OCCIDENT
C'est donc bien en 1285 et les années suivantes que Ton construisit « les nouvelles Halles » et celles-ci se trouvaient vers l'occident du beffroi. Ces Halles nouvelles se composaient des trois ailes du monument qui font face vers le midi, à la place, vers le couchant, à la rue de l'Anguille, vers le nord, au cimetière de S. Martin jusqu'au transept de l'église (5), c'est-à-dire de tous les édifices qui sont à Toccident de la tour (e).
Les libellés de ces comptes, rendus en 1285 et 1286, — les plus anciens que possèdent nos archives — sont très-brefs et peu détaillés ; ils no mentionnent, en général chaque semaine, que les salaires payés aux ouvriers
(1) • C'est chou que Jeh: Brun adoneit pour estophe db lb noovble ralb et pour autres deniers par commandement des escev: en l'an del incam: u.cc.Lxxz et cuinc. »
(2) « Cest chou ke Jehani Brun a doneit pour bstophb p' pairb les no- VBLB HALB8 en lan del incarnation m.cc iiijxx et sis, puis le jour S^Pirre en esteit en cha. »
(3) Cette grande porte est la vaste porte qui s*ouvre à l'ouest sur la rue de TAnguille et qu'on nomme aujourd'hui de StrooffenpoorU»
(4) « Item à Jakemart de Bray p' z fourmes et de chou ke à ce afirt et un cent pies de listre et cent et cincquante pies chambrande et trente pies de chambrande de la grande porte vers occident et Iz quarcaus chavaiges des queles les testes fuirent faites xzzv^. vjs. ■
(Compte 12S6, cité par M. Lambin.)
(5} « Â Jehan de Lille pour faire en taske le cauchie (paoage) devant le novele Haie vers l'atre (atrium, porche du transept) S* Martin, lequel contient zxviij 1/, verges. • (Compte 1313.)
;6) Voyez gravure U^s, NoQ.
lOS
et les sommes dépensées pour achat et transport de matériaux; toutefois, si la rubrique salaires ne fournit aucun détail digne d*ètre noté, la rubrique matériaux (estophes) donne quelques renseignements sur les nombreuses espèces et les prix des matières premières employées pour construire « les nouvelles Halles », sur les lieux de provenance et les frais de transport, vers la lin du xni'' siècle. Les chiffres élevés des dépenses que Ton fit, à cette époque, suffisent pour prouver qu*à dater de 1285, tous les travaux furent poursuivis avec une activité extrême.
En 1285, il fut livré par divers fournisseurs plus d*un million (t) de « tieules de terre » (s) et près de six mille cinq c^nts rasières de chaux (3); puis, la même année et Tannée suivante, on reçut des quantités immenses (4) de « tuiles pour couvrir » (5), — de lattes (6), — 309 tonneaux « pour faire encore lattes » (7), — de bois, entr'autres 323 sapins de cinquante pieds (18'"68) (s), — de plomb (9),
(1) Addition des quantités fournies d'après un compte particulier de 1285.
(2) Tieules de /«rrMuiles de terre, briques f/].
(3) Addition de la chaux fournie par divers, d'après un compte de 1285.
(4) Nous ne citerons que quelques extraits de nos comptes, constamment libellés dans les mêmes termes.
(5) « Item à Stallin le Tegellare p** c» de tieules pour couvrir en le mesme semaine paiées 1 ^. »
• P' lx"> de tieules de couverture xxxj ft. x s. •
(6) • P' estakes et lattes et autres marien & lui achatiés, ix %. xxvi s. »
• Item à Willekin le câpre pr lates faire et p' lates à lui achatiées, xl ft. ■
(7) • It. à Eloy Oherbode p' iij« ix toneaus à lui achatiées, xl ft. xi s. ij d. »
(8) « Item Leblanc does p^ voiture de iij« xxiiij sparren de 1 pies et p' voiture de lij bauts de 1 pies et Iv de minors et pour tout frait de le voiture avant dite xij ^. xix s. viij d. »
(9) • Item à Huon le loetgietere. « xviij ft. »
— de fer (i) etc. Jehan Scuitiers, en 1285, (s), dame Ysabel, en 1286 (s), et d'autres encore transportèrent à pied d'œuvre des matériaux de toute espèce.
La chaux provenait de diverses localités, parfois assez éloignées de notre ville, notamment de S^ Omer U) et de Calais (s); les bois, amenés probablement du nord, par le port de Damme à Bruges, furent transportés de cette ville à Ypres, sans doute a par voiture » (6), car notre ville et Bruges n'étaient pas encore reliées alors par des voies navigables ; un canal avait, il est vrai, été creusé entre Ypres et « le brouck », en 1251 (t), mais c'est en 1311
(1} « Item à Remig* le Fevre, Sover Aodebec, Jeh: Audebec, Cbristien le Commère, Colin Boulant, Pirron le Cammere, Matthi le Fe?re p' ovraise de feer kil fissent iiijxx %, xtI s. xij d. •
« Item à Reinger le Fevre xxx™ ij* Ixzij 1. de fer dont li cens couste xxvj d'* dest' pau plus ou pau moins, somme de tout en argent xl ^. x s. d'est^ ou CXXX7 %, Item pour voiture et autres frais du fer avant dit ix %. iij s. art, somme de tout ke li fers monte ke de kourt ke de voiture vij^x ijij %, Jij s. »
(2) a C'est chou que Jehans li Scuitiers a livreit de pierre dont le commenchement fui le lundi après le saint Remit en lan del incarnation M.cc.iiijsz et cuinc.
« En le semaine après le saint Rémi, pr voiture, de ixc iiijxx et i simple quariel, iij %, vs. vd. » (Suivent les détails.)
(3) « C'est chou que dame Ysabel a livreit à le ville puis le close paskes de par Jehan le Scuitiers en l'an iiijxx gis. »
« En le semaine après le jour de paskes, pr voiture, de ix quareaus de quatre pies, vs. iij d. • [Suit l'indication des autres matériaux transportés.)
(4) « Item en le mesme semaine à Meynoc de saint Homer pr un cent et XV rasieres de cauts iij %. xij s. x d. »
[5] • Item à Baude Tormant de Calais p^ v« rasieres de cauts p^ portaighe et tout cous xviij <|&. ix. s. ij d. »
(6) • Item en le mesme semaine à Willame de lest pr vij grans hauts et
pr xiij hauts et p' un millier d'ais, et xx« pies en planckes et p' 1 sparren,
xxj ^. X s. • • pr les pioches amenier de Bruges à Ypres. »
(7) Arch.Tp.Inv.'So^gi,
lOS
seulement que Robert de Béthune autorisa nos échevins à approfondir ITpre, à creuser, à côté de cette rivière, un canal IsXévil (zilinc) destiné aux transports de matières pondéreuses par bateaux (eschutes), et à percevoir des péages sur ce nouveau canal.
Les a tuiles de terre » (briques ?) furent fabriquées aux environs d*Ypres; aucune annotation n'indique du moins qu*on les acheta ailleurs; on en employa de diverses dimensions et par conséquent de prix différents ; les grandes, comme les petites « tuiles de terre (i)», servirent à faire les fondations, les murs de refend et autres maçonneries intérieures, car Tappareil des murs en élévation, sur leurs faces apparentes, était en pierres de Bray, amenées, à grands frais, de Bray en Hainaut à Ypres (s). On fit usage aussi de pierres de Tournai (3) et de grès de Béthune (4).
Ces grès furent taillés à Ypres ; en la semaine après « le bourdist », on compta à Boi Pieron et Willart,
(1) « Paiiés en le semaine devant aoust. A Colin Haruwin pour cent milliers de tieules de terre xxxvij ft. x s. •
• Item en le semaine devant le jour de ])a8kes p' xx" tieules de terre peiis et iJiJB ce tieules de terre crans achatés à maistre Pirron le Maits,
X %. xxxviij d. »
m Item pr ixxxm xiij» de peiiê quareaux de tere et p' xxviij» de grans
tieules de tere achaités à maistre Pirron et pelées le jour desoredit,
Ixxvij ft. xvi s. ■
(2) « Item en le même semaine p' voiture de viij» vj« 1. pesant en pirre de Bnj amener à Ypres viij %, xviij s. ij d. »
« 8* Pirre entrant aoust p' voilure de xviijn 1. pesant de pirre mener de Bray en Haynau à Ypres xv ft. xij s. i>
• Item p' xlvj" iij« 1. pesant en pirre de Bray pour le voiture de le pirre arant dite amenîer de Bray en Hannau à Ypre • xxxiliî ft. xiiij s. vj d. »
(3) « A Oillioo de Tonmay p* pirres de Toomay, ciiij fi. »
(4) « A Baada Heckel de Bethane ponr grées. »
« tailiours du pirres de grès », la somme très-considérable de huit cent quarante-trois livres et douze sous (i); c*est à Ypres aussi qu'on tailla les têtes sculptées sur les consoles, et les chapiteaux des colonnettes (>) qui supportent les créneaux formant galerie au sommet des façades, à la naissance des toitures (s). Mais d'autres pierres sculptées — des linteaux (4), des corbeaux (5), etc. — furent taillées dans les carrières; on en réduisait ainsi les Irais de transport, très-élevés au xiii* siècle.
Une clochette annonçait aux ouvriers le commencement et la cessation des travaux (6); les ateliers étaient pourvus de tout Toutillage nécessaire : de cordages (7), de chaudrons pour fondre le plomb (s) et, en une seule semaine, on paya quarante-deux livres pour achat et réparation
i(l) « Item à Boi Pïnon «t Willftert tailiours do pirres de grès oonteit en le semaine après le bourdist Tiij» zliij %. xij s. »
(2] « Item en le même semaine p^ trois pirres dont on doit faire capiteans achatiées à maistre Pirron le Maits • • ii j ^ »
• Item en le semaine en laqnele fui le jours saint Bfich: p^ deus capiteans de grès achateiés à maistre Pirron le Maits zl s •
(3) « Iz qnareaus chavaiges des quels les testes fuirent faites. »
(4) « En la semaine en laquele fut le journées saint Luuc pr ▼oitare d'un lintel • zs-n
« Item il a livré à Ypres cinoq linteuz dont le voiture est paiiéi Item p'
▼oiture de deus linteuz zv s. »
« Somme zv %, zij s. ij. d. *
(5] « Item en le mesme semaine p' voiture de vij corbeaus. . zvij 8. w
« Item en le semaine après le Typhane pc voiture de deus corbeaus. va.»
ce Item en le semaine en laquele fui le jours nostre dame à li p** voiture
dun corbeil ii j s. »
(6) « Item une cloeckette avec les ourirs de czzziz livres de pois.
iij ft. z 8. »
(7) « De cordes à lui achateiés ....«-. zzziij %» zvij s. ij d. n
(8) « Item en le semaine devant le saint Pirre le froide p' deus caudrons achatiées à Wautier le candelier ziiij a. n
de trois mille six cent vingt marteaux (<) ! Le nombre, à peine croyable» des outils de cette espèce qu'on employa, démontre bien qu'une multitude d'ouvriers travaillait alors à la construction de « la nouvelle Halle ».
Il serait facile d'indiquer en quelque sorte le prix courant des matériaux de construction, à Ypres, vers la lin du xni'' siècle, mais un tel travail exigerait des développements trop étendus pour pouvoir trouver place ici ; quelques renseignements à cet égard sont du reste donnés dans les extraits de compte imprimés en note.
Ces comptes particuliers de 1285 et 1286 fournissent, on vient de le voir, des détails nombreux sur la construction des « nouvelles Halles », mais il en est un — et des plus intéressants — qu'on y cherche vainement : c'est le nom du a maître d'œuvre » ou architecte de cette partie de notre monument.
On y voit, il est vrai, qu'il fut payé, en 4286, treize livres « pour un draep et quatre pennes (?) aveec les MAiSTREs DEL ouvRAiSE DE LE Hale (i), mais — omissiou r^ettable ! — les noms de ces maîtres n y sont pas cités. On peut aussi constater dans ces comptes que Jehan Bruns, tailleur de pierres, fut souvent chargé de mesurer, reprendre et payer des matériaux fournis à pied d'œuvre (s); Jehan n'était donc ni un modeste ouvrier, ni même un simple maître, comme beaucoup d'autres dont les noms sont fréquemment cités par les trésoriers de ces
(1) « Item en le même semai ne à Mathi Lefevre p^ iij"> vj« xx marteau*
avec les marteaus Yerscarept xlij ft. •
ff Item p' marteaux avec les mâchons verstalet iiij %. «
(2} Compte de 1286.
(3) ce Puis le conte fait à Jehan Bruns donnait à Bois et à ses compaingnons taillours des pirres zxv ft^J»
années ; il occupait évidemment une position supérieure; était-il surveillant des travaux ? maître-ouvrier de la ville (stedebaes) ? En tous cas, les détails que donnent ces trésoriers ne permettent pas d'affirmer qu'il fut Tarcbitecte des nouvelles Halles. Quoi qu'il en soit, Jehan Bruns rendit alors de réels services à la commune : c'est pour ce motif que nous avons cru pouvoir signaler ici son nom.
On n'a trouvé jusqu'ici dans les quelques comptes de la fm du XIII* siècle que possèdent nos archives, aucun renseignement ni sur les travaux faits après 1286, ni sur la date précise de leur achèvement ; il est certain néanmoins que tous les édifices à l'est et à l'ouest du beffiroi, c'est-à-dire toute notre Halle aux draps, étaient construits avant 1304, puisque cette année, nous l'avons dit, nos trésoriers purent toucher le prix de location de toutes les chambres des nouvelles et des vieilles Halles.
Nous avons cru devoir examiner et discuter les rares documents du xiii* siècle qui mentionnent notre Halle aux draps. Les faits dont nous croyons avoir ainsi démontré l'exactitude, n'offirent pas seulement un intérêt archéologique : ils prouvent aussi que la ville d'Ypres, aujourd'hui déchue et dépeuplée, était, il y a six siècles, une des plus importantes cités de l'Europe, que son opulence était prodigieuse, à peine appréciable et sa population immense !
Que les temps sont changés !
Vers la fin du xiii* siècle, en moins de vingt années, la commune élevait à ses frais tous les immenses édifices qui se trouvent à l'Qccident du beffroi. A notre époque, la ville d'Ypres est fière d'avoir pu, en vingt ans, faire restaurer, avec le concours de l'état et de la province, le gigantesque monument, irrécusable témoin de sagrandeur passée!
Enterminant, résumons les faitsque Ton peut, croyonsnous, considérer comme incontestables.
Ypres avait une Halle avant le xni* siècle ; — la Halle aux draps actuelle fut bâtie à deux époques différentes, — il n*est pas possible de connaître exactement quand on posa les fondements de l'aile orientale, à Test du beffroi, — mais il est certain : que cette partie du monument, nommée la vieille Halle, était achevée en 1230 ; — que Ton construisit, en 1285 et les années suivantes, les trois ailes à Fouest de cette tour ; — enfin, que notre Halle aux draps était entièrement achevée avant 1304.
Nous verrons que les autres édifices qui complétèrent nos Halles — Thôtel-de-ville au nord, ses dépendances et d'autres bâtiments à Test — ne furent construits que plus tard.
ilO
DISTRIBUTION INTÉRIEURE DE LA HALLE AUX DRAPS, DESTINATION DE SES LOCAUX.
Le style de notre Halle aux draps et son aspect extérieur, dans ses détails comme dans son ensemble, ont été trop souvent décrits (4) pour qu'il soit nécessaire d'en donner ici une description nouvelle et nul n'ignore que cette vaste construction fut, durant des siècles, l'entrepôt de la draperie d'Ypres, mais on connaît moins la distrin bution intérieure de cette Halle et la destination spéciale de ses divers locaux.
Ces chambres et salles étaient vastes et nombreuses (s), et cependant la prospérité de notre grande industrie était telle, au moyen-âge, que nos drapiers les utilisaient toutes alors.
D'après des traditions populaires, les deux ailes de la Halle aux draps faisant face à la place, auraient d'abord
(I) VoyM entr'autres ScHAYBS, Histoire de Varckitecture, II, p. 250. [2J Voyez plan A, N« 12, 13, 14, plan B, N» 21 .
formé, au rez-de-chaussée comme à l'étage, deux grandes salles, et celles-ci, au niveau de la place, n'auraient été divisées que par le passage sous le beffroi vers Féglise de S^ Martin.
Les dispositions générales de la construction primitive — qui n'ont pas été modifiées depuis le xni'' siècle, -rpermettent d'admettre ces traditions ; à l'est comme à l'ouest de notre beffroi, le rez-de-chaussée de la Halle est couvert de voûtes retombant sur des colonnes, les unes entaillées dans les murs, d'autres détachées et placées sur une même ligne, au centre de l'édifice; les murs de refend, établis aujourd'hui entre ces colonnes, pourraient donc être démolis sans nuire à la solidité du mopument, et rien n'indique qu'ils datent de la construction première.
Nous hésitons pourtant à croire que ce rez-de-chaussée ne formait autrefois que deux vastes salles.
Les exigences et les nécessités de la draperie étaient multiples et variées; on avait besoin de nombreux entrepôts pour les matières premières, car chacune d'elles, chaque espèce de laine, par exemple la laine brute, la laine lavée, etc., avaient leur entrepôt particulier; divers ateliers étaient aussi établis à la Halle, entr'autres, des ateliers de teinturiers.
Les keures de la draperie (i) mentionnent souvent ces ce entrepôts et ces ateliers de la Halle »; ainsi on donnait un plomb spécial aux « dras tains à la Halle (3) » et Ton voit encore les larges hottes des cheminées, fort anciennes, — faisant (au nord) corps avec le mur de l'édifice —
(1) Archives oommuDales.
^) Voyez Dotre B$$ai de Numismatique Tproise : Plombs de la Draperie^ p. 313.
qui servaient à la teinturerie ou à d'autres usages industriels.
Si nos drapiers n'avaient pu disposer que de deux vastes salles, où auraient-ils eu les entrepôts et ateliers particuliers dont parlent nos keures ?
Les autres ailes de la Halle avaient en effet leurs destinations spéciales : Taile nord était occupée par les ateliers des charpentiers et autres ouvriers de la commune (4); dans Taile à Touest se trouvait le local» encore nommé de Laoye (9) ; c*est là que des prud'hommes (probi viri) vérifiaient, avec soin, les draps achevés qui, après y avoir reçu le dernier plomb, — quand ils étaient reconnus « bons et loyaux », — devaient être entreposés à la grande Halle en attendant le jour de la vente (3).
On nommait — et non sans raison — a grande Halle (4) », l'immense salle qui forme l'étage du monument et y occupe une surface de deux mille quatre cent soixante-douze mètres carrés.
Cette salle était garnie de rayons et couverte d'échoppes (5). Chaque spécialité de draps y avait sa place marquée; ainsi l'un des côtés y était réservé aux « draps tains », et aiin de mieux garantir la conservation de ee^ étoffes, on avait garni de verrières les fenêtres de cette « Halle des draps tains, (e) » tandis que de simples volets en bois de chêne clôturaient les baies des fenêtres percées dans les autres ailes de Fédifice.
(1) Voytz plan A» N« 16.
(2) Voyez plan A, N« 13».
(3) Voyei notre Bssai de Numiimatique TproUe, déjà cité.
(4) Voyez plan B, No 21.
(5) Comptez poiiim,
(6) « A Pieron Peereboom pour j ?erriere fait en le Halle des drapz taina. • (Compte 1317.)
lis
Sur chaque ballot était marquée, au moyen de lettres, Tespèce de draps qu*il contenait (i). Des indications particulières désignaient les étoffes, non fabriquées en ville (s), que des drapiers forains étaient, au xv' siècle, autorisés à apporter à Ypres, en temps de fieste ou franche foire (3).
Les keures de la draperie réglementaient dans leurs moindres détails toutes les conditions de la mise en vente et de l'entreposage des draps à la Halle; il serait impossible d^analyser ici ces nombreuses dispositions, sans nous écarter longuement de notre sujet.
C'est dans cet entrepôt général des draps d'Ypres « renommés en tout pays de chrestienneté et même par de là les mers », c'est à l'étage de cette grande Halle, que l'on tenait les marchés et ces célèbres fiesten^ qui attiraient en notre ville une multitude de marchands étrangers.
Ces marchands, protégés par des sauf-conduits que leur délivraient les rois de France et les comtes de Flandre (4), apportaient à Ypres l'or des pays les plus lointains.
On voit donc que nos drapiers utilisaient tous les locaux, sauf le rez-de-chaussée de l'aile nord, et toutes les chambres de notre Hal]e aux draps, quelque vaste qu'elle fût.
(1) « Jacop Van den Hende, scildere, van dat hij aile de packen van lakenen die up de Halle ghedaen ende ghestelt waren met différente letteren Uekende. » (Compte 1479.)
(2} • Ende hem voor tmaken van den brieven {écfUeaux) van de steden endedorpen daar nute de lakenen gebrocht waren. • (Compte 1470.)
(3) TouB les drapa devaient être vendus à la Halle {I/iv. N" 105*2) ; tout forain qui, aux deux franches foires, y avait étal, table, etc., payait en 1 r>l quatre deniers de tonlieu {Inv iV» 947.]
(4) Arch. Yp. Inv.pastim,
1)É(;0RATI0NS EXTÉRIEURES DE LA HALLE AUX DRAPS. — TRAVAUX DE RÉPARATIONS.
La Halle aux draps eut toujours — comme le beffroi — le bonheur dechapper au vandalisme des restaurateurs; on la répara souvent, mais ces réparations ne modifièrent pas son style ; il serait donc inutile de rappeler ici ces travaux, mais nous croyons pouvoir faire connaître divers faits ignorés et donner quelques détails sur les anciennes décorations extérieures de notre Halle aux draps.
Dès 1311, Bladelain et son frère recouvrirent la Halle (i), et maître Henri Manin, qui décora si splendidement le campanile de noire beffroi en 1330, ne dédaigna pas de peindre « le gotière de le Halle » (â).
La toiture primitive de notre Halle était en tuiles plates rougeâtres, et non en ardoises, comme on le croit généralement. Les comptes de 1285 renseignent, on la vu
(1) a A Bladelain eta 80d frère pour couvrir la Halle en taske. (Compte 131 1 .) xxvij %, xvîj s. iiij d. »
(2) u A Manniu pour paingner la gotiere de la Halle, zx 8, » [Compte 1311.)
les prix des « tuiles pour couvrir », achetées quand on bâtit les ailes de ce monument à Touest du beffroi.
Autrefois, d'après la tradition, les eaux de pluie, provenant des immenses toitures de Tédilice, reçues dans des espèces de canaux creusés dans la pierre, derrière la galerie qui couronne la façade, auraient été jetées au dehors par des gargouilles, et ces canaux n'auraient, pas plus que les égouts de la ville, été revêtus de plomb. Notre compte de 1311 prouve l'inexactitude de ces traditions légendaires, puisqu'il nous apprend que le bâtiment avait alors des « gotières » peintes par Henri Manin. Nous avons vu d'ailleurs qu'en 1285, des plombiers touchèrent des sommes assez élevées pour travaux de leur état faits à la nouvelle Halle.
La Halle fut donc entièrement recouverte de tuiles en 1311 (i) et — détail curieux — les couvreurs fixèrent ces tuiles plates sur des lattes faites de « tonneaux de vin ». Si nos chroniqueurs seuls nous disaient qu'on acheta alors assez de tonneaux dont on fit les lattes nécessaires « pour recouvrir la Halle tout de nouviel », on hésiterait à croire que l'on put trouver une quantité suffisante de tonneaux vides pour faire un travail aussi considérable; le fait est cependant exact, il est attesté par nos trésoriers qui payèrent quarante-deux livres dix sous pour achat de ces tonneaux (2) et nous avons vu que l'on en avait acheté déjà d'autres en 1285 (3).
Du reste, la population d'Ypres s'élevait vers 1247,
(1) ce A Jehan Mese pour tieu viles à couvrir qu^il vendi à le vile, qui
giioient sour le loge Âleverdinghes des quels tieu viles on couvri le Halle.
^ (Compte 1311.) xij %- xij s. »
(2} « Pour tonniaus de vins dont on Ast lates desquels on recouvrit le Halle tout de nouviel. xlij ^. x s. » (Compte 1311.)
(3) Voyez l'extrait du compte cité au § Construction de la Halle, p. 103.
d'après une bulle de cette année (i)« à deux cent mille âmes environ; enrichie par la draperie, elle vivait dans la plus grande aisance et consommait une quantité de vin réellement incroyable; nos échevins prêchaient du reste d'exemple ; nous parlerons ailleurs de ces libations administratives et officielles.
On peut se faire une idée de Ténorme quantité de vin débitée à Ypres en jetant les yeux sur le compte communal de Tannée 1304-1305. Le chiffre total de la recette s*éleva cette année à 15,265 livres et dans cette somme le produit seul de Taccise sur le vin — qui avait un receveur particulier — figure pour 6,969 livres, donc à peu près pour 45 7o* Ainsi s'explique comment on trouva assez de tonneaux vides « dont on fit les lattes » pour couvrir notre grand monument, « tout de nouviel ».
Au commencement du xiV siècle, la Halle et ses tourelles étaient surmontées de plusieurs girouettes de formes variées : deux de ces girouettes a sur la Halle » représentaient des chevaliers (kevaliers),une autre figurait une sirène. Les deux chevaliers furent refaits en 1315(9); puis en 1331, Thierry le Pondelmakere fournit un autre « chevalier, un vanekin et deux poinels », tous de cuivre (3).
On voit encore sur la toiture de la Halle (4), à Tangle sud-ouest, une haute tige de fer, ornée à sa base.
(1) Arch, Tp. Inv. N<> 75. — Nous espérons pouvoir publier plus tard un petit mémoire sur La p<>pulation d^Tpres vers le milieu du xiii« siècle.
(2) ce Pour refaire les deux kevaliers qui sont sour le Halle . . xz s. » (Compte 1315.)
(3) « A Thierry le Pondelmakere, pour faire i chevalier de cuevere et une pipe de cuevere et i vanekin et ij poinels de cuevere xxx s. »
(4) Gravure Ilbis, N« 10.
autour de laquelle tournait une de ces girouettes garnie d'une (c pipe en cuevere », tige en fer que de naifs bourgeois persistent à considérer comme un paratonnerre du XIV* siècle !
Sur Tune des tourelles (toriaus) de la vieille Halle était un petit cheval (kevalet); sur une autre — placée sans doute à l'est, contre la chambre des échevins — miroitait un sagittaire (sagetaire). Ce cheval et ce sagittaire avaient été faits par Wautier le Pondelmakere (i), puis dorés par Manin et par Hanin Soliere, autre peintre yprois (1317) {«).
Les flèches de ces tourelles n'étaient pas, comme aujourd'hui, construites en maçonneries, avec des crochets sculptés, vulgairement nommés corbeaux; elles étaient simplement couvertes d'ardoises (s) et terminées, comme on vient de le voir, par une girouette.
Vers 1377, on remplaça Tancienne toiture en tuiles de tous les bâtiments à l'ouest du beffroi, par une toiture en ardoises (4) et Ton fit le même travail à Taile orientale, en 1393; cette partie du toit s'était, parait-il, effondrée sous le poids des lourdes tuiles qui le couvraient (s).
(1) « A Waatier le Pondelmakere, pour 1 sagetaire et 1 kevalet et che qui i affiert que on a mis sur les toriaus de le viese Haie, xl s. » (Compte 1317.)
(2) « A Manin et à Hanin Soliere, pour surorer ledit sagetaire et le cavalet, iij %. vj s. » (Compte 1317.)
(3) « A un scailledeckere puur couvrir en taske lea deux toriaus de le viese Halle et ce qu'il y affiert et mesurer, xxix ft. xx d. » (Compte 1317.)
(4) « Convenanche est faite à Jacques le scailledecker quil doit couvrir le Halle du bellefroy vers west tournant au lis vers nord, dusque devant la grand hnys de saint Martin, là il a commenchiet et ara de cascun verge xiiij fl. xiij s., lequel argent on lui paiera en cascun quartier cxx %. dont aTons paiet en ceste trésorerie de iij quartier iijc Ix fl. Item de carité quant on priât le dite ouvrage en taske dont avons lettres, iiij ft. iijo Ixiiij fl. »
(5) I. L. A. DiBOBRxcK, A naleeies jfproU^ p. 37: Initium dviMiê fprensit.
Nos magistrats et leurs bourgeois, Iiabitués à voir sur leur Halle des tuiles rouges, à teintes chaudes, trouvèrent sans doute que ces ardoises, d'un bleu foncé, donnaient au monument un aspect monotone et sombre. Ils firent donc peindre sur ce toit, comme sur celui du beffroi, de grands blasons.
En 1420, France Vander Wichterne « noircit le lion (i) du grand écusson peint sur la couverture d'ardoises » (î); nos trésoriers ont négligé d'ajouter « de la Halle » ou « du beffroi »: il serait ainsi difficile de savoir où se trouvait ce blason, mais nos comptes nous apprennent que Joris Uutenhove « dora », en 1481, le lion sur la toiture en ardoises de la Halle (3); c'est donc sur cette toiture, qu'étaient peints au moins deux grands écussons: l'un aux armoiries de Flandre (lion de sable), l'autre aux armes d'Ypres (tenues par un lion d'or).
La Halle avec ses girouettes variées et ses grands blasons, le beffroi avec son campanile « oré, peint » et ses quatre écussons, le tabernacle de Notre-Dame richement « estoffé » de couleurs et d'or, présentaient ainsi le coup d'œil le plus splendide et le plus harmonieux!
On exécuta souvent d'importants travaux de réparation à la Halle aux draps, spécialement en 1367, en 1466, en 1474 et 1676.
En 1367, maître Willem Mekwiet reconshiiisit une des (( torrele de la Halle » (4).
(1) Le lion de sable, armoiries de la Flandre.
(2) « France de Wichterne, den grooten scildt die licht up f scaeigedack den leeuwe verleidt van swarte, xx s. » (Compte 1 420.)
(3J « Joris Uatenfaove, sciidere, van den vergoadene van den leeuwe up t'scaelyedac van der Halle. » (Compte 1481.)
(4) « A Maistre Willem Melcwiet, de refaire en taske j torrele de la Halle. » (Compte 1367.)
En i474, la galerie au nord du monument, devant le cimeHère de S^ Martin, était en mauvais état: on avait d'abord décidé de la rebâtir en briques, mais après que ce travail eût été adjugé, les échevins reconnurent que ce serait là un mauvais ouvrage (slecht werc) qui nuirait à laspect de l'édifice; on résolut donc d'employer la pierre blanche (kalcsteene) . Vande Letewe donne de curieux détails sur la réadjudication de cet ouvrage qui fut entrepris par Jacquemard du Mortier, pour la somme de vingt-et-une livres de gros (i).
C'est le même du Mortier, tailleur de pierres à Lille, qui fit, en d474, le devis pour la reconstruction de la galerie du côté de la place (2) entièrement tombée (afyeval I en) (3).
A la suite d'un sinistre dont il a été parlé ailleurs, nos magistrats furent obligés, en 4676, de faire exécuter des travaux beaucoup plus importants; nous croyons pouvoir en dire un mot ici (4).
a Les chambres dehors le Halle » déjà mentionnées, comme on l'a vu, dans le compte de 1304, continuèrent à être louées, pendant plusieurs siècles. D'autres échoppes étaient placées contre la façade méridionale du monument — en 1564, aux deux côtés du beffroi (5) — en
;i) Vernieumng der tvet van Ypre door Pieter Van de Lbtrwe, p. 72.
(2j « Jacqueiuaert dn Mortier, Bteenhauwere te Rissele, van zinen aerbeyt vao ghevisiteert thebbene de vooye van der Halle van der zyde van der mat* rct afghevallen ende van ghemaect thebbene tbewerp om tvermaken van der zelve, vj %, » [Compte 1474.)
(3) Voyez compte 1472.
(4) Ces détails puisés dans les Anaîectes yprois de I. L. A. Dieoerick, sont extraits de notre notice, V Incendie des Halles, (ânn : West-Flan: VII, p. 181.) Nous avons cru pouvoir les reproduire ici.
'5" Voir pravnre II^J», N*28.
1675 contre Taile occidentale, depuis la tour jusqu'à la porte donnant accès à l'escalier ouest (4).
Dans une de ces échoppes, alors nommées stallekens^ un vieillard — il était âgé de 80 ans — nommé Ellebout vendait de la poudre à tirer. Ce petit dépôt prit feu le 6 Août 1675. L'explosion fut terrible, elle occasionna des d^ts considérables et fit de nombreuses victimes.
La façade sud de la Halle s*écroula sur une longueur de dix mètres environ et plusieurs maisons voisines furent ébranlées.
Ellebout et sa femme sautèrent avec leur échoppe; c'est à peine si Ton retrouva leurs restes épars et projetés au loin. D'après les annalistes de l'époque, on eut à déplorer la mort de soixante-quinze victimes; beaucoup de soldats alors casernes dans la H»lle et d'autres personnes furent en outre |»lus ou moins grièvement blessés.
Dès l'année suivante, on reconstruisit la partie de l'édifice qui venait d'être détruite. Nos comptes ne donnent aucun détail particulier sur ces ouvrages; ils renseignent les sommes payées pour achat de matériaux et salaires d ouvriers, mais ces sommes figurent sous les rubriques générales des travaux communaux; il n'est donc pas même possible de connaître combien coûta cette reconstruction.
Suivant la tradition, confirmée par des écrits du temps, on plaça dans le nouveau mur « pour mémoire » (voor curieuse memorie)^ les figures (troingen) d'Ellebout et de sa femme, causes de la catastrophe. On voit, en effet, sous la tourelle sud-ouest de la Halle, deux figures à
;i) Voyes plaD A, N» 15.
mi-corps, Tune représentant un vieillard, Tautre une vieille femme, qui semblent écrasés sous le poids de cette tourelle; il est facile de constater que ces figures ne (latent pas de Tépoque même de la construction du monument.
Pendant le xvnr siècle, on se contenta d*exécuter des travaux de réparation et d*entretien urgents ou nécessaires.
Enfin, le monument a été complètement restauré à notre époque. Ces restaurations feront l'objet d*une notice spéciale.
nr.