LE NIEUWERCK ET LA CONCIERGERIE
LE NIEUWERCK (0-
S*il est à Ypres un bâtiment d*utilité publique dont les plans aient été mûrement étudiés, et dont la construction ait causé de longs et incessants soucis à nos magistrats.., ce bâtiment est certes Tédifice que l'on nomme encore le Nieuwerck.
On s'occupa de cet édifice pendant un demi siècle ; des obstacles de toute espèce — une sorte de fatalité — en retardèrent longtemps Tachèvement et, comme il arrive souvent, les administrateurs qui conçurent ce projet étaient depuis longtemps oubliés, quand leur œuvre put être réalisée, aux applaudissements d'une génération nouvelle.
Déjà, pendant la seconde moitié du XVI'' siècle, les édifices élevées, de 1375 à 1376, vers Test de la Halle aux draps et du siège scabinal, ne suffisaient plus pour assurer la marche régulière de Tadministration locale.
(1) Plan* C et D.
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Gomme conséquence inévitable, fatale, du système autoritaire et de centralisation, substitué par les ducs de Bourgogne au régime de liberté, fondé sur Tinitiative de nos communes indépendantes, le mouvement des affaires administratives s*était dévelopj^é sans cesse à Ypres, malheureusement en l'aison inverse du mouvement industriel et commercial, donc de la prospérité locale.
D'un autre côté, plusieurs de ces bâtiments, nommés déjà en 1563, « le vieil ouvraige » foud werck) (i), étaient alors en un si mauvais état, quMl fallut songer à y faire de grandes réparations et même à les rebâtir. Aussi, dès cette époque, avait-on conçu le projet de construire « un nouvel ouvrage » (Nieuwerck), à Test de la Halle.
Quelques-uns des bureaux bâtis, en 1375, au niveau et à côté {lies) du siège scabinal, reposaient sur des piliers et laissaient ainsi une large communication entre le marché, la cour orientale des Halles et le cimetière de S^ Martin. On se demanda si Tensemble des constructions nouvelles ne pourrait pas être établi, d*après le même système, de manière à former une longue et vaste « galerie » à Touest du marché.
Mais avant de donner suite à cette idée, une importante question devait être résolue. La démolition du guld-en Halleken nécessitait la suppression du grand escalier de la Halle aux draps, établi dans cette petite halle, car, d'après le projfit, Tétage de tout le nouvel édifice serait porté sur des piliers avec voûtes. Il fallait donc construire un nouveau steeghere, aiin d'avoir accès à la Halle aux draps, et de là à la chambre des échevins, par la porte ouverte à Test, dans le mur de refend de ces deux bâtiments.
fl) Compte 1563.
La grave « question de Tescalier » fut d*abord mise à rétude ; on ouvrit même, parait-iU un concours, car plusieurs personnes présentèrent, dès, peut-être avant 1575, divers plans {patroonen) d*un « nouvel escalier de la Halle »; une indemnité de vingt-quatre livres parisis leur fut accordée pour ce travail (i).
Il faut croire qu'aucun de ces projets ne fut approuvé, car nos magistrats résolurent de consulter un homme spécial et compétent. Ils s'adressèrent à maître Jan Sporeman, ingénieur-architecte de Gand, et le chaînèrent de dresser un plan de la « nouvelle galerie et du nouvel escalier que la ville avait l'intention de faire construire » (î).
Afin de pouvoir dresser un plan complet {goed bequam patroan)^ maitre Jan, à la demande des échevins et de Messire Van Sweveghem, commissaire ordinaire, se rendit à Ypres, pour y prendre une vue des lieux et étudier le terrain. Il passa plusieurs jours en notre vil]e(3), puis, avant
(IJ « Diversche persoooen over tmaken divei*sche patroonen cm eenen nieaw«D steghare van de Halle. » [Compte 1575.)
(2) « Meester Jan (Sporeman), ingeniaris en architecte van Ghendt, over de patroon by hem betrocken, zoo wel van den nieuwen steeghere van der Halle als van der galerie die men in intentie heeft te makene aen de oosiziftU van der Halle^ mitsgaders over de costen van tvoyage hy hem ghesopporteert int commen naer dese etede, ende aldaer stille iinghende om inspectie ende veue te nemen van de plaetse by laste van myne heeren voghdt ende
Bcepenen cft.»
(Compte 1576.)
(3) « Meester Jan Sporeman, ingeniaris, woonende tôt Ohendt, ter cause dat hy ten vesoucke van myn heeren voghdt ende scepenen ende by laste van myn heere van Sweveghem, conunissaris ordinaire, ghecommen es van Ohendt tôt binnen deser stede, omme inspectie te nemene van der plaetse daer myne heeren begheeren eenen nieuwen steeghere ende galerie testellene, ten fyne van daer oaer een goed bequam patroon te makene, xij ft. xrj a. • (Compte 1575.)
la fin de Tannée (1575), il envoya de Gand, par le messager Vramondt, les plans et devis de la nouvelle galerie et du nouvel escalier (i). Il fut payé à cet ingénieur-architecte une somme totale de cent douze livres seize sous, pour son travail, frais de route et de séjour (s).
Ces plans et devis furent promptement approuvés, et Ton se hâta d'acheter des matériaux atin de mettre sans retard la main à Tœuvre ; nos trésoriers payèrent, en 1576, deux cent trente-neuf livres, pour fourniture et transport de Warnêton à Ypres de vingt marches en pierre bleue (Blaeu sausyne steen) (3) ; nos comptes indiquent Féquarissage de ces pierres (4).
On avait donc décidé de bâtir avant tout a le nouvel escalier de la Halle ».
Mais ici se présente une question qui mérite d*ètre examinée.
« La nouvelle galerie » devait être bâtie au coté est de la Halle ; les instructions données à maître Sporeman le disent clairement. Mais où cet architecte proposait-il d'établir le nouveau steegheref devant le beffroi? ou, comme il Test aujourd'hui, dans Tangle sud-est de la Halle? on ne trouve sur ce point aucune indication positive dans les registres de nos trésoriers.
(1) « Jan Vramondt, boddeop Qhendt van ghebrocht thebbene een beslach met patroon van M' Jan ingeniaris woonende tôt Qbendt, zxxij 8. n (Compte 1575.)
(2) Total des deox comptes ci-dessus.
(3) Sausffne iieen, pierre des écaussines.
(4) «c Anthonis Credo over den coop ende leveringhe van twyntich trappen van blaeu sansjne steen, elc van een sticke, acbt voeten lanck [2"". 19), sevan dumen dicke ende veertien dumen breedt, dienende om eenen nieuwen iteghere voor de Halle, te elleven pondt van den sticke, ghelevert tôt Waestene, compt ij« xx fi., ende Qver vrecht van Waestene tôt Ypre metter oocosten der anclevende neghentien ponden twee scbellen, compt samen, tj< asxix fi. ij s. j> (Compte 1576.}
D*après le compte de 1576, les vingt marches en pierre étaient, il est vrai, destinées à la construction d'un steeghere voor de HallCj mais cette indication ne résout pas la question, car le mot flamand voor signifie à la fois « devant » et « pour »; il ne nous apprend donc pas si ces marches devaient servir à bâtir cet escalier « devant » ou c( pour » la Halle.
D*un autre côté, il est ici fait mention, non du befTroi, mais de la Halle. Enfin on n'a trouvé jusqu'ici dans nos comptes de 1574 a 1578, aucune indication qui permette de déterminer remplacement de ce steeghere; si Ton eut projeté alors de le placer « devant » le beffroi, nos trésoriers ne nous auraient-ils pas donné quelque renseignement précis sur un travail de cette importance et qui devait modifier essentiellement — pour ne pas dire dénaturer — le style primitif du monument?
Ce n'est donc pas, croyons-nous, maître Jean Sporeman — rendons lui cette justice — qui eut la mauvaise pensée de proposer, en 1575, la construction du grand escalier extérieur à double rampe qui, placé plus tard devant le beffroi et restauré en 1826 « dans le goût du jour », a heureusement été démoli, vers 1848.
Bien qu'aucun texte formel ne le prouve, il est probable que, d'après les plans de l'ingénieur gantois, le nouveau steeghere de la Halle devait être construit dans l'angle sud est de la Halle aux draps, comme il y existe encore aujourd'hui. Les dimensions des marches de l'escalier actuel se rapprochent en effet de celles des pierres transportées de Warnéton à Ypres en 1576, si toutefois on tient compte, pour la largeur et la longueur, de la partie encastrée dans les murs, et pour la hauteur, de Tusure inévitable, par suite d'un long usage. Il n'en est pas de même quant au nombre de ces mar-
ches {i); mais nous verrons plus loin qu'on en acheta d'autres plus tard.
Mit-on la main à l'œuvre en 1576? on serait lente de Iecoire,car JeanSporeman fournit encore en 1577 divers dessins et épures pour « le nouvel ouvrage de l'escalier » (â); mais, (Vnn autre côté, d'après des documents d'une date plus récente, c'est, comme nous le verrons, beaucoup plus tard seulement que le Magistrat résolut de démolir l'ancien steeghere.
Quoi qu'il en soit, si les travaux furent commencés en 1575 ou 1576, on fut bientôt obligé d'en ajourner l'exécution, à cause des troubles religieux de 1576 à 1584, date de la reprise de la ville d'Ypres par les troupes d'Alexandre Farnèse.
Premier ajournement !
Après la restauration de la domination espagnole, pendant plus d'un quart de siècle, parait-il, on se borna à examiner des projets, sans agir.
C'est en 1606 seulement que les trésoriers de la ville prièrent nos magistrats de prendre « une résolution définitive sur la construction des nouveaux bureaux » (absolute resolutie up het rechten van de nieuwe comptoiren) ; des expressions « absolute » et « het rechten », ne peut-on pas inférer, d'un côté qu'on avait longtemps délibéré déjà sur cette affaire, et que les trésoriers insistaient pour obtenir enfin une décision; de l'autre que
(1) En 1576, on acheta vingt marches mesurant en : Longueur 8 pieds ; Hauteur 7 pouces ; Largeur 14 pouces. L'escalier près du Nieuwerck se compose de vingt-neuf marches, dont trois à l'extérieur, et mesurant hors d'œuvre en : Longueur 6 pieds 2 pouces ; Hauteur 6 pouces ; Largeur 12 1/^ pouces.
(2) « Meester Jan orer tmaken van diversche bewerpen ende patroonen om tnieuwe werck van de steeghere, Iz ffi. » (Compte 1577.)
certains travaux, par exemple, de démolition on pour fondations étaient faits et quil ne s*agissait plus que de bâtir les murs en élévation {rechten) ?
Cette demande fut soumise à rassemblée communale composée des avoué, échevins, conseillers et chefs- hommes; c'est des registres aux délibérations de ce a petit conseil » que sont extraites les diverses résolutions que nous aurons à analyser ici.
A cette époque les projets de 1575 étaient, semble-t-il, complètement abandonnés, peut-être même oubliés ! On ne parlait plus alors d*une galerie à construire à Test de la Halle, mais de chambres et bureaux à établir à Tautre extrémité du stedehuus (vers Touest).
Le conseil chargea donc (29 novembre 1606) les commissaires de la trésorerie d'examiner d'abord avec le concours d'ouvriers compétents — de maîtres ouvriers (baesen) de la ville — la situation des lieux, à l'extrémité ouest de l'hôtel de ville et de rechercher ensuite si entre la chambre des XXVII (berecht-camere) (i) et les chambres d'archives, il ne serait pas possible d'approprier de nouveaux bureaux (s); ceux-ci auraient au besoin pu être établis en saillie, sur le passage sous le Beffroi et la Halle (3), comme les comptoiren de la chambre des échevins bâtis, vers 1509, au-dessus de la cour orientale des Halles. — Un rapport complet et dé^nitif devait être
(1) Bereehtt berickt^ conseil, avis et eamere chambre, donc chambre dn oonaeil, raeiecamere^ c'est-à-dire la chambre des XXVII, collège consultatif mais qui, on l'a vu, avait toutefois voix délibérative dans la grande assemblée communale : groot gemeente.
(2) Cette idée a été partiellement réalisée en 1844 et 1845. — A cette époque, on a construit deux nouvelles et belles salles d'archives dont Pune est couverte de charmante voûtes.
(3) Voyez plan A, 14a et B, 5.