‹ ÿtudes sur Aristophane par ÿmile DeschanelChapitre 36 sur 119 · Cacare rolo · texte numérisé non relu

Cacare rolo

ÉTUDES

qui se mêlent à cette fraîche poésie 1 Les supprimer ou les voiler toujours par une délicatesse mal entendue, ce serait altérer la physionomie de l’auteur que nous voulons étudier en toute franchise. Il faut donc, du moins, les laisser entrevoir quelquefois.

« Point de bouffonnerie! dit Socrate; ne fais pas comme ces grossiers poètes comiques barbouillés de lie. »

Toujours est-il qu’Aristophane fait comme les autres, en paraissant les critiquer.

SOCRATE

Mais silence! un nombreux essaim de déesses s’avance en chantant.

LE CHŒUR

Vierges humides de rosée, allons visiter la riche contrée de Pallas, la terre des héros, le bien-aimé pays de Gécrops, où se célèbrent les secrets sacrifices, où le mystérieux sanctuaire se découvre aux initiés, avec les offrandes pour les' dieux célestes, les temples au faite élevé, les statues, les maintes processions des bienheureux, les victimes couronnées et les festii.s sacrés en toutes saisons; et, au retour du printemps , les joyeuses fêtes de Dionysos , les luttes harmonieuses des chœurs et la muse retentissante des flûtes.

STREPSIADE

Par Jupiter! je t’en prie, dis-moi, Socrate, quelles sont ces voix de femmes qui font entendre des paroles si pleines de majesté? seraient-ce des demi-déesses?

SOCRATE

Ce sont les célestes Nuées, les grandes déesses des paresseux ! c’est à elles que nous devons tout, pensées, esprit, dialectique, phrases, prestiges, tours et subtilités.

STREPSIADE

C’est donc cela qu’en les écoutant mon esprit déjà prend son vol, et brûle de subtiliser, de pérorer sur les brouillards, de discuter, de contredire et de rompre argument contre argument. Mais ne vont-elles pas se montrer? je voudrais bien les voir, si c'est possible.

SOCRATE

Eh bien ! regarde par ici, du côté du Parnès les voi'à qui descendent lentement.

STREPSIADE

Mais où donc? Fais-les-moi voir!

SOCRATE

Elles s’avancent en foule, suivant une route oblique à travers les vallons et les bois.

STREPSIADE

C’est singulier ! je ne vois rien.

SOCRATE

Tiens, les voici qui arrivent.

STREPSIADE

Ah! enfin je les vois.

Les Nuées paraissent en foule, et remplissent toute la scène. Avec quel art et quelles gradations le poète a su préparer et faire valoir leur entrée, aussi bien que celle de Socrate 1

' ’ SOCRATE

Tu ne savais donc pas que les Nuées étaient des divinités?

STREPSIADE

Non vraiment: je croyais qu’elles n’étaient que brouillard, rosée, vapeur.

SOCRATE

Alors tu l’ignores aussi sans doute, ce sont-elles qui nourrissent la foule des sophistes, des empiriques, des devins, des fainéants aux longs cheveux et aux dogts chargés de bagues’, des poètes lyriques, des métaphysiciens, tas de flâneurs et de hâbleurs, qu’elles font vivre parce qu’elles les chantent!

.. 1. Montagne voisine d’Athènes.

2. Ces on/e derniers mois n’en font qu’un dans le grec. Il est vrai qu’il a neuf s\ Haltes, et qu’il est formé de quatre vocable? soudés ensemble : <TÇfaYiîovvy»p-yo*ou.y|ca;. Mais si, de nos onze mots français, on ôte les articles, mots parasites, et la conjonction et, les onze se réduiront à six.

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