LES ANCIENNES CLOCHES DU BEFFROL
Comme le droit davoir un beftroi surmonté d'un dragon, le droit de posséder une cloche était un privilég(î exclusivement octroyé aux centres de population jouissant « du droit de commune » ^i).
D'après VioUet-le-Duc, celte « cloche communale ou privilégiée » était primitivement suspendue dans la tour de l'église paroissiale du burgiis. Mais les chefs des « communautés » affranchies la firent transporter plus tard au-dessus de Tune des portes, ou dans un des « bellefroys » défensifs des remparts de leur commune, et cette translation aurait été motivée par des conflits nés à Toccasion des sonneries, entre les autorités locales et le clergé paroissial (s).
Nommée d'abord ce cloche banale » parce qu'elle était destinée à appeler aux armes les manants d'un même
(1) Warmksnio, U» p. 247.
(2) VioLLET-LB-Duc, iH'c/^onftair^, H, p. 193.
ban (i), puis « cloche communale », lorsqu'elle servit à convoquer aux séances du conseil, les échevins et «consaux » de la communauté, cette «cloche privilégiée» sonna les heures, quand fut constatée, plus tard, la nécessité de faire connaître aux manants, les principales divisions de la journée et d'établir ainsi la régularité dans la distribution du temps et l'uniformité dans les habitudes de la vie commune ; elle reçut alors le nom de huerclocke, nom sous lequel elle est désignée, dès le xvr siècle, dans nos documents.
Mais bientôt une cloche unique ne put suffire pour donner aux habitants des indications si multiples et si diverses ; on en suspendit alors d'autres — moins grandes — dans les beffrois, notamment une werckclocke^ c'est-à-dire une cloche qui annonçait les heures de travail et de repos.
La commune d'Ypres eut, sans nul doute, sa cloche privilégiée dès le xu* siècle, et probablement d'autres encore au commencement du siècle suivant ; on peut constater en effet par les dispositions de notre beffroi , achevé en 1230, que le campanile de cette tour fut alors construit, dans le but d'abriter plusieurs cloches.
Nos plus anciens comptes ne datent, on le sait, que de l'année 1280; on ne peut donc y trouver aucun renseignement sur la .confection des cloches primitives placées dans ce campanile avant cette année (1280).
D'après les lois et coutumes de la féodalité, les seigneurs pouvaient coullsquer, « pour fourfaclure », les franchises, les privilèges et même « le droit de commune »qu'ilsavaient octroyés à des villes; tous les signes
(1) Bkrtt, yerbo : cloche.
extérieurs caractéristiques de ce droit et de cette situation privilégiée étaient alors détruits; ainsi, on brisait la cloche et le sceau de la commune dégradée; Vîollet-le- Duc rapporte qu'en pareil cas, des rois de France firent même parfois démolir des beffrois communaux (i).
Après le désastre de Cassel (1328), Philippe de Valois châtia durement la ville dTpres, dont les milices avaient combattu sous le drapeau de Zannekin; il confisqua tous les privilèges de la commune et, d'après Kervyn (i), il fit briser sa cloche privilégiée.
Cet acte de sévérité n'est mentionné ni dans « les lettres de grâces » accordées aux Yprois par le roi de France, le 8 septembre 1328 « es tentes lez Wytsgate » (s), ni dans les dures conditions que ce monarque leur imposa, le 10 du même mois, « es tentes devant Ypres » (4).
Il est possible toutefois que ce châtiment leur fut infligé, comme conséquence nécessaire de la confiscation de tous leurs privilèges.
Les gens d'Ypres s'attirèrent de nouveau l'indignation de leur seigneur par leur révolte de 1359 à 1361 ; toutes leurs franchises furent encore confisquées alors par Louis de Maie (1361). Le prince irrité fil-il briser aussi la cloche de la commune ? on en peut douter, car il reçut <c en grâce et pardon » la ville rebelle, dès qu'elle fut reconquise, cette année, par le seigneur de Dixmude (5) ; on serait cependant tenté de croire que « ce brisement » fut ordonné, car quelques années plus tard (1377), nos
(1) Au mot hejfnn,
(2) T. III. p. 153.
(3) Arck. Tp. Inv. N« 429.
(4) JrcA. 7)9. /n9.N« 430.
(5) Arch. Tp, Inv. No* 587 et 588.
échevins firent faire une cloche nouvelle — la première dont parlent nos trésoriers, — et Ton ne trouve, soit dans nos archives, soit dans le campanile du beffroi, ni traces ni vestiges de Tancienne cloche communale.
G*est un tondeur, nommé Jean le Boom, qui entroprit en 1377 «de fondre le clomp » (i) de cette « huerclocke » pesant mille vingt-trois livres (s) (à peu près 441 kilogrammes).
Jean de Daenzen en refit le grand maillet (a) et Jean Daine, un autre maillet dont la tète fut réparée et qui pesait cinquante-quatre livres (4) (22 kilog. 28 gram.). Jean de Vaerwere y exécuta des ouvrages de fer (s) et Jean de Cortray, d*autres ouvrages (e).
Pour hisser et placer la nouvelle cloche, on paya à de nombreux maîtres et ouvriers, pour journées de travail, quatre-vingt-treize livres dix-huit sous(7), et, à Denis de le Scape et Meus Damman, près de cinquante livres «d'ouvrages de canep », c'est-à-dire de cordes en chanvre et autres cordages (s).
{V Clomn , Massa, (Kilian.)
(2) • A Jan le Boom de fondre le clomp de le huerclocke pesaut hq xxiij livres.... ix ft. • (Compte \^ Novembre 1377 au 31 Octobre 1378.)
(3; « A Jan de Daenzea de refaire le maillet graud de le huerclocke, iiij ^. viiij 8. » (Compte de 1377-1378.)
{4} « A Jan Daine de refaire le maillet de le liuurclocke, iiij V», — Ifem de refaire de nouvel le teeste du maillet pesans liiij livres àiij* le livre, viij Th ij s.. xij %, ij 8. » (Compte 1377-1378.)
^5) « A Jan le Vaerwere douvragedefera le liuurclocke, xWiij s. ■* [Compte 1377-1378. )
(6) « Item à Jan de Cortray de ce quil a fait a le huerclocke. iij d», iiij s. n (Compte 1377-1378.)
(7) t Item à ij maistre j vallet, de t jours, ij et iij vallets xviiij jours, j et j vallets de Ixiij jours ; ij et ij vallets zxxiiij jours, i et Ij vallets de iiij jours, iiijxx xiij <2&. xviij s. • (Compte 1377-1378.)
(8) « A Denis de le Scape douvrage dei canep pesant ijc ij Hr. à* xx d' 1«
Ce placement était un ouvrage difficile et dangereux ; Jak le Boo, qui travailla sur le beffroi avec Jan Labram et Franse Stassin, y fut blessé à la jambe, en faisant ce travail ; il reçut à titre d'indemnité « de sa gambe confie en son office » neuf livres, et pour salaire douze livres, donc en toutvingt-et-une livres (i).
La plus grande et la plus ancienne des cloches, qui se trouvent aujourd'hui dans le campanile de notre beffroi, porte la date de 1377; sur une banderole qui la contourne, on lit :
X Jlnno : Oomini : : m y^ cccX C^^^Sii X ttee X fratree x me X fecetmt X bcbnfineie (s) X ovate X pro X eie X : a : (Amen).
Cette cloche est-elle celle dont il est fait mention dans notre compte de 1377 ?
D'après Tinscription qu'on vient de lire, elle fut l'œuvre de trois frères et, suivant l'appréciation d'un fondeur qui l'a récemment examinée, elle pèserait plus de dixneuf cents kilogrammes. Nos trésoriers ne citent que le nom d'un seul fondeur — Jan le Boom — et le ce clomp » qu'il fondit ne pesait que quatre cent quarante-et-un kilogrammes environ. Ces renseignements ne concordent
livre, ZY %, xTj s. viij d.— Item de xiiij bastinnelinne, ixxv s., de une delelinne et y. oordelen, xxi s.... xx ft. xx d. > (Compte 1377-1378.]
• A Meus Damman douvrage de canep pesant ijc xxv livres à xx d» le livre, XTiij %, xv s. x. d., de Ixij bastinelinne, vij % xt s. Item de uneghellmne cordes as tentes cordelen^etbast, liiij s. xxix %, iiij s. x d.»[Compte 1377-1378.)
(1) « A Jan Labram et Franse Stassin de estre sour le belefroy quant on ouvroit, xjj %, Jak le Boo du mesme et de ce gambe qui fu confie en son office, ix ft . xxj <2&. » (Compte 1377-1378.)
(2) Debutineis : de Busigny (?) le Gâteau, Nord, (Cambresis), France.
donc pas avec les faits que Ton peut constater aujourd'hui.
Mais ce les trois frères » ne se nommaient-ils pas le Boom ? si le nom seul de Jan est cité par nos trésoriers, ne serait-ce point parce que c'est à lui que fut payée la somme due ?
On a vu qu'un ouvrier, Jak le Boo, fut blessé; ce nom est-il correctement orthographié par nos trésoriers ? n'est-ce pas Jak le Boom qu*il eût fallu écrire? s'il en est ainsi, Jak n'aurait-il pas été le second des trois frères ; le prénom seul du troisième resterait ainsi inconnu. Enfin trois frères nommés le Boom étaient alors fondeurs de cloches. D'après un auteur dont le nom nous échappe, ils fondirent des cloches à Damme vers cette
époque.
Quant à la différence notable de poids, ne peut-elle pas s'expliquer aussi? le clomp fondu par maître Jan ne se composait peut-être que de fragments d'anciens mé- * taux qui devaient, avec d'autres, former l'alliage nécessaire pour fondre la nouvelle cloche d'Ypres?
Enfin si deux cloches avaient été fondues, en 4377, l'une par Jan le Boom, l'autre par trois frères, nos trésoriers qui donnent des renseignements si complets sur l'une d'elles, ne nous auraient-ils pas laissé quelques détails aussi sur la seconde, fondue la même année, plus grande que la première, et qui existe encore?
La grande cloche, aujourd'hui suspendue dans notre beffroi et que nous venons de décrire, fut donc, pensons-nous, fondue en 1377 par trois frères nommés
le Boom.
Depuis cinq siècles, cette cloche annonce les heures aux bourgeois d'Ypres; de nos jours, comme en 1377, elle porte le nom de huerclocke et c'est sous le nom de
ureslachclocke que nos trésoriers de 1608 la désignent dans leur compte de cette année (i).
Toutefois cette cloche (2) servait encore à d'autres usages; elle annonçait les jours de « Fiestes » (foires), l'ouverture des marchés, l'arrivée des seigneurs du pays, les grands événements, les victoires remportées sur les ennemis du pays, les processions et les ommegangen, les fêtes, réjouissances et solennités communales, de là son nom de triompheclocke ; elle signalait autrefois l'approche de l'ennemi et les incendies qui éclataient en ville ou sur le territoire de l'échevinage (binneii crucej: c'est pour ce motif qu'on la nommait aussi stormclocke.
Durant de longues années, « les gens du guet » chargés de sonner cette cloche d'alarme, en cas de sinistres etc. avaient « leur maison » (clockeluudershuus) au sommet du beffroi; nous avons décrit cette espèce de corps de garde (3). Notons ici que l'office de guetteur ou sonneur des cloches avait autrefois une réelle importance et n'était conGé qu'à des bonnes gens, parfois à des bourgeois occupant une position sociale relativement distinguée.
En 1447, Rycke Broederlam, portraituurwerker^ (4) et Jacob van den Rende, « painctre » (5), occupaient cette haute position. Ce poste était du reste fort brigué, sans doute parce qu'il assurait à ses titulaires des gages relativement élevés; Rycke Broederlam recevait, en 4447,
(1) « Aen de groote clocke up t'beelfoort wezende de ureslachclocke. » — Comptes de la ville du l^ Avril 1608 au 31 Mars 1609, cité par M. Ed. Vandbr Strabtbn. — Annales de Bruges, t. ixrv, p. 67.
(2) Pour les dimensions, voir plus loin.
(3) Voyez Dispositions intérieures du beffroi, p. 19. (4J Compte de 1477.
(5) Compte de 1447.
comme sonneur de cloches, un traitement annuel de quarante-quatre livres parisis.
En 1377, à côté de Vhuerclocke, faite par les frères le Boom, se trouvaient des « petis clokettes » (i) et diverses « clockes », déjà anciennes, dont on refit alors les maillets, entr'autres la dagclocke, la werckclocke et la cloche du couvre-feu.
Mais bientôt on cessa de faire usage de plusieurs de ces cloches séculaires. Ainsi, quand rhuerclocke, reliée à rhorloge du beifroi, sonna régulièrement les heures, il ne fut plus nécessaire de se servir de cloches spéciales, pour faire connaître aux ouvriers le temps du travail, le lever du soleil, etc. Plusieurs de ces cloches, soit sans utilité, soit hors de service pour cause de vétusté, furent refondues (s), d*autres reçurent une destination nouvelle.
Plus tard, on en ftt faire d'autres, notamment quand rhorloge sonna les demi heures, quand une poorteclocke annonça l'ouverture et la fermeture des portes de la ville, etc. Enfin, on ajouta des clochettes aux primitives « petis clockettes » lorsque la commune eut d'abord un voorslag, puis un carillon (clockenspele) <lont nous parlerons plus loin.
(IJ Compte 1377. Voyez texte plus loin.
(2) Voyez compte 1683 et plus loin. Cloche no 7, « desen Uiaert is ver^ goetenent. •
YI.
L'HORLOGE DU BEFFROL
Les romains connaissaient les horloges à eau, nommées « clepsydres ».
Une des plus anciennes « reloges » (horloges à rouages) dont parlent les auteurs, est celle que le pape Paul I envoya, vers 760, à Pépin le bref; elle passa pour une chose unique au monde (i).
L^usage de ces machines se vulgarisa lentement ; dans nos villes, les guets au beffroi continuèrent, pendant de longues années encore, à « frapper Theure »; les Jacquemars placés plus tard à Textérieur et qui frappaient l'heure sur des timbres avec un maillet, sont des vestiges traditionnels de cet antique usage ; les beffrois de quelques villes en France ont conservé ces Jacquemars encore si populaires {i).
Après le coucher et jusqu'au lever du soleil, les guets au beffroi « criaient l'heure », au moyen d'un grand porte-voix en cuivre ; les sommes payées presque tous
(1) IHetUmnaire de V encyclopédie: an mot « Horloge. »
(2) VioLLBT-LB-Duc, ao mot « Horloge. »
les ans pour Tentretien de cet instrument, des drapeaux et de la lanterne des guetteurs figurent fréquemment dans nos comptes (4) ; au moyen-âge, comme aujourd'hui, le guet se servait, le jour, de son drapeau, la nuit de sa lanterne, pour indiquer le quartier de la ville où un incendie venait d*éclater.
Alors même que les communes eurent leur horloge à sonnerie, afin de s'assurer de la vigilance des guetteurs, il leur était encore prescrit de c< crier Theure »; et ces cris étaient répétés dans les divers carrefours de la ville, par des « veilleurs de nuit » ; ceux-ci annonçaient, à leur tour, l'heure d'après une formule agrémentée de bons conseils et de pieuses recommandations.
Cette coutume fut longtemps maintenue à Ypres; de vieux bourgeois s'y rappellent sans doute qu'à l'époque de leur jeunesse, ils furent plus d'une fois réveillés par le nachtwaker psalmodiant d'une voix traînante et monotone:
WACHT... UW VIER...
TWALF... UEREN... IS DE CLOCKE...
BIDT... VOOR DE Z|ELEN... IN 't VAGEVIER !
Les primitives horloges étaient très-compliquées et le furent de plus en plus jusqu'à la fin du xvi*" siècle; elles indiquaient, en général, l'heure, le mois, le jour, les mouvements du soleil et les phases de la lune.
Sur les horloges des églises, outre ces indications et une espèce de calendrier ecclésiastique faisant connaître les jours de fêtes et les heures des offices canoniques, on voyait souvent des figures mobiles, représentant, quand l'heure sonnait, tantôt une scène biblique, tantôt
(1) Comptée passim.
un tableau religieux (i); les grossières pendules en bois, recherchées encore dans nos campagnes flamandes et sur lesquelles un petit coq chante Fheure, en battant des ailes, rappellent, en les parodiant, il est vrai, ces chefs-d'œuvre de notre ancienne horlogerie.
Il y avait, d'après VioUet-le-Duc, des horloges dans les églises et les châteaux, dès le xi"" siècle, mais plus tard seulement dans lesbefirois; ces horloges étaient placées à l'intérieur et y formaient un grand meuble; cependant elles annonçaient parfois l'heure à l'extérieur, au moyen de sonneries (2).
C'est dans ces conditions sans doute, que fut établie, dès le XIV* siècle, l'horloge communale d'Ypres, car les tt petis clockettes » avec leurs maillets réparés en 1377 par Jehan de le Varwere (3), ne pouvaient servir qu'aux sonneries dont parle Viollet-le-Duc.
Cette horloge formant meuble, ne donnait d'abord aucune autre indication, à l'extérieur ; « les cadrans n'apparurent sur les faces des tours que vers la fin du XV* siècle, » dit l'auteur cité. Notre beffroi eut cependant son cadran beaucoup plus tôt ; car en 1432, France van der Wichterne vernit « l'aiguille du cadran », mais alors cette aiguille y avait été mise depuis peu de temps {otUancx) (4) ; c'est donc dès les premières années du XV* siècle, et avant ceux d'autres villes, que nos magistrats, désireux de réaliser un progrès, placèrent un cadran devant leur beffroi.
(1) VIOLLKT-LB-DUC.
(2; Id.
(3} « A JehaQ de le Varwere douvrage as petis clockettes et de aleir sour le belefroy, pour mettre les mailles. » (Compte 1377-1378.)
{4} « (France van der Wichterne) van te veriiissen den wysere onlancx ant belefroot ghestelt. n (Compte 1432.)
Ce cadran et son aiguille terminée à Tune de ses extrémités par une étoile, à l'autre par une pomme, furent toujours en partie peints, en partie dorés; ce travail était confié à des peintres habiles.
Gomme France Van der Wichterne, en 1432, Maître Joris Uutenhove dora, en 1481, « l'étoile et la pomme de Taiguille indiquant Theure devant la Halle » (i).
Aucun espace, dit VioUet-le-Duc, n'avait été disposé, pour le placement d'un cadran sur les tours construites avant le xv« siècle. Nos échevius placèrent leur cadran primitif contre la face sud du beffroi, vers la place, et près le tabernacle de Notre-Dame (2). On y voyait deux séries de douze chifires, midi au haut du cercle, minuit a sa partie iniérieure, le lever, les mouvements, le coucher du soleil et les phases de la lune ; de là le nom de maenelooper que le vulgaire donna à ce cadran.
L'heure n'était donc indiquée ni au loin, ni de divers côtés. Pour remédier à cet état de choses, les échevins firent placer plus tard contre les quatre faces, sous les galeries supérieures du beffroi, d'immenses cadrans de bois peints en noir avec chiffres dorés (s).
Lors de la dernière restauration des Halles (1843-1 870). le maenelooper était depuis longtemps hors d'usage ; les archéologues le condamnèrent à disparaître en même temps que les massifs cadrans du beffroi ; on remplaça ceux-ci par de légers cercles de fer portant des chiffres romains, afin de dénaturer le moins possible le style primitif du monument.
Quant au vieux maenelooper sur lequel brillaient en-
(1) tt Joris Uutenhove, scildere, van t'vergoudene van den appelé ende slerre van den wyaere van der hnerclocke voor de Halle. • (Compte 1481.)
(2) Voyez gravure llbis, N» 4«.
{3) Id.,N"4f>.
core des vestiges du soleil et de la lune, on le déposa « provisoirement » dans le couloir qui, du beftroi, conduit à rétage des ateliers ou magasins de la ville (i), en attendant qu*il pût obtenir sa retraite honorable dans
notre musée archéologique Malheureusement il a été
vendu, par mégarde, il y a peu d^années, en même temps que d'autres vieilles ferrailles et vieux matériaux.
La ville d'Ypres avait donc une horloge avec sonnerie (le « clockettes » avant 1377, et avec cadran, dès le commencement du xv"" siècle; elle eut aussi son horloger dès 1452. Cet officier de la commune portait le titre modeste de <c garde de Thorloge »; il était choisi parmi les meilleurs maîtres du métier des serruriers composant la section la plus relevée de la corporation générale des « Fevres » (smeden).
Ces maîtres n'étaient pas, comme on pourrait le croire, de vulgaires artisans; plusieurs de leurs ouvrages pouvaient être considérés comme des œuvres d'art; pour s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur les délicates serrures et sur les charmantes pentures du magnifique bahut fgroote scaprade) fait en 1486, et que l'on voit encore dans une des salles de nos archives communales.
Ces serruriers-gardes de l'horloge ne martelaient pas seulement le fer avec talent; ils étaient encore ciseleurs, mécaniciens, horlogers et parfois même graveurs. C'est Jacob Gellinck, garde de l'horloge, serrurier de son état, qui grava (2), en 1453 (3) et 1453 (4), les tenailles servant
(1] Voyez plan D, NNo< 18b et 20.
[2] Voyez notre Bssai de numismatique yproise, paragraphe: Plomhs de ia drrperie d^Ypres, p. 333.
:3; « Jakob Gellinc, garde van <ler orlogie ende slotelmakere, van stekene tanghen van der stede angaende de draperie.... Ixxij s. » (Compte 1452 )
(4) Compte 1453.
à lAoïnher (looyen) les draps d^Ypres; il lui tut payé, en 1452, pour ce travail de gravure, soixante-douze sous.
En i493, notre horloge mettait déjà en mouvement à la fois le maillet qui frappait Theure et les aiguilles du cadran devant le beffroi. Fut-elle établie cette année par Antheunes Vleesch? elle existait probablement déjà, car cet horloger ne reçut en 1493 que vingt-quatre livres; aurait-il, pour une rénrinération aussi minime, pu faire une horloge dans de telles conditions, ainsi que semble le dire notre compte (i)?
Cette horloge, déjà vieille alors, était sans doute en mauvais état à cette époque, en tous cas, peu à la hauteur des progrès faits par Fart de Thorlogerie; vers 1540, nos échevins, après avoir consulté des horlogers de Courtrai (â), Bruges, Anvers et Louvain (3), dotèrent leur ville d'une nouvelle horloge; un peintre, Jan de Storme, en réunit les « patrons » (4) et dora une des aiguilles du cadran, placé, comme nous Tavons dit, à côté du tabernacle de Notre-Dame au beffroi: bien qu'une partie de
{V. « Antheunes Vli^esch, orlogeinakere, over zinen aerbeit ende saJaris van bi laate van der wet ghemaect thebbene der stede oorloge aiso wel dienende ter huerclocke als ten wisere van dien voor de Halle staende, achtervolghende den patrone voolwoorde ende besprekene bi trésoriers jegbens hem derop ghemaect.... xxiiij %. t [Compte 1493.)
(2) « Van eenen bode ghezonden cm den oorlogiemaker van Cuertricke voor zekere consultatie ende advys up t^maken van der nieuwe oorloge, voor zyn verlet, vj s. » (Compte 1542.J
^3) t( Mathieu de Qroote van dat hy by laste van den mannen (ter tresorye) ten diverschen stonden gbereist heeft te Brugge, Tandwerpen, ende te Leuvene omme met den oorlogemakere aldaer te communickerene zekere affaire de oorlogcaengaende, de zeive te visiteerne eude daer of rapport overbrocht...
int welck hy groot verlet ende costen ghesupporteert heeft xxiiij %. »
.Compte 1542.)
(4) « Jan de Storme, scilder, van vergadert t'hebbene de patroonen van de oorloegie. • (Compte 1542.}
Tor employé eût été fournie par la ville, cet ouvrage de dorure coûta vingt-cinq livres {i).
Cest, croyons-nous, ce même cadran ou maenelooper^ restauré à grands frais en 1541, qui fut enlevé, lors de la dernière restauration du beffroi; il se trouvait encore alors à la place si bien indiquée par nos trésoriers du XVI* siècle (2).
L'horloge de la ville, établie vers 1541, fut souvent réparée et améliorée plus tard; — les renseignements que donnent nos comptes sur ces ouvrages offrent trop peu d'intérêt pour être mentionnés ici. — Celte horloge existait encore, pensons-nous, en 1861, mais détériorée par un long usage, elle fonctionnait très-irrégulièrement; nos édiles la firent enlever et remplacer par une horloge nouvelle établie dans les meilleures conditions (1861). L'ancienne machine très-compliquée fut vendue plus tard, avec d'autres vieilles lerrailles.
Comme son ainée, la nouvelle horloge de la ville est placée dans la chambre du troisième étage au beffroi et mise en rapport avec le carillon.
(1) • Jan de Stonne, scilder, van zynen aerbejdt ende de leveringhe van hondert goudta boven een veichtich dobbel goudt van der stede weghe
hem ghelevert eode daer mede ghestofferiden nedersten wysere neffens onser lieve vrauwen bilde aa t'beilfroot, volghende lekere voorwaerden ghemaect by den mannen ter tresorye, nz %, • (Compte 1541.)
(2) Voyei gravure Ilbla, N« 4».
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