LE TRIBALLE
Saunaca bactaricrousa.
HERCULE
Il dit : * Très-volontiers. »
NEPTUNE
Si tel est votre avis à tous deux, j’y consens.
HERCULE
Eh bien ! nous accordons le sceptre.
PEISTHÉTAIROS
Ah! j’allais oublier le second article: je laisse Junon a Jupiter, mais je veux qu’on me donne en mariage la belle jeune Royauté.
Neptune trouve cette seconde clause inacceptable, et veut se retirer avec ses deux collègues. — « Gomme vous voudrez, » dit Peisthétairos d’un air détaché. Puis, se tournant vers la cuisine : « Chef! soigne bien la sauce! » Ce mot retient Hercule, qui ramène Neptune et le dieu Triballe, et le force à signer le traité.
Quels dinés,
Quels dinés
Les ministres m’ont donnés !
C’est la conclusion de cette mission diplomatique 1 .
Ce dénoûment n’est- il pas admirable? Peisthétairos l’ex-révolutionnaire, le chef élu par acclamation de tou-
1. « Dans les situations politiques les plus graves, il y a toujours des idiots comme le Triballe, des gens sensés, mais faibles et débordés par leur faute, comme Neptune, et surtout des pourfendeurs qui « ne parlent que d'échiner, » et qui sont les premiers à se vendre et à vous livrer avec eux, comme Hercule. »
Eug. Fallex.
tes les tribus de la république des oiseaux, ne se contente pas d’embrocher et de manger ceux qui ne partagent pas ses opinions; il songe à fonder une dynastie; il épouse la Royauté 1 Et voilà, ô Athéniens, comment finissent les révolutions 1 .
Les oiseaux poussent des cris de joie : « Io Pæan! ô Hymen, ô Hyménée ! » pendant que Peisthétairos reparaît, costumé en Jupiter, avec la jeune Royauté, qui brandit la foudre de Zeus.
« Bien, très-bien, dit Peisthétairos, je suis charmé de vos épithalames, de vos acclamations et de vos chants. Mais cela ne suffit pas ; il faut chanter aussi mes éclairs, mes foudres et mon tonnerre! »
Et nos oiseaux, serins, buses et butors, d’obéir avec joie et de crier à tue-tète :
Vive le roi, la' reine, et vive le tonnerre!
Tout cela n'est-il pas très-joli, et très-vrai? — fort gai et fort triste à la fois, comme une peinture à jamais vivante de la bêtise humaine toujours la même!
Remarquons les deux caractères de Peisthétairos et d’Évelpide: « l’un est un rusé faiseur de projets, tête inquiète et inventive, qui sait faire accroire les choses les plus insensées ; l’autre, un honnête sot, bien crédule, et qui, avec une gaieté naïve, adopte toutes les folies du premier 2 . * Mais, lorsqu’il arrive qu’une de ces folies a réussi contre toute espérance, le bon Êvelpide, qui avait servi à tirer les marrons du feu, est rais de côté. Il ne reste sur la scène que jusqu’à ce qu’on ait fait le plan de Néphélococcygie ; après cela, il disparaît entièrement.