Edita doclrind sayientûm templa serend
Lucrèce.
ÉTUDES
Et alors il répand à pleines mains les subtilités, les sophismes, les arguties , les exemples cocasses, les épigrammes , ou même les injures à l’adresse des spectateurs.
Ce dialogue était une parodie des thèses des sophistes, de leurs amplifications pour et contre ; par exemple, du fameux morceau où Prodicos avait fait disserter la Vertu et la Volupté se disputant Hercule adolescent, comme ici le Juste et 1 Injuste se disputent le jeune Phidippide.
Il n’est pas sans analogie avec les disputes scolastiques du moyen âge entre les Vertus et les Vices; ni avec certaines Moralités du même temps; par exemple, celles qui mettaient aux prises les personnages nommés ilundus, Caro et Demonia, et d’autre part les Vertus et les Anges, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit.
Bref, l’injuste triomphe, et le Juste est vaincu. C’est là peut-être le trait le plus poignant et l’ironie la plus amère : Aristophane, par ce trait, comme par la conception générale des Nuées, déesses des sophistes, peint son époque, — telle du moins qu’il la voit, — c’est-hdire seulement par les mauvais côtés.
Phidippide reste chez les sophistes, et profite des leçons de Socrate un peu plus vite que Slreptiade; si bien même qu’au bout de quelques instants il sait se défaire des créanciers, puis lever la main sur son père lui-même, et lui prouver par les deux raisonnements, juste et injuste, qu’il fait bien de le battre, voire même contraindre le bonhomme à en demeurer d’accord avec lui.
N’est-ce pas là un dénoûment d’un excellent comique et d’une parfaite moralité?Etcomprend-on qu’un célèbre critique allemand, Hermann, ne voye dans cette scène qu’un épisode étranger à l’action, un hors-d’œuvre que
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le poète eût mieux fait, selon lui, de supprimer? Cet épisode est préparé par les vers 865, 1114, 1 242 et 1 307. Phidippide représente la jeunesse dorée de ce temps-là, composée de dissipateurs paresseux et corrompus , d'ergoteurs subtils sans conviction et sans cœur.
Strepsiade, toujours extrême, comme Orgon, déteste maintenant Socrate et les sophistes, et court mettre le feu à leur maison. Qui pis est, la colère lui donne de l’esprit, et, en les brûlant, il se moque d’eux ; il les parodie, comme Sganarelle parodie Marphurius tout en lui donnant des coups de bâton 1 2 .
Ce dénoûment si animé, dans lequel toutes les qualités du poète comique éclatent à la fois, ce spectacle tragico-bouffon, cet holocauste du pensoir, fut ajouté, à ce que l’on croit, avec la grande scène des deux coqs, après la première représentation*, qui n’avait eu que peu de succès.
Palissot a imité quelque chose de ce dénoûment dans sa comédie des Philosophes, qui, par le dessein, ressemble aux Nuées , puisque l’auteur y attaque Diderot, d’Alembert et Jean-Jacques Rousseau, comme l’auteur des Nué.es attaque Socrate. Au demeurant, pièce venimeuse et rien de plus.
Celle d’Aristophane n’est pas non plus sans venin. C’était l’avis du père Brumoy ; et, pour mieux le prouver, le bon jésuite la comparait aux Provinciales.
Je crois les Provinciales exemptes de venin, mais pas toujours de jésuitisme, tout en abîmant les Jésuites.
La péripétie de l’histoire de Phidippide et de Strepsiade rappelle l’anecdote que raconte Pascal, justement dans ces terribles Petites Lettres, celle du domestique
1. Dans l'Italie grecque, à Crotone, la foule s’était soulevée contre les pylhagoristes accusés d’oligarchie, et avait mis le Teu à leurs écoles.