‹ ÿtudes sur Aristophane par ÿmile DeschanelChapitre 89 sur 119 · LES OISEAUX · texte numérisé non relu

LES OISEAUX

Voilà la pièce de fantaisie par excellence. Jamais l’imagination d’Aristophane ne fut plus charmante, plus légère que dans les Oiseaux. Et jamais Athènes aussi ne fut plus brillante qu’à l’époque où il les donna.

« Cette époque, comme le remarque Otfried Millier, ne peut être comparée pour l’étendue, l’éclat de la puissance et de la souveraineté, qu’avec les temps de 456, avant la destruction de son armée en Égypte. Athènes venait, par la paix très-favorable de Nicias, de fortifier sa domination sur la mer et les côtes de l’Asie Mineure et de la Thrace , d’ébranler le Péloponnèse jusque dans son sein par une politique habile, de porter sés revenus au plus haut point qu’ils aient jamais atteint; enfin, à l’expédition de Sicile, entreprise sous des auspices si heureux, s’attachait l’espoir d’étendre encore l’empire maritime et colonial d’Athènes, sur les parties occidentales de la Méditerranée. Grâce à Thucydide , nous connaissons la disposition des esprits à Athènes dans ce moment : le

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peuple se laissait éblouir par les brillants châteaux en Espagne de ses démagogues et devins; rien désormais ne semblait impossible à atteindre ; tout le monde s’abandonnait à une véritable ivresse d’espérances exagérées. Alcibiade, avec sa légèreté, son outrecuidance, et cette union merveilleuse d’intelligence pénétrante et calculatrice et d’imagination hardie et illimitée , était le héros du temps. Même lorsque le malheureux procès des Hermocopides l’eut fait disparaître d’au milieu des Athéniens, l’esprit qu’il avait excité et entretenu vécut longtemps encore *. »

Parcourons cette brillante comédie.

Deux citoyens, Peisthétairos et Évelpide, Celui qui aime à en faire accroire aux amis et Celui qui espère toujours , excédés de la vie agitée et bruyante que l’on mène à Athènes, — ainsi qu’Umbritius de celle qu’on mène à Rome , et Damon de celle qu’on mène à Paris, dans les satires de Juvénal et de Boileau, — ont pris la résolution d’aller vivre parmi les oiseaux. Des ailes ! des ailes! fuyons, fuyons cette ville tumultueuse et criarde !

L’un, avec un geai ou un choucas, l’autre avec une corneille pour guides ou peut-être pour montures, les voilà partis : c’est ainsi que s’ouvre la pièce. — Le théâtre représente un paysage de rochers et de forêts.

« Les cigales ne chantent qu’un mois ou deux, perchées sur les buissons; mais les Athéniens crient toute l’année, perchés sur les procès! » C’est à n’y pas tenir !

Ils s’en vont donc bien loin de cette ville chicanière, toute de juges et de plaideurs, dont nous avons vu la satire développée dans les Guêpes.

Ayant ouï dire que la huppe, l’hirondelle, le rossignol,

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