I J 2 ÉTUDES
Socrate enseigne à Strepsiade que les Nuées sont les seules vraies divinités; que tous les autres dieux ne sont que fables.
« Mais Jupiter?
— Il n’y a point de Jupiter !
— Et le Tonnerre ?
— Ce sont les Nuées qui se heurtent.
— Le moyen de croire cela?
— Tu vas le comprendre par ton propre exemple : lorsqu’aux Panathénées tu t'es gorgé de viande, n’entends-tu pas ton ventre se troubler et retentir de grondements sourds?
— Oui, par Apollon! je souffre, j’ai la colique; puis la ratatouille gronde comme le tonnerre, et enfin éclate avec un terrible fracas. L’est peu de chose d’abord, pappax, pappax! Puis, ça augmente, papappapaxl Et, quand je me soulage , c’est vraiment le tonnerre, papapappapax! absolument comme les Nuées! »
Le philosophe fait jurer au néophyte de ne reconnaître dorénavant d'autres divinités que le Chaos, les Nuées et la Blague. — « Quand je rencontrerais les autres dieux nez à nez, répond le docile disciple, je ne les saluerais pas. »
En récompense, les Nuées sont prêtes à lui accorder tout ce qu’il désire. « Dis hardiment ce que tu veux de nous. Tu ne peux manquer, si tu nous rends hommage, de devenir un habile homme. »
STREPSIADE
O déesses souveraines, je ne vous demande qu’une toute petite grâce : faites que je dépasse de cent stades tous les Hellènes dans l’art de la parole!
LE CBŒUR.
Nous te l’accordons : désormais nulle éloquence ne triomphera plus souvent que la tienne devant le peuple.
STREPSIADE
Peuh I la grande éloquence n’est pas ce que je veux ; mais savoir chicaner à mon profit, pour échapper à mes créanciers.
LE CHŒUR
Tu auras ce que tu désires : ton ambition est modeste. Livre-toi bravement à nos ministres '.
STREPSIADE
Bien volontiers! Je crois en vous! D’ailleurs il n’y a pas à reculer, avec ces chevaux pur-sang et ce sot mariage qui m’ont ruiné! Que vos ministres fassent de moi ce qu’ils voudront; je me livre à eux, corps et âme : les coups, la faim, la soif, le chaud, le froid, je supporterai tout! Qu’on fasse une outre de ma peau, pourvu que je ne paye pas mes dettes; pourvu que j’aie la réputation d’être un hardi coquin, beau parleur, impudent, effronté, gredin, colleur de mensonges, finassier, chicanier, plein de rubriques, vrai moulin à paroles, renard, vilebrequin, souple comme une courroie, glissant comme une anguille, trompeur, blagueur, insolent, scélérat, sans foi ni loi! oui, voilà tous les titres dont j’ambitionne qu’on me salue! à cette condition, qu’ils me traitent à leur guise; et, s’ils le veulent, par Cérès! qu’ils fassent de moi du boudin et me servent aux libres penseurs!
Gomment ne pas recevoir aussitôt un néophyte si fervent? Socrate lui fait passer, seulement pour la forme, un petit examen d’admissibilité.
SOCRATE
Voyons. As-tu de la mémoire?
STREPSIADE
Cela dépend : si l’on me doit, j’en ai beaucoup, mais si je dois, hélas ! je n’en ai pas du tout J .
SOCRATE
As-tu de la facilité naturelle à parler?