Ch. Benoît, Cours de tilt, grecque
ÉTUDES
besoin d’être divertis qu’adorés. Il n’y a que Dieu qui ait un assez grand fonds de gaieté pour ne pas s’ennuyer de tous les hommages qu’on lui rend. » — Eh bien ! c’est ainsi qu’Eupolis, Cratinos et Aristophane, en rendant les leurs, h Bacchus , trouvaient à propos, tout dieu qu’il était, d’y mêler quelques bonnes irrévérences, afin de le mieux divertir et de le mieux fêter. Le poète comique, dans les dionysies, avait le droit de tout dire aux dieux et au peuple, comme dans les Saturnales romaines l’esclave avait la permission de railler son maître et de s’amuser à ses dépens, ou comme l’Arétin était admis h correspondre avec le pape Paul III pour le réjouir, une fois le mois, de ses contes licencieux et de ses saillies priapesques.
Le sévère Boileau, dédaigneux du bouffon, « et laissant la province admirer le Typhon , d y eût-il aussi renvoyé les bouffonneries d’Aristophane? Je ne sais; mais les parodies du poète attique.sur les dieux et sur leur ménage, soit dans les Grenouilles , soit dans les Oiseaux , ne diffèrent pas toujours sensiblement, si ce n'est par le style, des inventions burlesques de Scarron , sur cette même mythologie.
M. Disraèli a rouvert cette veine. Ce membre dü Parlement d’Angleterre a publié deux compositions de ce genre, qui ne laissent pas d’être amusantes, quoique les traits en soient quelquefois un peu gros. L’une a pour titre : Jxion aux Enfers; l’autre, le Mariage de Proserpine.
Chez nous, récemment, Orphée aux Enfers et la Belle Hélène , ces pochades burlesques, ont fait courir, chacun pendant près d’une année, Paris et les départements.
Le burlesque, qu’on le veuille ou non, aura toujours sa place et son emploi. On peut faire un meilleur usage de l’esprit; mais celui-là sera toujours très-populaire. Et il en a toujours été ainsi, dès l’antiquité même, qu’on se
figure à tort si farouche et, si renfrognée. Nous venons d’en citer d’assez nombreux exemples. On en trouverait d’autres encore dans l 'Histoire ck la caricature antique , de Champfleury, et dajis ['Histoire des Marionnettes, de Charles Maguin , où Maccus, l’ancêtre de Pulcinelle, montre à quel point les peuples les plus épris du beau étaient amoureux aussi du grotesque. M. Feuillet de Conches, dans la Vie de Léopold Robert, fait mention des joutes qui se livrent encore aujourd'hui près du mausolée d'Auguste, entre des bossus et des veaux, comme si pour ces peuples artistes le bossu n’était point un homme ; et il ajoute : « Cette parodie des combats antiques et des héroïques combats de taureaux où se plaisent les Espagnols, montre combien le populaire de Rome affectionne Je grotesque, comme pour se délasser du beau dont il est entouré. Il faut être un bossu vérifié , pour être admis dans l’arène. Les veaux sont de pauvres bêtes efflanquées auxquels les cornes commencent à poindre. Excités par les bossus , par les cris des spectateurs , par des pointes acérées, ils entrent en fureur, et portent à la fin de vigoureux coups. J’ai vu un des malheureux bossus, qui en avait été blessé et mis hors de combat, essayer de sortir de l’arène. La populace l’empêcha de sortir, et criait au. veau : Tue, tue! afin d’en avoir pour son argent. »
Bref, pour le public athénien, ces trois dieux au moins, Mercure , Hercule et Bacchus, malgré le culte religieux qu’on leur rendait, étaient devenus peu à peu, à certains égards, des personnages bouffons. C’était une inconséquence sans doute ; mais l’humanité vit d’inconséquences, étant elle-même composée et entourée d’antinomies qui paraissent inconciliables et insolubles.
Et puis, le style recouvrant tout cela , y mettait une sorte de poésie et une manière d’innocence. Le burlesque tout seul, sans génie littéraire, sans art, est digne de mépris ; mais le style fait tout passer.
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Pour en finir avec cette comédie des Grenouilles, n’estce pas par une inconséquence semblable que les Athéniens laissèrent représenter cette satire contre un poëte illustre qu’ils admiraient passionnément, et dont ils déploraient la mort récente? Ils ne se contentèrent point de la laisser représenter, ils l’applaudirent : les juges décernèrent à Aristophane le premier prix , et les Grenouilles eurent cet honneur d’être représentées une seconde fois aux autres fêtes de Bacchus.
Les observations que nous venons de faire s’appliquent également- à la comédie qui a pour titre : les Oiseaux.