Robert de Flandre (de Gassel) qui avait donc adhéré à Tarrét du parlement; Monseig' Jehan de Hainaut; Monseig' de Namur; Monseig' et a amé dame » de Fieuies; Mademoiselle de Tbietle; Mons' de Masmines; le bailli d'Amiens; le prévôt de Bruges; le clerc du comte de Hainaut et plusieurs autxes » (3).
^cc Le pays de Flandre » fut alors représenté à Ypres par les députés des « bonnes villes » de Gand, de
(1) Arch. yp. Comptes de la ville do l*' novembre 1322 au !•' novembre 1323 (commun brief). Voyez pour ces « poartrettures », Tpriana, II. S7,
(2) Comptes cités.
(3) Mêmes comptes.
Bruges, de Lille et de Douai, par les délégués d*autres villes flamandes, savoir d*Âudenarde, Gourtrai, Ardenbourg, Oostbourg, Damme, TEcluse, Alost, Grammont et Ton y vit les envoyés. de toutes les villes qui formèrent plus tard le Westland: de Bourbourg, Gassel, Bergues, Gravelines, Dunkerque, fiailleul, Poperinghe, Messines, Warneton, Roulers, Dixmude, Furnes et Nieuport.' Ypres reçut alors aussi les représentants de S^ Omer et de Halines qui ne faisaient point partie du comté (i).
On dut s'étonner sans doute de voir assister à ces fêtes les députés de Lille et de Douai; ces villes de la Flandre gallicante étaient à cette époque occupées par le roi de France! leurs magistrats, en envoyant des délégués à Ypres, voulurent-ils protester contre cette occupation étrangère et témoigner ainsi de leur attachement à la nationalité flamande?
La présence de députés de toutes les villes qui formèrent plus tard la province de la Westflandre est aussi un fait à noter; n*en peut-on pas induire que, sans former une « généralité légale et reconnue », ces villes et leurs territoires étaient, dès 1323, unis par des intérêts communs, peut-être même par certains liens fédératifs?
Plusieurs de ces seigneurs, entr'autres le comte de Hainaut, le comte de Namur et M*^^ de Thiette, ainsi que de nombreux personnages et députés, étaient à Ypres avant Tarrivée du comte; tous y reçurent « des brocs ou des crukes de vin, comme présents de bienvenue » (s).
(1) Compte» cités.
(2] Mémet comptes.
Louis de Nevers, comme il Tavait annoncé, fit son entrée solennelle à Ypres le S2 Juillet (i) 1323.
On ne possède aucun détail précis ni sur les fêtes qui furent alors données, ni sur les présents que DOS magistrats offrirent au comte, aux seigneurs de sa cour, ainsi qu'aux députés des villes; les rouleaux des comptes de 1323-1323 qui portaient les rubriques indiquant les dépenses de cette nature n'existent plus dans nos archives ; on peut toutefois constater par d'autres libellés de ces comptes que les fêtes se prolongèrent durant cinq jours (3), qu'elles furent splendides et que Fou dépensa des sommes importantes pour « présents ».
La foule des « grands et des petits », que ces festivités attirèrent, fut telle, que nos échevins, pour assurer la sécurité de la ville, crurent devoir renforcer les postes qui gardaient les portes de là cité ; il fut payé « vj Vi. xii s., à xix personnes mises as portes, pour lad^* occasion, pour iiij jours » (3) et afin d'assurer le maintien de l'ordre à l'intérieur, « pour ce que mes Sires de Flandre et tout le p'aiis et plusieurs autres grans seig* furent en le ville », on « mist xxxiij personnes, avec les vij scerrewetters ordinaires ». Ces 33 personnes, payshouders temporaires, reçurent « pour cinq jours, xvi ff. x s. » (4).
Que Louis de Nevers, les seigneurs, les gens de sa suite et les députés des villes aient alors reçu a ien présents » de beaux objets d'argenterie et surtout
(1 j « Le samedi deTaot )e Madeleine (22 Jailletj qaant messires de Flandre, li paiis et plusieurs grans seigneurs furent en le ville.» (Comptes citéi. (2) Comptes cités.
{3} Mêmes comptes.
(4) Mêmes comptes.
de nombreux « lots de vin », on n'en peut douter, car ces antiques « coustume et bon usaige » étaient toujours scrupuleusement observés en pareilles circonstances; toutefois la seule indication que Ton trouve à ce sujet dans les fragments des comptes encore conservés dans nos archives, c*est que les trésoriers payèrent xviij s. « as garchons qui ont porté présents et ont assemblé les crukes » (i)... probablement lors de la réception du prince, des seigneurs de sa cour et des députée des villes, dans la chambre des échevins;.... et « assembler ces crukes » n'était pas une petite besogne, car on présentait, et Ton consommait alors d'ordinaire, pendant de telles fêtes, une quantité à peine croyable de vin, de cervoise et d'autres « breuvaiges d.
D'après Lambin (s), Louis de Nevers serait venu à Ypres (c pour assister aux funérailles » de son grand père, mais notre ancien archiviste n'apporte aucune preuve à l'appui de son assertion. Il nous semble difficile de croire que tel fut le but de cette visite. Le comte Robert était mort le 17 septembre 1322; aurait-on attendu jusqu'au 22 juillet suivant — pendant dix mois — pour célébrer ses funérailles? et d'ailleurs on voit par les lettres du prévôt de S* Martin (Annexe A), que l'illustre défunt avait reçu, avant le 1' octobre 1322, la sépulture ecclésiastique dans le chœur de l'église de S^ Martin, <c avec tous les honneurs dus à sa magnificence » (3). Ajoutons enfin que
(1) ComptM cités.
(2) Meuager des sciences etc. de Gand, IV. 187.
(3) ,..Quod cum... dudum illustrissimus cornes..* boitorifiob, xst ejus MÂONiricBNTii DBctiiT, f» choro fiostro traditus sU ecclesiasiiee septUture.... (Voyez Annexe A).
les f«Hes données, les réjouissances organisées, les présents offerts etc. démontrent que Ton célébra non pas un service funèbre, mais un événement heureux.
Quel était cet événement? Ne serait-ce pas au mois de juillet 1333 que Louis de Nevers fit sa joyeuse entrée dans sa bonne ville dTpres? A vrai dire, les mots « joyeuse entrée » ne figurent pas dans les fragments de comptes que Ton a pu retrouver, mais cette expression était alors encore peu usitée; d'après nos meilleurs auteurs, le petit-fils de Robert de Béthune est le premier comte de Flandre qui se rendit dans ses bonnes villes pour y jurer solennellement de « maintenir et de défendre les bonnes coutumes et les franchises de nos communes ». Le jeune prince avait alors reçu depuis peu de temps Finvestiture de son comté, que Farrét au parlement venait de lui adjuger, et, puisque c^est lui qui inaugura Tusage des « joyeuses entrées, » D*est-il pas permis de croire que c'est dans ce but qu'il fit, en 1323, une visite solennelle à la commune d'Ypres?
Depuis lors, toujours, jusqu'au XYI* siècle, en pareilles circonstances — nos comptes le prouvent — les successeurs de Louis de Nevers reçurent de beaux présents et la commune organisa des fêtes brillantes; toujours plusieurs grands seigneurs assistèrent à ces festivités, toujours les villes du Westland envoyèrent des députés à Ypres et souvent nos échevins firent peindre alors, dans leur siège scabinal, les « ymaiges >» de leurs nouveaux seigneur et dame.
Nous venons de le constater, il en fut ainsi, lors de la visite solennelle que fit Louis de Nevers à la ville d'Y près au mois de juillet 1323; et ^^ pourtretture figure encore aujourd'hui à côté de celle de Marguerite d'Artois, sur la belle frise où l'on voit, dans notre
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antique Chambre des échevins» récemment restaurée, les images en pied des seigneurs et dames qui firent successivement, comme comtes et comtesses de Flandre, leur joyeuse entrée à Y|)res avant Tavènement de Marie de Bourgogne ((). Si le premier groupe peint sur cette frise représente Louis de Nevers et Marguerite d*Artois, n'est-ce point parce que ce prince fut le premier comte de Flandre qui fit solennellement sa joyeuse entrée en notre ville, au mois de Juillet 13^3?
On ne se doutait certes pas alors, soit dit en passant, que ce prince serait aussi le premier comte Léliaeii qui, reniant la politique traditionnelle de ses ancêtres, ferait une guerre à outrance aux franchises de nos communes, franchises que le premier, par des serments solennels, il avait juré de maintenir et de défendre!
La petite comtesse Marguerite « n*eut pas Theur » de voir alors son « ymagine » peinte par Hanin Soyer, car elle n'assista pas aux fêtes données à Ypres (1323); die était encore retenue à Paris, peut-être, nous le répétons, comme otage, peut-être aussi, afin de la mettre à Fabri de certains procédés peu courtois de son juvénile époux : la politique, et non Tamour, avait uni deux enfants; Louis n'aimait pas Marguerite, il lui avait même fait c< plusieurs griefs et duretés », quand peu de temps après ses noces, il avait été conduit, avec elle, dans son comté de Nevers.
Quelques années plus tard, en 1327, le prince manifesta le désir de se rapprocher de la comtesse; il promit alors ce par loyal serment et en bonne foi de traiter sa très chère et très aimée compagne amiablement et courtoisement, de Taimer de bon cœur et
(I) Voyez Tpnana, T. U. 263, 270 elc.
honorer de tout son pouvoir, de lui porter bonne et loyale compagnie, et toutes ses nécessités pour son corps lui donner et administrer honorablement et dûment, selon son état et le sien », enfin, « de ne
dire, faire, ni souffrir faire ou dire, vilenie, injure ou offense à sa dite eompagne, ni faire commandement, prière ou exhortation qui puisse être contre son honneur ou état etc. (i). »
La réconciliation se fit ; Marguerite, rentrée en Flandre, alla, vers la tin de Tannée i3!27, habiter, avec son époux, le château de Maie. Trois ans après (29 novembre 1330), elle y donna le jour au prince qui ajouta à son nom celui du château où il était né.
La naissance d*un héritier de la couronne conitale fut un sujet de joie pour la Flandre et quand « Guyot chambellan de Louis de Nevers, dit Lambin (â), vint annoncer cette heureuse naissance à Ypres, nos échevins lui donnèrent trente-trois livres en présent. » Ils ne prévoyaient pas non plus alors que ce prince, poursuivant la politique antinationale de son père, réussirait enfin à mettre à néant les prérogatives et libertés de leur commune et de ses bourgeois.
La comtesse Marguerite se rendit pour la première fois à Ypres en 4329; a cette occasion nos magistrats organisèrent encore de belles fêtes, entr'autres, dit Lambin (s), « un tournoi auquel des gens de Bruges et de Gand se trouvèrent »; ils offrirent à la prin-
(1) Lettres écrites le 18 Octobre 1327 par Louis de Nevers à Mah«ut, comtesse d^Ariois et de Bourgogne, aïeule, et à la reine Jeanne, mère de la jenne Marguerite. (Archives de Flandre à Lille — Voyez les textes cités par Lb Olat, t. II. 991.)
(2) Messager des sciences et des arts, Oand, 1836. IV. 188.
(3) Lambin. Ouvrage cité, IV. 188.
cesse, ajoute le même auteur, un bœuf, acheté à Warneton. Un tel présent, fait à une jeune dame, semblerait au moins singulier, s'il n*était probable que ce bœuf fut mis à la disposition des gens de dame Marguerite, par ïespier d'Ypres (i), chargé, on le sait, de fournir gratuitement des vivres aux seigneurs dn pays et à leurs serviteurs, quand les premiers résidaient en notre ville. Nous avons cru qu1l pouvait être intéressant de donner quelques détails inédits, ou peu connus, sur le mariage et sur Tavènement de Louis de Nevers, avant de jeter encore un rapide coup-d'œil sur le règne de ce premier comte Léliaert, et de combler ainsi quelques lacunes, laissées dans un précédent travail (2), en rappelant divers événements qui se passèrent en Flandre — spécialement à Ypres — de 1324 à 1346, c'est-à-dire depuis la mort de Jacques van Ârtevelde jusqu'à l'avènement de Louis de Maie — dont le règne fera l'objet principal de notre présente étude.
Lors de son premier séjour à Ypres, au mois d'octobre 1322, Louis de Nevers avait, on Ta vu, octroyé plusieurs privilèges aux bourgeois de cette ville ; il traita d'autres communes avec non moins de bienveillance; on pouvait donc espérer que le nouveau seigneur, voulant suivre la voie tracée par Robert de Béthune, son grand père, s'était aflfranchi de la pression que le
(1) Voyei notre Conseil de Flandre. [Ânn. de la Soc. ffist. d'Tpres, V. 126.)
(2) Ypriana, IV. 251.
roî de France voulail exercer sur lui et qu'il oublierait bientôt les principes politiques que Ton avait cherché à lui inculquer, dès son enfance, à ia cour de France. Mais ces illusions se dissipèrent proniptement; nous avons fait connaître (i) les sympathies que le neveu du roi manifesta bientôt pour la France, les guerres et les troubles qui furent les conséquences de ce revirement, l'énergie que ce prince déploya pour entraver la marche du mouvement communal, sa cap* tivité à Bruges, le concours armé que lui prêta Philippe de Valois, successeur de Charles le Bel, les dures conditions que Philippe de Valois dicta à notre ville, après la désastreuse bataille de Cassel, enfin l'influence si considérable que Jacques van Artevelde exerça bientôt sur les événements de celle époque; nos lecteurs connaissent ainsi les principaux épisodes du règne si troublé de Louis de Nevers et l'histoire des institutions communales d'Ypres, depuis l'avènement de ce prince jusques à la mort du Ruwaert (1345), qui suivit de près la constitution de notre ce grand conseil » démocratique. Nous n'aurions rien à ajouter à ces récits, si, comme nous l'avons dit, afin de suivre pas à pas les évolutions du « mouvement communal », nous n'avions négligé dans un autre travail (â), d'insister sur certaines tentatives que fit Louis de Nevers, après la bataille de Cassel, pour saper dans leurs bases quelques* uns des privilèges les plus essentiels, octroyés, depuis des siècles, aux échevinages des bonnes villes et même de quelques généralités ou ambachten de la Flandre. Comblons ces lacunes.
(1) Ypnana, IV. 256 et suiv.
(2) Ypriana, IV.
Ces échevinages, dont le mandat administratif et politique émanait de la bourgeoisie, étaient puissants et toujours ils défendaient avec énergie les franchises sur lesquelles était principalement fondée la puissance de leur communauté. L'amoindrissement de ces prérogatives devait avoir pour conséquence Tamoindrissèment de la puissance même de ces communautés.
Depuis les temps les plus anciens, ces corps scabinaux ou « lois de Flandre » jouissaient du privilège de juger leurs bourgeois sans appel, c'est*à-dire de rendre des arrêts; c< anchiennement, dit d*Oudegherst (i), les Ioi& de Flandre n'estoyent suhjectes à aucun ressort, ains estoyent privilégiées » {i). Ce privilège était considéré comme si précieux que, pour en assurer le maintien et sauvegarder en même temps la dignité et les prérogatives des échevins-juges, il avait été institué d'ancienneté, une assemblée spéciale dite: « l'assemblée des échevins de Flandre » (3); les pouvoirs de ce haut jury émanaient, non du comte, mais des bonnes villes elles-mêmes.
Ce sont ces antiques institutions puis Findépendance et la souveraineté en matière judiciaire des lois locales que Philippe le Bel d'abord et Louis de Nevers plus tard tentèrent de confisquer, afin d'étendre leur autorité autocratique sur les libres communautés de la Flandre.
ce L'assemblée des échevins » avait conservé toutes ses prérogatives jusqu'en 1305 et celles-ci avaient
(2) Voyez notre étude « La Vérité des échevins. [Ann, Hoc, Eût, d'Tpres, V. 94.)
(3) Voyez mêmes 4nfiafeSf V, 103.
même été étendues encore, après la bataille de Gourtrai, parles lils de Gui de Dampicrre; mais par le traité d*Athies (1305), Philippe le Bel enleva à « rassemblée » plusieurs de ces attributions et les conféra à « la cour du comte. » Gette cour féodale (i) eut dès lors le pouvoir de « punir les corruptions des loix de Gand, de Bruges et d'Ypres («) ». c'est-à-dire des échevinages des trois bonnes villes flamingantes du comté, jusqu'alors justiciables seulement de leurs pairs,
LfC grand corps judiciaire dit « l'assemblée de Flandre » avait ainsi été mutilé dès 1305; toutefois les lois des villes conservèrent momentanément le droit de rendre des arrêts sans appel ; il était en effet, d'après d'Oudegherst (h), défendu à la cour du comte « de toucher aux jugemenis de ces 4ois. »
Philippe le Bel regretta sans doute d'avoir maintenu ce privilège des lois locales, car bientôt il voulut <K les mettre sous le ressort de son parlement de Paris » (i); mais il n'y put réussir: plusieurs de nos bonnes villes lui opposèrent une résistance invincible.
Après la défaite des flamands à Gassel, Louis de Nevers, ébloui . par l'éclial de celte victoire, se crut assez fort pour exécuter — dans une certaine mesure — la tentative de centralisation que le roi de France, malgré ses victoires, n'avait pu mener à bonne fin; il mit diverses lois de Flandre, ayant jusqu'alors juridiction souveraine, sous le ressort de son « grand coniieil » et permit à cette cour seigneuriale « de
(1} Pour la « coar, grand conseil da Comte, on cour des Baron {Curia Barofium]»^ voyez Ânn. citées, V. p. 110.
($) D*0uDB0HBB8T, H. 518. Voir aussi Ànn, citées ci-dessus, V. 108.
(4) d'Oudmbxrst, U. 519.
toucher à des jugements » de ces échevinages cest-àdire de les réformer.
Le comte décida, dès 1329, que les sentences des échevins de Bruges seraient, en certains cas, réformables par la cour de ses barons. L*année suivante» il organisa dans le Franc (de Bruges) trois vierschaeren^ déclara que des sentences de chacune d*elles, on pourrait interjeter appel devant les deux autres et, en cas de désaccord entre celles-ci, devant son grand conseil; enfin il établit, en 1332, l'autorité de cette cour dans les généralités du FumambaefU, du Bergenambacht et du Bourbourgambacht. Les manants de ces ambachten du Westland avaient combattu, en grand nombre, à Gassel sous le drapeau de Zannequin ; c*est, croyons-nous, pour les punir, que le comte Louis leur imposa ce régime exeptionnel de judicature. En tous cas la loi de Bruges et les « petites lois » du Franc et de ces généralités du Westland perdirent — mais momentanément, nous le verrons, — leur souveraineté en matière judiciaire (i).
L^échevinnge d'Ypres cessa-t-il alors, momentanément, d'être une justice souveraine? C'est au moins très probable, car un grand nombre de manants Yprois avaient aussi pris part à la bataille de Gassel (s) ; toutefois, à notre connaissance, aucun document du temps ne constate que la loi de notre ville fut à cette époque frappée comme celles de Bruges et de quelques généralités. Mais, si Ton pouvait ajouter foi à certaines assertions de J. J. Lambin (3), Louis de Maie aurait
(1) Voyez encore les Annales citées, Y. Bi.
(2} Voyes Tpriana, IV. 278.
(3} Oeschiedkundige (mdenoehin^ent 5.
alors traité plus durement encore noire commune, en confisquant un de ses privilèges les plus essentiels.
Depuis 4209 (i) cinq scabins d'Ypres étaient élus tous les ans par des prud'hommes (proM viii) représentant la communauté urbaine, et les huit autres, par les cinq échevins que ces prud^hommes avaient désignés d*abord; nous avons fait connaître (2) le mécanisme, assez compliqué, de ce système électoral. Toujours notre bourgeoisie avait attaché la plus grande importance à la conservation de ce privilège et non sans raison: là communauté était ainsi gouvernée par des mandataires qu'elle choisissait au moins indirectement.
La grande charte communale de 1^09 avait été respectée depuis près d'un siècle par nos comtes et par leur suzerain quand, en 1301, Philippe le Bel tenta de Faltérer afin de s'assurer, conformément à ses tendances contrai isatrices, une influence dominante sur la direction des affaires de notre commune. Après avoir pris notre ville et avoir soumis la communauté à sa volonté, le roi, victorieux, ordonna par ses lettres, dites de grâce, du mois de septembre (1301) (3), qu'au lieu de cinq prud'hommes représentant la bourgeoisie et chargés de désigner les cinq premiers échevins, il serait désormais nommé six électeurs primaires: trois par le lieutenant du roi et trois seulement par les échevins sortants. La source même du mandat scabinal, depuis 1309 exclusivement populaire, était ainsi viciée, puisque nos magistrats tiendraient désor-
(l) Arch. Tp. Inv. 22.
{2i Tpriana, IIL 322.
{3j Arch. Tp. fnv, 201. Voyez Tpriana, IV. J29.
mais leurs pouvoirs à la fois de la puissance royale et indirectement de la bourgeoisie
Mais ces lettres attentatoires aux anciennes libertés de notre vassalité bourgeoise ne furent, croyons-nous, jamais exécutées: des Tannée suivante (1302) Gui, KIs du comte de Flandre (i), puis, après la balaille de Courtrai, Jean de Namur (s), autre iils de Gui de Dampierre, alors prisonnier du roi de France « promirent aux écbevins d'Ypres ainsi qu'à tous les bourgeois de maintenir tous leurs privilèges, franckises, lois, usages et coutumes donnés, octroyés et maintenus par le comte Philippe d'Alsace et tous les autres comtes et comtesses de Flandre. » H est donc certain que dès le mois dWoùt 1302, le renouvellement de \n loi dTpres se fit conformément aux dispositions de la charte de 1309.
D'après J. J. Lambin (s), Louis «le Nevers ne se serait pas contenté de remettre en vigueur le mode d'élection décrété par Philippe le Bel en 1301; allant plus loin, il aurait décidé par une charte du 17 Juin 1330, qu'à l'avenir la loi d'Ypres serait renouvelée par quatre commissaires du comte sans intervention aucune de prud'hommes représentant la bourgeoisie. S'il en fut ainsi, notre ville aurait perdu, dès 1330, son « droit de commune » car, selon Warnkœnig et d'autres auteurs, ce qui caractérisait essentiellement ce droit, c'était le privilège octroyé aux « vassalités bourgeoises », d'avoir un échevinage urbain dont les membres étaient élus par des mandataires de la commu-
(1) Arck. Yp. Inv. 224.
(2) Arck. Tp, Inv, 227,
(3) Cité plus haqt.
nauté. Si, comme Taffirme Lambin, nos échevins avaient été nommés après 1330 exclusivement par des commissaires du comte, notre ville aurait ainsi dès lors cessé d'être une commune légalement et complètement constituée.
Mais, où notre ancien archiviste a-t-il puisé la preuve de ses allégations? Notre commune aurait-elle perdu son privilège de 1!209, soit quand Philippe de Valois autorisa (le 24 Janvier 1328 n. s.) {i) nos échevins à faire la paix avec Louis de Nevers? soit quand le SI du mois de Mars suivant, la communauté d'Ypres fut contrainte de se « mettre en la volonté du comte pour tous les méfaits etc. dont elle s'était rendue coupable envers lut »? (i). Rien n'autorise à le croire; ces deux sentences ne mentionnent pas la confiscation du privilège de 1209; les lettres du 21 Mars portent même que « la soumission des Yprois ne leur portera aucun préjudice, pourvu qu'ils payent les sommes promises » et, par d'autres lettres données le 31 du même mois (s), le comte, qui ne perdait jamais de vue les intérêts de son trésor, pardonna encore à la commune d'Ypres « les homicides, arsins, roberies, brisures d'éditices, envahissements par force d'armes et à bannières desployées commis par leurs manants à Poperinghe et à Langhemark »... à condition de payer les sommes offertes par les lettres de soumission et de punir les coupables, d'après les lois et les coutumes de la ville. On le voit, la commune eut alors à payer de fortes amendes, mais aucun de ses anciens . privilèges ne fut confisqué;
(1) Arch. Yp. Inv. 441.
(2) Areh. Tp. Inv, 444.
(3) Arch' TP' Inv- 445.
tous ses méfaits et désobéissances lui furent, au contraire, pardonnes moyennant tinances.
Quant à la charte du 17 Juin 1330 mentionnée par J. J. Lambin, nous i^avons cherchée en vain dans nos archives communales; cet auteur n'uurait-il pas, comme en d*autres circonstances, ajouté Irop légèrement foi à des allégations de nos chroniqueurs Yprois? il semble donc difficile de croire que Louis de Nevers confisqua, en 1330, la charte communale de 1209 et sattribua le droit de faire renouveler la loi d'Ypres par ses commissaires sans Tintervention de prud*hommes représentant la bourgeoisie.
A vrai dire, selon des annalistes Yprois, ce renouvellement se serait (ait, mais après la mort de Jacques van Artevelde seulement, d'après le mode décrété en 1301 par Philippe le Bel; toutefois, bien que les chroniqueurs citent les noms des commissaires du comte, des délégués de la bourgeoisie et même des échevins qui auraient été élus tous les. ans, par ces électeurs d*origine mixte, il est d'autant moins possible d'ajouter pleine confiance à leurs allégations, que les noms des échevins, selon eux, élus ainsi tous les ans, figurent très rarement dans les actes scabinaux authentiques de ces mêmes années. C'est en tous cas, beaucou]) plus tard, après de longues luttes, nous le verrons, que Louis de Maie s'arrogea définitivement le droit de faire nommer les échevins d'Yprcs par ses commissaires sans le concours de représentants de la communauté.
Quoi qu'il en soit^ les mesures décrétées par Louis de Nevers pour restreindre les prérogatives judiciaires de quelques lois locales, avaient soulevé l'opposition la plus vive; des troubles éclatèrent à Bruges puis
dans le WesUand, et le comte fut obligé de céder; la loi* de Bruges recouvra bientôt sa juridiction souveraine; diaprés J. J. Lambin, le comte aurait cessé d'envoyer ses commissaires à Ypres, en 1333, et dès lors la loi y aurait été renouvelée tous les ans suivant le privilège de 1209; mais c'est en '1338 seulement que fut mise à néant la charte de 1330 attentatoire aux privilèges du Franc. Les lettres concernant les Ambachten du Westland restèrent sans cloute alors aussi inexécutées, car, en 1338, Jacques van Artevelde gouvernait là Flandre depuis un an et ce n*est pas alors que semblables atteintes portées aux institutions mêmes de villes secondaires ou de généralités rurales auraient pu être maintenues.
Mais, on le sait, le Ruwaert ne se borna pas à faire restituer aux communes et généralités leurs franchises momentanément confisquées; il consolida leurs « constitutions, » et étendit toutes leur libertés; à Ypres il fonda « le grand conseil de la ville » sur des bases populaires et dota « le pays de Flandre » d'une organisation administrative et politique essentiellement démocratique. Le « sage bourgeois » poursuivait énergiquement son œuvre, quand le 24 juillet 1345 — jour néfaste, dit un chroniqueur — il fut massacré dans cette même ville de Gand qui lui devait la restauration de ses franchises et de sa puissance !
11 n'est pas nécessaire de rappeler ici l'influence immense que la politique nouvelle de van Artevelde exerça sur les destinées de la Flandre et de ses communes; tous les auteurs ont longuement raconté l'histoire de cette époque; nous-même en avons reproduit (i)
(1} TpHana^ IV. 295.
les traits les plus caractéristiques au point de vue de nos institutions et de la situation intérieure de notre pays, mais nous n*avons pas poursuivi notre étude au-delà du 24 juillet 1345; pour la compléter, nous rappellerons encore brièvement ici quelques-uns des événements qui se passèrent en Flandre et notamment à Ypres, depuis la mort du Ruwaert jusqu'à Tavènement de Louis de Maie.
Sous le gouvernement — qu*un annaliste appelle « le règne » — de van Arlevelde, Louis de Nevers avait perdu toute autorité; bientôt « bouté hors de son comté, » il s^enfuit en France et « n'y put même plus toucher ses rentes » (i). Selon Froissart (s), « Jaquemes Dartevelle estoit si grans en Flandres que par lui estoit tout fait et sans lui n'estoit rien fait » ; mais c< le sage homme » ne profita pas de sa puissance pour faire prévaloir et consolider son autorité personnelle; il en usa, on le sait, pour assurer avant tout la prépondérance des communes sur le gouvernement du pays.
Quand il apprit le massacre du Ruwaert^ Louis de Nevers crut que ce crime produirait des circonstances favorables, pour lui permettre de restaurer en Flandre son autorité absolue, en abolissant les constitutions démocratiques des communes que celles-ci devaient à leur libérateur; il se hâta donc de rentrer dans son comté ; toutefois n'osant encore séjourner, même dans un de ses châteaux fortifiés, il se réfugia à Termonde « ville fermée. »
(1) Froissart, IV. 315. Ëdiiion Kbrttn (que dous consulterons et cite« roDS souvent dans la suite de cette étude). (*?J Froissart, IV. 315.
Au mois de Juin 4345, avant la mort du Ruwaert, d*importantes négociations « concernant la seigneurie de Flandre » étaient poursuivies entre le roi d*AngIeterre et les bonnes villes du comté. Edouard 111 se trouvait au mois de Juillet, avec une flotte nombreuse, devant le port de TÊcluse. Van Artevelde, après y être allé ce pourparler et Iraiter avec le roi », s'était rendu à Ypres pour y conférer avec nos échevins au sujet de ces graves affaires; il était parti de notre ville, pour Gand, depuis peu de jours, quand on apprit à Ypres Todieux crime du 24 Juillet !
Cette nouvelle inattendue y retentit comme un coup de foudre; la consternation fut générale, car nos bourgeois, comme ceux des autres villes, « recongnaissoieut bien que Van Artevelle leur avoit esté moult propisces en tous leurs besoings, et avoit régné et gouverné le pays de Flandre bellement et sagement » (i). N'est-ce pas au Ruwaert que nos gens des métiers devaient le triomphe de leur cause, par la constitution légale de « la grande communauté? »
Hais aux regrets des populations se mêlèrent bientôt les craintes les plus vives: on redoutait à la fois le retour offensif de Louis de Nevers et la colère du roi d'Angleterre ; le comte réunissait des hommes d'armes à Termonde et Edouard 1I1« très courroucé, en apprenant la mort violente de Van Artevelde, avait immédiatement donné ordre de lever Tancre et de cingler vers l'Angleterre, jurant de venger « son grant ami et chier compère » (s).
(1) FaoïssART, t. IV. 318.
(SJ Froissart, cité.
Ces menaces terrifiaient les communes. D'ailleurs la rupture de ralliance anglaise causerait la ruine du commerce et de Tindustrie dans le pays entier! D'un autre côté, comment la Flandre, abandonnée — peutêtre attaquée — par le roi d'Angleterre, pourrait-elle défendre son indépendance et ses institutions, contre Louis de Nevers, soutenu par toutes les forces du roi de France? De grands périls menaçaient donc le pays.
Aussitôt les échevins des « bonnes villes )> s'assemblent et délibèrent; ils décident d'envoyer des députés à Edouard 111 pour chercher à le tféchir, « en s'excusant; » des saufs-conduits sont demandés et obtenus; mais « ceux de Gand » n'osent se joindre à la députation; c'est en leur ville que le crime a été commis: ils redoutent la colère du roi.
Les procureurs ou délégués d'Ypres, de Bruges et d'autres localités passent sans retard le détroit; ils sont reçus par le roi à Westminster. Là, d'après Froissart (i), ils s'excusèrent humblement, disant qu'ils déploraient la mort de Van Artevelde et n'en étaient c< coupables en rien », qu'ils feraient « amender
chyaux de Gand, tellement que bien devroit souffire »
enfin que tous les c< rebelles seraient bannis publiquement. » Puis les députés promirent de tenir toutes leurs conventions, afin que la puissance du monarque anglais ne fût point amoindrie en Flandre..; ils lui remontrèrent aussi que le concours des flamands pourrait encore lui être utile, dans ses guerres contre la France et que, sans leur assistance, Philippe de Valois
(l) IV. p. 312, 318.
rétablirait bientôt Tautorité absolue de Louis de Nevers daus le comté....
Selon Froissart (i), peu de temps avant sa mort, van Ârtevelde aurait conçu le projet de « deshireter » Louis de Nevers et son fils du comté de Flandre et d'en ce adhireter » le fils du roi d'Angleterre ; mais nos bonnes villes se seraient refusées à enlever (« tôlier »} le comté à leur « légitime seigneur » — quelque LéUaert {« com françois ») qu'il fût — et surtout à priver le jeune Louis de Maie, « son droit boir », de ses droits héréditaires à la couronne comtale, pour la placer sur la tête d'un prince anglais.
Cette opposition des communes aurait alors vivement contrarié Edouard III; pour reconquérir ses bonnes grâces, les députés d'Ypres et de Bruges firent au roi certaines ouvertures de nature à lui plaire; avant de quitter Westminster, ils lui parlèrent d'un mariage qui devait au moins seconder ses desseins politiques: a chiers sires, » dirent-ils, « li princes, vos ainsnés fils, ne poet faillir qu'il ne soit encore grant sires durement, sans l'iretage de Flandres ; mais vous avés une damoiselle à fille puisnée et nous un jone damoisiel (2) que nous nourrissons et gardons et qui est biretiers de Flandres; si se poroit bien encores &ire un mariage d'yaus deus; ensi demorroit toutdis le conté de Flandres à l'un de vos enfans )> (3). Ces excuses, ces promesses et surtout ce projet d'union avaient adouci grandement le roi ; il se montra « finablement assés bien contons des flamens et li
a) IV. 313.
|2) Louis dit de Biale, fils de Louis de Nevers.
(3} PsoisaiRT, IV. 318.
flamens de lui. » Edouard III, dans Tintérêt de $a politique, consentit donc à ne pas venger ia mort de van Arteveide, « son cbier compère » et s*engagea même à soutenir les flamands contre les attaques des français. Le roi tint d'abord ses promesses; mais il les oublia quand le projet de mariage entre le prince flamand et la princesse d'Angleterre ne put se réaliser, malgré le bon vouloir de nos villes; dès lors, nous le verrons, la neutralité d'Edouard 111 eut des conséquences fatales pour « le pays de Flandre. »
Pendant que les députés d'Ypres et d'autres villes réussissaient ainsi à maintenir Falliance anglaise, et que, conformément à leurs engagements, on faisait en Flandre punir de mort les assassins du Ruwaert et bannir leurs complices, Louis de Nevers se fortifiait k Termonde ; il y avait assemblé de nombreux hommes d'armes et se préparait à envahir le pays, pour y rétablir son autorité; le roi de France le secondait. Le comte, s'il eût été victorieux, se fut sans doute vengé cruellement ; en tous cas il eut mis en pratique, sans miséricorde, le système de centralisation qu'il avait cherché à inaugurer dès 1329; la ville d'Ypres et d'autres cités étaient ainsi menacées de voir confisquer les privilèges et les constitutions populaires qu'elles . devaient « au sage homme de Gand; » le péril était imminent !
Mais les bonnes villes, puissantes encore, étaient résolues à défendre énergjquement leurs libertés. Les métiers de Gand prennent les armes, les métiers d'Ypres, de Bruges et d'autres localités accourent sous leurs bannières ; la Flandre entière est bientôt en woepetiinghel Aussitôt les milices des communes marchent sur Termonde où se tient Louis de Nevers avec une
armée nombreuse composée à la fois d'hommes d'armes, de bannis, deLéliaeris et des mécontents de tout le comté.
Les gens des métiers plantent leurs tentes dans les vallées de l'Escaut et de la Dendre;i la place de Termonde est bientôt cernée. Le x comte se rappelle alors sa captivité à Bruges (1325)! il se hâte de fuir et se réfugie de nouveau en France; là il se range sous le drapeau fleurdelisé, selon des auteurs, avec son jeune fils, Louis de Maie, et, après avoir pris part à divers combats, dans les rangs de Tarmée française, contre les anglais, qui, conformément aux promesses faites à Westminster, envahissaient le royaume de France, il arrive à Grécy!
Malgré la fuite du prince Léliaerty l'armée des communes poursuivit le siège de Termonde. Les drapiers de cette ville avaient violé plusieurs privilèges industriels des gantois et des bannis de Flandre s'étaient réfugiés dans cette place; ne fallait-il pas châtier les violateurs de ces privilèges et surtout les complices, en rupture de ban,* des assassins du Ruwaert.
Les assiégés se défendaient encore au mois d'août (1345), quand le 10 de ce mois Jean, duc de Bradant, offrit de terminer, par ses commissaires, « les différends existants entre les bonnes villes de Gand, de Bruges et d*Ypres d'une part, la ville de Termonde de l'autre (4). » Les échevins de cette dernière ville se soumh*ent immédiatement à cet arbitrage (2), mais « les bourgmestre, avoué, échevins, doyens, conseillers» des trois bonnes villes n'acceptèrent la médiation
(1) Jrcft. 7p. Inv. 538.
(S) Arth. Tf. Inv, 634.
du duc (i) qu'à certaines conditions. Avant toute négociation, le duc de Brabant dut promettre, i"* qu'il prononcerait sa sentence avant que les gens des trois bonnes villes quitteraient leur position autour de la place; S"* que les bannis du pays de Flandre et ceux qui ont « occasionné des torts au comté, seraient bannis aussi de la ville de Termonde, du duché de Brabant et de tous les autres états de larbitre (i). »
Après l'acceptation de ces conditions, le duc Jean prononça sa sentence arbitrale (11 Août). D'après cette sentence, tout ce que les gantois avaient décidé concernant la draperie devait être maintenu — les fugitifs et les bannis « qui ont nui au pays » (donc les assasins du Ruwaert et leurs complices), seraient regardés comme ennemis des trois bonnes villes — les gens de Termonde jureraient fidélité tant à ces villes qu'au traité de paix fait entre la Flandre et le Brabant; — de plus pour garantir l'exécution de la sentence, ils délivreront, comme otages, huit personnes au duc et pareil nombre d'otages à chacune des bonnes villes, le tout sous peine d'une amende de 1,000 livres gros tournois payable à chacune d'elles (3).
D'autres conditions qu'il n'est pas nécessaire de rappeler ici, mais très dures aussi, furent dictées à la ville de Termonde, coupable avant tout d'avoir secondé les desseins du comte Léliaert.
Le même jour « les échevins et conseil » de la ville soumise jurèrent d'exécuter la sentence; ils prêtèrent ce serment sur la grande place de Termonde, en présence des con-
(1) Arch. Yp. Inv. 535.
(2) Arch. Yp. Inv, 536.
(3) Arch, Yp. Inv, 537.
seillers du duc et des délégués des trois bonnes villes (i).
Alors seulement le siège fut levé et les métiers des trois grandes cités flamandes rentrèrent dans leurs communes. Ils y avaient, à peine depuis un an, repris paisiblement leurs travaux, quand un messager apporta une grave nouvelle à Ypres.
Une grande bataille venait d'être livrée (26 Août 134G) à Crécy, et Louis de Nevers y avait été tué en combattant, non sans vaillance, sous le drapeau français (â) !
Ainsi trépassa notre premier comte Léliaert!
Nos communes purent espérer alors que leurs institutions, constamment menacées par ce prince « cruels, haustiers, durs et merveilleus » (a) seraient désormais respectées; mais notre premier comte Léliaert laissa un lils et héritier, « partisan du lys, » comme lui, et Louis de Maie poursuivit avec énergie et malheureusement avec succès, la politique anlinationale inaugurée par son père.
Le long règne (1346-1384) de ce nouveau seigneur fut une ère d'agitations et de troubles; aux attaques incessantes de leur prince les communes flamandes opposèrent constamment la résistance la plus vive: divers épisodes de notre histoire locale témoignent de la vaillance patriotique que déployèrent alors les bourgeois et surtout les plébéiens d'Ypres pour défendre leurs libertés et leurs franchises. Ce sont les tableaux de ces luttes offensives et défensives, ainsi que quelques pages émouvantes de Thistoire d*Ypres que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs dans la suite de notre présente étude.
(1) Àreh. Yp. Inv. 538.
(2) Il fut après sa mort « dict de Gressy (de Crécy) poar ce qa*il mourut à la iMtailIe de Gressy. » (d'Oudboherst, t. II. p. 366.)
(3) Frousart, IV. aSO.