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LA CHAPELLE DES ÉCHEVINS OU DE LA HALLE

Nos documents des XII° et XIII* siècles ne mentionnent pas la « chapelle des Echevins ou de la Halle » et nos trésoriers ne nous apprennent pas plus quand elle fut construite, qu'ils ne nous disent à quelle époque furent bâtis le beffroi et Taile orientale de la Halle aux draps, sans doute encore parce que cette chapelle était, comme ces monuments, achevée longtemps avant 4280, date de nos plus anciens comptes communaux.

Nous l'avons constaté dans un autre travail (i), nos antiques gildes nationales eurent, à presque toutes les époques, des tendances religieuses très-caractérisées ; elles étaient placées sous le patronage d'un saint et presque toujours elles avaient dans « leur maison » (gildehuus) une chapelle particulière.

La commune flamande, c'est-à-dire la communauté des bourgeois d'un bourg (l^rgff^^.aifranchi , autonome, formait une grande gilde commune, constituée et régie d'après

(1) Gildes, Corporations, Métiers, etc. Patria Belgica, T. Il, p. 243.

les mêmes principes que nos fraternités populaires d'origine germanique; elle avait les mêmes tendances religieuses; aussi les chefs de ces grandes et puissantes gildcs communales, — les échevins urbains — eurent-ils leur chapelle scabinale, dès qu'ils fixèrent leur siège stable dans un édifice communal ou « maison commune ».

On est donc fondé à croire, sans pouvoir le prouver cependant, que notre chapelle était achevée vers 1230, en même temps que la vieille Halle et la Chambre des échevins attenante à cette aile orientale du monument; c'est toutefois au siècle suivant seulement, que nos trésoriers mentionnent cette chapelle.

Lors du massacre des échevins d'Ypres par la populace, en 1303 (i), un écolâtre de Cassel avait réussi à échapper aux révoltés et à fuir de la ville; il en fut banni. Ce ban avait été maintenu après que Philippe de Thiette, fils du comte Gui de Dampierre, cédant à des nécessités politiques, eut, par lettres datées de Gourtrai (1303), accordé grâce aux habitants d'Ypres, pour le meurtre de ces échevins et bonnes gens(â); mais dès que l'autorité du comte fut rétablie et que justice put être faite, ce banni et d'autres furent rappelés, en exécution d'une sentence prononcée à Ypres, le 4 mai 1304, par les bonnes villes de Flandre (s).

Get écolâtre, ainsi réhabilité, fonda une messe pour lui et pour le salut des âmes des magistrats, (pruedommes)^ qui avaient été massacrés (meurdris) (4) l'année précé-

(1) Arch. Yp. Inv. N"«23l, 236, etc.

(2) Id., K-231.

(3) Id., N«« 238 et 239.

(4) « Pour refaire la piscine de Tautel ]à on dist la messe que li escoleUre de Cassel estora (fonda) pour H et les pruedommes qui furent meurdris^ ij s. » (Compte 1315.)

dente (a) (1303). D*après nos comptes, les échevins firent, en 1314, placer une lanterne à côté de Tau tel où Ton célébrait cette messe (^) et, Tannée suivante, on répara la « piscine » (s) de cet autel (4).

Comme ce service funèbre était fondé pour le repos des âmes d'anciens magistrats, on serait porté à croire que cet autel se trouvait dans la chapelle scabinale.

On peut cependant en douter, car cette conjecture ne s*appuie sur aucun document authentique et les comptes de réglise de S^ Martin nous font connaître qu'au XVP siècle (5), on célébrait dans cette église, chaque année, la veille de la fête de S'. André, (29 Novembre), jour anniversaire du massacre de 1303, un service funèbre, nommé c< l'anniversaire des magistrats », (Heerenjaerghetyde) (e). Etait-ce le service ou la messe, qui avait été fondé par l'écolâtre de Gassel au commencement du xiv^ siècle? cet anniversaire fut-il célébré d'abord dans la chapelle de la Halle et plus tard dans l'église de S*.

(1) Le nom «le ce fondateur nVst pas exactemen t coddu. Trois écolàtres de Gassel Eloy Gherbode, Jehan Bardonc et A lymen BieseU>ut, baDnis de la ville par les révoltés, après le meurtre de 1303^ furent rappelés en exécution dn jugement rendu le 4 Mai 1304 par les échevins des l>onnes villes de Flandre. Areh. Y p. Inv. N» 239.

D'après M. Qheldof, un autre écolâtre de Téglise de S^ Pierre à Casssl, né à Ypies, derc du comte Gui et mort le 9 Février 1312, fut aussi exilé. — Ne Bertit-ce pas cet yprois qui fonda cette messe? — Gherbode fut échevin en 1291 et 1300, — Biesbout en 1302 et 1306 (Warnk. V. p. 77.)

(2) « Pour j lanterne mise en costé de Tantel là on dist le messe lescolatre, XX s. » (Compte 1314.)

(3) Piscine: Cuvette d'une crédence et la crédence elle-même (Berty, V". Piscine.)

(4) Compte de 1315 cité ci-dessus.

(5] Comptes de Téglise de S* Martin .

[61 Pour les détails, voir noire Essai de numismatique yproise, p. 220.

Martin, ou bien, dans cette église, dès l'époque de sa fondation (i)?

Pour contester le fondement de cette dernière hypothèse, on pourrait objecter que la commune entretenait Tautel « où se disait la messe de Técolâtre » et que cet autel aurait été réparé et entretenu par Tabbaye de S^ Martin, s*il avait été placé dans son église.

Mais il ne faut pas perdre de vue, qu'au moyen-âge, des seigneurs, des communes et même des particuliers percevaient, comme redevances d'un fief, les dîmes, les oblations et tous les revenus d'autels établis dans des églises paroissiales ou abbatiales (>); dès lors Tentretien de ces autels incombait au propriétaire bien qu'il fût laïque.

Les nombreux conflits qui surgirent, au XIII^ sièc}e notamment, entre nos échevins et le prévôt de S^ Martin, — à propos de cierges et d'oblations, — ces conflits que le souverain pontife fut plus d'une fois appelé à trancher ('), laissent croire que la commune d'Ypres possédait plusieurs autels de notre église abbatiale; il est donc possible qu'elle possédait et entretenait en 1314 et 1315, l'autel où l'on disait la messe fondée par l'écolâtre de Gassel.

(1) Les victimes du massacre de 1303 avaient été inhumées dans la nef sud de Féglise S* Martin; de grandes pierres tombales ornées de /a»7ofl, couvraient le lieu de leur sépulture; elles furent réparées en 1401, puis en 1445. « Besteit in tasse, Janne den Wichtere, zeikere reparatie van der hant te doene an der Heeren zarken ligghende in S> Martins kerke, wetene de lettoenen lysten die stappens uuteghevallen louden hebben, ute doene ende de zelve weder in te pekene, ende te agrapene, ende die verloren waren niewe te makene, ende in te stellene, ziij ft. iiii s. » (Compte 1445).

(2) Voyez dans la Belgique judiciaire, 10 juin 1877, le remarquable travail de Monsieur Jules Lamkbrb, Avocat général à la Cour d^appel de Gand. — Question des anciens cimetières.

;3; Arch, Yp, Inr, passim.

Ainsi rien n'autorise à affirmer que cet anniversaire ou messe était, au commencement du xvi" siècle, célébré dans la chapelle des échevins.

Quoi quil en soit, cet oratoire existait alors; comme on Ta vu, il avait été construit, d*après nous, avant 1230, quand nos magistrats Qxèrent leur siège principal sur la Halle.

Nos documents, antérieurs à la fin du xiv* siècle, ne donnent aucun renseignement sur le style, les disposition, les ornements, ni même sur la situation de notre primitive chapelle scabinale. C'est à notre connaissance, dans le compte de 1380, qu'il en est fait mention pour la première fois; le libellé de ce compte permet de déterminer la situation de cet oratoire.

La chapelle des halles, d'après nos trésoriers, était attenante (i) à la chambre des échevins. En 1380, le siège scabinal éclairé par de larges baies de fenêtres percées dans sa face ouest, donc apparente et non masquée, était déjà placé entre deux grands bâtiments: au midi, la vieille Halle aux draps, au nord, l'Hôtel de ville ou stedehum, récemment construit sur le terrain où, d'après M' Lambin, était, dès les temps anciens, une Halle aux pelleteries: ainsi la chapelle attenante à la chambre des échevins ne pouvait se trouver qu'à l'orient de ce prétoire.

Nous avons analysé les nombreux détails que donnent les trésoriers de la ville sur les divers édifices élevés de 1362 à 1380, à l'est et au nord de ce siège, et nous n'avons pas rencontré une seule fois dans ces comptes, le nom de la chapelle des échevins; rien donc n'indique

(1) De Capelle an Scepette Corner e. (Compte de 1380).

qu'elle fut alors reconstruite; D*est-on pas ainsi autorisé à affirmer que la primitive chapelle fut maintenue au XIV siècle?

Isolé d'abord, et faisant saillie sur la place, ce petit oratoire était alors en quelque sorte encaissé entre les édifices élevés, de 1372 à 137G, à Test du siège scabinal; sa façade orientale seule restait ainsi apparente sur le marché; la croix qui surmontait son galbe, dominait, entre les Halles, les crêtes des deux édifices voisins (i).

Pour résumer, d'après nous, notre chapelle des Halles fut construite avant 1230, à l'orient du siège des échevins; elle s'étendait de l'ouest à l'est, comme presque toutes nos églises. Toujours, on le verra plus loin, elle conserva cet emplacement et cette orientation.

A dater des dernières années du KIY"" siècle, nos comptes mentionnent fréquemment notre chapelle, mais les détails qu'on y trouve, n'offrent en général pas grand intérêt, au moins jusqu'en 1620, car aucun travail important ne fut fait, avant cette année, dans cet édifice religieux; nos trésoriers n'eurent donc à enregistrer que les sommes payées pour entretien ou renouvellement du linge, des yêtements sacerdotaux, des vases sacrés et du mobilier; il suffira d'analyser ici quelques extraits de ces comptes.

Après la délivrance de la ville en 1383, la piété et les sentiments religieux de nos pères se manifestèrent plus vivement encore qu'avant ce siège; on vit alors l'image de la patronne d'Ypres, à l'intérieur comme à l'extérieur des édifices publics et des habitations particulières; nos échevins s'empressèrent aussi de réparer, de renouveler et de compléter le mobilier de leur chapelle ; on y plaça

{l Voyez gravur* IIW» N» 12.

(1384) une nouvelle image et des anges taillés par W. de Thielt; ces statues avaient été commandées « au temps de Philippe d'Artevelde », peut-être quand le Ruwaerd vint à Ypres, le 24 mai 1381 (i) ? Notre statuaire yprois n'aurait-il pu terminer plus tôt ce travail, parce que, vers répoque du siège, il fut chargé de faire d'autres travaux urgents, comme un de ses parents, Jehan de Thielt, qui tailla (1383), pour la ville, la façade (gheveU) du corps de garde à la porte au Beurre (s).

Quel saint cette image entourée d'anges représentaitelle? Ce n'était en tous cas pas une statue de Notre Dame de Thuyne; la Vierge ne fut vénérée sous ce nom, comme prolectrice de la ville, qu'après la levée du siège de 1383 et, comme nous venons de le dire, la statue et les anges avaient été commandés avant l'investissement de la place. W. de Thielt fit-il alors un nouveau rétable pour la chapelle des échevins ? Quoi qu'il en soit, les ouvrages de sculpture qu'il fournit, coûtèrent une somme de dix-huit livres six sous (3).

Quelques années plus tard (1395), Gérard Vander Meersch orna de peintures (stoffeime) l'autel de notre chapelle (4), qui, avant 1397, fut décorée de peintures et de dorures (5)

[Ij Vbrbbcke, p. 46, d*apré8 nos chron. MS.

(2) « A Jehan de Tieit de tailler i gheveil au wachthuus de le bueter-porte, 36 8. » (Compte 1383.)

(3) « A W. de Tielt de ce qu^on lui de voit de tailler le ymage et les anges de Je chapelle deschevins dont les convenanchea furent faictea au temps Ph. D'artevelde, xviij %. vj s. » [Compte 13S4.)

(4) ■ Gheraert Vander Meersch.... van stoffeime de voortafle buten ende binnen.... ït %, » (Compte 1395.)

(5) « Jacob Cavael van bescrivene 'tgroene halleken van vermelyoene httùdfÇheltfck de eapelle, van goude, en boven de hemelinghe eus. bezaeyet Tan goude, van de ogiven, lambourden ende datter toebehoort te stoffeirene van goude alsoot behoord, Ixzij %, » [Compte 1397.)

par Jacob Gavael. Le nom de maître Gérard figure plusieurs fois dans nos comptes de cette époque; aurait-il été peintre en titre de la ville ? fut-il le collègue, peut-être le prédécesseur de notre Jacob Gavael? Celui-ci, d'après M. Diegerick, remplissait cet emploi depuis quelque temps, avant de Tobtenir officiellement, le 25 février 1399 (1400 n. s.) 0).

Vers la même année (1395), les échevins firent réparer et renouveler en grande partie les ornements, le linge et les vêtements sacerdotaux, dépense considérable qui s'éleva à cent cinquante-huit livres et quinze sous (2). On trouvera dans la note citée ci-dessous et déjà publiée par le chanoine Van de Putte (s), le détail des sommes payées alors par nos trésoriers (4).

Au XV* siècle, la chapelle des Halles était ornée de verrières et de peintures murales.

Ges verrières, sur lesquelles figuraient des images

(1) Ann. de Bruges^ t. IX, 8« série, p. 2S3.

(2) Compta 1395.

(3) Ann. Weit-FL^ t. Il, p. 188.

(4) « Vanden outaercleede voren eode van ij ziden van stoffe ende wercke, Hij ^. 1? j 8. — Van cotten ghedaen om de vestementen vander capelle ter Halle, eerst Pieter Zoeteneive van firugghen van der cruce te werkene van borduren (broderie), xlvj %. xvj s. — Item xvij ellen linwards ten alben , v ft. xj 8. — It. van makene de beide atolen ende alben Joncw. Martinen, liij %. xiiij 8. — Item van een oude linlaklne(V), xij s. — It. van twee xidene lakenen om de casule [chasuble) ende cortinen, lij %, viij s. — Item den heere Christoffel van Beiaselare van ij sindalen om de vouderinghe, xvj "S. x a. — It. van makene de casule ende cortinen, ix ft. — It. joncw. Martinen van fringen, van linte, van sidene corden, van xiden ende van ringhelen, vij %, viij s. — It. den heer Jan van Scoten, van ij t/i elne flueels ten ij crucen, ix ^ — It. van den voors. ornementen te voerne, te wine ende costen, iij ^. xij s. — It. den heere Ghane van Scofen, ten vestementen, iij %. comt clviîj <ft. xv 8. » (Compte 1395.)

(beilde) (i), turent souvent réparées par nos verriers les plus renommés, notamment par Jan Van Bouvekerke, en 1408 (9), par Jan Belle, en 1426 (3), par Matheuse Plaetevoet, en 1440 et 1445 (4) et par Thomas Laernoul de 1454 à 1466 (5); plus tard (1493), on y plaça de beaux rideaux en velours (samite) (e), avec franges et rubans de soie (7).

Les peintures représentaient des figures {portraiture) ; elles avaient été exécutées en 1419 par notre France Vander Wichterne (s) qui, Tannée suivante, restaura les statues ou le rétable de Tautel (9).

Nos trésoriers ne nous font pas connaître quels saints ou sujets étaient figurés sur ces verrières et peintures murales.

Depuis longtemps, en 1420, on se servait, tous les jours, d*un missel que la confrérie de saint Gris tophe avait prêté à la ville. Les confrères réclamèrent-ils leur bien ?

(1) • Thomas Laernoul,.. ia de capelle eenen pant verloot ende een halve èeiid • vermaect. > (Compte 1464.)

(2) • Jan Van Bouvekerke, glaswerkere, vermaect ende ghestopt f hebbene de glasen in de capelle. » (Compte 1408.)

(3) « Jan Belle, glaswerkere,.. in decapelleij dobbele panneelen vermaect. » (Compte 1426.)

(4) « Matheuse Plaetevoet, in de capelle van scepene camere twee panneelen vermaect ende andere sticx der inghestelt, vernagelt ende vermor tel t, xlviij 8. » (Compte 1455.)

(4) Voyez comptes de 1451, 1456, 1461, 1463, 1464, 1466.

(6) Samite ou Sammbt : Fluweel, velours. (Kilian.)

(7) « Janen twyf Jan Valcke voor de coope ende leveringhe ten outaer in de capelle, van tweegordinen van samite, xyde fringen, zyde lints, rynghelen. * (Compte 1492).

(8) « Een ghezelle die France de Wichterne hulp doe hy van portraiture wrochte in de capelle, vj daghen te iiij s. daghs. » (Compte 1419.) «

(9) tt France Vander Wichterne van de capelle ende beilden boven den outaer scène te makene. » (Compte 1420.)

Nos échevins reconnurent en tous cas, que ce provisoire ne pouvait durer; ils firent donc, en 1420, Tacquisitiou d*un nouveau missel qui appartenait à la gilde de Notre- Dame (i).

Ces manuscrits, illustrés de miniatures, de figurines et de belles lettres capitales, peintes ou dorées, se vendaient alors très cher. Le nouveau missel des échevins coûta soixante-dix livres parisis (s). Nos trésoriers ne nous disent pas si cette somme fut payée à la gilde de Notre Dame de Thuyne ou à la gilde de Notre-Dame de Brielen, deux confraternités très-riches encore au XV' siècle et dont nous avons esquissé Thistoire, dans notre Essai de Numismatique yprùise (3).

Le missel de la chapelle était garni de fermoirs (4) et de clous d*argent (5); il fut réparé par Marten Vanden Driessche, en 1478. Marten n*était pas seulement un scribe {boucscrivere)^ mais aussi un peintre-miniaturiste; il fut chargé de restaurer les enluminures (verlicht) de notre missel, puis de le relier (e).

(IJ « Van eenen missaele omme « daghelycz » messe te doeoe in de capelle up dhalle ghecocht jeghen onser Vraawe ghilde die grooteljks der stede van nooden was, want de missael daer te voren gheoorboort daeghelycz in de Toors. capelle behoorde toe der ghilde van sinte Cbristofifelse diene der stede langhetyj gheleent hadde..* omme de somme van lzx1&. » [Compte 1420.)

(2) En 1433, la valeur intrinsèque du florin de Brabant (deux livres parisis) était de francs 7,2372. Notre missel coûta donc fr. 253,30.

(4J Casin van Bachtem, [un fèvre d'argent, zilversmet).,. van de slittsels vanden boucke.... in de capelle. » (Compte 1435.)

(5j « Victor Paelding, betaelt an eenen misse bouck în de capelle van scepenen eenen selverin naghele, iiij s. » (Compte 1458.)

(6) «.Marten Vanden Driessche, boucscrivere, over sinen loon ende aerbeit van verbonden, verlicht ende gherepareert thebbende des messaelbonck van der stede. » (Compte 1478.)

Au XV'' siècle, presque chaque année, nos trésoriers renseignent des sommes payées pour réparations ou achats de divers objets destinés à la chapelle des échevins; on peut constater par ces annotations que parfois les vêtements sacerdotaux étaient envoyés et bénis à Térouane (i), mais les libellés de ces comptes, comme on Ta dit, offrent en général peu d'intérêt; nous nous bornons donc à en citer en note quelques-uns (s) qui concernent le linge, les chandeliers (a), Targenterie et les vases sacrés (4). Ces trésors étaient conservés dans des cof-

(1) On répare ornements, chasuble et rideaux, a Van den coope van eene caxnle oin dighelicx iudecapelle up de Halle t'orboeren, vij %, iiij s. ende ▼an die te draegen ende doen wyen te Therenborck, xzx s... viij %, xiiij s. » (Compte 1485.)

(2) «I Van viij elen dwalen omme dorlementen van der capelle van de raede camere te vij s. elke elne, van de voors. dwalen te doen naeyene. » (Compte J 410.)

« Van den groene orlementen van der capelle up dalle tontnayene, te wasAchene ende te vernayene, xxxvj s. (Compte 1419.)

« Van den witten orlementen tontnayene, te wasschen ende te vernaeyene, de boorden te vermaekene met zyden ende de stoolen te verboordene omme al, xl s. • (Compte 1410.)

il Janen,twyf van Jan Vaicke, van den coope ende leveringhe ende makene van eeoe halve rood satyns ende eender boerze om een corporael dienende in de capelle up de Halle vander stede. » (Compte 1492.)

(3) Mlchiel Willems, goudsmet, van eenenoutaercandelaergheordinneert te staene in de capelle van scepenen, van fachoene ende drie oude grooten der ingheleit, iij ^. xv s. » (Compte 1431.)

(4) « Saoders van Bachten, goudsmet, van te vermaeken den bac der ampalle daer mede dat men ter meese dient up d'Halle, xij s. » (Compte 1429). c Casin van Bachten van der ampulle te vermakene ende de elutsels van den boncke, xij s. » (Compte 1435.) « Oheeraerd Dekins, goudsmet, van den vermaekene van eenen nieuwen voete van eenen kelcke [calice) in de capelle up de Halle, van de leveringhe van xvj inghelsche ende eene halve zilvers, tôt den zelven voet, van den fatchoene ende verguldene van den voor. voete, van den vermakene van eener ampulle. » (Compte 1495.)

frels («), Targentcrie portait les armes de la ville (s).

La chapelle des Halles était desservie, en 1380, par les Carmes (') ; ces religieux avaient un couvent à Ypres, et y recevaient des dons et oblations avant 1353 (4). Mais au siècle suivant, nos magistrats eurent un chapelain particulier qui portait le titre de a chapelain de la Halle» (5); cet office était alors confié à un prêtre séculier.

La nomination de ce chapelain et la messe qu*il célébrait tous les jours à la Halle firent naître souvent de graves difficultés. Les détails qu*on trouve dans nos archives, sur un de ces conflits, caractérisent les luttes entre la commune et le clergé, même sous le règne des ducs de Bourgogne.

(l) « Vao den coferkeone daer men den kielck eode andere silTere io besteit t^elck dient ter capelle van scepene camere, vj s. » [Compte 1445.)

(2J « Casin van Bachten... een aropulle ende een fonteinepot van scepene capelle vennaect te hebbene ende vergoud met fer siede tvapenen, diea van fataoene ende goude, vj % . zviij s. vj d. — It. voor dezelve ghemeest an zilvere, zxviij s. » [Compte 1445.)

(3) « Den carmers omme de messe die men seicht in de capelle an scepene camere, by den beveile van den voocht, zzz %, » (Compte 1380.)

(4) Au mois de Juin 1353, Aleames le Blanc {de Witte) accorda au couvent des carmes d*Ypres, à perpétuité, une rétribution de douze lots de cervoise (Jnèré) à prendre a Thôpital de Belle. De son côté, le prieur du couvent s'engi^ea à faire célébrer à perpétuité, tous les jours, dans Teglise de St-Martin une messe pour le salut de le Blanc et de tous ceux ou celles que celui-ci désire. Le religieux chargé de célébrer cette messe devait être tous les ans désigné par le fondateur qui s'obligea à fournir Tautel d'ornements, calice, livre, pain, vin et de tout ce qui sera nécessaire.... [Arch. Yp. Inv. N° 559.)

Frère Robert de Mon treuil, maislre en divinité^ et divers prieurs de l'ordre des carmes approuvèrent (1360) cette convention. (Arch. Yp, Inv. N« 580.) Voyez aussi les H^ 564, 568 et 569. Ces documents caractérisent bien les mœurs et certains usages du temps.

(5) a Ohelin Symoen, gheseit Stoupe, van by laste van her Joris de Cuupere, capelaenvan der Halle, van vermaect te hebbene eene cazule ende zekere ornementen van de selve capelle. • (Compte 1467.)

Vers 1480, nos magistrats, en désaccord avec le clergé, au sujet de cette messe, avaient été cités devant la cour spirituelle de Térouanne; ils firent défaut, motivant leur refus de comparoir sur une décision récemment prise par les magistrats des villes de Gand, de Bruges et d'Ypres, c'est-à-dire des états de Flandre.

Cette résolution renouvelait la défense faite, dès d427, aux habitants du comté d'appeler un autre habitant devant la cour ecclésiastique de Térouanne ou d'apporter des lettres de citation de la même cour, le tout sous peine de bannissement pour trois ans. Cette défense ne s'étendait pas aux citations pour affaires ecclésiastiques concernant les clercs reconnus et vivant comme tels (i).

Cette décision avait été publiée à Ypres le 1"^' Juillet H80; elle était motivée sur « les nouveautés et les empiétements qui ont lieu journellement de la part des juges et serviteurs de la cour ecclésiastique de Flandre (s) ».

A cette époque, sous le gouvernement, si faible, de Marie de Bourgogne, l'autorité n'était guère respectée ; aussi le clergé irrité par les termes mêmes de la publication faite le i""' Juillet, n'attcndit-il pas, pour agir, que le conflit de juridiction entre nos échevins et la cour de Térouanne fut légalement vidé.

Un prêtre séculier, nommé Pierre Loot, était alors attaché à la chapelle des Halles ; défense d'y célébrer la messe lui fut signifiée par le doyen de la chrélienneté et l'official de la Morinie.

Le chapelain, Pierre Loot, dut se soumettre; il donna sa démission; nos magistrats le remplacèrent immédia-

(1) Arch, Yp, Inv, N» 1034.

(2) Arch. Y p. Inv, N» 1085.

no

tement par un prêtre appartenant à Tun des quatre ordres mendiants établis alors à Ypres et qui ne se trouvait pas sous la juridiction de Tofficial.

Mais la question ne fut pas ainsi résolue, même en fait, et nos pieux écbevins furent bientôt de nouveau privés de leur messe quotidienne, car Jean Monissarl, officiai de Téronanne, défendit au nouveau chapelain de remplir son office à la Halle, le menaçant en cas de refus ou de résistance, dlnterdire à son ordre la prédication et les collectes dans toute retendue du diocèse.

La mesure était énergique et grave; elle fut, parait-il, efficace; la défense de collecter ne devait-elle pas réduire à la misère un ordre vivant de la charité publique? Cétait un arrêt de mort; le nouveau chapelain fut à son tour forcé de se soumettre

Nos magistrats déférèrent alors le conflit au Conseil de Flandre et réclamèrent, à titre de dommages-intérêts, la somme de dix livres parisis.

Prompte justice fut faite; la Cour souveraine de Flandre se hâta d'ordonner au doyen et à Tofficial de retirer leur défense et prescrivit à son premier huissier d'ajourner ces ecclésiastiques devant le Conseil, en cas de refus, pour rendre compte du dit refus (i).

Ces dignitaires de l'église exécutèrent-ils l'arrêt rendu par la justice laïque? Soumirent-ils la question à la cour de Rome? En tous cas, le souverain pontife ne dédaigna pas de trancher ce conflit d'intérêt local.

Nos magistrats obtinrent gain de cause à Rome. Par sa bulle du mois de décembre i486, le Pape Innocent YIIl autorisa les écbevins de la ville d'Ypres à faire dire tous les jours la messe dans la chapelle des Halles, et à dési-

(1) ilrcA. rp. /«r. N*1086.

gner eux-mêmes le prêtre quHs voudront charger de cet oiBce. Le saint père menaça d'excommunication tous ceux qui tenteraient de s'opposer désormais à Texécution de sa bulle.

Si nos magistrats étaient pieux et jaloux de leurs prérogatives, ils étaient aussi laborieux et actifs; tous les jours, ils ouvraient leurs séances de très-bonne heure, après avoir assisté à la messe; pour ne pas contrarier ces sages habitudes, le souverain pontife, par sa bulle de 1486, leur permit de faire célébrer — en hiver sans doute — une messe quotidienne dans leur chapelle, avant le jour, mais cependant au moment où le jour commence (ante diem, circa tamen diumum lucem)^ «c parce qu'il convient, ajoute la bulle, que le sacrifice de Jésus-Christ qui est la candeur et la lumière éternelle même, soit fait, non pendant les ténèbres de la nuit, mais à la lumière du jour (non noctis tenebris fieri^ sed in luce) (i).

Rome avait parlé: la question fut donc irrévocablement résolue. Dès lors nos magistrats purent assister, tous les jours, à la messe, célébrée dans la chapelle des Halles, par leur chapelain qu'ils étaient autorisés à nommer.

La ville avait aussi son sacristain, dont le traitement, en 1478, était fixé à soixante-dix sous par an (s). C'étaient des gages peu élevés, eu égard à la responsabilité dont ce serviteur était chargé, car tous les ornements, vases sacrés, et trésors de la chapelle étaient confiés à ce gardien, en latin custos, d'où, pensons-nous, par corruption, le nom flamand de coster.

(!) Aixh. Tp,Iuv.^^\\l\.

(2) a Voor tbedienen van der costerie up de Halle in dé cape! le, vao eeoeo halven jare, xzxv 8. » (Compte 1478.)

En suivant nos plaideurs à Garid, devant le Conseil de Flandre, même à Rome devant le tribunal suprême du souverain pontife, nous nous sommes éloigné de notre chapelle, sans toutefois la perdre de vue.

Aucun travail nouveau ou de quelquMmportance n*y fut fait vers la fin du XV' siècle, ni surtout pendant les guerres de religion, au siècle suivant; comme précédemment, on se borna à entretenir et parfois à renouveler le mobilier (i), le missel («), les vêlements sacerdotaux {3), et les rideaux (4). Mais nos magistrats y firent quelques dépenses plus considérables, après la prise dTpres par Alexandre Farnèse, en 1584, et le rétablissement de lancienne religion.

La mère des Sœurs Noires fut alors chargée d*acheter

'1) « Van den coope van twee candelaen op den oultaer îd Je capelle, iiij %. > (Compta 1505.)

(2) « Van den coope van eenen missael in scepene camere, zxx s. » (Compte 1518.)

Le 80U8 parisis ou i/j patard valait, avant 1520, fr. 0,1161, donc trente sous, fr. 3,483. N*y a-t-il pas ici erreur, n'est-ce pas livres au lieu de sous ({ue nos trésoriers auraient dû écrire. — Les livres imprimés étaient chen» encore en 1518. Voyes note plus haut : Missel iicré par Cavael.

(3) « Betaeit van den coope van zeven ellen wit damast te iiij 2^. iiij s. p délie... zxix %. viij s. — Van twee ellen Bruesch saiyn swart om boorden, xlviij s. — Van vyf ellen en half tôt xxxiij s. — Eeu douzyne boordiint, xv s. — Jan Vandurste, liorduerwerckere» van tselve ghemaect thebbene eene nieawe casule om de capelle in scepeue camere, ende thoude cruns van de houde casule te doen vereghene, om de zelve nieuwe testellene, xxiiij ft.... Iviij %, iiii s. » (Compte 1538.)

« Pieter Van Werveken omme ieveringhe van drie quartier wit damast te iiij %. xvj s. délie ende twee scliabben trelyts te xiiij s. délie, tôt reparatie van de casule dienende ter messe die men daghelycx es doende in de capelle van scepene camere, t'samen xij ft. iiij s. » (Compte 1572 )

(4) « Van de gordynen te vermakene van de capelle in de scepene camere, xxxij s. » (Compte 1544.)

et de faire une nouvelle aube (i), Simon Gavael fournit un nouveau missel pour dix-huit livres («), Olivier Vandermeersch fit une patère (paies berdeken)^ un nouveau calice d'argent doré qui coûta cent trente-neuf livres (3), et répara un autre calice en laiton doré (4) ; le chapelain de la Halle, Nicolas de Schene, fit confectionner une nouvelle chappe (s) et, vers 1593, maître Oimaer Van Ommen, sculpteur à Anvers, fut chargé de tailler un rétable, bas-relief ou statue (tafereel) représentant un ecce homo; cette œuvre d'art coûta deux cents livres, mais dans cette somme était comprise une gratification accordée à ce maître qui, pendant son séjour à Ypres, avait exécuté quelques ouvrages a un crucifix placé dans l'église de S*-Martin (e).

Un incendie, occasionné par accident, éclata, en 1601, dans la chapelle ; il aurait pu avoir des conséquences

(1) « Dd moeder van de swarte Susters over deD coop van ix ellen lynwaet by haer ghecocht toi maken van een albe om de capelle van scepenen te zxviij 8. p. delle... xij %. xij s., ande over tmaken van de selve albe met tleveren van de gordels, xxxiij s. tsamen xviij <E. v s. » (Compte 1585.)

(2; « Simoen Cavael over deu coop van een missael ten oorboora van Bcepene camere, xviij %. » (Compte 1590.)

(3) • Olivier Vermeersch, zilversmet, van eenen zllveren kilck by hem ghelevert t«r oorboore van de capelle van scepenen van vichtien onchen en half te vi <2&. donche, iiiixx iii (ff,, ende van den voors: kilck te vergoudene, xxxvj %, — tsamen cxxxix %, » [Compte 1592.}

(4) « Olivier Vermeersch zilversmet voor een zilveren vergulden paeisberdeken an scepenen capelle, xv ^. x s. — ^ Ende van tvermaken van een latoenen vergulden kilck, vj %, tsamen, xx %. x s. » (Compte 1595.)

[5J « Heer Niclays de Schene, Capellaen van schepene capelle, tôt tmaeken van een zyde cappe, xxvj %, » [Compte 15^.}

(6) ce Meester Otmaer van Ommen, bildesnydere van Ântwerpen, over coop van een tafereel staende in de capelle van myne heeren voocht en scepenen (wezende een ecce homo ghesnedenj mitsgaders van een hoochschelt myne heeren hem toegheleit int regaert van een crucifix by hem gherecht in S'* Maertens kercke, i)^ <E. » [Compte 1593.)

terribles: heureusement on réussit à maîtriser le feu, dès le début. Charles Bisscop qui contribua par son énei^ie à étouffer ce commencement d*incendie reçut une rémunération de six livres (i).

La primitive chapelle de la Halle exista pendant près de quatre cents ans. En 1618, après de longues hésitations et de laborieuses études, nos échevins résolurent de remplacer, par une construction uniforme et monumentale, les divers édifices disparates qui, depuis quatre siècles, avaient été successivement élevés a Test de la Halle aux draps, du si^e scabinal et du stedehuus. Cest alors que fut démolie Tantique chapelle, en même temps que la petite Halle, les chambres servant de bureaux depuis 1375 et la vierschaere bâtie vers la même époque.

Nous donnons plus loin de nombreux détails sur la construction de Télégant édifice qui porte encore le nom de Nieuwerck ; nos lecteurs trouveront dans la notice qui porte ce titre (i), outre ces détails, les noms des entrepreneurs, constructeurs , maîtres-ouvriers , qui élevèrent ce bâtiment et par conséquent la nouvelle chapelle.

n n*est pas possible de connaître combien coûtèrent les grosses constructions de cet oratoire, car les sommes dépensées pour les faire, sont comprises dans les comptes généraux du « nouvel ouvrage », dont la nouvelle chapelle occupa le centre. Toutefois, les registres de nos trésoriers contiennent quelques annotations concernant son ameublement et ses décorations.

(1) « Caerle Bisscop, van tgoet debvoir by hem ghedaen io het blusschen van den viere by onghelucke ghecommeu in de capelle van myne heeren. Tj^. ^[Compte 1601.)

T Voyei plus loin : le NieufHrck.

CSette nouvelle chapelle'fut construite dans la direction de Touest à Test, à l'orient du siège scabinal, comme la chapelle primitive et sur son emplacement. Sa face apparente vers la place» est connue de tous, par de nombreuses gravures (i). Elle a du reste été restaurée, il y a peu d'années, dans son style du XVIP siècle ; il n'est donc pas nécessaire d'en faire ici ia description.

Le galbe ou triangle (driecante) qui couronne cette jolie façade fut, comme les pignons sud et nord de notre ^ieuwerckj taillé en 1621 par maître Laurent de Ilaege, tailleur de pierres et sculpteur de Gand (ij.

Les grosses constructions de notre Nieutverck étaient presque complètement achevées vers la fin de l'année 1633 ; on put dès lors s'occuper des ouvrages intérieurs à exécuter dans la chapelle et de son ameublement.

Andries Adriesson y exécuta des ouvrages de menuiserie dès 1623 (3).

L'année suivante (1624), Frans Van de Veldey fit une séparation (afslutsele), un lambrissage et un petit jubé (4); ces boiseries coûtèrent neuf cent douze livres, (fr. 1030,56) (6).

Antuenis de Prestere, qui fit aussi des peintures dans les nouveaux bureaux, se chargea d'exécuter des dorures

(1) Voyez gravure XIII.

(2) Compte 1621 cité plus loin.

(3) « Andries Andriessoa van tleveren van het hout ende maken yan trondwerck van der capelle behoorlyk ghedaan conforme de beetedinghe by vîsiuUe, Izxv % » [Compte 1623.)

(4) « Frans Van de Velde over tmaeken ende leveren van tafslatsele van de capelle ende lambrissement metgaders van het dockxsalken daer beven ende deuren.... ixc xij ^.» (Compte 1624.)

(5) La valeur intrinsèque du florin de Brabant était en 1618-1690 de fr. 2,26 ; la livre ou demi florin valait donc 1,13 fr. (Chalon cité.)

et des peintures dans la chapelle (i); Dominique Becart y fournit diverses serrures etd*autresobjetsde fer forgé (s); enfin la même année (1624)» Vincent Andries plaça dans la grande fenêtre de la nouvelle chapelle, une magnifique verrière qui lui avait été commandée vers la fin de Tannée précédente.

Cette verrière, en verre de Boui^ogne, coûta seize livres de gros et treize schellen, soit deux cents livres parisis (3) (fr. 226) ; on y voyait un Christ crucifié, au pied de la croix les images de Notre Dame, de S^ Jean et de Marie Madeleine; au-dessous, une vue de Jérusalem et dans la partie supérieure étaient peintes les armes de la ville d'Ypres.

La convention faite le 4 novembre i623, entre Vincent Andries, peintre verrier, d*une part, Messires Michel Bulteel, Van Pamele, Van Kerchove, Adrianssens et le trésorier Van der Sticheie d'autre part, stipule les conditions dans lesquelles cette œuvre d*art devait être exécutée; nous croyons pouvoir publier in extenso cette convention (4).

(1) « Antuenis de Prestere over vergalt ta heblten de voon : capelle, achilderen van anckera. » [Compte 1624.)

(2J ce Domio. Becaert over leverioghe van diversche sloten om de nieawe capelle bovea de nieuwe comptoireu ende andersios, by ordon. van dea den 14** December 1S24 met quitance ix & xij s. •

« Dominicue Becaert over 't maeken ende leveren van twee ysere latsen met een slot om de capelle deure, by ord. ende quit. . . . xiv ^. »

(Compte 1624.)

(3) « Vincent Andries over het maeken, leveren ende stellen van de glasen vensters van der capelle van mynheeren vooghd ende scepenen by ord. ende quit., ijc %, » (Compte 1624.)

(4) c< Upden iijj* Novembris 1623, Vincent Andries heeft by deseu anghenomen te maeken, leveren ende stellen in de capelle vynstere van de nieuwe comptoiren dezer stede van Ypre, van goede ende oprechteboiigoinBche glas, visitatie subject, inde welcke gheschildert wordt een crucifix, een bildt van

On utilisa probablement en partie le mobilier de Tancien oratoire; aucune dépense considérable faite de ce chef ne figure, en tous cas, dans nos comptes. On y voit seulement, qu'en 1625, nos échevins commandèrent à Jean Van den Berghe, une table d'autel (auUaer tafele), qui coûta trois cent douze livres (i).

La nouvelle chapelle était alors entièrement achevée; elle fut solennellement consacrée cette année (I6S5). Les chantres de la ville qui exécutèrent sans doute, à Toccasion de cette solennité, les plus beaux morceaux de leur répertoire, reçurent une somme de douze livres (s).

Nous ignorons quel sujet représentait Fœuvre d'art peinte par Jean Van den Berghe, peintre yprois, dont le nom figure plus d'une fois dans nos comptes de cette époque.

Les détails qu'on vient de lire, peuvent donner une idée assez exacte de ce qu'était en 1625 la chapelle des

Onse Lieve Vrauwe, ende van S' Jans, van Maria Biagdalena ende de stadt <

▼an Jérusalem daer onder, aile naer goede proportie ende heesch van den

wercke; ende dit voor de somme van lesthien ponden xiij schellen grooten

▼laemech. Ende in ghevallen datter yet bevonden an waere niet ghemaect

ten oontentemente van de heeren, dat den zelven Andries tzelve sal ver-

macken onoost de stede. Welcke glasvynstere moet teenemael gheschildert

zyn naer den heesch van den wercke als vooren. Ende bovendien zal stellen

endemaeken boven het wapen van der stede, ailes konstich ende met uprechte

goede coleuren, naer den heesche van den wercke; wel verstaende dat de

gheheele veinstere ghemaect werdt al naer proportie van de coleuren ende

teenemael cnrieuselick naer den heesch, up pêne als voren. Actum, présent

Jonc. Michiel Bulteel, Van Pamele, Van Kerchove, Adriaenssens ende den

trésorier Vander Stichele. »

(Signé) « V. Andrues ».

(1) Joannes Vanden Berghe van een aaltaer taffele by hem geschildert staende in scepenen capeUe np de Halle, W}^ zij %, » (Compte IG^^.)

(2) tt De zanghers van der stede ghesonghen hebbende int wieden van der ttede cappelle, zij ft. » (Compte 1025.)

Halles; à notre connaissance, aucun changement de quelque mportance n'y fut fait au siècle suivant.

Cet édifice, consacré au culte jusqu'en i794, cessa, après Toccupation de la ville par les troupes de la république française, d*étre la « chapelle des échevins », en môme temps que Tantique a chambre sur la Halle » cessa d*ètre le siège des magistrats communaux d'Ypres.

Plus tard, les administrateurs de la ville résolurent ce d*utiliser ces vieux locaux »; ils firent diviser Fancienne chapelle en deux étages, le second servit de grenier, le premier de bureaux.

Alors déjà, Tau tel devant lequel, pendant des siècles, s'agenouillèrent chaque matin, avant d'entrer en séance, les pieux magistrats de la commune, avait été enlevé par ordre de la municipalité républicaine : les vases sacrés, les vêtements sacerdotaux, les images taillées par du Thiell et par maître Otmaer van Ommen, les anciennes boiseries, le jubé, la peinture de Jean Van den Bei^he, la verrière de Vincent Andries, tout en un mot avait disparu. Les vases sacrés et autres objets religieux, ayant une valeur intrinsèque, furent sans doute vendus. Où se trouvent aujourd'hui les anciennes œuvres de sculpture et de peinture? furent-elles brisées? détruites? Nous en avons vainement cherché des traces ou des débris.

La voûte lambrissée, placée par Frans Van de Velde, peinte et dorée par Antuenis de Prestere, quelques figurines sculptées, formant clef de voûte ou consoles, sont les uniques vestiges qui rappellent encore la riche ornementation de l'ancienne chapelle des échevins d'Ypres. Le missel dont le chapelain de la Halle se servait, vers la fin du XVIIP siècle, est aujourd'hui déposé à la bibliothèque publique de la ville.

LES TRÉSORERIES FYPRES.

La trésorerie d'Ypres est — à notre connaissance — mentionnée pour la première fois dans nos comptes communaux de 1325; elle se trouvait alors « sour (i) ou deseure (s) le belefroy », mais elle y avait été installée, sans aucun doute, dès que cette tour fut achevée, donc avant le milieu du siècle précédent.

C'est en effet, d'abord dans un « belefroy » de leurs remparts, puis dans le beffroi construit à Tintérieur de leur cité, que les magistrats des communes affranchies déposaient tous les trésors de leur « communaulté. »

Où ces trésors pouvaient-ils être mieux gardés ? Les beffrois communaux élevés, à dater du XUP siècle, au centre de nos villes flamandes, ne furent-ils pas construits à peu près dans les mêmes conditions défensives que les donjons, derniers réduits des châteaux forts ou manoirs féodaux ?

(1) Compte 1325.

(2) Compte 1350.

Ces beffrois étaient donc faciles à défendre, en temps d'émeute. Â Ypres» par exemple, un petit nombre de c< boines gens », à Tabri du blindage placé dans la Halle aux draps, puis, en obstruant le passage des étroits escaliers conduisant à la trésorerie, pouvaient opposer une longue et sérieuse résistance à la foule révoltée, et d'épais ventaux en bois de chêne, garnis de massives ferrures et de solides serrures (i), fermaient la baie de porte qui donnait accès à cette chambre; là, les a boines gens » pouvaient soutenir un dernier assaut, en attendant les secours du dehors.

La trésorerie occupait sur le beffroi la grande salle carrée du premier étage; comme actuellement, elle recevait la lumière du jour par trois hautes baies percées, deux dans sa face méridionale, une dans sa face nord, et garnies de meneaux moulurés, avec tympans ajourés, dans le style ogival primaire; c'est, pensons-nous, dans ces baies que Michel le glaswerkere posa quinze pieds de « voire blanc » en 1330 (a).

Ces fenêtres de la trésorerie ne pouvaient être fermées au moyen de simple volets en bois de chêne, comme celles des autres locaux du beffroi, car nos magistrats et leurs clercs passaient souvent des journées entières dans cette chambre; on garnit donc ces fenêtres de « voirières », afin que la lumière y pût pénétrer en tout temps, sans exposer « les seigneurs de la loy » et leurs employés aux intempéries des saisons.

Les échevins gardaient dans cette trésorerie du beffroi

(I) « De une serrure à le tresorie deseure ie belefroy et pour cleifa. » (Compte 1351).)

{2) Compte de 1330, déjà cité.

le trésor proprement dit, les joyaux (i) et les privilèges (9) de la commune; ils y déposaient aussi parfois — mais provisoirement — d*autres objets précieux qui n'appartenaient pas en propriété à la ville; voici à quelle occasion on y faisait de tels dépôts.

Aux XIIP et XIV* siècles, la commune dTpres prêtait souvent des sommes considérables aux rois de France (3), aux comtes de Flandre (4), à leurs fils (5), aux seigneurs de leurs cours (e) et même à des bourgeois notables de la ville (7). Mais nos échevins étaient gens prudents ; pour garantir les créances de la commune, et s'assurer le remboursement des sommes prêtées, ils réclamaient en certains cas, des gages (s) à ces rois, comtes, seigneurs et notables, fort obérés d'ordinaire, et dont la solvabilité et les engagements personnels inspiraient ainsi peu de confiance.

Plus d'une fois pour satisfaire à ces légitimes exigences, les comtes de Flandre remirent à notre commune leurs bijoux et les joyaux, les ornements, les vases

(1) c< Verteert bi voocht ende scepenen ende an'lere van den penâionnarissen en van der stede uppe d'aile als men de jiiweeten van der steide iut belefroot gheleit ende besceit hadde. xlviiij s. » (Compte 1404.)

(2) « De dépens de eschevins sour le belefroy la li privilèges sont, xl s. » (Compte 1369.)

fd) En 1288.

(4) A Jeanne de Constantinople en 1235. (Arch, Yp. Inv, iV»56) — à Oui de Daiopierre en 1281, 1288, 1296 [Inv. 141 , 152, 175) — à Robert de Béthune en 1311, 1316, 1319. {Inv, 2184, 325. 338) — à Louis de Nevers en 1324 [Ardt. Yp, Inv. N«2214) ~ etc.

(5) A Jean de Namnr en 1302 et 1308. {Arch. Yp. Inv. N«" 225 et 2173).

(6) ABandouin d'Avenes en 1288. {Arch. Yp. In^. No 152.)

(7) A Thierry le Medem en 1325 (Compte 1325) et à d'autres bourgeois notables.

(8) Voyez I.L. A. Duobrxck, les priés des échevins (t Ypres. A un. WesU-Fl. 1. 1. p. 343.

sacrés, même le linge de leur chapelle, établie dans leur manoir ou château : « la mote le conte » à Ypres ; tous ces objets, enfermés dans des coffres ou « huges » (i), étaient <c mis en le cambre de le trésorie au belefroy » (s); puis un clerc de la ville en dressait un inventaire détaillé (s). Plusieurs de ces inventaires, conservés dans nos archives communales (4), donnent une intéressante énumération descriptive de la riche vaisselle, de Targenterie, des magnifiques joyaux et des précieux ornements sacrés que possédaient nos comtes.

Nos échevins gardaient donc tous ces objets de grande valeur comme les trésors mêmes de la ville; mais ils veillaient, avant tout, avec un soin extrême, à la conservation des chartes octroyant des privilèges, et franchises à la commune; ces documents écrits et scellés étaient les uniques titres que celle-ci pouvait invoquer et produire, pour sauvegarder ses droits quand ils étaient contestés; la perte d*une charte pouvait entraîner la perte même d'un privilège octroyé souvent après des luttes longues et sanglantes.

Aussi, pour prévenir la soustraction de ces diplômes authentiques, nos échevins ne se bornaient-ils pas à les déposer dans la trésorerie qu'il était facile de défendre

(1) ffvçe: armoire.

(2) « A plustears laboureurs {m^ncBUvres, travailleurs^ de laborare] pour apporter cofres de le mote le conte et hugues et autres cases de la maison Tbiery le Medem et mettre tout en le cambre de le trésorie au belefroj, izft.» (Compte 1325.)

(3) « Jane van Douay van dat hy zat upt belefrot ende screef de perchelen ende juweelen die waren in de coSers myns heeren van Vlaenderen, ij s. » (Compte 1826.)

(4) Voyez Areh. Yp. Inc. Nos 327, 352, 335. — ànn. Bruges, 2» série, 1. 1, p. 410 et articles de M. I. L. A. Diegerick cités.

contre la populace révoltée; ils y enfermaient ces précieux parchemins dans de grands cofTres et bahuts, en bois de chêne, charpentés solidement, mais avec goût, et garnis, les uns et les autres, de ferrures.

Un de ces habuts (huge) fait en 1330, coûta plus de dix livres (i) et l'on paya trois livres pour « Testoffer de fer et de serrures » («).

On établit aussi, au côté ouest de la trésorerie, une vaste armoire, dans le tympan de Tarcature ogivale qui |)orte le mur de face occidental du beffroi. Cette armoire, avec ses lourds ventaux ferrés, existe encore dans son état primitif et témoigne des soins que prenaient nos échevins pour conserver leurs privilèges, classés dans des boites en bois ou « layettes » (laden) (3), avant d'être déposés dans ces habuts, armoires et coffres.

Les layettes dans lesquelles on gardait les chartes les plus importantes, étaient aussi ferrées et a\ aient sept serrures (4), comme un des antiques coffres à privilèges placés aujourd'hui dans une des salles de nos archives communales.

Les clefs de ces serrures étaient remises à sept mandataires et officiers de la commune: à Tavoué, à des échevins, conseillers, trésoriers, etc. Ces coffres et layettes ne pouvaient donc être ouverts qu'en présence des

(1) « Pour un hage pour y mettre les privilèges de la ville sur le belefroy, X %. xij s. » (Compte 1330.)

(2) • Pour led. huge estoffer de fer et de serrures, iii %, vj s. » (Compte 1330.)

(3) « A Gilles, le melcmetere, pour vj laden qui sont en le huge des privilèges xxzij s. » (Compte 1338.)

On voit encore plusieurs de ces laden dans nos salles d'archives.

(4) « De ferer ij lades à vij serrures... à plusieurs loyens de brisés, xix %, » (Compte l3o5.)

sept dépositaires de ces clefs. C'était là une sage et prudente précaution prise pour prévenir toute possibilité d*enlever, et même de falsifier ou d*aitérer des privilèges de la ville.

Du reste, la trésorerie était considérée comme une espèce de sanctuaire; rentrée en était interdite aux bourgeois; Tavoué, les échevins, les conseillers, les trésoriers et leurs clercs seuls y pouvaient pénétrer, et quand ils s*y rendaient — toujours officiellement, en corps — pour voir {vir) (4) les privilèges et pour les mettre en ordre (mettre à point) (s), ils y passaient souvent des journées entières; on leur servait alors, sur le beffroi, des rafraîchissements et parfois même un diner.

Un repas fait en 1361 dans le beffroi, par Favoué, des échevins, les trésoriers et des clercs, fut sans doute un véritable festin, car il coûta plus de cinq livres (s); il est vrai que nos magistrats eurent alors à besogner longuement pour vérifier et classer les privilèges, mis probablement en désordre par « les gens du commun » qui, depuis la révolte du S6 Juillet i359, étaient restés les maîtres du beffroi, donc de la trésorerie; peut-être aussi « les seigneurs de la loi », dévoués à Louis de Maie, voulurent-ils, par un banquet donné sur le donjon même de la commune/ célébrer la victoire du seigneur de Dixmude qui, le jour de la sainte Barthélémy (1361),

(1) « De COU8 fais par eschevins quand ils allèrent « vir » les privilèges sur le bellefroy, xxv s. » (Compte 1357.)

(2) « Pour les cous et dépens des échevins et cens qui avec eaus estoient sur le bellefroy pour devoir les privilèges et « les mettre a point •, ixzvj s. » (Compte 1331.)

(3) « De dépens de j dineir fait sur le bellefroy par l'advoé et aucuns eschevins, les trésoriers et les clerz quant on y fu pour veoir les privilèges, V <&. vj s. » (Compte 1361.)

avait repris la ville, au nom de son « droiturier seigneur i> (i).

Du reste, ces visites et inspections occasionnaient, même dans les circonstances ordinaires, des frais assez considérables; des échevins et des clercs dépensèrent encore, en 1369, sur le beffroi, « pour cause des privilèges », une somme de cinq livres et dix-huit sous {%). Il est souvent fait mention de semblables dépenses dans nos comptes du XIV® siècle (3).

A cette époque, la prudence, pour ne pas dire la méfiance, de nos échevins était si grande, qu'ils ne permettaient jamais d'enlever du beffroi, les chartes originales, même pour en prendre des copies ; ce travail se faisait dans la trésorerie; ainsi, c'est dans le beffroi qu'en 1392, Jean Van Passchendaele copia des privilèges de la ville ; il reçut pour honoraires ou salaire, une somme de quatorze livres et huit sous (4).

Il est très-probable que plusieurs copies de chartes conservées dans nos archives et quelques titres de notre cartulaire intitulé: Roodenbouck, furent écrits en 1392 par Jehan Van Passchendaele. Ce beau manuscrit, sur parchemin, de 400 feuillets in-folio (5), fut complété et relié, en 1427, par Josse Vroylof. Nos trésoriers payèrent

(1) Areh. Yp. Inv, N* 588.

(2) « Des despens par eschevins et clercs sour 1« belefroy pour cause des privilèges, v %. xWij s. » (Compte 1369.)

(3) Comptes pMn'm.

(4) « Jehan van Passchendaele van oopierne privilège van der steide boven in de tresorie int belefroot bi bevele van schepenen, xiiij %. viij s. » (Compte 1302.)

/SS) M. Oheldolf (dans Warnkœnig, V. p. 10) donne la traduction des seiie titres flamands sous lesquels sont inscrits de nombreux actes des XIU«, XIV* et XV* siècles.

à Vroylof seize livres et douze sous savoir : pour copier sept cahiers à quarante-neuf sous le cahier, et vingtquatre sous, pour faire et relier ce cartulaire. Ces copies furent faites, non plus sur le beffroi, mais dans la chambre des échevins (i), donc encore sous la surveillance et les yeux de nos magistrats.

Jean Van Passchendaele, probablement, et Josse Vroylof, sans nul doute, sont donc les clercs, — peut-être les anciens archivistes de la ville — qui écrivirent notre Roodenbouck. Les noms — depuis longtemps oubliés — de ces hommes laborieux méritaient d*ètre signalés.

Au XV* siècle, les émeutes étaient moins fréquentes et surtout moins redoutables qu'aux siècles précédents; il n*était donc plus nécessaire d*abriter tous les trésors de la commune dans une espèce de forteresse.

D*un autre côté, par suite du système de centralisation que les ducs de Bourgogne cherchèrent constamment à développer et à étendre, la comptabilité communale, soumise au contrôle de « la chambre de Lille », se compliquait de plus en plus. Les lettres missives et les écritures en général furent, de joui^ en jour, plus nombreuses ; nos échevins et leurs clercs pouvaient-ils encore sans cesse monter — en cérémonie — au beffroi pour y rechercher « les papiers » qu'ils devaient consulter journellement?

On résolut donc de faire approprier, pour servir de trésorerie, une chambre du stedehuus et d'abolir Tusage antique et solennel d'offrir des rafraîchissements, r^ls et diners dans le beffroi ; dès lors^ on permit aux clercs.

(1) a Joos Vroylof van ghescreven te hebbene in dea Moaden bouCt in 0cep«ne camere. vij qaoyereo xlviiij s. elc quoyer eade xxiiij •# om den boocke te makene ende te bindene, xfj ft. zij s. » (Compte 1427.)

comme à Vroylof, en 1427, de copier des privilèges et documents dans le siège scabinal.

La <c nouvelle trésorerie » fut installée dans une grande salle, peu éloignée de la chambre des échevins, en face de Féglise de S^ Martin ; elle était éclairée par des fenêtres percées dans la face nord du stùdehuus (i).

On y exécuta ces travaux d'appropriation dès les premières années du XV** siècle. France Van der Wichteme y Ht, en 1410, des peintures, probablement artistiques ou du moins décoratives; nos trésoriers employent en effet le mot bescrivene (écrire de son pincel) et cette expression indique presque toujours une œuvre d'art.

Mais cette œuvre n'était, en tous cas, pas de grande importance, car elle ne coûta que huit livres (*) ; Maître France se borna peut-être à peindre quelques blasons ; on sait que ce genre de décoration était fort en usage à l'époque de la domination bourguignonne, aussi Jean Van Bovekerke, peintre verrier d'Ypres, qui fournit la même année (1410) soixante^quinze pieds de verre pour « la nouvelle trésorerie », représent a-t-il sur ses verrières deux écussons, l'un aux armes de Monseigneur de Bourgogne, l'autre aux armes d'Ypres (s).

Les trésoriers avaient encore à leur disposition une autre chambre, mais beaucoup moins grande {camei^ke van der tresarie) (4) ; c'était, croyons-nous, la petite pièce

(1) Voyez plan B, N» 12.

(2) « France Van der Wich terne van de camere van de tresorie te bescrivene ende étoffe der toe dienende te leveren besteit in taske by trésoriers van stoffe ende van der hand ; over al, viij %. (Compte 1410.)

(3) a Jan van Bovekerke, glaswerkere, van Ixxv voeten glas inetter wapeoe van onsen gheduchten heere ende van der stede gheoorboort in de nieuwe camere van de trésoriers te v s. vj d, elke voet. » (Compte 1410.)

(4) Voyes plan B. N» 10.

voûtée oii sont aujourd'hui classés les comptes anciens et modernes de la ville et qui a conservé jusqu'ici le nom de ce comptoir ou bureau de la trésorerie ». Cette petite pièce se trouve à Textrémité est de Taile nord de la Halle» joignant notre hôtel-de-ville ; elle est éclairée par une petite fenêtre quadrangulaire dont Jan Belle répara les vitraux en i428(i).

Maître Jan appartenait-il à Fune des branches — peu luxuriantes — de Tarbre généalogique des Belle, famille notable qui illustra Fhistoire et le nobiliaire de notre ville ? Salomon Belle dont la noble et charitable veuve fonda (i276) la maison-dieu (Godshuis) de S^ Nicolas, dite la « Belle », fut-il un des ancêtres de ce modeste verfier ? Celui-ci chercha-t-il vaillamment, par le travail, à redorer son blason, à lui rendre son ancienne splendeur, en y faisant refléter Téclat d*un art que « les nobles hommes » pouvaient exercer sans déroger ?

Quoi qu1l en soit, le nom des Belle, inscrits pendant des siècles dans les fastes consulaires de notre ville, figure ainsi honorablement encore, au XV^ siècle, parmi ceux des bons peintres verriers d*Ypres.

Mathieu Plaetevoet, autre maître verrier, fit aussi, en i436, divers ouvrages de son état dans la petite chambre de la trésorerie («); Plaetevoet était, croyons-nous, maître verrier en titre de la ville ; il exécuta dans divers bâtiments communaux des travaux relativement importants; son nom est fréquemment inscrit dans les comptes de cette époque.

(1) «Jan Balle, glaswerkero, van int camerken vaa (1er tresorie een gat in de glasvenster te stoppen, ende een ander te vermaken, viij 8. • (Compte I4S8.) — Voyez plan B N* 10.

(2) « Bfatheax Plaetevoet, glaswerkera, int camerkin van den tresorie een vinstervermaectende Bticzderingheseoten, iiij^, viij s.» (Compte 1496.)

Vers 1459, on renouvela deux fenêtres de la trésorerie, et Ton y plaça de nouveaux vitraux (i). Rycke Broederlam fut chargé de peindre ces nouvelles fenêtres, puis maître Thomas Laernoul, successeur de Plaetevoetdans son office de peintre verrier de la ville, y posa un nouveau panneau de verre et en restaura un autre (2).

Nos trésoriers ont oublié de nous dire si Laernoul fit dans le panneau neuf, des peintures, ou des blasons, comme Jean Van Bovekerke, en 1410; il faut croire toutefois que les fenêtres de la trésorerie étaient encore garnies de verre peint et que leurs meneaux furent décorés de peintures polychromes en 1459 (3), car les échevins, pour protéger, à Textérieur, les verrières de c( la plus grande de ces fenêtres », firent garnir celle-ci d*un treillis en fil de cuivre (4); d*un autre côté, nos trésoriers qualifient Rycke Broederlam de partraturwerkere.

Eût-on garni d'un treillis, des panneaux de verre inco* lore? Un portraturwerkere aurait-il été chargé de faire un peinturage vulgaire ? Un tel travail exécuté par un modeste peintre (solder) n'eût probablement pas coûté douze livres, somme relativement élevée que reçut Broederlam pour ses ouvrages de peintures décoratives ou « estoffaiges ».

(1) « Victor Maegheleit scrinewerkere van een doble cassine up de tresorie daer men glaaen ÎDStéUen lal. » (Compte 1459.)

(2) « Meester Thomas Ijaernoul, glaswerkere, were overbracht... in de ireeorie eene cassyne van twee ponden deen niewe ende dandere vermaect ende verloot. » (Compte 1459.)

(3) « Rycke Broederlam, portraturwerkere, over stoffe ende aerbeide om de niewe TÎniteren ende cassine te stofferene, xij & » (Compte 1459.)

(4) « LamaÎQ Damman ketelaere van de voore: groote caiaine te overtreckene met cooperdraede, ten fine dat men de glasea niet in sticx en werpe, v ft. z s. • (Compte 1459.)

La trésorerie du iUdehuus et la petite chambre qui en était une dépendance, furent donc, au XV' siècle, richement décorées de peintures polychromes et de verrières peintes, comme les autres chambres du stedehuus; les salles et autres locaux des édifices publics recevaient du reste partout en Flandre une semblable ornementation, à répoque bourguignonne.

Quarante ans plus tard (le 5 avril 4498), un violent incendie éclata dans « la nouvelle trésorerie; il faillit détruire le stedehuus^ même le befiroi et la Halle. La façade du bâtiment — aujourd'hui Thôtel de ville — fut alors reconstruite et Ton y fit, notamment dans la trésorerie, de grands et importants ouvrages ; nous avons donné dans une notice particulière des^détails circonstanciés sur le sinistre de 1498 et sur les travaux que Ton exécuta, après ce terrible incendie; nous croyons pouvoir renvoyer nos lecteurs à celte notice (i).

Les fenêtres, le mobilier de la trésorerie et spécialement le bureau (buffette) des trésoriers, furent souvent réparés et même renouvelés, mais les renseignements que nous avons trouvés sur ces ouvrages dans les comptes de la ville, ne signalent aucun fait nouveau digne d*ètre noté.

A dater du XV' siècle, on déposa dans la « nouvelle trésorerie », les registres des comptes, les documents et correspondances concernant la comptabilité de la ville, les travaux publics, les recettes et dépenses en général; toutefois Tancienne « trésorerie sur le beffroi » conserva, du moins en partie, sa primitive destination; elle est

(1) Ann. Wut'Fl. VU, p. 157.

encore souvent mentionnée dans nos comptes, entr'autres dans ceux de 1481 (i) et 1520 (>).

Mais on la nommait alors « la chambre des privilèges sur le beffroi »: c'est en effet là que Ton continuait à conserver les chartes, les privilèges, les cartulaires et tous les anciens documents de la commune; cette chambre était donc une véritable salle d'archives. C'est à cette mesure sage et prudente que nous devons la conservation de ces précieux documents. Si nos chartes avaient été transférées dans la nouvelle trésorerie, elles y auraient sans doute été détruites par l'incendie de 1498, en même temps que presque tous nos comptes communaux du XV siècle.

Le trésor communal cessa plus tard d'être déposé soit dans le beffroi, soit dans « la nouvelle trésorerie »; il fut confié au trésorier de la ville qui le plaça dans son habitation; il n'était plus nécessaire alors de prendre des mesures sévères pour sauvegarder et conserver l'argent de la commune, car aux XVIl" et XVIIP siècles surtout, la caisse communale fut presque toujours vide et le trésorier était souvent obligé de faire des avances parfois considérables pour solder les dépenses, même courantes, de la ville; celle-ci payait les intérêts des sommes avancées et s'endettait ainsi chaque jour de plus en plus. Les avances faites par M. Merghelynck, dernier trésorier d'Ypres, n'ont été remboursées qu'à notre époque, quand à dater de 1815, après la mise en vigueur d'un système nouveau et meilleur de comptabilité, il fut possible de

(2) « BCathenx van Schooahove, glaswerkere, van leveringhe van elleveo Toeteo nieuw wercx (glas) in de treaorie up tbeelfroiU » (Compte 1481.)

(3] c Loyse over haeren sakuris van de camere van de privilegen up t'belfroit gheiovert te hebbene. t (Compte 1520.)

liquider rénorme « dette ancienne » contractée par nos magistrats de Fancien r^ime.

Quant aux lettres» pièces et « papiers modernes », on les classa dans les bureaux voûtés placés au-dessus de la voûte qui conduit de la place — sous le beffroi — à relise de saint Martin et, après la construction du Nieuwerck (i), dans une chambre au second étage de cet édifice, nommée : « bureau secret » (het secrète comptaor).

Durant Toccupation d'Ypres après le siège de 1794, les chartes et documents déposés dans le beffroi faillirent être détruits; les citoyens composant la municipalité d*alors, résolurent, d^accord avec les commissaires français près les armées républicaines, de vendre une partie de ces « vieux parchemins »> et d*employer les autres pour faire des gargousses.

Ce beau projet reçut un commencement d'exécution : un de nos cartulaires les plus précieux, le Gheluwenbauck, vendu à un relieur, avait été en partie lacéré et coupé par le milieu, pour en faire des reliures; plus tard, M. Farchiviste J.-J. Lambin réussit à le racheter et le replaça, ainsi mutilé, dans nos archives.

Heureusement, Texécution de la décision prise par nos municipaux fut entravée et nos anciennes chartes furent sauvées grâces à Ténergique et patriotique dévouement d'un magistrat qui, quoique jeune encore, avait été conseiller pensionnaire avant 1794 et fut, plus tard, juge et président du tribunal de l'arrondissement dTpres.

H. le chevalier Pierre-Jean-Ântoine Hynderlck a résolut de sauver ces documents, au péril même de sa tète ; pendant plusieurs semaines, accompagné d'un serviteur

(1) Voyei plus loin.

fidèle, il se rendit la nuit à l'hôtel de ville et de là au beffroi; à la faveur d'une parfaite connaissance des lieux, il parvint à recueillir et à transporter chez lui les pièces les plus importantes que nos archives renfermaient. »

ce Fier du succès de cette entreprise téméraire, que les gouvernants d'alors lui auraient fait payer chèrement, M. Hynderick restitua son dépôt, aussitôt que la paix générale eut rétabli l'ordre et la stabilité, après là retraite des Français en 1814. » Nous reproduisons encore ici, sans orgueil, mais non sans une certaine fierté, cet extrait d'une notice biographique (<) publiée, après la mort (1842) («) de M. Hynderick, notre grand-père maternel, comme nous avons rappelé le nom d'un de nos aïeux paternels qui fit le dragon du beffroi ; le souvenir d'un tel acte de courage et de dévoûment, peu connu, mérite d'ailleurs de ne pas être perdu ; n'est-ce pas à ce magistrat énergique et dévoué que la ville doit la conservation de presque tousses plus anciens et plus précieux documents?

C'est aussi, après le siège d'Ypres, en 4794, que la trésorerie de l'hôtel de ville fut supprimée ; on transporta et l'on jeta pêle-mêle les papiers qui s'y trouvaient dans le beffroi, dans les salles d'archives et dans le grenier du Nieuwerck, dès lors nommé « papieren zolder. »

M'. J.-J. Lambin débrouilla ce cahos, avec une patience et une persévérance admirables ; travailleur infatigable, il classa une partie de ces documents et en fit les inventaires. Ce travail, consciencieux et méritoire du reste, n^était ni complet, ni irréprochable, surtout pour les chartes écrites en latin; et un très-grand nombre de

(1) Page 5,

(2} Sans date. -> Tpres^ Imp, de Lambin Fils.

lettres missives et d'autres pièces intéressantes avaient échappé à Tattention de cet archiviste. L'administration communale résolut plus tard de faire classer ses archives dans un ordre plus méthodique et de les centraliser, autant que possible, afin de faire réviser et compléter plus facilement le travail de M. Lambin; M. Messiaen, jeune avocat, accepta provisoirement les fonctions darchiviste« mais bientôt attaché au département de la justice à Bruxelles, puis nommé juge, il se vit obligé de quitter Ypres; en 1844 il eut pour successeur M. I. L. A. Diegerick, professeur au collège de noire ville.

Il n'est pas nécessaire de rappeler ici, avec quel zèle, quelle activité notre savant ami remplit, depuis lors, la tâche ardue d'archiviste communal : Sept volumes (ï « Inventaires analytiques et chronologiques des chartes et documents appartenant aux archives de la ville d'Ypres », la « Justification du magistral après 1566 », formant quatre volumes qui font suite » ces inventaires; des « Analectes Yprois »; la « Correspondance » de nos magistrats sous le règne de Maximilien; plusieurs séries de « Documents inédits du XVI*' siècle », enfin une multitude de notices, d'études etc., publiées dans des revues belges et étrangères, ont placé M. Diegerick au premier rang des archivistes de notre pays.

Grâces à cet érudit infatigable, toutes nos chartes sont aujourd'hui méthodiquement classées par ordre chronologique et les analyses qu'il en a faites dispensent souvent de recourir aux originaux; le travail de M. Lambin n'a pas seulement été révisé, mais refait et complété, et des tas de papiers amoncelés au papieren zolder et au beffroi, ont été fouillés et examinés. Enfin une multitude presqu'innombrablede documents, lettres, pièces, etc., en ont été extraits et classés dans les salles de nos archives.

C'est en vue de ce nouveau classement^ qu'aux « anciennes chambres d'archives ou comptoren », on en a ajouté, vers 1843, d'autres garnies de rayons, de bahuts et de coffres dont quelques-uns fort anciens sont de curieux spécimens du mobilier employé par nos pères. L'une de ces salles nouvelles est couverte de belles voûtes à nervures.

Malgré cet agrandissement, nos cinq salles d'archives, sont aujourd'hui insuffisantes! des papiers pleins d'intérêt pour notre histoire locale — entre autres les pièces à l'appui des comptes — gisent encore dans l'ancienne trésorerie du beffroi ! Ne sont-ce pas là aussi des trésors historiques? Ne méritent-ils pas d'être mis plus à la portée des savants qui étudient le passé si glorieux de notre ville?

En terminant ces notes sur nos anciennes trésoreries et sur nos riches archives locales, qu'il nous soit permis d'émettre le vœu de voir un jour tous ces trésors historiques réunis dans des salles composant un vaste ensemble, — avec salon d'études pour les érudits — et formant ainsi une nouvelle et moderne trésorerie d'Ypres.

LES HALLES D'YPRES

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