LES AIGLES DU BEFFROI
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vent expliquer cette différence de poids ; d'ailleurs les renseignements donnés par nos annalistes, même sur des faits de cette époque peu éloignée cependant, ne sont pas toujours parfaitement dignes de foi. En tous cas, ce dragon est bien celui que fit Jacques Yanden Peireboome en 1692; il porte encore, en chiffres pointillés, la date de cette année.
II est en cuivre battu; de plusieurs pièces jointes au moyen de clous ou rivets également de cuivre, et entièrement doré. De Textrémité de la queue jusqu'à la pointe delà langue, il mesure deux mètres vingt centimètres; à la place oii passe la tige sur laquelle il pivote, son diamètre est de trente-sept centimètres.
Ses ailes de chauve-souris, hautes de vingt-huit et longues de quarante-deux centimètres, sont, à leur partie supérieure, espacées de soixante-dix centimètres.
Bravant les outrages du temps, notre dragon est encore en bon état; en 1877, on a pu se borner à y faire quelques petites réparations, puis à le redorer, comme en 1819, 1838 et 1861, dates qui sont estampées sur sa langue en pointe; à ces millésimes on a ajouté celui de 1877.
Les huit aigles du beffroi ont les ailes éployées, le bec recourbé, de grands yeux menaçants; ils sont debout, leur attitude est fière; leur style remarquable caractérise le roi des airs (i).
Posés sur des socles de forme conique — avec lesquels ils font corps, — nos aigles (comme leurs piédestaux) sont de cuivre fondu, sauf les extrémités de leurs ailes — rongées peut-être par le temps et les orages, — qui sont de cuivre battu et ajustées au moyen die rivets de même métal.
(1) Voyeï gravure V.
Ils mesurent, du bec à la queue, soixante-deux centimètres, leur hauteur est de soixante centimètres et y compris leur socle, de un mètre huit centimètres; leur envergure est de soixante-seize et leur circonférence mesure soixante-dix centimètres.
Ces séculaires satellites de notre dragon sont les huit aigles que le pondelmakere Thiery fournit à la ville, en 1330; à défaut de certificat d'origine, leur identité est prouvée par des chiffres.
Diaprés nos comptes (i), les huit aigles « de cuivre » mis sur le beffroi en 1330 par Thiery, pesaient huit cent quatre-vingt-une livres dTpres (881 1.), soit trois cent soixante-dix-neuf kilogrammes neuf cent soixante-quinze grammes (379 k. 975 g.); donc en moyenne: cent et dix livres et un demi quarteron (1101. i/s^) ou quarante-sept kilogrammes quatre cent quatre-vingt-quatorze grammes (47 k. 494) par aigle.
Les huit aigles actuels de notre beffroi sont aussi, on Ta vu, de cuivre; le poids de chacun d*eux n*est pas le même; Faction du temps et des réparations (soudures etc.). faites à diverses époques, peuvent expliquer ces différences; leur poids varie de quarante-deux à cinquantedeux kilogrammes environ; il est donc aussi en moyenne de quarante-sept kilogrammes (47 k.), plus quelques grammes et en totalité d*un peu plus de trois cent soixante-seize kilogrammes (376 k.); cette indentité de métal et cette concordance de poids — assez extraordinaires malgré les réparations et les détériorations déjà signalées — prouvent que nos aigles actuels avaient (en 1877) vu cinq cent quarante-sept printemps, depuis le jour où ils
(1) Compte de 1390 dont le libellé est imprimé plas haut.
furent mis sur le befïroi par Thiery. Leur origine ne peut donc taire l'objet d'un doute.
Il fut payé à ce pondelmakere (1330), pour les huit aigles, cinquante-huit livres quatwze sous et huit deniers parisis (lvhi'^ xnii* vin **) (i), soit pour chacun d'eux environ sept livres sept sous (vn *^ vu " ). D'après Warnkœnig et d'autres auteurs, au commencement du xiv*' siècle, la livre représentait à peu près une valeur de vingt francs de noire monnaie actuelle; on peut donc évaluer approximativement à onze cent soixante-quinze francs (1175 fr.) la valeur relative de la somme totale payée à Thiery et le prix de chacun des huit aigles à cent quarante-sept francs (147 fr.).
Il n*est pas possible de garantir la parfaite exactitude de ces dernières évaluations, car le rapport entre la valeur représentative de la monnaie coursable, au xiv® et au xix^ siècle, ne peut être déterminé d'une manière certaine; quant aux poids indiqués, en moyenne et en kilogrammes, ils ont été constatés au mois de Septembre 1877; ils étaient donc exacts à cette époque et nous les avons mentionnés ici pour établir l'antique origine de nos aigles et parce que cette constatation ne pourrait plus se faire à l'avenir.
Ces poids ne sont en effet plus les mêmes aujourd'hui : ils ont été diminués en 1877, car on a remplacé alors les ailes de cuivre fondu — fort détériorées — par des ailes exactement de même forme, mais en cuivre battu rouge, très solides, attachées au moyen de rivets et reliées par des lamelles de même métal. Âmand de Thoor, maître forgeron-mécanicien à Ypres, a exécuté ce travail.
;r Vojez le compte de 1330 déjà cité.
Le dragon doré par Ed. de Groote, peintre doreur, et pavoisé, pour la circonstance, aux couleurs nationales, a été replacé sur sa tige séculaire — au son de la cloche — le 24 Septembre 1877, anniversaire des journées de 1830, date de Tindépendance de la Belgique.
Les huit aigles redorés aussi : quatre par Charles Heylbrouck, doreur, quatre par Charles Caillez, peintredoreur, ont été remis en place le 17 Octobre suivant.
Enfin Fenlèvement et le replacement de notre dragon et de ses huit satellites — opérations difficiles et dangereuses — ont été exécutés par Amand Forrez, constructeur de moulins (i), avec le concours de Monsieur Désiré Blieck, conducteur-surveillant des travaux communaux, sous rintelligente et prudente direction de Monsieur Ileyninx, architecte-ingénieur de la ville d'Ypres.
Nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs tous les renseignements — même secondaires — trouvés dans nos archives et les faits que nous avons pu constater de visu concernant le dragon et les aigles de notre beffroi. Tous les souvenirs qui se rattachent à ce séculaire emblème de nos antiques libertés communales, ne méritent-ils pas d'être connus et religieusement conservés par écrit ? — scripta manent.
(1) II fat payé « en courtoisie • aux ouvriers 95 francs. (Compte /877.)