Cf. Don Salluste disant à Ruy-Dlas
« Ah çà, vous vous prenez au sérieux, mon maître !... » et la suite. Victor Hugo, Ruy-Bîat, acte IV.
2. Théramène n’est pas ici cet honnête homme qui décrit la mort d’Hyppolyte et le monstre * couvert d’écailles jaunissantes. » Non; c’était un des Trente, connu par sa versatilité. Aristophane dit : a C’est agir en sage, en vrai Théramène,» — comme il eût dit de nos jours : en vrai Dupin , ou quelque autre de cette espèce.
ÉTUDES
Si Hercule jadis satisfit Proserpine, il ne satisfit pas de même deux cabaretières des Enfers, chez lesquelles il avala un jour seize pains, vingt portions de viande bouillie, quantité de gousses d’ail, de salaisons, et un fromage tout frais, qu’il dévora avec le panier! Et puis, quand elles lui demandèrent de payer, il les regarda de travers en poussant un mugissement, et tira son épée comme un furieux. Elles, de frayeur, sautèrent dans la soupente; et lui, s’enfuit, en emportant les nattes.
Mais il ne s’échappera pas aujourd'hui ! s’écrient les deux cabaretières en menaçant l’homme à la peau de lion. Elles appellent à leur secours Cléon et Hyperbolos, les deux fameux démagogues devenus depuis peu habitants des Enfers.
Xanthias triomphe de cette péripétie, et dit en sourdine, entre les diverses apostrophes des cabaretières à Bacchus-Hercule : « Gela va mal pour quelqu’un. » — « Quelqu’un sera houspillé. » Il excite même les cabaretières à la vengeance.
Elles n’ont pas besoin d’être excitées !
Bacchus voudrait bien ne pas avoir repris la peau de lion et la massue. D’un ton câlin et avec de belles protestations d’amitié, il invite Xanthias à les reprendre. Xanthias n’entend pas de cette oreille-là. — G’est la scène de Scapin avec Léandre, quand celui-ci, après l’avoir battu, a de nouveau besoin de lui et essaye de le fléchir. La ressemblance de la situation est frappante : Xanthias d’abord refuse fièrement, comme Scapin, et reste sourd aux prières de son maître; puis, comme Scapin aussi, il se laisse fléchir.
Il était temps! Éaque, avec ses estafiers, arrive pour garrotter Hercule. On se jette sur l’homme à la peau de lion.
Xanthias a beau prendre les dieux à témoins qu’il n’est jamais venu aux Enfers , et que par conséquent il n’y a jamais commis aucune des violences dont on l’accuse : on va lui faire un mauvais parti; Bacchus, qui se croit sauvé., triomphe, et dit à son tour : « Cela va mal pour quelqu’un! » quand tout à coup Xanthias s’avise d’une idée qui produit une péripétie nouvelle, — une situation comique n’attend pas l’autre, — il s’écrie donc :
Je suis prêt à donner une preuve éclatante de mon innocence ! Prenez cet esclave ( montrant Bacchus ) , mettez-le à. la question! et, si vous me convainquez d’être coupable, faites-moi périr!
ÉAQUE
Quelle question lui ferai-je subir?
XANTHIAS
Toutes les espèces de questions! Tu peux le lier sur le chevalet, le pendre par les pieds, lui donner les étrivières, l’écorcher, lui tordre les membres, lui verser du vinaigre dans le nez, le charger de briques, tout ce que tu voudras! excepté de le fouetter avec des poireaux ou de l’ail nouveau 1 .
ÉAQUE
Fort bien ; mais, si j’estropie ton esclave, tu me réclameras des dommage-intérêts.
XANTHIAS
Tu ne me devras rien. Ainsi emmène-le à la torture.
ÉAQUE
Ce sera ici même, afin qu’il parle devant toi. ( A Bacchus): Allons, dépose vite ton attirail, et garde-toi de mentir.
Dionysos, su redressant.
Je défends qu’on me touche, je suis un immortel. Si tu l’oses, malheur à toi !
êaque, à Dionysos.
Que dis-tu?
1. Comme on faisait pour les enfants. Il excepte ce châtiment trop doux.
Je dis que je suis un immortel : Dionysos, fils de Jupiter!
(, Montrant Xanthias :) C’est lui qui est esclave.
éaqce, à Xanthias.
Tu l’entends?
XANTHIAS
Oui. Raison de plus pour le fouetter de verges : s’il est dieu, il ne sentira pas les coups.
, Dionysos, à Xanthias.,
Eh bien! alors, puisque tu es dieu comme moi, tu peux être comme moi fouetté impunément!
XANTHIAS
C’est juste. (A Èaque :) Celui de nousdeux que tu verras pleurer le premier , ou se montrer sensible aux coups , tu peux ccnclure que celui-là n’est pas un dieu.
ÉAQUE
Voilà parler! C’est la justice même. Çà, déshabillez-vous.
* XANTHIAS
Pour que la question soit équitable , comment t’y prendras-tu?
ÉAQUE
C’est facile: je vous frapperai l'un après l'autre. xanthias. •
Très-bien.
Eaque, frappant Xanthias.
Tiens 1
xanthias, impassible.
Observe si tu me vois bouger.
ÉAQUE
Je t’ai frappé déjà.
xanthias, avec un sourire .
Moi? Point du tout!
ÉAQUE
En effet, on ne le dirait pas. ( Montrant Dionysos .) A celuici maintenant. Vlan! {Il le frappe.)
Dionysos, après une pause.
Quand sera-ce donc?
ÉAQUE
Mais je t’ai frappé.
DIONYSOS
Bah? M’as-tu entendu souffler?
ÉAQUE
Je n’y comprends rien. Retournons à l’autre. (Il frappe de nouveau Xanthias.)
XANTHIÀS.
Est-ce pour aujourd’hui? (Éaque redouble les coups, Xanthias ne peut plus se contenir , et crie) : Oïe ! oie ! oîe ! 1*
ÉAQUE
Que veut dire: Oie, die, oïe? Aurais-tu mal?
xanthias, se grattant le front.
Moi? point du tout. C’est que j’essayais de me rappeler à quelle date tombe la fête d’Hercule à Diomée'.
ÉAQUE
Le saint homme! — Revenons à l’autre. (Il frappe de nouveau Dionysos.)
DIONYSOS
Ho! ho!
ÉAQUE
Qu’y a-t-il?
DIONYSOS
Rien. Je vois des cavaliers, et je disais: Hop, hopl
Tout cela n’est-il pas très-gai?
C’est à peu près la scène de Bilboquet avec Gringalet et Sosthène, dans la jolie bouffonnerie des Saltimbanques, lorsque ces deux derniers se disputent l’honneur d’être le paillasse de cet homme illustre. Bilboquet, avec l’impartialité d’Éaque, distribue alternativement ses coups de pied aux deu* candidats.