Otfried Muller, Uist. de la lût. gr. trad. K. Hillebrand
ÉTUDES
et beaucoup d’autres , ont jadis appartenu au genre humain, ils espèrent que le souvenir de leur ancienne condition les déterminera à accueillir favorablement des transfuges de la race humaine.
Ils chercheqt d’abord la huppe. — La huppe dans l’imagination des Grecs, était un oiseau mystérieux, — de même que dans les poésies orientales, où elle voyage et converse avec Salomon, comme Solon avec Grésus.
Ils finissent, grâce à leurs guides, par découvrir la demeure de la huppe, et ils frappent à la porte de son nid. Le roitelet, serviteur de la huppe, vient leur ouvrir, comme Céphisophon à Dicéopolis dans les Acharnèens, comme le disciple de Socrate à Strepsiade dans les Nuées: — Aristophane a ses procédés, auxquels ils reste fidèle, parce qu’ils sont bons, et parce qu’ils tiennent en partie à la construction même et aux conditions matérielles de la scène antique.
LE ROITELET
Qui va là? Qui appelle mon maître évelpide, effrayé.
Apollon sauveur ! quelle largeur de bec!
le roitelet, effrayé aussi.
Malhetir à nous! Deux oiseleurs!
évelpide.
Mais nous ne sommes pas des hommes !
LE ROITELET
Qu’êtes-vous donc?
ÉVELPIDE
Moi, je suis le Peureux, oiseau d’Afrique.
LE ROITELET
Allons donc !
ÉVELPIDE
Regarde plutôt ce qui tombe derrière moi !
LE ROITELET
Et cet autre? quel oiseau est-ce? (à Peisthétairos :) Parleras-tu?
PEISTHÉTAIROS
Moi, je suis l’Embrenné, du pays des Faisans....
C’est par ces grosses bouffonneries que le poète s’empare tout d’abord de la partie la plus nombreuse et la moins délicate de son public.
En écartant les jambes dans leur frayeur à la vue de ce large bec d’un roitelet de fantaisie, Peisthétairos et Evelpide laissent échapper, avec le reste, leurs montures, la corneille et le choucas, qui disparaissent, sans doute pour se disposer à figurer de nouveau dans d’autres rôles de la même pièce, en changeant quelques accessoires.
La huppe survient, avec un bec encore plus horrifique quecelui de son serviteur, — la huppe qui fut jadis Térée, parent mythologique de la nation athénienne. — C’était peut-être une parodie de Sophocle, qui dans sa tragédie de Térée avait, dit-on, représenté la métamorphose de ce roi en oiseau. — La huppe n’a pas de plumes. Elles sont tombées, dit-elle, pendant la mue.
LA HUPPE
Qui vous amène ici?
Evelpide.
Le désir de nous trouvée avec toi.
LA HUPPE
A propos de quoi?
Evelpide.
D’abord tuas été homme, comme nous; tu as eu des dettes, comme nous ; comme nous, tu aimais à ne pas les payer ; ensuite, changé en oiseau, tu as fait, envolant, le tour de la terre et des mers : tu as donc toute la scienco de l’homme et toute celle de l’oiseau 1 . Voilà ce qui nous amène vers toi, pour te
I. Cette croyance populaire était peut-être venue de l’Orient. Voici comme parle Azz-Eddin Klmocaddessi, dans .son livre intitulé les Oiseaux et les Fleurs :
« Considère la huppe : lorsque sa conduite est régulière et que son cœur est pur, sa vue perçante pénètre dans les entrailles de la terre et y découvre ce qui est caché aux yeux des autres êtres; elle aperçoit l’eau qui y coule, comme tu pourrais la voir au travers d’un cristal ; et, guidée par l'excellence de son goût et par sa véracité : Voici, dit-elle, de l’eau douce, et en voilà qui est
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prier de nous indiquér quelque ville paisible , où , comme dans une couverture moelleuse , on puisse goûter les douceurs du repos,
La huppe leur propose successivement plusieurs villes, dont les noms donnent lieu à des plaisanteries et b. des calembours.
Aucune ne paraît convenir. Alors Peisthétairos s’avise d'une grande idée, et en fait part à la huppe : c'est de bâtir une ville dans les airs. — Au commencement des choses, l’empire du monde appartenait aux oiseaux ; ils doivent le reconquérir !
Vous régnerez sur les hommes comme vous régnez sur les sauterelles. Et, quant aux dieux, vous les ferez mourir de faim.
amère. — Elle ajoute ensuite : Je puis me vanter de posséder, dans le petit volume de mon corps, ce que Salomon n’a jamais possédé, lui à qui Dieu avait accordé un royaume comme personne n’en a jamais eu : la science que Dieu m’a départie, science dont jamais ni Salomon ni aucun des siens n’ont été doués. Je suivais partout ce grand roi, soit qu’il marchât lentement, soit qu’il hâtât le pas, et je lui indiquais les lieux où il y avait de l’eau sous terre. Mais un jour je disparus tout à coup, et, pendant mon absence, il perdit son pouvoir. Alors, s’adressant à ses courtisans et aux gens de sa suite : Je ne vois plus la huppe, leur dit-il; s’est-ello éloignée de moi? S’il en est ainsi, je lui ferai souffrir un tourment violent, et peut-être l’immolerai-je à ma vengeance, à moins qu’elle ne me donne une excùse légitime. — Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il ne s’informa de moi que lorsqu’il eut besoin de mon secours. — Puis, voulant faire sentir l’étendue de son autorité, il répéta les mêmes mots : Je la punirai! que dis-je?je l’immolerai! Mais le destin disait : Je la dirigerai vers toi, je la conduirai moi-même. — Lorsque je vins ensuite de Saba, chargée d’une mission pour ce roi puissant, et que je lui dis : — Je sais ce que tu ne sais pas, — cela augmenta sa colère contre moi, et il s’écria : Toi qui dans la petitesse de ton corps renfermes tant de malice, non contente de m’avoir mis en colère en t’éloignant ainsi de ma présence, tu prétends encore être plus savante que moi? — Grâce, lui dis-je, ô Salomon, je reconnais que tu as de-
LA HUPPE
Comment?
PEISTHETAIROS.
Voici. L’air, n’est-ce pas? est entre le ciel et la terre: et de même que, pour aller à Delphes, nous demandons passage aux Béotiens, ainsi, quand les hommes sacrifieront aux dieux, vous pourrez, si les dieux ne vous payent pas tribut, empêcher la fumée des sacrifices de traverser votre ville et les plaines de l’air.
La huppe trouve le plan parfait. Mais il faut le soumettre au peuple des oiseaux, et, pour cela, les convoquer,
PEISTHÉTÀIROS.
Comment les convoqueras-tu?
LA HUPPE
C’est facile. Je vais entrer dans le bocage, j’éveillerai Philomèle, ma compagne, et nous les' appellerons de con-
mandé à Dieu un empire, et qu’aucun souverain n’en possédera jamais un semblable au tien ; mais tu dois avouer aussi que tu n’as pas de même demandé une science à laquelle personne ne pût atteindre. Je t’ai apporté de Saba une nouvelle que tous les savants ignorent. — O huppe, dit-il alors, on peut confier les secrets des rois à celui qui sait se conduire avec prudence : porte donc ma lettre. — Je m’empressai de le faire, et je me bâtai d’en rapporter la réponse. 11 me combla alors de ses faveurs, il me mit au nombre de ses amis, et je pris rang parmi les gardiens du rideau qui couvrait sa porte, tandis qu’auparavant je n’osais en approcher. Pour m’honorer, il me mil ensuite une couronne sur la tcte, et cet ornement ne sert pas peu à m’embellir. D’après cela, la mention de mon immolation a été abrogée, et les versets où il est question de ma louange ont été lus. — Pour toi, si tu es capable d’apprécier mes avis, rectifie ta conduite, purifie ta conscience, redresse ton naturel, crains celui qui t’a tiré du néant, profite des leçons instructives qu’d te donne, quand même il se servirait pour le faire du ministère des animaux ; et crois que celui qui ne sait pas tirer un sens allégorique du cri aigre de la porte, du bourdonnement de la mouche, de l’aboiement du chien, du mouvement des insectes qui s’agitent dans la poussière; que celui qui ne sait pas comprendre ce qu’indiquent la marche de la nue, la lueur du mirage , la teinte du brouillard, n’est pas du nombre des gens intelligents. »