‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur YpresChapitre 29 sur 56 · RESTAURATION DES HALLES AU · texte numérisé non relu

RESTAURATION DES HALLES AU

Xir SIÈCLE.

On raconte à Ypres, que, peu de temps après la prise de cette ville par les armées de la république française (1794), un membre de la municipalité proposa de démolir le Beffroi et la Halle; d'après lui, « ces bâtiments auraient été trop grands et sans utilité pour la commune dont les ressources seraient insufSsanles pour entretenir de tels édifices ! ! »

Ces monuments, « vestiges de Tancien régime », rappelaient peut-être trop d'ailleurs « les abus d*un autre âge » ! notre municipal aurait donc proposé de les raser, de vendre les matériaux et de construire « une jolie petite Halle ou mairie » en rapport avec les besoins de la localité et d*un entretien peu coûteux....

Bien que ce récit soit déjà légendaire à Ypres, nous hésitons à croire qu'il ait pu se rencontrer, même en 1794 ou 1795, un « citoyen sans-culotte » assez insensé pour faire une semblable proposition.

En tous cas, si cette motion a été faite, elle ne fut heureusement pas adoptée ; mais nos municipaux semblent avoir confié au temps, la mission d'accomplir l'œuvre

de destruction. D'ailleurs a Tépoque de ^ république, du directoire et même sous l'empire, les monuments de Fantiquité grecque et romaine seuls étaient en honneur ; on qualifiait dédaigneusement de « vieux bâtiments gothiques » les magnifiques édifices de style ogival construits au moyen-âge. D'un autre côté, à cette époque de domination étrangère, la ville d'Ypres était sans resources aucunes ; ses édiles auraient- ils pu songer à restaurer leurs monuments ?

Nos Halles étaient donc dans Tétat le plus pitoyable, quand en 1815, après la bataille de Waterloo, les anciennes provinces Belgiques furent délivrées de la domination française.

De 1815 à 1830, — bien que le goût ou plutôt la mode du style grec et romain fût encore dominant, — on comprit qu'il importait, sinon de restaurer, du moins de conserver nos monuments nationaux; la « régence» de notre ville fit donc exécuter alors, aux Halles d'Ypres, les travaux de réparation et d'entretien les plus urgents.

Les immenses toitures, qui laissaient entrer la pluie de toute part, sont remises en bon état. On répare les mui*s dans les quels l'eau du ciel s'infiltrait, en un mot on exécute les grosses réparations que réclame la conservalion du monument et l'on fait même quelques « embelissements » plus ou moins heureux.

Ainsi, les belles fenêtres de la Halle furent garnies de ce jolies croisées » en bois peint d'un style ogival quelque peu fantaisiste et l'on reconstruisit le grand escalier, à double rampe, qui, placé devant le beffroi, donnait accès à la grande salle du monument.

Cette reconstruction se fit, d'après les plans de ^L Roelandt, architecte de Gand, « dans le goût du jour », c'est-à-dire conformément à toutes les règles de l'archi-

lectures grecque, et Ton posa, sur les deux piliers terminant la balustracTe du nouvel escalier, des lions soutenant les armoiries dTpres. Ces lions sont aujourd'hui places à rentrée de la ville par la rue de Menin.

Gomme le constata notre ami et successeur regretté, M' Pierre Beke, Bourgmestre d'Ypres (i), dans le discours qu'il prononça, le jour de inauguration de la chambre des échevins restaurée (i), « la Belgique avait ret onquis, en i830, son indépendance, elle s'était donné les institutions les plus libres du monde!

ce Elle voulut rattacher le présent aux grands souvenirs du passé et démontrer à tous que le nouvel ordre des choses n était que la conséquence logique de ses anciennes et glorieuses traditions. Elle en trouva la démonstration dans ses majestueux monuments civils et dans ses splendides églises.

« Ces vastes hôtels-de-ville, ces beffrois imposants dominant les faites des autres monuments des cités, proclamaient rénergie avec laquelle les communiers ont lutté pour la conquête de leur affranchissement, de leurs droits et de leurs privilèges.

« Ce sont ces efforts qui ont développé dans le cœur de nos populations, ces idées d'indépendance et de liberté

(1) M' Pierre fieke, né le 13 Mai 1814 à Ypres, docteur en droit, fat conseiller communal (24 Octobre 1842), conseiller provincial (1849), échevin de la' ville dTpres (29 Janvier 1855), président de la chambre d** commerce ^1855', liourgmestre de la même ville (4 Novembre 1862), membre de la chambre des représeniants [1868 à 1870), chevalier de Tordre de Leopold 1861. Il moarut le 23 Octobre 1875. Durant sa longue et laborieuse carrière, cet homme de bien, intelligent, dévoué, populaire, d'une loyauté exemplaire, rendit de nombreux services à sa ville natale.

(Voy: Notice biographique et discours prononcés sur la tombe de Pierre Beke. Ypres, Ange Van Eeckhout 1875.

(2) 8 Août 1869. Voy: Ann. Hoc. West-Fl. t. IV, p. 222.

inscrites actuellement dans nos lois, comme dans nos cœurs !

(c Le gouvernement issu de la rénovation de 1830 comprit qu'il était de son honneur et de son devoir de perpétuer ces souvenirs afin de démontrer que la liberté n'était pas née en Belgique, avec les événement de 1830, mais qu'elle y avait des assises profondes depuis des siècles et que le nouvel ordre de choses devait son origine aux aspirations anciennes et constantes des populations Belges.

« Il fut donc résolu de restaurer les monuments, témoins des hauts faits de nos pères, et de les rétablir dans leur style et leur splendeur primitifs ».

Une Commission Rovale des monuments avait été créée vers 1835. Cette création est due à Finitiative personnelle du Roi Léopold I, le sage et glorieux fondateur de notre dynastie nationale (i).

La ville d'Ypres, animée des sentiments que son bourgmestre exprima si bien en 1869, fut une des premières en Belgique (|ui conçut le projet de restaurer ses monuments et de s'associer ainsi à la patriotique pensée du gouvernement et de son chef constitutionnel.

C'était une entreprise hardie, considérée comme téméraire par les gens timides, comme irréalisable par quelques administrateurs préoccupés avant tout de la situation financière de la commune: Ypres était une modeste petite ville ! elle avait peu de ressources ! ses Halles étaient immenses! Le temps en avait rongé toutes les sculptures et décorations! où trouver les fonds nécessaires pour faire de tels travaux?

fl) La lettre de S. M. qui provoqua la formation de cette commission, est déposée dans les archives du département de Tintérieur.

Aussi, dans le principe, n'osa-t-on songer qu'à entreprendre quelques restaurations partielles.

En 1840, Tadministration avait été obligée de faire exécuter d'urgence, — et pour éviter les malheurs que menaçaient d'occasionner la chute des moellons, — un commencement de restauration, à la galerie qui entoure le toit de l'hôtel de ville; mais le peu de moyens dont elle pouvait disposer, l'avait empêchée de continuer ce travail, à l'achèvement duquel ne pouvaient suflBre les ressources communales et bientôt, ajoute ce rapport officiel, si le gouvernement ne vient tendre une main secourable à la ville, on verra dépérir un des plus beaux monuments du royaume qui faisait l'admiration des étrangers » (i).

Ce cri de détresse fut entendu d'abord par le conseil communal, qui vota au budget de 1841 , un premier crédit de 6000 francs, pour restaurer les galeries du monu* ment (2), puis par le gouvernement et l'autorité provinciale: un arrêté royal, du 16 Novembre 1842, alloua, sur les fonds de l'état, un subside de 3000 francs par an, pendant six années « pour aider l'administration communale de la ville d'Ypres, à faire restaurer le bâtiment des Halles »; l'autorité provinciale s'engagea de son côté à intervenir dans ces dépenses pour les mêmes sommes.

La commune pouvait donc disposer, — y compris le crédit de 3000 tr. à voter tous les ans sur son propre budget — d'une somme annuelle de 9000 fr., soit, pour les six années, de 54,000 francs.

Il) Necueil d^x actes de Cadminis^t'ation rommui'ale. — !*û]pof't sur la si^ration de la commune, présent é /e 4 Orlo'fe 1841. t. II, p 255. Nous fiiipruDtonH à ces rapports, à nos souvenirs jiersoonels, à divers documents officiels et aux comptes, etc. de la ville, les détails qui suivent.

(2) Budget 1841.

Certes, ces allocations devaient être insuflBsantes pour achever d'aussi importants travaux; cependant Tadministralion n'hésita plus dès lors à entreprendre résolument une restauration complète ; en son bon droit elle avait confiance, et restait convaincue que l'autorité supérieure, continuerait d'accorder ultérieurement son concours, indispensable pour accomplir l'œuvre entreprise.

A dater de 1843, on se mit au travail, avec un enthousiasme patriotique.

Les rapports annuels sur la situation de la ville donnent le détail des sommes dépensées et des travaux faits (;haque année; nous croyons pouvoir renvoyer nos lecteurs à ces documents officiels; il suffira de rappeler ici quelques faits présentant un intérêt particulier.

Les travaux furent exécutés, sous la haute surveillance de la commission Royale des monuments, d'après les plans et sous la direction de M. Dumont, architecte de Bru xel les (i), artiste de mérite, qui construisit en Belgique les premières prisons cellulaires, ayant un cachet monumental.

L'établissement des échafaudages, l'achat et le transport des matériaux, la sculpture des premières pierres taillées et d'autres ouvrages préparatoires exigèrent des dépenses considérables et retardèrent le commencement de la mise en œuvre de ces matériaux, pendant plus d'une année.

Mais en 1845, après dix-huit mois de travail, la partie supérieure du Beffroi était restaurée (s); la restauration de ses quatre faces — en briques blanches — jusqu'à la deuxième galerie et de ses tourelles fut achevée avant la fin de Tannée suivante (1846) (s).

(1) Rapport lOfév. 1844 {Actes. III, p. 47 )

(2) Rapport 19 septembre 1845 [Actes. III, p. 217.) :3 Rapport du 11 décembre 1846 [Actes, IIÎ, p. 325.;

Cette même année» le conseil décida (28 octobre 4846) qu*il serait frappée par M' Wiener, une médaille commémora tive de la restauration des Halles dTpres (i).

Mais bientôt surgit une question importante et dont la solution exigeait un examen sérieux.

L escalier à double rampe, restauré avec tant de soin avant 1830, pouvait-il être conservé et, s*il disparaissait, que devait-on mettre à sa place?

Cet escalier ne datait évidemment point de Tépoque même de la construction du monument ; l'appareil et les ornements du mur de face qu'il recouvrait en partie, le prouvèrent à toute évidence ; ce steeghere ne figure pas même, sur le plan de la ville gravé, vers 4610, par Guillaume du Thielt, il était donc de construction relativement récente ; d'ailleurs les escaliers extérieurs à double rampe, étaient inconnus à Tépoque de la construction du monument et même beaucoup plus tard.

L'escalier de la Halle constituait ainsi, à la fois, un anachronisme matériel et un hors d'œuvre, d'autant plus regrettable que par son style grec, il contrastait avec tous les autres dispositions et ornements de l'édifice ; sa masse disgracieuse coupait les lignes graves et immenses de la Halle aux draps et dénaturait le style général de cette construction du XHI siècle.

L'archéologie et nos documents condamnaient donc cet hors d'œuvre... mais le Halletrap avait toutes les sympathies des « vieux bourgeois d'Ypres »; il eut ses défenseurs fanatiques; on écrivit de longs mémoires pour démontrer qu'il devait être maintenu; l'idée de le voir disparaître souleva l'opposition la plus vive et cette

(1) Même rapport. Voir notre JSssai de numismatique TproUe^ page 181, planche X, N« 1.

a question de Tescalier » faillit dégénérer en question électorale, entre les conservateurs et les amis du progrès.

Toutefois Tadministration locale ne craignit pas de braver Forage et les membres de la commission des monuments étaient trop éclairés pour ne pas soutenir nos édiles.

Mais, que mettre à la place de cet escalier après sa démolition?

On avait trouvé dans les archives de la ville, le vieux plan d'une tribune ou bretèque de style renaissance que nos échevins du XVI® siècle avaient fait tracer par un architecte inconnu, et qui devait être établie au dessus de la baie ogivale de porte donnant accès au passage sous le beffroi. Il fut un instant question d'exécuter ce projet absurde et ridicule; mais bientôt on abandonna sagement cet idée: Tescalier fut condamné à disparaître et disparut en 1848 (i).

Puis on décida de ne rien mettre à sa place, c'est-à-dire de rendre au monument son aspect primitif.

L'état et la province s'étaient engagés à intervenir pour une somme de 3000tr. par an, pendant six années ; cette période expirait en 1848 et les travaux bien que toujours poursuivis avec activité, étaient loin d'être achevés.

En séance du 11 octobre (1847), le conseil communal avait décidé que la commune continuerait à intervenir pour une somme annuelle de 3000 francs, jusqu'à complet achèvement des travaux, à condition que l'état et la province consentissent à prendre le même engagement. Ces conditions furent acceptées sous certaines réserves (a).

(1) Compte 1848.

(2) Rapport du 2 octobre 1848. [Actes, V, p. 207.) — Ces réserves donnèrent lieu plas tard à des difficultés financières; la liquidation des subsides resU parfois en souffrance.... mais l'état etia province finirent par les payer. — On put donc toujours continuer les travaux.

On continua donc ces travaux avec persévérance et courage.

En 1849, on plaça quatre grandes fenêtres neuves au beffroi, on renouvela des galeries de cette tour et, durant rhiver, on prépara dans les ateliers, vingt-deux fenêtres nouvelles (i) qu*on posa Tannée suivante à Tétage de la Halle, puis on acheva successivement toutes les autres fenêtres.

Les anciens et disgracieux cadrans qui faisaient tâche sur le beffroi furent remplacés par des cercles de fer, (1 850 et 1851) (i) et Ion commença pendant cette dernière année à garnir quelques fenêtres de vitraux incolores, à lamelles de plomb (3), diaprés un dessin très simple tracé par Tarchitecte Dumont.

Le Beffroi et la façade méridionale de la Halle étaient presque complètement restaurés en 1853 (4).

On entreprit, dès Tannée suivante, la restauration de Taile occidentale, vers la rue de TAnguille; on démolit aussi et Ton reconstruit (1854) la svelte et coquette tourelle posée en encorbellement vers la petite place, à Tangle nord-ouest du monument; les corbeaux, fleurons et autres pierres sculptées avaient été préparés pendant l'hiver précédent.

Au 31 décembre 1854, la somme dépensée depuis 1842 s'élevait à 118,614 francs (5).

Durant la campagne de 1855, la galerie de Taile occidentale (rue de TAnguille) fut renouvelée (e), et Ton

(1) Rapport du 13 êeptembre 1850. {Aetes^lW, p. 207.)

(2) Comptes 1850 et 1851.

(3) Comptes 1851.

(4) Rapport du 10 oetotre 1853. [Aetet, IV, p. 603.)

(5) Rapport du 22 octobre 1855. {Àctei^ V, p. 38.)

(6) Rapport du 11 novembre 1856. {Actes, V, p. 144.)

plaça toutes les fenêtres au premier étage de cette façade, en 1856 (i).

Vers la fin de 1857, cette aile (ouest), Taile sud et le Beffroi étaient presque restaurés; il ne restait à y faire que divers ouvrages complémentaires et à renouveler le faitage et les portes à pentures (s) du monument, ouvrages importants que Ton ajourna, afin de pouvoir poursuivre sans retard, la restauration de Faile nord faisant face à Téglise de S^ Martin. Ces travaux complémentaires sont activement poursuivis et en 1858 on renouvelle les cheneaux en plomb de cette aile nord : ce fut une grosse dépense.

A la fin de cette année (1858), les crédits votés et mandatés depuis 1842 pour la restauration de la Halle et du

Beffroi s'élevaient à fr. 151,450

L*état était intervenu pour 57,000

La ville » » 51,200

La province » » 43,250 (3).

On avait donc dépassé, de 100,000 fr. à peu près, les prévisions de 1843, évaluant la dépense totale à 54,000 francs... et les restaurations n'étaient pas achevées, celles du Nieuwerck n'étaient pas même commencées... ! ! !

En 1859 et 1860, tout en continuant — mais avec moins d'activité — ces restaurations, on dressa les plans de la reconstruction du Nieuwerck, puis des restaurations et décorations intérieures de l'ancienne chambre des échevins et de la Halle ; des statues étaient posées dans les croisées murées de ce monument (4).

(1) Rapport du dO oetolfre 1857. (Aetes,\\ p. 231.)

(2) Rapport du 19 juin 1858. (Actes. V, p. 428.)

(3) Rapport du 1 octobre 1859. {Actes^ V, p. 594.)

(4) Voyez plus loin : Statues des Halles^ pap. 296.

La réédification du Nieuwerek nécessita des dépenses considérables; elle était achevée vers la fin de 1862(i); les restaurations à peu près complètes du Beffroi et de la Halle avaient été terminées Tannée précédente (i) : il ne restait alors à placer que les portes en bois de chêne à pentures en fer et la crête ou faîtage à poser sur la toiture du monument.

Ces ouvrages et d'autres — en quelque sorte complémentaires — furent faits de i863 à 1870.

Durant cette période, les décorations intérieures de Tancienne chambre des éche vins et de la Halle absorbèrent la presque totalité des crédits dont l'administration pouvait disi)oser. La restauration monumentale et artistique de Tancien prétoire scabinal était achevée en 1869. La chambre des échevins restaurée fut solennellement inaugurée le 9 août de cette année (3).

A dater de 1870 jusqu'en 1876, on exécuta encore quelques travaux au monument, et la décoration intérieure de la Halle se poursuivit depuis lors.... mais très lentement.

Il avait été constaté, depuis quelque temps déjà, que le campanile du Beffroi était en mauvais état ; sa charpente et spécialement ses montants étaient si vermoulus que Ton n'osait même plus mettre en branle l'antique cloche communale.

L'exécution de ce travail difficile et coûteux, avait été ajournée d'année en année. La démolition et la reconstruction partielles du beffroi devait en effet entraîner de grandes dépenses.

(1) Voyez plus hftut: Le Nieutverck^ p. 234.

(2) Rapport du 4 Octobre I8Ô2. (Actes, VI, p. 362.) ;3) Voyer: Ypriana^U l\, La chambre àe$ échevins.

En 1877, l'habile architecte-ingénieur de la ville, Monsieur Ifeyninx, soumit à Tadministration des projets qui permettraient d'exécuter ces ouvrages urgents, sans trop de frais et dans des conditions excellentes ; il proposait, en effet, de renoncer à la démolition même partielle du campanile et d'en renouveler les pièces de bois vermoulues, en conservant l'ensemble de la construction : c'était une entreprise difficile et hardie. Ce projet fut approuvé par la Commission Royale des monuments, puis par l'administration communale.

Le devis dressé par l'architecte ne s'élevait qu'à fr. 14,713,00

L'État s'engagea à intervenir dans cette dépense pour 4,904,35

La province pour 3,678,25

La ville pour 6,130,40

Les travaux projetés furent exécutés, durant l'été de Tannée 1877, sous la direction de l'auteur du projet. On renouvela successivement les montants, formés de deux lourdes pièces de bois accolées, et toute la charpente du campanile proprement dit, puis une ferme et diverses parties du comble ou charpente du beffroi.

Ces travaux difficiles et hardis furent exécutés avec un plein succès.

Deux inscriptions gravées sur des feuilles de plomb, placées entre les pièces de bois formant le montant (nord), rappellent l'exécution de ces ouvrages.

Nous croyons pouvoir transcrire ici le texte de ces inscriptions; on les retrouvera dans six siècles, si les pièces de bois placées en 1877 résistent à l'inclémence de notre climat aussi longtemps que celles qu'elles remplacent.

Voici le texte de ces inscriptions:

Trn Jarr 1877, De Koning LEOPOLD II regerende,

ZIJNDE

LoDEWYR Van Heule, Burgmrester, Hector Bossaert, ) ^^„„«„«„„

/ SCHEPENEN«

Auguste Vanden Bogaerde, ) !

RiDDER Auguste Hynderick, Eric Bouckenaere,

RiDDER GUSTAF DE StUERS,

Auguste Soenrn,

Théophile Cornette,

LoDEWYK Van Alleynes, ) raadsheeren,

Alfons Verschaeve,

Auguste Brunfaut,

Auguste Beaucourt,

Frans Gravet,

JULIAEN VaNDE VyVER,

en Ferdinand Vandaele, secretaris,

Heeft nien onder het besiier van Frans Heynifix^ Ingenieur-Bouwmeester der stad^ de acht staanders van het kbkhuis op dezen toren vemieuwd.

A coté de cette inscription en langue nationale se trouve la traduction en langue française :

L'an 1877,

Sous LE RÈGNE DU Roi LÉOPOLD II,

Louis Van Heule, étant Bourgmestre, Hector Bossaert, , .

. -- ' f ÉCHEVINS,

Auguste Vanden Bogaerde,

Chev: Auguste Hynderigk,

Eric Bougkenaere,

Chev: Gustave de Stuers,

Auguste Soenen,

Théophile Cornette,

Louis Van Alleynes, ) gonseillers,

Alphonse Versghaeve,

Auguste Brunfaut,

Auguste Beaugourt,

François Gravet,

Julien Vande Vyver

et Ferdinand Vandaele, segrétaire,

// a été procédés sous la direction de François Heyninx Ingénieur-architecte de la ville, au renouvellement des huit montants qui soutiennent le campanile de cette tour.

La seconde inscription porte:.

Jaar der vernieutuing van de acht staanders van het klokhuis der Hallentoren

Desiderius Bliegk, Tomener.

Amandus Forrez en Zoon, Timmerlieden.

Hendrik Clément en Zoon, Klokspeelders*

Outre la somme de i4 J13 fr. montant du devis des travaux entrepris en 1877, — devis qui sera peut-être dépassé car il est impossible de prévoir le coût exact de semblables ouvrages — les dépenses faites de 1841 à 1871 pour la restauration des Halles d'Ypres, se sont élevées, d'après les comptes de la ville, à la somme totale de fr. 263,775, 74.

li a été payé:

Par la ville 95,733,29.

Par l'état 88.000,00.

Par la province 80,042,45.

Dans cette somme, les Irais de la reconstruction du Nieuwerck figurent pour fr. 53,393-61.

Les dépenses considérables faites pour les statues, pour la réparation du campanile en 1877 et pour les restaurations et décorations intérieures du monument, ne sont pas comprises dans cette somme de 263,775 francs.

Dès 1843, M^ le ministre de Fintérieur, à la demande de Tadministration communale d'Ypres, avait chargé M' Dumont, architecte à Bruxelles, de dresser les plans de la restauration de nos Halles et d*en diriger l'exécution ; ces plans furent toujours soumis à l'approbation de la Commission Royale des monuments et ce collège inspecta les travaux, au moins une fois par an.

M' Dumont remplit son mandat avec intelligence et zèle jusqu'au 30 mars 1859 date de sa mort; il était *âgé de 47 ans seulement !

Cet architecte distingué avait fait une étude approfondie de nos monuments nationaux du moyen-âge et des principes de l'archéologie; c'est à cet artiste éminent que la ville d'Ypres doit les belles restaurations de son Befroi, de sa Halle aux draps et de son église de S^ Martin.

C'est en effet cet architecte qui fit les plans de ces ouvrages et en dirigea l'exécution de 1843 à 1859.

Monsieur Dumont eut |)our successeur, de 1859 à 1865, un de ses meilleurs élèves. M' Schoonejans, architecte à Bruxelles, qui, enlevé à la fleur de l'âge (1865), fut rem-

placé cette année par M' Van Isendyck, architecte aussi à Bruxelles. Enfin M'Heyninx, quand il fut nommé en 1870 architecte-ingénieur de notre ville, dirigea les derniers travaux.

La surveillance journalière de ces restaurations a été confiée, depuis 1843, jusqu'en 1870 à M' Liévin Deghels, architecte-surveillant des travaux communaux, qui a rendu, avec dévouement et fidélité, de réels et constants services à la ville, pendant un demi siècle.

D*après les rapports annuels de la Commission Royale des monuments, tous ces ouvrages ont été faits dans les meilleures conditions, et cette appréciation est confirmée, dans sa généralité, non seulement par fopinion publique, mais aussi par les archéologues les plus compétents.

Pour compléter la restauration de notre admirable monument, il reste à achever quelques ouvrages de détail, puis à reconstruire la façade de notre Hôtel de ville, travail important que le puissant concours seul du gouvernement pourra permettre à la commune d'entreprendre.

Nous avons fait connaître qu'aux KIY"" et XV'^ siècles — peut-être au siècle précédent — le campanile du beffroi et ses toitures (i), les toitures de la Halle (s), l'image de Notre-Dame et son tabernacle (s), étaient peints et dorés, ornés de blasons et d'emblèmes héraldiques ! Restaurer un monument, n'est-ce pas le rétablir dans son état primitif? faut-il rendre aux Halles d'Ypres leurs anciennes décorations polychromes.

Cette question d'art et d'archéologie ne mériterait-elle pas en tous cas, d'être soumise à l'examen de la Commission Royale des monuments?

(1) Voyez page 22.

(2) Voyes page 1 18.

(3) Voyez page 85.

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