‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur YpresChapitre 27 sur 56 · CT · texte numérisé non relu

CT

présenté au conseil, dès que cette inspection des lieux et ces projets seraient faits (i).

On pouvait donc espérer un prompt résultat.

Mais.... Tétude de ce nouveau projet par une commission devait occasionner naturellement de nouveaux relards....

Second ajournement !

Ce n'est que trois ans plus tard que fut fait un rapport <»crit sur « l'appropriation d'une partie de la Halle à l'usage de bureaux, greffe, vierscaere, trésorerie, chambre pupillaire et autres chambres. Ce projet était complet; son exécution devait faciliter la marche régulière de tous les services administratifs.

Des commissaires à la trésorerie donnèrent communication de leurs propositions au conseil, le 4 janvier 1610 et, sans doute, vu l'importance de la question à résoudre, le grand bailli assista à cette séance. L'assemblée adopta les conclusions du rapport.

On pouvait croire que rien ne retarderait l'exécution de cette résolution « définitive » et que l'on commencerait immédiatement les travaux,... mais l'assemblée décida que le projet adopté serait, avant d'être mis à exécution, soumis à l'avis de l'ingénieur de la cour ou de divers maîtres d'Anvers d'une compétence incontestée

(1) a Den xxix» van novembre 1606. »

« Up t'verzouck (van de ghecommiteerde ter tresorie] van absolute resolutxe up het rechten van de nieuwe comptoiren, was gheresolveert dat zy met de wercklieden alvoren zien zouden de plaetse van der halle tusschen de berechtcamere ende tende van den secrète comptoire ende of min aldaer nyet ghevonghelyck de voorB: comptoiren zoude connen maeken uuterlick, met het insteken van den maere, ende de zelve comptoiren makende uutsprynghende ofte nuthanghende, omme de zelve inspectie ghedaen ende dies rapport ghehoort, absolutelyck te resolveren. »

IB

en pareille matière. De là un troisième ajournement d'autant plus prolongé qu'une nouvelle commission fut chargée, le 13 février suivant» d'assurer la prompte exécution de la résolution prise le quatre Janvier précédent.

A cette fin, l'avoué et les échevins déléguèrent, comme commissaires, Jan van Gourtewille et Ghristiaen Ryckebusch, échevins, Adrien van Schrieck (i), et Laureys Neckebaert, conseillers, à charge bien entendu d'en référer au conseil avant d'agir (s).

On a vainement cherché ces rapports, dans nos archives, mais d'après nos comptes, on prit, en 1611 (2* trimestre), l'avis de Charles et de Jacques de Boek.

Les de Boeck étaient-ils ingénieurs de la cour ? ou maîtres à Anvers? Quoi qu'il eu soit, ces hommes spéciaux démontrèrent que les projets conçus par les maîtres

(1) Adrien van Schrick, auteur de plusieurs ouvrages importants, fut échevin de U ville en 1606, 1608, 1610, 1612, 1614, 1616, 1619 et remplit Je mandat de conseiller, les autres années. Il rendit de grands services à la commune, et mourut le 26 Décembre 1621. [Voy : Biographie de$ hommes remarquables de la Flandre Occidentale.)

(2) u Den iiij«" dacli van Lauwe 1610, met raeden ende hoofmannen ende ter presentie van mynenheere den Hoog-bailliu. »

■ Up de schriftelicke propositie van weghen eenighe vande ghecommiteer» de ter tresorie dese stede overghegheven, raekende t'accomoderen ende approprieren vander halle, maeken van de nieuwe comptoiren, vande greffie ende vierscaere, item de tresorie, weeserie ende andersins by den zelve ghescrifte breeder verclaert, was gheresolveert tzelve te doene ende effectueren, ende ten dien bende t^ontbieden ende beschry ven den ingeniaris van t'buf, ofte meester wercklieden van Antwerpen, die daertoe bequaemst ende best zal cobnen verstaen ».

« Ende waeren naderhandt, te weten up den xiij*'^ february 1610, toi effectueren ende vulcommen van de voors : resolutie ende dierigeren vande deb* voiren danof dependerende, by mynheeren vooghdt ende schepenen ghecommiteert Joncli'* Jan Chrisostomus van Gourtewille ende d'heer Christi&en Ryckebusch, alsscepenen, metgaders Jonch*" Adriaen van Schrick ende d^heer Laureyns Neckebaert als raeden, ailes up rapport daert behooren zal ».

d'Ypres et approuvés par le conseil, le 4 janvier 1610, étaient très défectueux ; ils tirent un nouveau projet et proposèrent de construire une galerie à Test de la Halle ; un plan horizontal {platte grondty « plan par terre ») était joint à leur travail (i).

On reconnut la réalité des inconvénients signalés ; tout était donc remis en question, et, quand il fut convoqué, le 2 Mars 1611, pour délibérer sur cette affaire, le conseil se trouva en présence de plusieurs projets nouveaux présentés par Charles et Jacques de Boek.

Grand fut l'embarras de nos édiles... Que faire ?... On nomma une nouvelle commission, mais on eut l'heureuse idée de la composer de maîtres ouvriers (Baesen) de la ville, et non de licenciés in utroque^ de nobles hommes, de propriétaires et autres architectes amateurs.

Cette commission fut formée de neuf maîtres: maçons, charpentiers, tailleurs de pierres, menuisiers et autres gens de métiers, savoir : Joos Pyl, Rogier Verraes, Guillaume Staessen, Cyprien Lammen, Jooris Heuckele, Âdriaen Jacobs, Passchier Vande Velde, Ciaeys Ryckassez et Andries Provengier.

Ces maîtres avaient été chargés, (le 9 avril 1611), d'examiner tous les plans alors soumis au conseil, y compris celui d'une nouvelle conciergerie (2); ils se mirent activement à l'œuvre et dès le 28 du même mois, ils présentèrent

(IJ « Charles en<le Jacques de Boek van ghemaect thebbene een project van de galerie ende van den platte grondt op do oostzyde van der Halle ende bovendien van gheezamineert thebben de concepten van de an<Iere meesters ende met reden betooght de inconvenienten die deruut 70u>len moghen ryzen.

Ixxij ^, »

(Compte 1611.)

(2) A cette époque, on avait déjà fait quelques travaux à la vieille conciergerie. Voyez plus loin : La Conciergerie^ page 270.

leur travail aux grand bailli, avoué, échevins, conseillers et chef-hommes, réunis dans « la chambre commune » ou chambre scabinale.

L*idée de construire des bureaux, etc., à Touest de rhôtel-de-ville, — près du Beffroi — avait été complètement abandonnée, sans doute à cause des inconvénients signalés par Charles et Jacques de Boeck.

Deux projets seulement firent Tobjet d*un examen sérieux. D*après Fun de ces projets (projet de Boedi), les bureaux seraient établis à Test et à Textérieur de la Halle sur une galerie ; d*après Tautre, on démolirait les c< trois » faces orientales (i) du monument, on les rebâtirait dans un nouveau style, puis des bureaux, un greffe etc., seraient appropriés en partie dans cette nouvelle construction, en partie dans la Halle aux draps.

En hommes bien appris et pleins d*égard pour les architectes étrangers, leurs « honorés et savants confrères », nos maîtres yprois déclarèrent que ces deux

projets étaient fort beaux (schoon stuck werck) etc

Mais sous prétexte d*économies, en réalité sans

doute, par amour propre d'auteur, ils proposèrent de ne pas les exécuter et d'établir les nouvelles constructions dans des conditions entièrement différentes et d'après un plan élaboré par la commission elle-même (^2).

Il est assez difficile de se rendre parfaitement compte du projet proposé par nos maîtres yprois, car ceux-ci s'en réfèrent à des plans etc., qui n'ont pas été retrouvés; toutefois de l'ensemble des explications données, il paraît résulter que la commission proposa : l"" d'ajourner le

(IJ Les face» avec galbes de la Halle aux draps, de la chambre dea échevins [et chapelle], enfin de la vierscaere.

(2) Ce rapport est très complet, mais trop développé pour pouvoir être imprimé en note ; nous le publions en annexe. (Voyez Annexe A.)

projet d'une reconstruction totale et de compléter la galerie existant au nord du gulden Halleken, « travail que Ton pourrait exécuter plus tard » {indien myn heeren wil* len de galderie voortmaken connen altyd dot doen) ; 2"* de bâtir des bureaux et la chapelle, au-dessus de la petite cour orientale de la Halle, sur colonnes ou galerie, mais de manière à conserver la chambre des XXVII, sans empiéter sur la Halle aux draps et sans faire des changments importants au siège scabinal, notamment au buffet, et à la cheminée etc.

D'après ce plan, la chambre des échevins aurait reçu désormais la lumière du jour non plus à Fouest mais à Test, vers la place.

Le projet des baesen était, croyons- nous, tel que nous venons de l'indiquer; toutefois nos lecteurs pourront vérifier nos appréciations en consultant le mémoire de la commission même. (Annexe A.)

Les neuf maîtres avaient joint à ce mémoire deux plans — du rez de chaussée et de l'étage (Iwee platte granden), — deux dessins des murs en élévation (twee opstaende patroonen)^ des devis, diverses notes (i) etc; — nos

[1) M' Jooris Henckel, biidesfiffdere, Paschier Vande Velde, scrynC' feefxkere, Adriaen Jacobs, Claeis Rycaseis ende Ândries Provengier, Meester timmerlieden, Ouilleme Staesin, Cypriaen Lommen ende Rogier Verraers, meester metsers gbevacheert hebbende ter cause aU vooren elck viij daghen ende van tdebvoir bij hemliedenghedaen, int maeken van ttvee platte grondeu^ t99ee opstaende patroonen ende de^ diversche aiidere schriefturen ende estimalien om te soucken ende vynden eenighe goede ordonnantie int

feranderen van eenighe wercken in de Halle clviij %, • (Compte 1611,

qui indique les professions des divers maîtres consultés. — Le nom de Joos Pyl n'est pas cité dans ce libellé ; ce maître maçon fut payé à part ; l'art : qui le concerne suit celui qu'on vient de lire, a Joos Pyl, metser van zvnen style, woonende te Winnezeele, alhier ontboden om zyn advys te ghevenen van den wercke van der Halle, ende daertoo ghevacbeert x. d. te vj ft.. Ix ft. n (Compte 1611.)

magistrats purent examiner ce dossier et comprendre ainsi — mieux que nous — ce projet. Sans tenir compte des diverses résolutions prises antérieurement, ils approuvèrent encore les conclusions du rapport et décidèrent qu*on commencerait « immédiatement » {ten eersten) les travaux (i).

Résolution excellente, mais qui fut suivie hélas ! d'un quatrième ajournement.... de près de deux années. En attendant une décision, maître Joris Ilouckcl, tailleur de pierres et statuaire (i), fit, en 1611, un autre plan d*escalier pour la Halle (Halle steeghere) (a), puis on n'entendit plus parler du « nouvel ouvrage. »

Ce n'est qu'au commencement du mois de janvier 4613, qu'on reprit l'affaire. Le 13 de ce mois, le conseil animé d'un beau zèle.... nomma une nouvelle commission composée de MM. de Corlewille, premier échevin, Van Schrick, échevin, Ghelein van den Broucke et Pierre Vermeersch, conseillers. Ces délégués reçurent mandat de tout préparer pour l'adjudication et de s'aboucher avec trois fournisseurs qui désiraient être chargés de cette entreprise (4).

Mais on ne put, parait-il, se mettre d'accord ; les pourparlers n'aboutirent pas, donc cinquième ajournement !

1) Voyez annexe A.

(2) Voir note précédente.

yS; « M. Joris Heuckel, steenhauwer, voor uiiaken van een patroon van den Nieuwen Hallesteejher en amlere iliensten. xl Th. • Compte 1611.;

^V « Den ij Lauwe xvjc xiij met niynheere den hooch^iailliu, raeden en boofmannen. »

tt Upt poinct van de nieuwe coiuptoiren warea ghecummiteert tôt t'prepa. reron van dien ende omme te Bprekea met «le dry leveraers die bemlieden presenteren, mynheer de voorschppene (de Corteville) ende Schrieck. vmn schepenen, M. Ghelein van den Broucke ende Fieter Vermeerecli, vau raeden, metgader? die van der tresorie. >'

Gomme nous Favons dit, une espèce de fatalité semblait poursuivre cette affaire; depuis de longues années, on examinait, on délibérait, on faisait des plans, on nommait des commissions. On avait proposé de placer les nouveaux bureaux, à Test, 'à Touest, au centre de rhôtel de ville; on avait pris cinq ou six résolutions « définitives » et toujours des obstacles, des hésitations entravaient et retardaient leur exécution; bref, après six années de nouvelles études, aucune suite n'avait été donnée à la résolution « finale » prise en 1611.

En séance du ââ septembre 1618, une proposition nouvelle fut faite au conseil; elle semblait devoir concilier à la fois et les nécessités administratives et les exigences financières de la ville.

On proposa donc de conserver les chambres construites en 1375, à Test du siège scabinal, d'en réparer les murs à Textérieur, de couvrir d'une couche de ciment ou d'un enduit (plackeriejj les voûtes en mauvais état (ou les gites) de ces bureaux, afin de mettre ceux-ci à l'abri des incendies, puis d'approprier le mieux possible ces divers locaux. Mais on proposa aussi de démolir l'ancien escalier du gulden Halleken et de remplacer cette c( vieille petite Halle» par une galerie ouverte construite d'après un plan dont M. Vander Stichele, trésorier de la ville, indiqua, verbalement et séance tenante, les dispositions.

Ce projet modeste ne devait pas nécessiter de trop grandes dépenses; il plut au conseil, et (22 septembre 1618) l'assemblée se déclara disposée à l'exécuter, en attendant que la situation financière de la ville permit de faire mieux.

Toutefois, démolir le grand escalier de la Halle était une grave question; aussi le conseil, quelque bien disposé

qu1l fût, décida-t-il provisoirement (by provisie) de ne prendre aucune décision et d'ajourner encore l'affaire. Cet ajournement fut de courte durée (i).

Quatre jours plus tard seulement (26 septembre), après une nouvelle délibération, on résolut de faire acter au registre la décision provisoirement prise le ii^ et Ton décida « irrévocablement » que Tancien steeghere du gulden Halleken serait démoli; les trésoriers furent chargés de veiller à lexécution de cette résolution (2).... Mais.., ils n'eurent pas à en exécuter toutes les dispositions... car cette décision, comme toutes les résolu tions précédentes, ne fut pas, du moins, complètement maintenue...

Si Ton doit regretter les fréquentes hésitations qui entraînèrent, durant de longues années, l'ajournement

(1) • Den xzij 7bre 1618. »

* Was by mynheeren voocht eode schepeneo gheresolveert te lasten de ghecommiteerde ter tresorie te reparerene taensicht van de comptoiren staende an den oostghevele vander halle deser stede, ende dat in zulker voughe dat dezeWe comptoiren van onder venekert mogh<ïn wezen met plackerie jeghens t'vier, ende voorta zo gheproportionneert dat de zei^e moghen wezen gheryfinck an eick. Consenterende ten dien evnde dat den oaden steghere daer onder staende zal moghen gheweert zyn ende in pla<)t8«> van dien ghemaeckt zyn eene o|)en galderie achtervolghens tproject ende model hedent mondelyck vooren ghehoudeo by den heere vamier Sticbele, trésorier deser Ftede, als by provisie ende tôt onderstant de siede voorzien zal wesen van mi<ldelen suffisante tvoors : gheresolveert werck te u«aeken •

(2) « Den zxvj 7^re 1618, dese revolutie te boucke ghestelt synde ende mynheeren vooghdt ende schepenen voren ghelesen zynde, was die ghoet gheTonden ende conforme d*intentie van de voorn : vooghdt ende schepenen ghereserveert dat zy verstaen met de zelve te lasten de trésoriers ghecommiteerde ter tresorie, ende in plaetse van 't voors : consenieren (en dien eynde, hebben gheordonneert^ te stellen ordonneren ten dien eynde dat de oude steegher daer onder sta^nie zal gheweert wezen ^ etc Naer welcke cor* rectie zal d'acte uutghegheven worden. y>

d'un travail utile, on ne peut que féliciter nos magistrats, d'avoir ratifié, le 26 septembre, leur résolution du 22 du même mois, et d'avoir condamné définitivement le vieil escalier du gulden Halleken, mais on doit les féliciter surtout d'avoir plus tard renoncé au projet de replâtrer les anciennes chambres, car s'ils eussent maintenu ce projet, la ville d'Ypres n'eût probablement jamais possédé son élégant Nieuwerck et Ton verrait peut-être encore aujourd'hui, à l'est de notre monument, au lieu de ce charmant édifice, des constructions diverses, délabrées et sans unité de style; d'anciens bâtiments grossièrement réparés, d'autres transformés sans goût, dans un but exclusif d'utilité, seraient restés longtemps encore debout...

Telles furent sans doute les réflexions que firent les bourgeois d'Ypres, quand ils apprirent qu'il était question de réparer et de replâtrer, les vieilles chambres à l'est de la halle; ces réflexions et observations eurent leur écho jusques d:ins la chambre des échevins.

Quand le conseil se réunit, le 2 octobre 1618, pour délibérer à nouveau sur cette interminable affaire, les membres de l'assemblée trouvèrent sur le buflfette — outre le texte d'une résolution prise « anciennement » (voortyden) par l'avoué, les échevins, les conseillers et les chefs-hommes, — un ancien plan (model) d'une belle galerie et d'un nouvel escalier.

Ces documents — depuis longtemps oubliés et exhibés par les commis à la trésorerie — avaient été retrouvés dans les archives de la commune, peut-être par l'archiviste du temps, par quelque vieux « clercq », ou par un de ces chercheurs dont la passion pour « les vieux papiers » provoque parfois encore les dédains, même la risée des ignorants,.... et cependant, l'auteur de cette découverte, dont nous regrettons de n'avoir pu retrouver le nom

pour le citer, ici ce chercheur rendit un service éminent à la ville! c'est à lui peut-être que nous devons notre Nieuwerck! Le conseil en effet trouva ce vieux modèle parfait ; séance tenante, il décida de le faire exécuter et de donner ainsi suite à une résolution prise autrefois <( solennellement et après mûr examen » (zeer lypelyc ende solemnelyc ghetrocken) par Tavoué, les échevins, les conseillers et les chefs-hommes de la ville !

L assemblée avait ordonné, le 26 septembre (1618), de démolir le vieil escalier du gulden HaUeken et sans doute d*en bâtir un autre; le â octobre suivant, elle maintient cette résolution, mais modifiant sa délibération de cette date concernant la conservation partielle et la réparation des vieux bâtiments, elle décida de raser complètement toutes les vieilles constructions qui se trouvaient à Test de la Halle et d'en élever, sur le terrain déblavé, d'autres entièrement neuves, conformément au « vieux plan » déposé sur le « buffette ».

Cette décision fut enfin irrévocable ! pour en assurer la prompte et définitive exécution, le conseil chargea, séance tenante, les commis à la trésorerie, d'acheter et de réunir durant l'hiver 1618-1619, tous les matériaux nécessaires, afin de pouvoir commencer les travaux, dès les premiers jours du printemps prochain; il manifesta même le désir de voir jeter, si c'était possible, les fondations du (( nouvel ouvrage » avant la fin de l'hiver.

Ces travaux devaient être poursuivis avec toute l'activité possible, dans la mesure bien entendu des ressources de la ville, c'est-à-dire sans ajourner le payement des intérêts ou l'amortissement des rentes et des autres charges qui devaient être soldées sans retard ni répit.

Toutes les anciennes constructions devaient donc être rasées; toutefois il fut ordonné aux trésoriers de con-

server les piliers qui supportaient, depuis 1376, les chambres à l'est du siège scabinal (i).

Cette réserve était dictée par un mesquin esprit et un désir irréfléchi d'économie. Ce lut une idée malheureuse qui, mise à exécution, eut des conséquence fatales....; mais n*anticipons pas sur les événements.

Notre Nieuwerck fut donc construit, d'après un ancien model retrouvé, en 1618, dans les archives de la ville ; mais quel avait été Tauteur de ce dessin ? nos documents ne le nomment point.

Nous avons vu qu en 1576 un ingénieur-architecte de Gand fit pour nos échevins les plans d'un nouvel escalier de la Halle et d'une galerie à construire au côté est de notre monument. C'est dans ces conditions que fut bâti le Nieuwerck et qu'il existe encore. Le model découvert en 1618 était alors fait « de temps ancien » (voortyden), depuis beaucoup de temps» (veile tydts) N'aurait-il

<;1} ce Den ij S^^ 1618, présent mynheeren hoochbailliu, voochi, ende schepenen, andermael in deliberatie gheleyt (^heweest hebbende de redenen waeromme niet en diende vulcommeD te wesen de 70orgaende resolutie van xxij der voorgaende maendt int regard van tVepareren vau de coinptoiren ruaer dat dezelve comptoiren gheheelyc behoorden afghesniHten te wesen ende van nieux opghetemmert naer de resolutie hiervoortyden by voochdt Sch: Rad: ende hoofm: zeer rypelyc ende solemnelyc ^hetrocken achter- ▼oighens tmodel daer of noch bewaert ende hier gheexhibeert van wegUe de ghecommiteerde 1er tresorie. Was gheresolveert te volghen de zelve oude resolutie, in conformiteyt van de welcke de zelve ghecommiteerde ter tresorie ghelast waren dese wintere te doene de provisie van de mat^'Haelen daerioe van noodich ende ten uutcomen tzelve werck aen te gaene, selfs oock de fondamenten te legghen desen anstaende wyntere van zoo vêle die ghelcyt connen wesen zonder te weren de colonnen up de welcke de comptoiren nu zyn rustende, omme ten toecommende zomer tzelve werck te vuU commen zoo veil tzelve gheschieden can zonder interest ende ULiijtel van reoten ende andere noodzaekelicke lasten die de stede moet drae^ihen ende gheen uutstel en vercrighen. »

pas été dessiné, en 1576, par ringénieur-architecte de Gand?... ne serait-ce pas, d'après les projets primitifs de maître Jean Sporeman, « ingénieur-architecte à Gand ». que fut édifié notre Nieuwerck, et construit le nouvel escalier dans Tangle sud de la Halle aux draps, là où se trouvait alors la chambre des munitions (munitie camère) (i) ? En un mot, maître Sporeman ne serait-il pas Fauteur du plan primitif de cet élégant édifice ? On trouve dans nos archives un dessin, non signé il est vrai, mais portant la date de 4575 ; serait-ce le model dessiné par ce maître, puis approuvé vers cette année par le conseil ? D'après ce projet, la construction ne devait avoir qu'un étage, mais nous verrons plus loin que c'est pendant l'exécution des travaux, que l'on décida d'en ajouter un second. Ce projet de i575 indique du reste presque tous les détails et en partie l'ensemble de notre Nieuwerck actuel. On est donc porté à croire que Sporeman est l'auteur des premiers plans de cette coquette construction.

En tout cas, les commis à la trésorerie s'occupent immédiatement des études définitives. On dresse des devis, on rédige des projets de conventions et maître Lievin Pluvion copie les anciens plans et fait d'autres dessins (i).

Jacques de Pamele, seigneur du Quesnoy, échevin, et Pierre Van de Casteele, commis à la trésorerie, sont chargés de soumettre à l'approbation du grand bailli (3), « le model des comptoiren que l'on avait résolu, passé beaucoup de temps (over veile tydts), d'élever à lest de la Halle » ainsi que le plan d'un escalier qu'on se

(1) Voyez plan A, L2.

(2) « M' Lieven Pluvion vau t'uuttrecken van *i model van de comptoiren ende anderediensten... zxiiij. » (Compte 1619.)

(3) ff Messire Charles van Ydeghem, seignear de Wyse, remplissait alors ces fonctions depuis 1590 ; il mourut le 15 août 1690.

proposait dès lors de placer dans « la chambre des munitions. » Le 22 mars 1619, ces délégués font connaître au conseil que le grand bailli a approuvé ces projets ; l'assemblée ordonne alors aux commis à la trésorerie de les faire exécuter au plus tôt (i).

A la fin de cette année, les fondations du nouvel édifice étaient jetées, on put apprécier alors quelle serait la largeur exacte des bureaux. Cette largeur parut-elle insuffisante à quelques-uns ? on proposa, parait-il, de donner à ces chambres plus de surface et de déplacer, à cette fin, les maçonneries déjà exécutées.

Le conseil, voulant éviter sans doute de nouveaux retards, ne partagea pas cet avis, mais il décida que les voûtes de l'ouvrage seraient construites en pierres (l*"" décembre 1619.)

Une résolution — peu explicable — fut prise en cette même séance ; l'assemblée ordonna aux trésoriers de se mettre en rapport avec des maîtres ouvriers de Gand et, si l'on pouvait tomber d'accord, de leur confier l'exécution d'une partie importante des travaux (2). Cette

(I] c( Den xxij«o maerte 1619 Jon^ Jaques de Pamele, heere van Quesnoy, schepene, eode Jon' Pieter Vaade Casteeie, ghecommiteerde ter tresorie ghesonden gheweist hebbende an mynheere den Hoochbailliu, om hem te communiqueren tmodel vande comptoiren die over veile tydts gheresolveert syn gheweist te maeken aen toostende vande halle, metgaders eenen steiihere daeronder commende door de muoitiecamere, bebben rapport ghedaen dat den voorn: heere hoochbailliu t'concept hem diensaengaende ghetoocbt goedt ghevonden hadde; ende was overzulckx ghelast met twerk voortegaen metten eeraten. »

(8) « Den z décembre 1619, présent V : Se : R : H : ende de ghecommiteerde ter tresorie, was gheresoWeert de comptoiren up te maeken up de breede, als gheleyt zyn de fondammenten ; wel verstaande dat de voutsuren gheetelt lallen zyn in steen. Tôt welcken eynde zyn ghecommiteert mynheere den vochdt met de ghecommiteerde ter tresorie ende ghelast t'ontbieden wercklieden van Qhendt. »

mesure devait mécontenter vivement — faut-il le dire? — les chefs de nos corporations ouvrières, jdonfier à des maîtres étrangers, même en partie, ce grand travail, n'était-ce pas constater Tincapacité des maîtres yprois ? Mais il fallut se résigner et se soumettre.

Les trésoriers firent donc appeler à Ypres Laureins de Haeze, maître tailleur de pierres, et Gilles van Waesberghe, maître maçon, tous les doux de Gand; après quelques pourparlers, examen des plans et explications, on fut d*accord.

Les maîtres gantois s'obligèrent de fournir, ('quarrir, tailler et mettre en œuvre tous les matériaux et spécialement les pierres (orduyn steenen) nécessaires pour édifier les façades des nouveaux comptoirs et ce, moyennant la somme de cinq mille quatre cents livres parisis (2700 florins). Dans celte somme étaient comprises les indemnités dues pour frais de route et de séjour.

Cette convention fut signée, croyons-nous, le 19 février 1620, car à cette date les trésoriers remirent à maitre de Haezc une livre de gros (douze livres parisis) pour les pauvres de Gand (godtspenninck) et, suivant Tusage du temps, seize livres à titre de « présent pour les dames des entrepreneurs (i) ».

La première pierre du Nieuwerck fut posée le 12 juin 1620 par Messire Jean van Ydeghcm, seigneur de Wyse,

il) « M* Oilles van Waesbergbe eode Laureins de Haeze anghenomeo hebbende tô leveren ende te maeken ofte besnieden de maierialen tôt erectie van de nieuwe comptoiren an de oostghevele van de halle volghens accord met die vander tresorie. ghemaect, es betaelt volgena d'ordon: van den xix sporcle xvj«twintigh om by hemlieden ghedistribneert te zyne an de aermeu van de stede van Qhendt, ende quittan: hier ghesien . . xv ft. »

(Compte avril 1619 à avril 1620.)

ce An de zelve om hemlieden huisvrauwen xvj ft. »

(Même compte.)

grand bailli de la ville et châtellenie d^Ypres, et Messire Jean Ghrisostome de Courtewille, avoué de la ville, posa la seconde pierre (i).

Aussitôt les entrepreurs s'empressèrent de remplir leurs engagements avec une telle activité que, dès le mois d'octobre 1621, ils avaient complètement exécuté les stipulations de leur contrat; le 23 de ce mois, il leur tut payé la somme de cinq mille deux cent trente-six livres, qui, avec celle de cent soixante-quatre livres antérieurement soldée à compte et pour frais de roule, formait la somme totale de cinq mille quatre cents livres stipulée dans la convention conclue au mois de février 1620 (2).

Mais cette entreprise ne comprenait que la fourniture, la pose des pierres et la grosse maçonnerie. Beaucoup d'ouvrages de charpenterie, de menuiserie, de ferronnerie et autres encore étaient faits aussi vers la fin de 1621 ; des matériaux et fournitures de toute espèce: bois, briques, carreaux, avaient été livrés; puis, il avait fallu songer à la décoration des façades, y faire tailler des moulures et ornements etc.

(1) Nos chro. MS.

(2) « Betaelt aen Laareins De Haeze, M' steenhouwere, v» ii« xxxvi ^. parisis. welcke somme, met ï* Ixiiij %, parisis in f voorgaende acte hy memorie ghebroght, es de voile betalinghe van vyf duust viere hondert ponden parisis die hy ontfaen moeste voor de leveringhe vande orduyn steenen, met ij« ^. parisis voor t' voyage by hem ende by M^ metser Gilles van Waesberghe van Gendt tôt in dese stede ghedaen, om te spreken ende advyseren up het poinct van dese nieuwe comptoiren up cruasvaulten, ende raekecde dea cost ende t'uprechten van diere te contracteren ende accorderen zoo ghedaen es, naer inhouden vanden contracte by hemlieden beede onderteeckent rustende ter tresorie ter collacie vanden iii '^ quartier gheslen met ordonnancie vanden 23 octobre 1G21, ende quitantie, v*" ij« xxxvi %. »

(Compte spécial intitulé : Nieuwe vaussure, schepenen capelle, cameren ende coMptoit en ande Oostzyde vandei' ffalle.-^ !•' janvier au 31 Xbre 1621 .)

Nos trésoriers donnent sur tous ces ouvrages des détails, si curieux, si complets et si nombreux qu'il ne serait possible ni de publier ici en note ni même de résumer tous les libellés de ces comptes. Nous nous bornerons donc à en analyser quelques-uns et nous en imprimerons d'autres à la suite de ce travail (annexe B). Ces extraits du compte spécial (l'*' janvier au 31 décembre 1621) offrent un certain intérêt; ils (ont connaître les noms des principaux maîtres ouvriers d'Ypres, les travaux qu'ils exécutèrent et les prix dos matériaux, au commencement du XVir siècle.

Notons d'abord un acte de vandalisme, pour ne pas dire une profanation déplorable, qui démontre combien peu l'on respectait alors la mémoire des morts. Ou plaça sous les colonnes, des pierres tombales... enlevées à l'église de S^ Martin; le receveur de cette église, Jacques Denis, vendit ces pierres à la ville au prix d'une livre le pied courant.!! (i).

Outre les cinq mille quatre cents livres montant de leur entreprise, Vau VVaesberghe et De Haeze touchèrent encore en 1621 plusieurs sommes importantes, entr'autrès : Cent quatre-vingt-dix livres, pour fourniture et taille de la corniche; — six cent trente- six livres pour livraison de pierres non prévues au devis et huit cents livres pour taille et fourniture des galbes placés au sud et au nord de l'éditice; ces deux galbes et le pignon central (la chapelle) avec sa belle fenêtre avaient été commandés le 30 mai 1621 (2).

(1) c< Jacques Denis, ontfangher van S** Maertens kerke, Ix ^. x s. Toor leTeringhe van 60 voeten >/, zarcksteenen te xx s. den voet om te legghen onder de bassementen Ix ft. x s. »

(Compte 1621.)

(2) « Den xxx»" meye 1621 was gheresolveert by xnynen heeren Yoocht

Un autre sculpteur — étranger aussi , croyons-nous, à la ville — nommé de Bocourt (i)« tailla les bases et les chapiteaux des colonnes; Jan de Gorte (s), maître yprois, sculpta deux tom;?^^^^ (culs de lampe?) pour clefs de voûte et six mascarons (troignen) à placer à l'extérieur.

Ainsi les divers ornements si gracieusement traités du Nieuwerck sont les œuvres de ces trois sculpteursornemanistes.

Les trois grandes croisées formant « Bretêque (3) » dans la face sud, et vingt-et-une doubles croisées furent faites et fournies par Jan van de Velde.

Jan de Vos, plombier, entreprit, le 11 août, de faire et de placer les gouttières (4).

La grosse ferronnerie avait été commandée à Gand; comme les pierres achetées en cette ville ou à Béthune; les ancres et autres grosses ferrailles furent transportées à Ypres, de Warnêton où elles avaient été amenées par la Lys.

Enfin on lit les approvisionnements nécessaires d'ardoises, carreaux et briques de toutes espèces.

Tous ces matériaux, avant d'être mis en œuvre, étaient

ende schepenen Caucthoriseren de ghecommiteerde ter tresorle om te besteden ande steenhaawers ende meester metsers van Obent drie driecantflp opergbevels van de comptoiren te wetene eene van zayden een andere van noordea ende een in de middel op den oosten. • (1} Nous n'avons pas retrouvé ailleurs ce nom dans nos comptes.

(2) II appartenait à une famille qui donna plusieurs statuaires remarquables à la ville.

(3) Cest à dire le fenêtrage de la façade sud vers la place. C'est donc de la cbambre au premier étage du Nieuwerck — servant de bretêque — qu'on fit au XVI1« siècle les publications des ordonnances scabinales et des antres actes de l'autorité.

(4) Registres des résolutions des commis à la Trésorie. Registre du 20 juin

1609 au 23 avril 1723, f» 33.

mesurés, examinés (expertisés) et repris par Guillaume Staessen, conducteur ou surveillant des travaux.

En même temps qu'on travaillait ainsi au « nouvel ouvrage(i)»), on construisait le nouvel escalierdela Halle. C'est encore de Haze qui livra les marches et les pierres de Brabant pour faire ce Hallesteeghere. Cet escalier ne fut complètement achevé qu'en 1630. L'une des clefs de la voûte qui le couvre, porte encore cette date.

D'après le compte spécial qui nous a fourni tous ces renseignements, il fut payé du l''^ janvier au 31 décembre 1621 pour le Nieuwerck : dix-sept mille trois cent quarante-six livres parisis et quelques schellen.

On avait donc travaillé très activement.... très vite. Mais avait-on travaillé bien ?...

Dès les premiers jours de Tan 1622, de sourdes rumeurs s'étaient répandues en ville; des maitres-ouvriers venaient examiner, d'un air narquois, «lenouvel ouvrage»; le soir on chuchotait dans les tavernes..., on y entendait parler de fissures, de voûtes qui cédaient, de lézardes, de fautes commises, d'ouvrages mal faits... et ces rumeurs devinrent générales, quand on vit étançonner les voûtes et les murs du Niemvêrck .^..

Bientôt les maitres-ouvriers d'Ypres, froissés d'avoir vu confier ce grand travail à des étrangers, déclarèrent avec une satisfaction à peine déguisée, que l'édiGce était mal construit.... qu'il ne pouvait tenir... qu'il croulerait

Nos chroniqueurs locaux racontent que ces sinistres prévisions se réalisèrent ; « le nieutverckj disent-ils, s'eifondra, et les ouvriers gantois, honteux et confus,

(I] Poar les détails des ouvrages et fournitures mentionnés ci -dessus voyex annexe B.

s*enfuirent de la ville... poursuivis par les huées de la populace yproise (i) ».

Ce récit n'est pas complètement exact.

Subissant l'influence du mécontentement général et du dépit éprouvé par nos ouvriers — que la préférence donnée à des maîtres étrangers avait irritéset humiliés, — nos annalistes racontent comme un fait, ce qui ne fut qu'une éventualité... Mais malheureusement trop probable !...

L'espèce de fatalité qui avait si longtemps retardé et entravé la construction du (c nouvel ouvrage », semblait en effet s'attachera cet édifice....; il fut bientôt officiellement constaté que le désastre prévu était inévitable.

D'après un rapport fait au conseil, en sa séance du 9 mars 16ââ, le nieuwerck s'affaissait (was beghevende) de jour en jour, malgré toutes les mesures prises, pour le soutenir, par un homme spécial (sans doute un ingénieur) envoyé de Gand !

Nonobstant les élançons que l'on y plaçait de tous côtés, les lézardes devenaient de plus en plus larges et les déchirements de plus en plus apparents !

Quelles étaient les causes de ce désastre ?

Les travaux avaient-ils été mal exécutés ? Il serait difficile de le croire, car les entrepreneurs de Gand ne perdirent pas la confiance de nos échevins; ceux-ci leur firent encore, comme on le verra plus loin, des commandes pour le Nieuwercky puis pour la conciergerie (2). Nos magistrats n'auraient certes pas continué à s'adresser à des maîtres dont l'incurie et fincapacité auraient été les causes d'une pareille catastrophe.

(1] Nos chroniques manuscrites.

(2) Voyez plus loin : La conciergerie , page 270.

Avait-on travaillé trop vite ? Les maçonneries n*avaientelles pas pu se tasser graduellement et s*asseoir solidement ? Les plans n*avaient-ils pas été établis, et les |)ortées et poussées des voûtes, calculées d'après les règles de l'art ? Celte dernière conjecture n'est pas dénuée de vraisemblance puisqu'on augmenta plus tard le nombre des colonnes qui devaient porter ces voûtes.

Mais c'est à la décision prise de maintenir les anciens piliers supportant les chambres bâties en 1375, qu'il faut attribuer surtout ce désastre. Assis d'un côté sur des colonnes neuves ayant pour fondations des pierres sépulcrales et des maçonneries nouvelles, de l'autre sur des vieux piliers, rongés par le temps, mais à bases immuables, le c( nouvel ouvrage » pouvait-il se tasser d'une manière uniforme ? ne devait-il point fatalement se lézarder et finalement tomber en ruines?

Nos magistrats, en hommes pratiques, ne perdirent pas leur temps à récriminer; ils avaient pu constater les fautes commises et se hâtèrent de les réparer. On convoqua les principaux maîtres maçons et charpentiers de la ville pour leur demander conseil.

Nos maîtres Yprois oublièrent sans peine que leur amour propre avait été froissé. Ils triomphaient du reste! N'étaient-ils pas appelés à juger l'œuvre si mal réussie de leurs rivaux? à devenir les conseillers, en quelque sorte les coopérateurs, de ces mêmes magistrats qui leur avaient infligé l'humiliation de méconnaître leur habileté? l'appel fait à leur expérience, à leur lumière, n'était-il pas une éclatante et complète réhabilitation?

Dès leur première délibération, nos maîtres Yprois furent unanimement d'avis que, dans l'état ou il se trouvait, le nouveau bâtiment ne pouvait rester debout (niet m es houdelie staende) et qu'il fallait 4** tout au

moins enlever (aflezen) les voûtes» les piliers et toutes les maçonneries à une hauteur suffisante pour établir au rez-de-chaussée de Tédifice des colonnes entièrement neuves et en plus grand nombre, 2** reconstruire ces voûtes et 3** faire d'autres ouvrages... « pour réparer les erreurs et corriger les fautes commises. »

Ainsi, on proposait de démolir tout le rez-de-chaussée — la galerie et les voûtes — du Nieuwerck et pendant qu'on les reconstruirait, de soutenir l'étage de l'édifice, avec sa charpente, au moyen d'une forêt d'étançons.

C'était là une entreprise hardie : son exécution étaitelle exempte de périls? Une telle masse de maçonnerie pouvait-elle, sans se lézarder, rester en quelque sorte suspendue, durant le temps nécessaire, pour faire au rez-de-chaussée les importants travaux indiqués? dès lors une nouvelle catastrophe n'était-elle pas à redouter?

Cette crainte semble avoir été partagée par les cinq principaux maîtres ouvriers que nos édiles convoquèrent (le 8 mars) pour délibérer à nouveau avec eux sur cette grave affaire.

Ces cinq maîtres déclarèrent qu'on pouvait avoir quelqu'espoir de conserver en partie le Nieuwerck, en donnant suite à la proposition de leurs confrères, mais qu'il serait beaucoup plus prudent et plus sûr de démolir tout le bâtiment, puis de le reconstruire avec les anciens matériaux. A l'appui de leur proposition, ils firent remarquer que ces démolition et reconstruction totales n*occasioneraient pas des dépenses excessives, qu'elles coûteraient à peine cinq cents florins de plus que l'exécution du projet de reconstruction partielle.

Le conseil partagea cette opinion et demanda, séance tenante, si et à quelles conditions les auteurs du

projet ou quelques-uns d^entr'eux consentiraient à entreprendre le travail proposé.

Dès le lendemain, fut conclue entre nos magistrats d*une part» Pierre et Jean de Bueq, Quentin Brixis et Guilain Yermeulen d'autre part, une convention, d'après laquelle ces quatre maîtres s'engagaient, solidairement et sous caution, à démolir le « nouvel ouvrage », puis à le rebâtir, pour la somme de quatre cents livres de gros, plus un pot de vin de cinquante livres parisis et ce aux condititions suivantes :

Les entrepreneurs s'obligeaient:

1" A exécuter le travail perfectim^ sous leur responsabilité, et à le garantir de toute lézarde, fissure etc., tant dans les voûtes que dans les murs.

2* A employer les anciennes pierres de Brabant, actuellement mises en œuvre.

3"" A remplacer, à leurs frais, celles de ces pierres qui ne pourraient plus être utilisées.

4* A achever le travail avant la fin du mois d'août de l'année courante.

De leur côté nos magistrats prenaient l'engagement de fournir :

!• Les briques d'Houpelinnes et Freilenghien jugées nécessaires.

^ Les colonnes avec bases et chapiteaux qui devaient remplacer les anciens piliers.

3' Le mortier, la chaux et autres matériaux.

¥ Les pierres de Brabant dont on aurait besoin pour donner à la nouvelle façade une hauteur de cinq pieds de plus qu'à l'ancienne.

Ainsi non seulement on réparait la faute commise, en mettant les vieux piliers au rebut, mais on profita encore de la circonstance, pour donner plus d'élégance au bâti-

ment en le relevant de cinq pieds, pour lui donner un second étage.

Le même jour une autre convention fut passée avec trois charpentiers: Ândries Provengier, Glais et Jean Ryckasseis.

Moyennant une somme de trente livres de gros et un pot de vin de cinquante livres parisis, ces maîtres s*engagèrent à démonter, puis à remonter la charpente et à remplacer, sans frais pour la ville, les pièces de bois brisées, sauf les voliges à ardoises (schaiUiebert) (i).

Pour achever un tel ouvrage en une campagne de six mois (Mars à Août), on n'avait pas de temps à perdre; aussi se mit-H)n immédiatement au travail. Magistrats et entrepreneurs remplirent scrupuleusement leurs obligations. Tandis que ceux-ci exécutent leurs entreprises, les trésoriers se* hâtent de conclure des marchés avec des maîtres ouvriers de divers états.

Le 14 février 1622, Nicolas BuUaert, demeurant au Quesnoy, entreprend la fourniture de toutes les grosses ferrures nécessaires aux fenêtres de la nouvel ouvrage et vaussure au boult de la halle (s).

Le 12 mars 1622, Guillaume de Kerle, couvreur, s'engage d'ôter les ardoises couvrant le toit du Nieuwerck, et de les replacer après la reconstruction dudit toit (s).

Le 16 mars 1822, les entrepreneurs Adrien Provengier, Glais et Jean Ryckasseis, s'obligent à faire des ouvrages supplémentaires au toit pour la somme de six livres de gros (4).

(1) Voir annexe C, procès verbal de la séance du neuf mars 1622.

(2) Registre des résolations des commis à la trésorerie du 20 juin 1609 au 22 avril 1123, fol. 2, v*.

(3) Marne Reg: fol. 36, r*.

(4) Même Reg: fol. 36, ▼•.

Le 3 juin 1622, Glaeis Flahau (i) entreprend de fournir toutes les petites ferrailles nécessaires pour ouvrir et fermer les portes et les fenêtres du l' et du 2' étages du Nieuwerck, ainsi que les ferrailles devant servir comme ornement, telles que rosaces et autres objets, et ce à raison de 20 H parisis pour chaque croisée (2).

Et le 27 juillet 1622, Guillin Vermeulen et consorts ayant entrepris de rebâtir le nouvel édifice du Nieuwerck, entreprennent en outre la maçonnerie du deuxième étage, à la journée, à 40 sous parisis par jour (3).

En même temps que les trésoriers passent ces marchés et beaucoup d'autres, ils font transporter, à piedd*œuvre, tous les matériaux nécessaires, achetés non plus à Gand mais presque toujours à des fournisseurs yprois.

Les extraits de comptes (1622 et 1623) que nous publions en annexe (D et E) donnent Tindication des sommes payées aux divers entrepreneurs, maîtres ouvriers, fournisseurs et Ton constate, par la nature même des dépenses soldées, qu'en 1623 et, même dès la fin de Tannée précédente, les travaux étaient assez avancés pour qu'on pût s'occuper des ouvrages de parachèvement, puis de l'ameublement des nouveaux comptoiren.

Ainsi, un peintre nommé Antheunis reçoit en 1622 quarante livres parisis pour avoir peint à l'intérieur de ces comptoirs les armes du Roi d'Espagne et de la ville d'Ypres; — on reçoit des carreaux d'Anvers pour faire les pavements; — plusieurs verriers et entr'autres Clais et Jan fiabinga, fournissent du verre pour une somme de deux cent vingt-neuf livi^s.

(1) Clais Flahaat était garde de l'Horloge de la ville. (2J Reg:cité,fo].46, vo.

(3) Même Reg : fol . 39, r».

La famille Babinga (alias de Babiuga) était une famille de peintres verriers renommés ; en 1603, nos échcvins avaient commandé à Tymothée de Babinga une grande verrière pour la Chapelle de Notre-Dame de Thuyne, dans réglise des pères Récollets. Cette verrière n'avait pas coûté moins de deux cent vingt-quatre livres dixsept sous (i).

Notons ici que Ton plaça, sous les nouvelles colonnes, comme sous celles posées auparavant, des pierres sépulcrales enlevées encore à Féglise de S^ Martin et vendues par Jacques Denis, son receveur, à raison de vingt schellen le pied (s). Est-il étonnant après cela qu'il n'existe plus dans cette église aucune ancienne inscription funéraire ni pierre tombale ? l'enlèvement de ces pierres était d'autant plus injustifiable que leurs épitapbes rappelaient sans doute la mémoire de plus d'un bienfaiteur des pauvres ou de cette église.

En 1623, on paie aux divers entrepreneurs qui avaient donc rempli leurs obligations,dans le délai fixé, les sommes dues pour solde de leur entreprise et pour travaux imprévus [overwerck). — On place des croisées, des châssis, des cloisons. — Des verriers, Jan Van Brielen, Passchier Betheman, Peeter Wastain et Maillaert Stuvaert livrent aussi et posent des quantités plus ou moins consi-

;!) c< Tymotheus de Babinga glaswerker van ghemaekt thebben een glasveinster in de Capelle van Maria van Thuuae, patronesse deser stede, van den hoochde van xviij vœten en half ende breet thien voeten inhoudende c iiij >^ v voeten dies de 87 voeten ende iij vierden voets syn geschildert glas ten pryze van xl s. p. den voet, clxxv ^. x s. Ende resterende iiij ^lx xvij voeten wit glas te ix s. de voet, xliij %, xiij s., ende van andere glas, veinsters gherepareert thebben in de zelve capelle, v ^. xiiij s. Tsamen ii^ xxiiij %, xvij s. ■ (Compte de la ville 1603.)

( 2) Compte spécial 1622.

dérables de verre à vilres iDcolore. Enfin on commande àPieter Moenens le nouveau mobilier des bureaux: des csisiers(loketten)y des tables, des armoires (schapraen)^ des escabeaux, des bancs et Jan de Zomere livre les draps rouges, nécessaires pour couvrir les bureaux des greffiers ei des trésoriers.

Ëntio^en 16!2i,on solde encore quelques rares dépenses en souHrance, puis on meuble la chapelle (i) et Ton con* slruit une nouvelle « conciergerie » (a).

Notre Nieuwerck était donc complètement achevé et meublé avant 1624.

D*après les comptes spéciaux intitulés NieuweWaussure, schepenen capelle, cameren, ende compiairen ande oostzyde van der Halle, iL fut payé |)Our la construction première, la démolition et la reconstruction de tous ces édifices, du l*"' janvier au 31 décembre :

17,346 livres

se.

et 9 d.

parisis.

Total

La valeur intrinsèque du florin de Brabaut était, suivant M. Chalon (s), (1618 à 1690) de francs 2, io, donc

(1) V^oy: plus haut: La chapelles des Échevins, page 157. ^2) Voy: plus loin : La conciergerie, page 270. .3 Déduction faite de 75 livres pour ameublement de la chapelle. f4] Extraits du compte de cette année 1624: !<> solde de compte au verrier Passchier Belieman 32 ft. 9 s. 8 d. et 533^. 15 s. Od.

Pour lambrissât: e de 2 comptoiren.... peut-être les bureaux suspendus à l'ouest du siège scabinal ? Ces comptoiren furent-ils alors restaurés ? (5) Revue Belge de Numismatique , 1871, p. 190.

la valeur de la livre parisis ou i/:2 florin de fr. 1,225. La construction du nouvel ouvrage n*aurait ainsi coûté qu'une somme équivalente à 47,471 fr. 21 centimes.

Mais il ne faut pas perdre de vue que la valeur indiquée est la ysileuv intrinsèque du florin de Brabant calculée â raison de fr. 222-22 le kilogi*amme d'argent fin et non sa valeur d'échange ou relative aux prix des denrées (i).

Il est, d*un autre côté, possible et même probable que certains travaux et diverses fournitures furent alors portées au compte général de la ville, rubrique : stoffe en werkenj (matériaux et travaux.)

Les maîtres ouvriers d'Ypres reconstruisirent le Nieuwerck dans d'excellentes conditions, perfectim, comme ils s'y étaient engagés (â). On n'en peut douter, car en 1860 on ne voyait encore dans cet édifice ni fissures ni lézardes... mais le temps — tempus edax, — avait rongé les ornements de ses façades et celles-ci faisaient contraste avec le beff'roi et la Halle qui venaient d'être complètement restaurés.

L'administration communale, d'accord avec le gouvernement, résolut donc de restaurer aussi cette partie de

{)) Ed évaluant avec M. Chalon, la valeur intrinsèque du patard de Braliant (stuyver) à 12 cent. 23/100, on pouvait, d*apràs nos chroniques, acheter en 1632 pour :

3 Patards (Fr. 0,3669) un pain de 8 livres.

2 Patards (Fr. 0,2446) vingt-cinq œufs et pour la même somme une pièce de beurre. Nos annalistes font observer, il est vrai, qu'en 1632 les vivres étaient exceptionnellement bon marché.

{2) Nos lecteurs trouveront dans le recueil des actes de l'administration comnaonale dTpres, 1* Une note sur le Nieuwerck, due, pensons-nous, à M' Diegerick. (Actes. Vil. p. 132.) 2» Une description de cet édifice, par l'architecte Scoonejans, croyons-nous, (VII, p. 130) et 3> de nombreux détails sur la reconstruction faite à notre époque (Actes. VI et VII passim). Nous croyons pouvoir nous dispenser de reproduire, même d'analyser ici ces documents.

notre monument. Les colonnes et les voûtes encore en parfait état de conservation, furent maintenues, mais on démolit, puis on reconstruisit — comme en 1622 — toute la façade est et les deux pignons sud et nord.

En 1860 et 1861, on prépara les matériaux; les anciens ornements et décorations furent exactement copiés. M' Thoris, ornemaniste-sculpteur, secondé par divers ouvriers de la ville, fit ces ouvrages de sculpture (i), puis on procéda aux démolitions, enfin à la pose de la première pierre de cette reconstruction.

Qu*il nous soit permis, en terminant cette notice, de citer ici quelques extraits d'un document officiel (s), qui nous rappelle aujourd'hui, dans notre retraite, le souvenir d'anciens collaborateurs et vieux amis, et Tun des meilleurs épisodes de notre longue carrière administrative et politique.

ce La pose de la première pierre de la restauration du Nieuwerck, porte ce document, a eu lieu, le 10 août 1862, par le ministre de Tintérieur, M' Alphonse Vandenpeereboom, à Toccasiôn de sa première visite officielle dans sa ville natale

« Lorsque M' le Ministre, ainsi que les autorités qui raccompagnaient, fut arrivé sur la magnifique estrade dressée devant le pignon sud du Niemverck, W Téchevin Beke, faisant fonctions de Bourgmestre, lui adressa un discours, dans lequel il retraça l'historique du bâtiment des Halles et du Nieuwerck, et pria M' le ministre de vouloir bien procéder à la pose de la première pierre.

(1) Les statuettes sont l'œuvre de M' Puyeobroeck, staïuaire à Bruxelles.

(2) Ricueil des actes de Vadministratiwi communale de la ville crY/.res, V. p. 509. Mipporl sur V administration et la situation des affaires de la mile d*YpreSj pendant Vewtrcice 1862.

« M' le ministre... répondit au discours de M' l'échevin Beke et posa ensuite une pierre commémorative, portant pour inscription : « Restauratum 1862. »

c( Le procès verbal de la cérémonie fut dressé, séance tenante, écrit sur parchemin, signé par M' le ministre et par les autorités présentes et déposé dans une boite en plomb soudée, incrustée dans ladite pierre.

ce Dans la même boite furent déposés :

« i"" Un exemplaire des treize jetons de présence du conseil communal, (années 1849-1861.)

c< 2^ Un exemplaire de toutes les monnaies du royaume qui se frappaient à cette époque.

ce 9" Une plaque en cuivre portant Tinscription suivante:

a La première pierre de la restauration du Nieuwerek A ÉTÉ posée par M' Alphonse VANDENPEEREBOOM , COMME MINISTRE DE L'INTÉRIEUR, le 10 Août 1862.

« Étaient membres de r Administration: MM** Pierre Beke et Paul Bourgois, échevins, le premier faisant fonctions de bourgmestre.

MM. Théodore Vanden Bogaerde, Charles Vande Broucke, Auguste de Ghelcke, Pierre-Léopold-Francois Boedt, Charles Becuwe, Charles Lannoy. > conseillebs.

Louis Van Alletnnes, Louis Van Heule, Léopold Merghelynck et Auguste Beaucourt,

Jules de Godt était Secrétaire (i) ».

'1' Archives (rVpres.

Page 1