‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur YpresChapitre 25 sur 56 · SS · texte numérisé non relu

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bâtiment parallèle au choear de notre ^lise; les gros murs intérieurs avaient résisté au sinistre, ils ont donc pu être conservés; pour s'en convaincre il suffit de jeter les yeux sur les plans dressés par M. Heyninx (i).

Pendant près de dix-neuf ans, nous avons passé tous les jours, de longues heures dans notre hôtel-de-vilie, pour y remplir des mandats que nos concitoyens nous avaient conKés ; nous avons donc pu y examiner et y étudier à. loisir, dans leurs moindres détails, tous les vesliges de la construction primitive, et pendant cette longue période d*années, nous avons interrogé les nombreux documents de nos archives qui font aujourd'hui Tobjet de nos études favorites ; en combinant ce que nous avons vu avec ce que nous avons lu, nous croyons nous être fait une idée aussi exacte que possible, des divers locaux ou chambres et des dispositions générales de notre antique stedehuus avant la fin du XYP siècle.

Ce sont ces appréciations personnelles que nous communiquons aujourd'hui à nos lecteurs et c'est d'après ces indications que l'habile et complaisant architecte de la ville d'Ypres, Monsieur Heyninx, a eu l'extrême bonté de dresser les plans (s) joints à notre travail. Ces plans permettront de comprendre facilement nos explications.

Reportons-nous à l'époque indiquée.

Nous nous trouvons sur le cimetière de S^ Martin; apràs avoir admiré la « nouvelle tour » de cette église (3), entrons par la porte ouverte presqu'au centre du stedehuus

(1) Voyes et conf : les plans A et C — , B et D.

(2) A du res-de-chanssée B, de l'étage.

. (3) L'ancienne tonr s'était effondrée en 1433. — La nouvelle tour, construite d*après les plans de Martin Uutenhoove de Mali nés et dont la première pierre avait été posée le 2 Juillet 1434, n'était pas encore achevée en 1455. i. L. A. DiKGBRicK, Analeetes YpraU — An, Bntç. et tiré à part p. 61 et 62.

entrons dans le grand vestibule au rez de chaussée de cet édifice {i) : à Touest se trouvent le tribunal inférieur dit le siège (s) et la petite chambre qui en est une annexe (3); à Test sont les diverses dépendances de la vierschaere (4).

Le siège est convenablement décoré; nos lecteurs ont pu le constater déjà (5).

Dans les dépendances de la vierschare, tout est sombre et lugubre ; les murs montrent les briques et les pierres composant leur appareil primitif; voici le local où les accusés sont mis à la question , quand les magistrats ne jugent pas convenable de la faire appliquer dans la chambre des échevins à la Halle, ou dans la vierschaere même; partout des instruments de torture; au fond, une vaste cheminée devant laquelle on étend le patient « pour l'examiner » (scherp examen). Â Test, un étroit escalier (e) en limaçon conduit au prétoire de la vierschaere, établi à Tétage et descend dans de grandes caves voûtées garnies d'étroits cabanons où Ton jette les accusés (7). Le bourreau les en extrait, après leur condamnation, pour les conduire, par une porte basse — s'ouvrant, à Test, sous une espèce de galerie (s) — au pilori ou devant la bretèque du gulden HaUeken^ lieu ordinaire des flagellations et des exécutions par le glaive, la roue, la corde ou le feu.

(1) PUn A, 1.

(2] Id., 2.

(3] Id., 3.

(4} Id., 4.

(5] Notice : Le siège ^ p. 210.

(6) Plan A, 4«.

(7) Id., 4b.

(8) Id., 5.

Après la chute <le Tancien régime, ces locaux (i) furent appropriés à l*usage de cabaret, <€ la conciergerie de rtiùtel de ville; » depuis quelques années, ils servent de salle de répétition à la musique du corps des pompiers.

D*harmonieux accords se font donc entendre aujourd'hui dans ces chambres oii, pendant des siècles, retentirent des cris plaintifs et de navrantes lamentations!

Quittons ces lieux qui évoquent de si lugubres souvenirs et, en passant par la cour orientale des Halles (i) où se dressent les façades du siège scabinal, à lest (3), et du conseil des XX Vil, à Fouest {4), rentrons, par la petite |>orte de celte cour, dans le vestibule du stedehuus; nous y trouvons rescalier{.;) qui conduit à 1 étage du bâtiment.

Au niveau de la marche polière qui termine cet escalier, s étend, vers louest, une espèce de galerie (e) éclairée par des fenêtres percées au sud et prenant jour sur la cour orientale des Halles (7). Après avoir dépassé la dernière de ces fenêtres, nous voyons la porte qui donne accès à la chambre des XXVII ou du conseil (s); elle s ouvre sur notre galerie même. C'est plus tard seulement, qu'elle fut murée et que Ton établit rentrée de cette raedecamer, dans le pittoresque couloir lambrissé qui relie actuellement encore rhôtel-de-ville à laile

(1) Plan B, 4.

(2) Plan A, G.

(3) Id., 7.

(4) Id., 8.

(5) Id., 1*^. — Dans le principe la partie supérieure de cet escalier se dirigeait, croyons-iiuus, vers Test et conluisait directement au pand, comme les escaliers de la Halle conduisent encore aujourd'hui dans la Halle aux draps. Voyez pi an D, 16 et 17.

(6) Id., I.

(7) Plan A, (J.

,8 Plan D, 2.

orientale de la Halle aux draps (i). La chambre des XXVII reçoit la lumière du jour par une large verrière vers l'est.

En passant par un local, le dernier du stedehuus vers Fouest {«) — et que nous reverrons tantôt, — nous nous trouvons dans un couloir(3), bas d'étage, beaucoup plus long que large ; les petites fenêtres par lesquelles y pénètre la lumière, sont percées dans sa face sud, sur la petite cour (4) presque au centre du passage conduisant, sous le beffroi et la Halle, de la grande place à Féglisc de S* Martin ; par ces fenêtres, on aperçoit la masse imposante du donjon communal.

Une petite porte (5) est ménagée dans le mur ouest de notre couloir; elle donne accès aux immenses magasins(6) établis à Tétage, au-dessus des vastes ateliers et autres locaux occupant, au rez-de-chaussée, l'aile nord de la Halle (7).

Au côté nord du couloir où nous nous trouvons, sont trois chambres de grandeurs différentes (s); elles servent de bureaux et Ton y conserve les archives de la ville qui ne sont pas gardées, comme les chartes, dans la trésorerie d*i beffroi. Le troisième de ces locaux (9) est une dépcn* dance de la trésorerie ; on y garde spécialement les registres de comptes et les documents relatifs à la comptabilité.

(1) Voyez plan D.

(2} PUn B, 3.

(3) Id.,4.

(4) Id.,5.

(5) Id.,6.

(6) ld.,7.

(7) PUn A, 16 et plan C, 21 et 23.

(8) Plan B, 8, 9, 10.

(9 Id., 10.

Ces trois chambres construites, comme le couloir qui y donue accès, sur la voûte qui recouvre la partie nord du passage vers le cimetière de S^ Martin, sont voûtées; des plaques de fer garnissent leurs portes : elles sont ainsi à l*abri des incendies.

En 1843, le couloir (i) qui s'étend devant ces chambres a été couvert aussi de voûtes ; à son entrée on a placé la charmante porte en fer qui fermait autrefois la salle voûtée des archives, appartenant à la châtellenie (sur la place). Ce couloir forme aujourd'hui le plus grand local des archives de la ville; on y voit les anciens coffres aux privilèges et un magnifique bahut fait vers i467 (s).

Mais rentrons dans le stedehuus dont ces bureaux sont des annexes essentiels; en marchant de l'ouest vers Test, nous visiterons les nombreux et importants locaux ou chambres qui se développent successivement au nord de notre maison communale et reçoivent tous la lumière par des fenêtres percées dans la façade de cet édifice, donnant sur le cimetière de S^ Martin.

Nous entrons d'abord dans la petite chambre de la Weeserie^ (chambre pupillaire) (3); des clercs attachés à cette administration y travaillent; de nombreux registres à reliures en bois couvert de cuir avec dessins, arabesques et figurines, tapissent les murs (4).

De là, nous passons dans la chambre pupillaire même (Weeaerie) (s) ; on y voit une grande cheminée (qui existe encore), un « buffette » ou bureau et d'autres meubles.

(1) Plan B, 4.

(2) Comptes de 1467.

(3) Plan B, 3.

(4) Ces curieux registres sont conservés encore aux archives de la ville. 5 Planti, 11.

Cest le siège des fonctionnaires charfjés par Téchevinage d'administrer le patrimoine de tous les orphelins de la ville dont ils sont ainsi les tuteurs légaux; un ccbevin désigné par ses confrères, préside cette administration; il porte le titre de « chef tuteur » (oppervoogt der weesenj.

La pièce suivante (i) est la nouvelle trésorerie ; elle est meublée avec luxe, ses fenêtres sont garnies de verrières armoyées, un beau drap couvre son « buffette » (s). C'est là qu'éclata le terrible incendie qui faillit en 1498 détruire notre stedehuus.

La grande chambre, attenante (vers Test) (3) à la trésorerie, se nommait, croyons-nous, la poortefie; on y tenait les « livres de la bourgeoisie »; les administrateurs de la Poorterie avaient d'importantes attributions : il est impossible de les énumérer ici; notons toutefois que ces livres donnent de nombreuses indications qui permettent d'établir la généalogie des familles et de connaître l'état civil des anciens bourgeois d'Ypres, nos ancêtres. L'entrée de cette chambre est en face de l'escalier (4) qui nous a conduit à l'étage du stedehuus.

A l'extrémité est de la galerie que nous venons de parcourir, une large baie de porte s'ouvre sur le pand (b) de la chambre des échevins; cette grande « salle des pas perdus » s'étend jusqu'à l'est de l'hôtel de ville et

(1) Plan B, 12.

(2) Voyez notice : Les trésoreries^ p. 179.

(3) Plan B, 13.

(5) Id., 14. Le large trumeau entre la deuxième et la troisième fenêtre semble indiquer qu'après la reconstruction de la façade, en 1499, on sépara le pand en deux parties ; peut-être la baie de fenêtre primitivement ouverte aussi dans ce trumeau ne fut-elle murée que plus tard ?

occupe toute la largeur de ce bâtiment. Cest une salle immense: ses fenêtres, qui permettent d'admirer le chœur de relise de S^ Martin, sont garnies de belles verrières; des magistrats en parure, leurs clercs et une multitude de bourgeois y circulent.

 Textrémité de ce pand, quelques marches conduisent au petit vestibule (i) qui donne accès à deux des édifices bâtis vers 1375, à ]*est et près de la chambre scabinale; elles sont placées en partie sous une baie de porte en plein ceintre. On voit, encore aujourd'hui, encastrés dans les pieds droits de cette baie, les gonds massifs sur lesquels tournaient les ventaux qui la fermaient.

Au sud de ce vestibule, est une chambre servant de bureau (s), au nord est la vierscaere (s); un escalier en vis, et placé en hors-d*œuvre (4), relie ce siège de la justice criminelle aux locaux du rez de chaussée, qui, comme on Ta dit, en étaient des dépendances.

Après avoir admiré ce la peinture à Thuile », représentant une annonciation (Boodsceipe van onzer vrauwe), peinte en 1397 par Jacob Cavael, « près de Tescaiier devant la porte quand on monte à la vierscaere » (3), entrons par la porte qui s'ouvre au nord du Pand^ dans la principale chambre de notre stedehuus, dans cette « cambre deschevins (6) » où, pendant plus de cinq cent cinquante années, nos magistrats rendirent la justice et administrèrent, avec Tassistance de conseillers élus, la commune d'Ypres.

(1) PUn B, 15.

(2) Id.. 16.

(3) Id., 17.

(4) Id., 18.

(5) Compte 1S97.

(6) Plan B, 19.

A Touest sont des bureaux « suspendus » (i) formant une dépendance de ce prétoire.

Nous analyserons, dans un travail spécial, les nombreux renseignements que nous avons pu nous procurer sur le siège séculaire de nos échevins; il suffit de rappeler ici qu*il était placé entre la Halle et le stedehuus.

Dans la partie est de ce prétoire sont percées trois baies de porte ornées de riches sculptures. En ouvrant la porte centrale, on voit l'autel de la chapelle des échevins ou de la Halle (â), édifice religieux dont la construction date du XIIP siècle; les portes latérales facilitent les communications directes entre la chambre des échevins et les bureaux (3) élevés, plus tard, à l'est de cette chambre.

Telles étaient, croyons-nous, la distribution générale de notre hôtel de ville et les dispositions de ses diverses chambres, avant la fin du XVI^ siècle.

Nous avons visité tous les locaux et chambres utilisés pour les divers services de l'administration; quittons le stedehuus, mais pour ne pas revenir sur nos pas, nous sortons du siège scabinal par la porte ménagée, vers Test, dans sa paroi sud et nous arrivons de plein pied dans la halle aux draps (4).

L'immense salle faisant face à la grande place est encombrée de travailleurs et de marchandises ; des maîtres drapiers y rangent les produits de leur industrie sur des rayons et dans des échoppes, disposés contre les murs; des chefs-hommes de la draperie y placent des numéros

(1) Plan B, 19a.

(2) Id.,20.

r3) Id., 16.

(4) Id.,21.

et des étiquettes; des gens de peine (pinders) apportent sans cesse de nouveaux ballots» par le grand « escalier de la Halle » (grooten steghere van der Halle); cet escalier, placé dans le gulden halleken (i)» est large et commode et cependant ce n*est pas sans peine que nous parvenons à en descendre les degrés, tant est grande la foule qui s*y presse !

Enfin, nous voici au grand air, sûr le marché !

Un tableau à la fois grandiose et pittoresque est déroulé devant nous.

La grande place d*Ypres avec sa Halle gigantesque, son fier beff*roi, son gracieux nieuwerck^ les vestiges de son ancienne châtellenie, offre sans doute encore aujourd'hui un admirable coup d*œil, mais il était bien plus splendide encore ce tableau avant la fin du XV"" siècle.

Alors le beffroi richement « étoffé » étalait ses peintures polychromes et ses dorures étincelantes au soleil ; au dessus de son porche se détachait l'image peinte de notre Dame et son tabernacle couvert d'or et de couleurs; de grands blasons ornaient les toitures de la Halle; alors deux pittoresques édifices en bois — le gulden Halleken et le hesant — placés presqu'en face l'un de l'autre, surmontés de nombreuses et légères girouettes armoriées ou dorées, avec leurs statuettes, leurs dragons, leurs grues, leurs lions enluminés et leurs galbes se dessinant sur l'azur du ciel, alors ces élégants et légers édifices contribuaient à faire ressortir les lignes grandioses de notre Halle aux draps et la majesté de notre colossal beffroi ! Et ce tableau splendide était alors encadré dans des rangées de maisons en bois, aux façades sculptées, aux pignons dentelés, et de steenen^ habités par les bourgeois

(1) Plan B, 22.

notables, massives constructions en pierre, surmontées de créneaux, garnies de fenêtres à meneaux et ogives, qui s'harmonisaient avec notre grande Halle !

La grande place de notre ville natale — que cependant on admire encore — n'est donc plus qu'une modeste esquisse de ce qu'elle était aux XV" et XVI*' siècles ; alors elle avait conservé de nombreux vestiges de son ancienne splendeur.

Les monuments seuls que le temps n'a pu détruire — et qui nous sont toujours chers — rappellent aujourd'hui la grandeur et l'opulence de l'antique métropole industrielle de la Flandre.

Nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs tous les renseignements et l'analyse de tous les documents que nous avons pu réunir concernant l"" le beffroi, ^ la halle aux draps et 3*" le stedehuus, les trois monuments qui composent, nous l'avons dit, la trinité monumentale connue sous le nom de : Les Halles d'Ypres.

Notre tâche est donc accomplie; toutefois, pour compléter ce travail, nous croyons pouvoir donner encore quelques détails sur un édifice — plus moderne — le Nieuwerdc, sur des travaux de restauration exécutés à notre époque et sur les statues qui, à dater du XVI* siècle, décorèrent la façade de la Halle aux draps.

LES HALLES DYPBES

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