LE CARILLON DU BEFFROL
Les « petis clockettes, » mentionnées dans le compte de 1377, furent les ancêtres des cloches qui formèrent d*abord un simple accord annonçant la sonnerie de rheure (voorslag) et d'où naquit plus tard notre carillon (clocspelej. Ces « clockettes » du xiv* siècle ont même légué leur nom à leurs successeurs ; aujourd'hui encore, en langage populaire, on désigne notre carillon sous le nom traditionnel de clockelten.
Jusques vers le milieu du xvi* siècle, les ce petis clockettes, » réparées déjà en 1377 par Jan de le Varwere, annoncèrent, d*une manière plus ou moins régulière et harmonieuse, les heures sonnées par la grosse cloche des frères le Boom.
Ce voorslag embryonnaire eut pour successeur et descendant un autre accord de cloches qui conserva le nom de son prédécesseur; de ce nouveau voorslag, très imparfait encore, naquit notre primitif carillon, puis de celuici, l'orchestre aérien qui, successivement perfectionné, fut longtemps considéré par nos pères comme une merveille.
Dans sa remarquable étude sur « la musique aux Pays-Bas avant le xix'' siècle » (i), M. Ed.yandersU*aeten donne d'intéressants détails sur le carillon d'Ypres.
Sans nous exposer à être accusé de plagiat — puisque nous confessons notre larcin , — nous croyons pouvoir analyser ici quelques parties de ce travail ; nous ajouterons du reste aux détails donnés, d'après nos comiites (2), par cet auteur, des renseignements fournis — spécialement sur Tachât de nouvelles cloches et clochettes — par nos trésoriers et qui semblent avoir échappé aux laborieuses recherches de M. Vanderstraeten.
Après avoir fait placer, comme on Ta vu, vers 1540, une nouvelle horloge dans leur beffroi, nos magistrats résolurent de renouveler Tancien voorslag. Ils commandèrent (1543-1545) à des fondeurs de Malines, nommés Waghevens (3), seize nouvelles cloches ou clochettes (appeelkens) (4); on acheta alors deux cents livres d*étain fin d'Angletere et Ton transporta à Malines, pour être refondues, trois vieilles cloches (5), peut-être fêlées ou
(1) Annales de la Société d^ Émulation de Bruges. 3« série. T. VII oa XXIV de la collection, p. 1.
(2) Il n*eBt pas nécessaire, pensons-nous, de reproduire ici les extraits de comptes dont M. Vanderstraeten a publié déjà les textes.
(3) Voyez plus loin Cloches II à VL
(4) « Den clocghietere van Mechelen op rekeninghe van den gbietene ende leveren van den zestien appeelen up t*beelfroot, boven tguendt dat hy wech heeft, v« xlij <&. »
« Den zelven Mabieu van dat hy betaelt heeft den clocghieters up rekeninghe van den gbietene van den appeelkins, iij^ iiij xx îijj %, » (Compte 1543/*-1544/».)
(5) « Mahieu de Oroote van dat hy betaeld heeft Francoys Soucke van den coope van ij« ponden fyn ynghels tin om de appeelkens van der stede, iiiij ^ zij s. •
« Van oncosten ende van drie boude clocken, van vrechte, tolen, tweghen, metgaders t*drinckgelt van den clocghieters, xj ft. vij s. vj d. • (Compte 1548/4-1544/5.)
dont on ne faisait plus usage. Depuis rétablissement d*une horloge à sonnerie, il n'était plus nécessaire, en effet, de se servir de cloches spéciales pour annoncer le lever et le coucher du soleil, les heures du commencement et de la cessation du travail.
Deux ans plus tard, en i547, un horloger de Louvain, nommé Henri Van Breda, fournit un cylindre (speelwiele) et tout le mécanisme nécessaire pour mettre en mouvement les cloches fondues par Corneille et Jacob Waghevens, en un mot pour installer dans notre campanile un nouveau voorslag. Nos trésoriers payèrent à cet horloger quinze cent vingt florins Carolus, non compris les pourboires, les frais de transport, de douane et autres; puis, après qu*un rapport favorable sur ce travail eût été fait par un fondeur de Louvain et un autre fondeur de Douai, nos magistrats donnèrent « en courtoisie » à Van Breda, le keerlaken d'usage et de plus, pour lui témoigner leur satisfaction, une espèce de bijou ou décoration portant le monogramme de la ville, IT traditionnel (i).
Cet accord de cloches dont nos édiles se montraient si satisfaits, était cependant des plus simples et des plus primitifs; il annonçait seulement l'heure, mais bientôt, vers 1575, on songea à le perfectionner... et Ton y songea même mûrement ou du moins longtemps.
Les accords de cloches — peut être déjà les carillons, — de Lille, de Tournai, de Gand, d'Alost et de Matines étaient cités au loin, comme des œuvres remarquables ; nos échevins donnèrent mission à Jean Heims, organiste, et Vaillant, horloger, de se rendre dans ces diverses villes pour examiner ces chefs-d'œuvre.
f 1) Voyez l*ouvrage (cité) de M. Vandentraeten, p. 61.
A leur retour, on étudia, on discuta les rapports de ces délégués avec tant de soin, que Ton ne prit une décision que cinq ans plus tard; c'est en effet seulement en 1580 que Josse Vaillant « modifia Tancien tambour (speel-vnele) de façon à pouvoir y adapter les notes métalliques nécessaires pour les appeaux de la demi-heure » (i).
Mais un simple « accord de cloches » même amélioré, ne pouvait satisfaire les bourgeois d'Ypres ; le besoin d'avoir un carillon complet « se faisait vivement sentir »; dès 1602, nos magistrats résolurent de donner satisfaction à ces vœux ; ils appelèrent cette année, un carillonneur étranger, André de Prys, pour conférer avec lui et lui demander des conseils (s); mais trop fidèles à leur habitude de se hâter lentement, ils délibérèrent longtemps encore, avant de prendre une décision.
Ce n'est qu'en 1607 qu'ils commandèrent diverses cloches nouvelles à Jean Groignart et à Jean Sahuwyn (ou Samyn). Thiery Finet, horloger, fournit les ferrailles nécessaires pour les suspendre dans le beffroi et les mettre en action.
Ce premier carillon se composait de vingt-et-une cloches tant anciennes que nouvelles; il fallut les mettre d'accord; elles furent ajustées (ghefyseleert ende gheaccommodeert) par Augustin de Saint-Aubert, carillonneur de la ville (1609); un parent de ce carillonneur — Philippe de Saint-Aubert — fournit encore quatre clochettes la même année.
Malgré l'adjonction de ces clochettes supplémentaires qui coûtèrent cent quatre-vingt-trois livres et dix-neuf sous, le nouveau carillon, quand on l'essaya, produisit
(1) Ouvrage déjà cité, p. 63.
(2) Oanage cité, p. 64.
les sons les plus discordants, ce fut un véritable charivari ! de Saint-Aubert avait-il mal ajusté les cloches? le jeu des marteaux ne correspondait-il pas exactement aux (ils de laiton? des ouvriers sans expérience avaient-ils tait un mauvais ouvrage? le mécanisme était-il défectueux? quoi qu*il en soit, la déception de nos magistrats et de leurs bourgeois fut complète; Anthonis de Goincte, échevin de la ville, se hâta de monter au beffroi pour faire cesser « ce beau désordre qui n*était pas un effet de Fart i>. Il reçut pour sa peine quarante sous, — rémunération plus que suffisante pour une telle besogne — et Ton décida d*appeler trois maîtres horlogers étrangers, atin de rétablir Taccord et Fharmonie entre les cloches anciennes et nouvelles.
Ces trois maîtres, Cler Flahant de Lille, Gilles Quignon de Gourtrai et Pierre Gueren de Gand, remirent bientôt le tout en bon état et le nouveau carillon (accorde en clockspele) fonctionna à la satisfaction générale, quand il se fit entendre officiellement pour la première fois en 4609, le jour où l'évèque dTpres (Masius) reconduisit en procession et transféra de son ancien à son nouvel autel, dans réglise des pères Récollets, la statue de notre Dame de Thuyne, patronne de la ville; cette statue avait été cachée, à Tépoque des troubles religieux, au siècle précédent (i).
A dater de cette époque, la ville d'Ypres eut ses carillonneurs en titre et les payait largement : Augustin de
(1} Une jolie gravure par Guillaume du Thielt représente cette procession. C'est vers cette époque aussi que le maître yprois grava le charmant plan d'Ypres à Tépoque du siège de cette ville en 1383, d'après un « vieux dessin » qui lui fut communiqué par Téchevin Van den Broecke.
(Voir ScRicKiUB, Beleç etc^ introduction de la 2« édition.)
Saint-Âubert recevait (i609) six livres par semaine; son traitement était donc de trois cent douze livres par an, somme considérable à cette époque.
Outre ces gages élevés, payés par la commune, nos carillonneurs recevaient encore des salaires et des émoluments en leur qualité d'organistes de S^ Martin, car ils' cumulaient presque toujours ces deux emplois et servaient ainsi à la fois la ville et Téglise. Leur position était donc splendide ; il est vrai que ces doubles fonctions furent souvent remplies par des maîtres musiciens habiles et même célèbres (i).
On trouvera dans Touvrage de M' Yanderstraeten les noms de plusieurs carillonneurs yprois (2) et de curieux détails biographiques sur des facteurs d*orgue et des carillonneurs dont les noms sont restés glorieusement inscrits dans les annales artistiques de notre pays (3).
Il n'existe actuellement, dans le campanile de notre befiroi, aucune cloche portant soit le nom de Groignart, de Sahuwyn ou de Philippe de Saint-Aubert, soit la date de 1607 ; la plus ancienne de ces cloches, après celles fondues de 1544 à 1545 par Gornille et Jacob Wagbevens, est de 1683; il est donc probable que celles faites pendant cette période de cent trente années, ne portaient ni date, ni inscription; peut-être aussi ont-elles été refondues plus tard; on verra en effet plus loin qu'on se servit plus
(1) Voir Vànderstrabtbn, ouvrage cité, p. 65 et suiv.
(2) Parmi ces noms figurent ceux de Jean Steins [1574], Jean Schoryn (1606), Augustin de Saint-Aubert (1609), Rémi Collet ou Collot (1617), OiUes de la Pierre et Frans Collet.
(3) Entre autres, Jacq Stoop et surtout des membres de la famille Laogbendttl, célèbres facteurs d'orgues etc. Jean Langhendul fut échevin, membre du collège des Hoofmannen et des notabele poorters. — Il représenta la ville d'Ypres lors de la conclusion de l'Union d'Utrecht (23 Juin 1579), {Àrch. Tp. Inv, No 2042.)
d*une fois d'anciennes cloches fêlées ou hors d'usage pour en faire de nouvelles.
La commune d*Ypres célébra en 1683, avec grande solennité, le trois centième anniversaire de sa délivrance
en 1383. Afin de donner plus d'éclat et de retentissement à ces fêtes jubilaires, nos magistrats résolurent de compléter le carillon de i609; Tinscription qu*on lit sur une des cloches actuelles de notre beffroi (i), prouve que c'est bien dans ce but qu'ils chargèrent alors Toussaint Cambron et Pierre Cappelle de fondre seize cloches nouvelles.
Pierre Cappelle en fournit deux (s), et, en exécution d'une convention passée entre les commis à la trésorerie et Alexis Cambron, fils de Toussaint, celui-ci en livra quatorze (s), moyennant la somme de sept cent quarante livres sept sous; une de ces cloches, la plus grande et la plus belle (4), servît à annoncer l'ouverture et la fermeture des portes de la ville et à sonner la demi-heure (s).
Tout ce travail, achevé avant le grand jour de Thuyndag, fut payé vers la fin de Tannée 1683, sauf la fourniture de fil d'archal (fidechat) qui avait été soldée l'année précédente à Jacques Peereboom (e). Nos trésoriers donnent
(1) Voir plas loin, Cloche N^ IX,
(2) Voyex No» X et XI.
(3) Arch. Ypres, farde : Clocrbs, 1683.
(4\ Voyei No VII du § suinint: Inventaire des Cloches.
(5) ■ A Toa88aÎQt et Alexis Cambron, fondeurs de cloches, pour avoir fonda la cloche des portes de la Tille et quelques autres serrantes au caril» Ion par six ordonnances etc vij«. xl %. vii s. »
(Compte l«r Mai 1683 — 30 Avril 1684.)
(6) a Payé à Jacques Peereboom pour livraison de fidechtl [Jtl d'archal) pour la réparation du carillon, par ordonnance du 26 7bre 1682 et
•cqtti*- xwj a. .
(Compte de 1682-1683.)
les noms des maîtres qui firent ces ouvrages et ces fournitures (i).
Notre carillon fut encore amélioré en 1716. Un fondeur nommé Antoine Bernaert, fournit douze clochettes nouvelles (s), cette année (3), pour la somme de trois cent quatre-vingt-quinze florins quatre patards six deniers (4) ; le carillonneur De Lestrez reçut trente florins pour les accorder (5).
il) « A Toussain et Alexius Cainhron, fondeurs de cloches, pour avoir fondu Ja cloche des portes de la ville et quelques autres servantes au carillon: par six ordonnances la dernière du 17 Avril 1684 et quittance • vij« xl %• vij s. a
« A Josse de Cock pour avoir travaillé à faire descendre de cloches du carillon, par accord et ordonnances du 25 8t>re 1683 et quittance.
Xlllj %. VIJ s. »
• A Jean fioyaert pour livraison de quatre estain d'Angleterre employé à fondre le carillon, par deux ordonnances en dàtl du 13 8^1^ et du 13 Xbre 1683 et quittance i« xxiiij %. xiiij s. »
« A Antoine de Quidt pour livraison de fer à fondre des cloches et réparer la chambre du siège, par ordonnance, la dernière du 24 Avril 1684 et quittance Ixvij %, xij s. •
■ A Jacques vande Capelle pour livraison de bois, main d'œuvre au moulin à Peau de Brielen et avoir appendn la cloche des portes de la ville, et avoir furny les instrumens y servantes, par deux ordonnances la dernière du 30 Sbre lg63 et quittances . . . • i« xlv ft. xvj s. •
(2) Convention du 17 Avril 1716. Archives communales, farde Cloches.
(3} Voyez plus loin Cloches XII à XIV.
(4) « An Anth. Bernaert, dockgieter, over het gieten van xij cloczkens dienende voor het carillon, vier hondert guldens, danof ghecort vier guldens 15 s"*. 6 d«. over de leverynhe van 3 ^/j saicken colen, reste drie hondert vij f en tneghentich guld : vierstu: ses deniers. . fl. 3954-6. »
(Compte 1715-1716.)
(5) « An Hinderyck Joseph Je Lestrez, clockespeelder, van synen extraord . dienst na het regelen van t^clockespel van nieuwe gheghoten docken, dertich guldens fl. 30-»-». »
(Compte 1716-1717.)
De 1742 à i743, le carillon fut en grande partie renouvelé. On y ajouta une petite clochette fondue par François-Joseph Coursin (i) et nos trésoriers payèrent à François Guillemin, pour la fonte de huit nouvelles et la refonte de onze vieilles cloches une somme de six cents florins (2). Corneille-Jacques Yanden Peereboom, fils de Jacques, livra neuf cent quarante-quatre livres de bronze (3) ; Cornille Decrock, receveur de Téglise de St. Martin, vendit à la ville sept cent quarante-huit livres de métal (4) et Jean-Baptiste Ovyn (5), un mortier de bronze pesant cent quatre-vingt-sept livres.
Nos magistrats chargèrent, en 1772, George Dumery d'inspecter les cloches du carillon; ce fondeur brugeois fit un rapport détaillé qui se trouve dans nos archives, puis il fournit à la ville deux clochettes (e) pour la mo-
(1) « A François Joseph Coursin, pour livraison d'une petite clochette pesant 40 livres pour employer au carillon de la ville, par ordonnance et quittance vingt-deux florins • â. 22-0-00. »
(2) f Au sieur François Quillemin m*'« fondeur de cloches pour la fonte de huit nouvelles et la refonte de onse vieilles cloches et les accomoder «t ajuster sur leur ton, le tout suivant la transaction fait à la trésorie le 9 Mars par ordonnance et quittance . fl. 60O-0-0. i»
(Compte du 1» Mai 1741 au 30 Avril 1742.}
(3} « Au sieur C^. Vanden Peereboom pour livraison de 944 ^/^ livres de bonze (bronxe) à douze pattars la livre, servant au refonte de quelques petites cloches du carillon, par ordonnance et quittance . fl. 136-8-0. »
(Même compte.}
(4} « Au sieur Cornille de Crock receveur de Péglise de S^Martin pour livraison de 748 livres de bronze à onze pattars la livre, par ordonnance et quittance fl. 137-8-0. ■
(Même compte.}
(5) « Au sieur Jean-Bap^* Ovyn pour un mortier de bronze pesant 177 livres à dix pattars la livre, au service que dessus, par ordonnance et quittance fl. 63-10-0. »
(Même compte.)
(6) Voir plus loin Js<» XVI et XVIT.
deste somme de soixante-huit florins et seize patards (i). Enfin en 4851, Severîn Van Aerschodt, fondeur à Louvain, fut chargé de fondre les trois cloches décrites plus loin sous les N"^ xviii à xx (â).
Aujourd'hui, notre carillon, si cher encore aux yprois, bien que fort défectueux, forme à peu près trois octaves; trente-deux cloches et clochettes, y compris la grosse cloche de 1377, composent cet orchestre aérien; ses accords plus qu'imparfaits et ses modulations moins harmonieuses que recréatives, annoncent les. heures, les demi-heures, les quarts d'heure, les fêtes publiques et les réjouissances communales.
Avant de dresser l'inventaire descriptif des cloches qui se trouvent actuellement dans le campanile de notre beffroi, il peut être intéressant de rappeler ici un ancien usage, peu connu, et d'indiquer ainsi, approximativement du moins, le poids global et la valeur de nos cloches aux xvu"^ et xvin*^ siècles.
Autrefois, en temps de guerre, les envahisseurs de de notre pays confisquaient les cloches et tous les métaux propres à fabriquer des canons qui se trouvaient dans les villages occupés par leurs armées et dans les villes
(l) « Aen Qeorgius Dumery clockgieter te Brugge over het vergieten twee nieuwe clocken Toor het carillon, etc. by ordonnantie ende quittantie.
fl. 68-19^. »
« Âen den selven, over geexamineert ende gevisiteert te bebben <Ie clocken voor het carillioen op den thoren deser stadt by ordon: ende quittantie.
fl. 23-16-0. »
(2} « Au sieur S^>> Van Aerschodt, fondeur à Louvain, pour frais de fonte de trois cloches^ livraison partielle du métal, et de trois battants, déduction faite de la reprise de 102 Vio k'^^^s ^^ vieux métal. »
N.-B. Les frais de transport, les journées d'ouvrier et livraisons de matétériel accessoire se sont élevés à fr. ir>86-01 .)
Voir les comptes de 1861-1862.)
fortifiées, dont ils parvenaient à se rendre maîtres. Cette ancienne coutume était considérée comme un droit de la guerre et ces confiscations se faisaient ce au profit de Messieurs les oflSciers de Fartillerie ».
Gomme le plat pays était plus exposé que « les villes fermées » à Tinvasion des armées, le clergé des paroisses, les abbés ou prévôts des abbayes, les prieurs des monastères a réfugiaient», à rapproche de Tennemi, les cloches de leurs églises dans les places fortifiées, et les particuliers, ainsi que les chefs des communautés religieuses et autres, y transportaient aussi les objets en métal exposés à être confisqués par les envahisseurs : notamment les ustensiles, les chaudières des brasseries, les chandeliers des autels et tous les autres objets mobiliers en cuivre, qui leur appartenaient.
Ces cloches rurales et ces ustensiles échappaient parfois ainsi aux armées qui battaient la campagne, mais, quand, après un siège régulier, la place de guerre servant de (c refuge » était prise, ils étaient confisqués in globo. avec les cloches et autres objets métalliques appartenant à ces villes, à leur bourgeois et à toutes les communautés urbaines.
Ce droit de confiscation fut encore rigoureusement exercé aux xvn* et xviii' siècles, lors des diverses occupations du pays; après les différentes prises d'Ypres parles Français, les rois très-chrétiens ne se faisaient aucun scrupule de confisquer les cloches, les ornements et autres trésors métalliques des églises paroissiales et des couvents, en même temps que les grosses cloches, les clochettes des carillons et tous les objets en métal appartenant à des bourgeois ou à des communautés.
Toutefois Louis XIV, puis Louis XV daignèrent ne plus exercer ce droit de confiscation dans toute sa rigueur.
Quand à la fin des sièges d'Ypres en 1648, 1658, 1678 et 1744, les gouverneurs de la place, reconnaissant Timpossibilité de résister plus longtemps, avaient fait arborer le drapeau blanc et battre la chamade, pour demander à traiter, nos magistrats insérèrent dans les projets de capitulation civile, présentés au vainqueur, une clause portant: a demeureront aux églises et monastères comme aussi à la ville et chastellenie toutes leurs cloches, ornements, chandeliers et autres ustensiles qui leur appartiennent, tant concernant le service divin que décoration des églises et le service publiq » (i).
Le prince de Condé (1648), Monsieur de Turenne (1688), Louis XIV (1678) et le maréchal de Noailles (1744) acceptèrent cette clause, mais sous la réserve « de satisfaire les otBciers de l'artillerie », c'est-à-dire deleurpayer la valeur de toutes les cloches, ornements et ustensiles exemptés de confiscation.
On fit donc peser et expertiser alors ces objets; la somme due, pour les rédimer, fut, — en proportion de leur poids et de leur valeur, — payée par leurs propriétaires.
Les procès-verbaux des expertises et évaluations faites en 1658, 1678 et 1744 sont conservés dans nos archives communales.
En 1658, le poids des cloches de la ville — c'est-à-dire du beffroi et des églises urbaines — fut évalué à soixante mille quarante livres et celui des cloches « réfugiées », à soixante-neuf mille trois cents livres.
Après le siège de 1678, on paya aux officiers de l'artillerie (13 Mai) « en rédemption des cloches de la ville, de
(1) Capitulations, [Archives dTpres.)
ses églises, monastères, et des métaux appartenant à des bourgeois, une somme de dix mille florins argent de France i> (livres?) valant huit cents florins argent d*Espagne, et pareille somme (5761 fl. de Brabant, il patards, 4 i/â deniers) fut payée pour semblable rédemption, après le siège de 1744.
D'après un procès- verbal dressé cette année et approuvé le 12 Octobre, dans la chambre des échevins, par nos magistrats, les conseillers et les chefs-hommes, les cloches et clochettes du carillon pesaient vingt-huit mille trois cents livres d*Ypres; pour les rédimer, la ville eut à payer huit cent cinquante-cinq florins (i) et les églises des paroisses, des couvents, chapelles, en rédemption de leurs cloches — pesant quatre-vingt-seize mille six cent soixante livres, — contribuèrent pour deux mille neuf cent vingt florins dans la somme due aux ofiSciers de Tartillerie du Roi.
Ces officiers reçurent donc pour rachat de toutes les cloches de la ville, des églises et des couvents, pesant cent vingt- quatre mille neuf cent soixante livres, une somme de trois mille sept cent soixante-quinze florins.
La somme totale exigée avait été fixée à cinq mille sept cent soixante-et-un florins; pour la parfaire, il restait à verser à la caisse de Tartillerie dix-neuf cent quatrevingt-six florins. Le payement de cette somme fut mis à charge des brasseurs, des couvents et des bourgeois ayant une brasserie particulière, des teinturiers, blanchisseurs et boulangers, des débitants d'étain et de cuivre, des chirurgiens, apothicaires, confiseurs, épiciers et autres habitants faisant usage de mortiers ou d'ustensiles de métal,
{I) Nous ne mentionnons pas les patards et les deniers.
enfin des imprimeurs employant des caractères métalliques (i).
Deux de ces imprimeurs — le sieur De Rave, taxé à quatre-vingt-dix florins douze patards, et la Y' Moerman, taxée à quarante-huit livres six patards — refusèrent d*abord de payer ces taxes et adressèrent une réclamation au Roi. Les détails concernant cette affaire trouveront mieux leur place dans l'intéressante bibliographieyproise, dont s*occupe notre jeune ami, M. Alphonse Diegerick, que dans cette notice sur le carillon^ dTpres.
Le procès-verbal d'expertise, etc., avec rôle de contributions, dressé et approuvé le 13 Octobre 1744, révèle divers détails sur des faits locaux, sur des familles d*Ypres et des usages de l'époque; on y voit, par exemple, qu'il existait alors en notre ville trente-trois églises, chapelles et couvents ayant des cloches, que Tabbaye de S^ Jean avait un petit carillon, dont les clochettes pesaient cinq mille cinq cents livres, que quarante-huit bourgeois, monastères et hospices avaient leurs brasseries privées ou particulières (poorters ende chosters hrauweriejy que quatorze bourgeois exerçaient la profession de brasseur, six, celle d'apothicaire, deux, celle d'imprimeur, sept, celle de plombier, etc. On retrouve aussi dans ce procès-verbal l'indication du métier ou de la profession exercée alors par des chefs de familles, dont les descendants occupent aujourd'hui des positions sociales bien différentes.
il) Jacques Mdrgheljnck avait été chargé (13 Octobre 1744) de faire cette recette; il mourut avant de pouvoir dresser son compte, qui fut rendu le 25 &£ai 1745, par sa veuve, Catherine Terry, aux échevins Van Lille et De Viech, assistés de Ouillaume Ignace Florisone, premier conseiller pensionnaire et greffier de la ville. (Archives dTpres, farde : Cloches).,
Il n*est pas possible de publier ici les noms de tous ces imposés, rindication de leurs cotes et d'autres petits détails; nous nous bornons à mentionner en note (i) les sommes globales payées en 1744 aux officiers de sa majesté par les diverses catégories de ces contribuables.
X Indication des sommes payées en 1744 (H, 5761.) en rédemption :
Poids. Sommes.
!• du carillon, par la tille. Livres 28,300 FI. ^i 2» des cloches, par les églises, chapelles, monastères, hospices, etc. 96,660 2,9^
Total 124,960 3,775
3«> des ustensiles de brasseries, par les brasseurs privilégiés. 13,855 418 Id., par les particuliers, communautés, etc. 18,216 550
Total 32,071 968
4<> pour leurs fourneaux, par les teinturiers, blanchisseurs, boulangers, (au nombre de 129). 7,ÎX)l 239
5» pour leurs mortiers, etc. par les apothicaires, confiseurs, épiciers, <&.
6» pour étain, par divers.
7» pour plomb par sept plombiers.
Total 50,407 1,018
Total général Liv. 207,438 FI. 5,761
N. B. Nous n'avons pas tenu compte des patards et deniers. On remar- ((uera que le poids des cloches de la ville qui s'élevait à 60,040 liv. en 1658, était de 124,960 liv. en 1744.
vm.