‹ ÿtudes sur Aristophane par ÿmile DeschanelChapitre 101 sur 119 · Primitivement, à Bacchus · texte numérisé non relu

Primitivement, à Bacchus

Les deux parties, la strophe lyrique et l’épirrhème, se répètent, à la manière des antistrophes. Le morceau lyrique et son antistrophe sont évidemment nés du vieux chant phallique, tandis que l’épirrhème et l’antépirrhèma ne sont autres que les plaisanteries proférées autrefois parle chœur ambulant contre le premier Venu des passants. Il était naturel, dès que la parabase devint comme le centre de la comédie, que, h la place de ces railleries contre des individus, on mit une pensée plus importante, intéressante pour la ville entière, tandis que les moqueries contre tel ou tel spectateur pouvaient toujours, conformément à la nature primitive de la comédie, être placées dans la bouche du chœur, à n’importe quel endroit de la pièce et sans égard aucun au sujet et à la cohérence de cette pièce *.

La parabase ne peut, évidemment, avoir lieu que dans une pause principale : car elle interrompt complètement l’action du drame comique. Aristophane aime à la placer là où l’action, après toutes sortes d’arrêts et de retards, est arrivée au point où le fait principal va se produire, où il va se décider si le bift poursuivi est atteint ou non. Cependant, avec la grande liberté que la comédie s’arroge dans l’emploi de toutes ses formes, elle peut aussi diviser en deux la parabase, en séparant la partie principale de la marche anapestique du chœur.*, ou bien

l.On trouve de ces sortiesdans les Acharnons, vers 1143 à 1174; dans les Guêpes, vers 1*165 à 1291; dans les Oiseaux, vers 1470 à 1493, 1555 à 1565, 1694 à 1705. Il ne faut pas se donner la peine de chercher un rapport entre ces vers et le reste de la pièce. Dans le fait, il n’en existe point. La moindre réminiscence passagère suffit pour motiver de telles sorties.

2. Dans la Paix, par exemple, et les Grenouilles , où la première moitié de la parabase est fondue avec la parodos et la chanson d'Iacchos. Ce dieu étant déjà chanté dans ce premier morceau des Grenouilles, les strophes lyriques du second morceau (vers 675 et suivants) ne contiennent plus d’évocations de divinités, ni rien d’analogue, et sont remplies, par contre, de plaisanteries

ÉTUDES

faire succéder à la première parabase une seconde, sans la marche anapestique cependant, aiin d’indiquer un second point critique de l’action'. La parabase enfin peut manquer complètement. C’est ainsi qu’Aristophane a entièrement supprimé dette apostrophe au public dans sa Lysistrala, où un double chœur de femmes et de vieillards débite tant de chansons originales d'une exécution ingénieuse *.

Pour caractériser la danse du chœur comique, il suffit de rappeler que c’était le cordax, genre de danse que nul Athénien, à moins d’être sous le masque et d’avoir bu, n’aurait pu exécuter sans s’attirer la réputation d’une insolence et d’une impudence excessives. Aussi Aristophane se vante-t-il dans ses Nuées, — qui, malgré toutes les scènes burlesques, prétendent cependant à un comique plus noble que celui des autres pièces, — de n’y pas laisser danser le cordax, et d’avoir supprimé certaines inconvenances de costume 3 .

On voit donc que la comédie, par sa forme extérieure, avait tous les caractères de la farce, où l’expansion de la nature sensuelle et presque bestiale de l’homme n’était pas seulement permise, où elle était une règle et une loi. Il n’en faut que plus admirer l’esprit élevé, la dignité morale que les grands comiques surent inspirer à ce jeu folâtre, sans en détruire le caractère fondamental. Il y a plus : lorsque l’on compare à celte comédie ancienne la forme plus récente de la moyenne comédie et de la nouvelle qui nous est mieux connue et qui, sous un extérieur beaucoup plus décent, prêche une morale bien

à l’adresse de Cléophon et de Climène, les démagogues. Nous trouvons la même déviation de la règle, et motivée par la même raison, dans la seconde parabase des Chevaliers.

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